UNE COMMUNAUTÉ DE CARMEUTES
SUR SAINTE THÉRÈSE
Et ipti prœcedet in tpiriiu et virtuU Elim, parare Domino plebiem perfeetatn.
Il Tiendra avec Pesprit et la verta d*£lie, pour fonner au Seigneur un peuple parfait Saint Luc, chap. i.
Cest une question parmi les interprètes, quel est ce double esprit qu'Elisée demanda avec tant d'instance à Élie lorsqu'il le vit sur le point de son ravissement , et qu'il lui dit ces dernières paroles : Obsecro, ut fiât in me dupkx spirUus tuus. (4. Heg., 2.) Dans la pensée du docteur angélique saint Thomas , ce double esprit ne fut autre chose que le don de prophétie et celui des nuracles ; mais outre qu'Elisée possédait déjà Tun et l'autre, il y a quelque peine à se persuader qu'un homme aussi éclairé que ce prophète, pouvant obtenir toute autre grâce en conséquence de la promesse que lui avait faite Élie« Postula quod vis, utjaciam tibi (Ibid.), se fût borné à demander des grâces stériles, et qui, par elles-mêmes, ne contribuent en rien à la sainteté. C'est donc à l'explication de saint Paulin que je m'en tiens, et c'est de ses épltres que je la tire. Il parle de la forme de vie qu'observaient les anciens prophètes; et insistant sur Élie, leur patriarche et leur maître r C'était , dit-il, un ange sur la terre, et il n'avait de commerce avec les hommes que pour leur porter les ordres de Dieu. Il demeurait sur le Cai^mel , dégagé de tous les soins du monde , et là se repaissait de la rosée du ciel , qui lui faisait sans cesse goûter une douce et fréquente méditation des choses divines. Afin que son corps ne pût arrêter le vol de son esprit, il l'exerçait par une continuelle pénitence, le traitant comme un esclave, le domptant comme un ennemi , le châtiant comme un criminel. Qu'était-ce que sa nourriture? le jeûne; qu'était-ce que son repos .> les veilles et le travail ^ ,qij'était-ce que son vêtement? un rude ciifce. D'oik
sus SAINTE THÉRÈSE.
«ePèreconctut quête doabte esprit cTÉlie fatdcmc, par rapport au corps, Vesprit de mortification, et par rapport à Pâme, Fesprit d'oraison et de contemplation. (Test de Fun et de Fautre que le divin précurseur Jean-Baptiste fut rempli dès qu*i] parut sur la terre, et c'est pour cela que FÉvangile nous l'a représenté comme un second Élie : Et ipse prxcedei in spirilu et virtute Elix. Éloge magnifique dans le peu de paroles qu'il contient : mais pour Fappliquer, tout grand qu'il est, à l'illustre Thérèse , je n'ai , mes très-cbères sœiirs , qu'à vous mettre devant les yeux, en quelques traits, son histoire, et qu'à vous faire suivre Fordre de sa vie. Qu'y trouverons-nous autre chose qu'une mort perpétuelle des sens par Faustérité la plus rigoureuse, et que de suhlimes élévations de Fâme par toutes les ferveurs et toutes les extases de la prière? Ce fut avec ees ailes mystérieuses qu'elle s'éleva au-dessus d'elle-même» et quelle alla se reposer dans le sein de son bien-aimé. En deux mots, double caractère de sa sainteté : un corps sacrifié comme une hostie vivante par la mortification, et une âme transformée en Dieu par Foraison. Voilà tout 4e partage et tout le fond de cette exhortation ; voilà ce qui vérifie les paroles de mon texte et l'application que j'en fais, savoir, que Thérèse fut dans ces derniers siècles l'héritière, et, pour ainsi dire, la dépositaire de toutFesprit d'Élie : In spiritu et virtute Elim. Mais à cela, j'ajoute que c'est par ce même esprit qu'elle a fait'dans Fordre du Carmel cette fameuse réforme dont l'Église a re^ et reçoH encorede nos jours tant d'édification iParare Domino piebem perfectam. Car, commençant par sa propre personne qui devait servir de modèle, elle a réformé le corps par l'austérité de YÎe qu'elle a pratiquée avec une constance héroïque; et elle a perfectionné Fesprit par Fusage de Foraison où elle s*est exercée avec de si merveil • leux progrès. Dans ces deux points , je tous proposerai de grands exemples à imiter, et c^est de quoi j'ai cru devoir vous entretenir aux approches de cette fête que vous allez célébrer en Fhonneur de votre glorieuse Mère. Le sujet vous intéressera, et mérite toute votre attention.