SUR L'ÉLOIGNEMENT DE DIEU ET LE RETOUR A DIEU
Hœc eum dixiuet , voce magna clamavU : Lazare, vetU foras ; et statim prodiit quifuerai moriuus.
*Ayant |>arlédela sorte, il cria àhaate Toix : Lazare, sortez : et à llieure même le mort sortit du toml)eaa. Saint Jean, chap. II.
SiRB Quand le Sauveur du monde ressuscita la fille du prince de la synagogue , il ne prononça pas une parole , et il se contenta de lui prendre la main et de la relever : Tenait manum ejus, et surrexU puelta. ( Matth., 9. ) Quand il ressuscita le fils de la veuve de Naim , il parla , et parla en maître : Jdolescens, tibi dico surge {léVQ.^ 7) : Jeune homme, levezvous, je vous le commande; et le mort aussitôt lui obéit: Et resedit qui erat moriuus, (Ibid.) Mais pour ressusciter Lazare', que fait-il? non-seulement il parle, mais il crie à haute voix; il prie son Père de l'exaucer, il pleure, il frémit, il s'émeut : Clamavit, lacrymattis est, infremuit, turbavit seipswn : ( JoA^., 1 1). Ne nous étonnons pas, chrétiens, de la différence de ces trois résurrections : en voici, dans la pensée de saint Augustin, tout le mystère. La fille du prince de la [synagogue venait d'expirer; elle avait encore, pour ainsi dire, son âme sur ses lèvres : lui rendre la vie, c'était , ce semble, un miracle facile à Jésus-Christ ; aussi ne lui encoûta-t-il que de le vouloir. Le fils de la veuve de Naïm n'était pas seulement mott, mais sur le point d'être inhumé; car on le portait en terre, et l'on faisait actuellement la cérémonie des funérailles : le ressusciter, c'était l'effet d'un pouvoir plus absolu; etvoilà pourquoi le Sauveur des hommes usa de commandement. Mais Lazare était déjà dans le tombeau , et il y était depuis quatre jours : faire revivre un mort de quatre jours, ce devait être le chef-d'œuvre et comme un dernier effort de la toute-puissance du fils de Dieu.
Or toutes ces figures, mes frères, dit saint Au* gustin , nous marquent de grandes vérités ; et ces résurrections visibles , si nous en savons pénétrer le secret , sont autant de règles que Dieu nous propose pour une autre résurrection intérieure et invi« sibte, mais bien plus importante, qui est la conversion de nos âmes. Rendons-nous donc attentifs , pour comprendre aujourd'hui ce que Dieu veut nous enseigner. Frappons à la porte, afin qu'on nous ou* vre : Omnia ista inniamtnobisaUqiUd: intentas nos
obtenir les lumières du Saint-Esprit, à qui seul 11 appartient de nous donner l'intelligenoe de notn évangile, implorons le secours de la Mère de Dieu, en lui disant ; Ave, Maria.
Il est évident, chrétiens, qu*outre la première vue que se proposa Jésus-Christ en ressuscitant Lazare, et qui fut de donner aux Juifs une preuve éclatante et convaincante de sa divinité, il eut encore dessein de nous marquer, dans toutes les ei^ constances de ce miracle, les déplorables suites da péché et les merveilleux effets de la grâce. Les déplorables suites du péché , pour nous en donner de l'horreur ; et les merveilleux effets de la grâce , pour réveiller notre confiance et pour exciter en nous le zèle de notre sanctification. En effet , m'attachât à mon évangile, et, selon l'interprétation de saint Augustin , le prenant dans un sens moral , sans m'écarter en rien du sens historique , j'y découvre deux choses très-utiles pour notre commune instruction , et qui vont partager cediscours, savoir, l'état d'un juste qui se pervertit , et l'état d'un pécheur qui se conve^ tit. L'état d'un juste qui se pervertit représenté dans la mort de Lazare ; et l'état d'un pécheur qui se convertit, figuré dans sa résurrection. L'un et l'autre, comme vous le verrez , si naturellement exprimé , que tout ce que nous dirons de Lazare, ou mourant et mort , ou rentrant dans la vie et ressuscité , vous instruira des vérités les plus essentielles qui regardent, ou notre éloignement de Dieu, ou notre retour à Bien. Venez donc, justes et pécheurs. Venez justes, et T^ connaissez-vous dans ce tableau, qui , sous la figure d'un mort, ami de Jésus-Christ, doit vous Êùre craindre souverainement la mort d'une âme par le péché. Venez , pécheurs , et contemplez-vousdansoe même tableau , qui , sous la figure d'un mort de quatre jours ressuscité, doit, si vous voulez profiter de la parole queje vous prêche, vous faire non-seulement désirer, mais espérer la résurrection de votre âme par la grâce. Venez , justes , et vous apprendrez quelles démarches conduisent même les amis de Dieu à l'état de perdition ; ce sera la première partie. Venez, pécheurs, et vous apprendrez par quelles voies vous devez marcher pour parvenir à une solide et véritable conversion ; ce sera la seconde partie. Heureux , si je puis engager par là les uns à ne pas déchoir de leur état de justice^ et les autres à sortir de l'état de leur péché.