‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 92 sur 408 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Eipoêipusillum, runusquiastabanttlicebantj Petro: Fere ex Mis es ; nam et GuHUbus es, Ille autem cœpUanathematizttfe, etjurart : Quia ne»cio Iwminem istum quem dicitit,

QoelqiM tempt après, ceux qui se trouvèrent là , dirent à Pierm : AMuréioent tous éles de ces gens-là ; car votis 6tes aussi de cllilée. Hais il se mit à faire des imprécaUons, et à dif« avec sermeat : Je ne connais point cet tiomme-là , dont ^oua me parlez. SAixr)lABO,ctiap. I4.

I<9*était-ce donc pas assez pour le Sauveur du monde qu*un de ses apôtres Teût trahi et vendu , et fallaitil que, dans son affliction, il eût encore la douleur de voir le prince même des apôtres le renoncer, et d*eiitendre celui qu*il destinait à être un jour le souverain pasteur des fidèles le charger d^anathèmes et le blasphémer ? Providence de mon Dieu ! vous le pennttes ainsi , selon les décrets éternels de cette justice impénétrable dont nous devons adorer les jugements sans entreprendre d*en découvrir le fond et de les examiner. Quoi qu*il en soit, cette colonne sur laquelle devait porter le saint édifice de 1 Église, fut ébranlée; Pierre tomba, et nous donna tout à la fois, dans sa chute, et un exemple sensible de la fragilité humaine , et une triste image de ce qui se passe tous les jours parmi nous. Car au nn'Iieu du christianisme; combien de chrétiens renoncent tout de nouveau Jésus- Christ ! mais avec cette différence bien essentielle et bien funeste pour nous, que Pierre ne renonça son mattre que dans une rencontre , et que par une prompte pénitence il prévint les suites malheureuses de son infidélité ; au lieu que nous renonçons ce Dieu sauveur habituellement, constamment , et que par là nous nous exposons à être renonces nous-mêmes. En deux mots qui comprennent tout le sujet de cet entretien , Jésus-Christ renoncé par les mauvais chrétiens , ce sera la première partie; et les mauvais chrétiens renonces par Jésus- Clîrist,ce sera la seconde. Deux vérités affligeantes que je prends ici occasion de traiter, et qui pour-

Ce fut sans doute un changement bien subit et bien étrange que celui de Pierre; ce fut une faiblesse bien condamnable, lorsque, voyant Jésus- Christ entre les mains des Juifs, et craignant d'être arrêté lui-même comme son disciple et enveloppé dans le même sort , il ne se contenta pas de mécoDnattre publiquement ce divin Sauveur, mais qu*il en vint jusqu'aux imprécations et aux serments. Était-ce là cethomme auparavant si résolu ainsi qu'il le protesta plus d'une fois, et si déterminé à perdre, la vie plutôt que d'abandonner jamais le Fils de Dieu? Eliam si oportuerit me moriy non te negabo. (Matth., 26.) Était-ce cet apôtre si ferme et si intrépide, qui seul dans le jardin s'était présente au combat contre une multitude de gens armés, et qui n'attendait qu'un ordre de son maître pour se jeter au milieu d'eux ? Domine , si percutimus in gladio f (Luc, 22.) Après de si belles démonstrations, après ' une conduite si hardie et des sentiments si généreux, une parole l'étonné; une simple fille le fait trembler : dans le trouble où il entre et la frayeur dont il est saisi , il devient blasphémateur et parjure; il renonce son Dieu et sa foi : Nescio hominem istum. (Matth., 26.) Dédire qu'en ce moment la grâce lui avait manque, ce serait renouveler une erreur proscrite dans 1 Église et flétrie de ses censures : mais disons avec plus de vérité, que dans cette fatale conjoncture il manqua à la grâce, qui pouvait le confirmer et le soutenir. De dire que sa chute fut une suite et le juste châtiment de sa présomption , c'est la pensée de tous les Pères et de tous les interprètes, autorisée par l'Evangile et fondée sur l'oracle du Saint-Esprit. Mais sans rechercher la source de son désordre, considérons le nôtre, et confondons-nous d'avoir tant de fois nous-mêmes renoncé Jésus-Christ, et de le renoncer peut-être encore tous les jours. Vous me demandez comment, et je vais vous l'expliquer.

C'est une plainte que faisait saint Paul écrivant à Tite son disciple , et déplorant la conduite de quelques chrétiens, fidèles tout à la fois et infidèles ; fidèles dans les paroles, mais infidèles dans la pratique et dans lesœuvres : ConfitenttursenosseDeum, factis autem negant, {Tit.^ 1.) Il est vrai, disait ce docteur des nations, ils parlent comme nous; mais ils n'agissent pas comme nous : ils confessent comme nous Jésus-Christ, Fils de Dieu et vrai Dieu ; mais ils n'observent pas comme nous sa loi , et par leurs mœurs ils blasphèment, non plus ce qu'ils ignorent, mais ce qu'ils connaissent et ce qu'ils croient. Or tel est le déplorable désordre où nous sommes tombés dans le christianisme, et voilà comment le

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