DE JÉSUS-CHRIST DANS LE JARDIN
Et progrenus pmUlum procidit in faciem smm, orans et dicens : Pater mi, siposiibite est, transeat a nu calix iit* : verumtanten non sicut ego voto, ud sicut tu.
S^êtant nvancé un peu plus loin , il se proslema le visage contre terre , priant et disant : Mon Père, s'il est possible, faites qur ce calice passe , et qa*U ne soit point pour moi : cependant, ({ue votre volonté s'accompUsse, et non la mienne. SaIiTt Matthieu, cbap. 26.
Voilà, chrétiens, le premier mystère et comme rentrée de tous les mystères de la Passion du Fils de Dieu, que nous devous méditer pendant le cours de ce carême. C'est la grande dévotion des âmes Ûdèles , surtout en ce saint temps , do considérer les souffrances de leur Sauveur, et cVst de cette méditation que les saints ont retire des fruits si mer* veilleux de grâce et de sainteté. Pour moi, mes frères, disait saint Bernard, depuis le jour de ma conversion, mon soin le plus ordinaire et le plus fréquent a été de cueillir, comme TÉpouse, ce bouquet de myrrhe , compose de toutes les amertumes et de toutes les douleurs de Jésus-Chnst, mon souverain Seigneur. Je Tai mis dans mon sein, et je Ta! appliqué à toutes mes plaies : Hune mi/ii jascicidum coiligere et intra viscera mea coUocare curavi, colkctumex amaritudhïibus DominimeL Car, comment pourrais-je oublier les miséricordes d'un Dieu souffrant, ajoutait ce saint docteur, puisque ce sont elles qui m'ont donné la vie ? et quel intérêt n'ai-je pas à les tenir profondément gravées dans mon souvenir, puisque c'est là que je trouve la vraie sagesse, que je trouve la plénitude de la science , que je trouve des trésors de salut, que je trouve enGn uu fonds inépuisable de mérites.' Inhis sapientiam, in his plenitudinem scientiœ, in his divitias salut i s , in his copiam meritorum. De là, mes frères, continuait encore le même Père, parlant à ses reli;;ieux, de là vient que je les ai si souvent dans la bouche, comme vous le savez; et que je les ai encore plus dans le coeur, comme Dieu le sait : car c'est là toute ma philosophie, c'est à la seule connaissance de Jésus qu'elle se réduit, et de Jésus cruciGé : IJœcphilosophiamea, scireJesum, et hune crucifixum. Tels étaient les sentiments de saint Bernard : faisons-en les nôtres, mes chers auditeurs; et puisque c'est pour cela que nous sommes ici assemblés, commençons dès aujourd'hui à étudier cette science sublime et suréminente
SUR LA PRIÈRE DE JÉSUS-CHRIST
de la charité de notre Dieu et de sa douloureuse passion. Ce que nous présente d*abord T Évangile, c'est Jésus-Christ priant dans le jardin , et acceptant avec une pleine soumission le calice que son Père lui a destiné et préparé : Verumtamen non tient ego voh, $ed sicut tu. Arrêtons-nous là, et pour notre édiûcation , apprenons nous-mêmes comment nous devons en tout nous conformer aux ordres de Dieu , et nous résigner à ses adorables volontés. Soumission d'une nécessité indispensable; soumission que tout chrétien doit conserver jusqu'à la mort, et sans laquelle il n'y a point de salut, puisque le salut devient impossible à quiconque refuse d'obéir à Dieu, et ne veut pas dépendre de Dieu; mais soumission qui, de toutes les vertus, est peut-être la moins connue dans le christianisme et la moins pratiquée. Elle renferme deux choses, qui vont partager cet entretien; savoir, le sentiment et Faction ; le sentiment dans le eœor, et Faction dans la pratique : le sentiment dans le cœur, pour vouloir tout ce que Dieu veut; et l'action dans la pratique, pour exécuter ensuite et pour faire tout ce que Dieu veut : deux devoirs que nous enseigne par son exemple le divin Maître qui s'est anéanti pour nous, et rendu obéissant jusques à la mort. Donnez, s'il vous plaît, à Tun et à l'autre une favorable attention.