PREMIÈRE PARTIE
Voulez-vous savoir, chrétiens , ce que c'est, à pn^ prement parler, qu'une communion faite en état d« grâce? Écoutez saint Chrysostôme; il va vous l'apprendre. C'est, dit ce Père , une réception solenodle que nous faisons à Jésus-Christ dans nous-mêma, et une entrée triomphante que Jésus-Christ fait dans nous. Pouvait-il s'en expliquer plus ad>leiBeBt, et n'ai-je pas eu raison de m'attacher d'abord à sa pensée pour vous dire que le triomphe et l'anlrée da Sauveur du monde dans Jérusalem est la plus juste idée d'une bonne communion?
Mais, afin de mieux comprendre la diote,eiaminons, chrétiens, toutes les cirooiistaoees particulières marquées dans l'Évangile, et voyez li le dessein de Dieu n'a pas été visiblement de xm% proposer le modèle le plus parfait de l'aelion la plus sainte du christianisme, qui est la commoDÎoa? Car, premièrement, cet Honune-Die» est reçu avec honneur dans Jérusalem; mais par qui? par ses amis, par les sectateurs de sa doctrine, par ceux que l'on distinguait dans la Judée pour être du nombre des siens ; en un mot, par ses diidples, qui, | malgré l'envie , ne laissaient pas de ûùre on parti { considérable, puisque saint Luc témoigne qu'ils ' accoururent en foule : Et cœperunt çmne$ (icrte discipulorum gaudenies laudare, (Luc, 19.) Eu second lieu, ces fervents disciples, transporta de zèle pour la personne de leur maître, n'attendent pas qu'il soit aux portes de la ville pour se disposer à le recevoir : au premier bruit qu'ils entendent de sa venue ils sortent de leurs maisons, et par respect ils viennent au-devant de lui : Et cwn audip-
SUR LA COMMUNION PASCALE
emi guiavenUJesuSjprocesserunt obviant. (Joàn. , .3.) D® pl^i ils s® présentent à lui, les uns porant des branches de palmiers, AcceperwU rtxmos nUmarum (Ibid.); et le$ antres avec des branches roUTiera, qu*ils coupaient sur la montagne , selon a rennarque expresse de TÉ? angile. Or, la palme ssl le symbole de la victoire, et Tolive, le signe de ai paix; ce qui ne fîit pas sans mystère, comme je raia vous Texpliquer. Enfin ils se dépouillent de leurs Tétements, ils les mettent sous les pieds de lésas-Christ , en les étendant le long du chemin par où il devait passer : PUsrima autem turba straoenmivesUmentasuainvia,(MkTrn,t 31.) Excellente idée de la communion des justes, et des saintes dispositions qu*une âme chrétienne doit apporter à la participation du corps de Jésus-Christ et de son adorable sacrement. Mais ce n*est pas assez p«or nousd*en avoir l'idée; Dieu veut que nous Doos rappliquions dans la pratique, et que d'une flgure nous en fassions une vérité. Tâchez donc, mes chers auditeurs , à bien entrer dans les saintes leçons que j'ai à vous faire.
Il faut être disciple de Jésus-Christ pour mériter de le recevoir dans son sacrement, et c'est la première disposition : mais ne sommes-nous pas tou3 ses disciples en qualité de chrétiens? Il est vrai, mes frères, et je le sais; mais je dis que pour participer au divin mystère il ne suffit pas d'être disciple du Sauveur par une profession extérieure, qui souvent ne fait qu'augmenter notre indignité quand elle n'est pas soutenue du reste; et j'ajoute qu'il le faut être en esprit et par un sentiment de religion, puisque sans cela , bien loin que Jésus-Christ nous avoue pour ses disciples, il nous regarde comme ses ennemis. Or il s'est lui-même déclaré qu'il ne voulait faire la pâque qu'avec ses disciples. Mais il ne parlait alors que de la pâque judaïque, qu'il allait célébrer selon la loi : ah! j'en conviens, répond saint Chrysostâme; mais s'il parlait ainsi de l'ancienne pâque, que pensait-il de la nouvelle , qui devait être le don des dons , et la plus excellente de tontes les grâces? et s'il fallait être son disciple pour manger avec lui une pâque qui n'était que la figure de son corps, que ne faut-il point être pour manger celle qui n'est rien moins que la substance même de son corps? Enfin, n'est-il pas de la foi que tout ce qui s'observait dans la pâque des juifs était une leçon pour nous, mais une leçon exacte et précise de ee qui devait être accompli dans celle des chrétiens?
Qu'il n'y ait donc personne assez téméraire, concluait éloquemment saint Chrysostdme, pour prétendre à cette pâque, en recevant l'agneau véritable qui y est immolé , sans avoir ee caractère particulier de disciple de Jésus-Christ; qu'il ne s'y présente
point de Judas, point de pharisiens, c'est-à-dire point de traître, point d'hvpocrite, point de simo* niaque ni de profanateur des choses saintes : ee sont les paroles de ce Père : Nemo accédât nUi amicui, nuÛus avarus, nuUus fxneratoTf mUku impuéU» eus. (Chbysost.) Car je vous avertis, ajoutait ce saint docteur, que cette divine table n'est point pour eux; Nam et taks htec mensa non suscipii. (Ibid.) S'il y a un disciple fidèle et sincère, qo'il vienne, parce que c'est lui qui, par le choix de Jésus-Christ même, y doit être admis : Si quU est dlscijpukujadsit. (Ibid.) Pour les mondains, pour les sensuels, pour les scandaleux et les impies, ils en sont exclus; et s'ils osaient y paraître, nous qui sommes les prêtres du Seigneur et les dispensateurs de ses mystères, nous ne craindrions p^int d'user du pouvoir que Je Dieu vivant nous a mis en main pour leur en interdire l'usage. Fûtrce le premier conquérant du monde qui s'y présentât, Sioe princeps miiUiss (Ibid.) , fût-ce le premier monarque du monde , Sive imperatar, nous M ferions entendre les défenses et les menaces du sonve» rain Maître dont il viendrait profaner le céleste banquet. C'est ainsi que cet homme de Dieu, s'aoquittant du même ministère que moi , préparait le peuple d'Antioche à la plus importante action du christianisme; et tel est l'ordre que le grand apêtre avait intimé à toutes les Églises par ces courtes paroles, mais qui, selon le concile de Trente, ooosprennent en abrégé toutes les dispositions requises pour avoir part au sacrement du Fils de Dieu : Probeù autem seipswn homo. (1. Cor. ^11.) Que rhomsae donc s'éprouve lui-même, c'est-à-dire qu'il se consulte lui-même, qu'il interroge son cœur, et que, sans s*aveugler, sans se flatter, il s'examine devant Dieu s'il est en effet de ceux qui appartiennent à Jésus-Christ, et que Jésus-Christ reconnaît pour ses vrais disciples : car si nos consciences ne nous rendent pas sur ce point un témoignage favorable, et qu'avec humilité nous ne puissions nous glorifier de ce beau nom , il ne nous est point permis de faire la pâque, et nous n'y devons pas penser. Je me trompe, chrétiens; parlons plus correctement., et disons que nous y devons penser, et y penser efficacement pour l'honneur de Jésus-Christ même; et si, pour n'y avoir pas pensé, nous manquons à le recevoir dans cette pâque solennelle, nous commettons un nouveau crime, et nous désobéissons à ses ordres. Quoi donc! l'ordre de Jésus-Christ est-il que nous le recevions sans être du nombre de ses disciples? A Dieu ne plaise , chrétiens, puisque c'est ce qu'il a le plus en horreur 1 mais il nous ordonne de nous déclarer ses disciples; et si nous n'avons pas été jusqu'à présent de ce nombre, il veut que nous commentons à en être, pour satisfaire à l'obligation indispensable où nous sommes
SUR LA COMMUNION PASCALE
de prendre place parmi les conviés qu*il fait appeler. Voilà le précepte non-seulement ecclésiastique, mais divin, qui vous est aujourd'hui signifié par les pasteurs de vos âmes, où le Sauveur des hommes, de quelque condition que vous soyez, veut célébrer la pâque avec vous. Vous êtes indigne de cette grâce , mais il veut que vous vous en rendiez digne ; vous êtes pécheurs, mais il veut que vous deveniez justes; vous êtes dans les engagements criminels du monde, mais il veut que vous en sortiez, et que vous vous mettiez en état d'approcher de lui. Point d'excuse, ni de délai; son ordre presse, et il lui &ut obéir. Dans les autres temps de Tannée, peutêtre auriez-vous droit d'user de remise , et de vous prescrire un terme pour former cette résolution ; mais aujourd'hui il n'est plus question de résoudre, il est temps d'exécuter et d'accomplir. Le terme est échu, et le maître des maîtres vous envoie dire que c'est chez vous que cette pâque se doit faire : MagUter dicU : Apud tefaciopascha. ( Matth. , 26.) Pour cela il faut que votre cœur, qui est comme le domicile et le sanctuaire qu'il a choisi , soit purifié par la pénitence; et le même commandement qui vous engage à l'un vous oblige à l'autre. Par conséquent, il &ut rompre vos liens, et par de généreux ^orts vous détacher une fois de la créature et de vous-mêmes. Et c'est en quoi le précepte du Fils de Dieu est admirable , je veux dire en ce qu'il vous met dans une si heureuse nécessité. Car il ne s'agit pas moins pour vous que d'être), ou des sacrilèges, ou des excommuniés : des sacrilèges, si vous recevez 08 Dieu de sainteté sans vous y être disposés par une contrition sincère; des excommuniés, si, par votre impénitence, vous vous trouvez hors d'état de le recevoir.
Cependant il ne suffit pas d'être disciples du Sauveur pour mériter qu'il vienne à nous; il faut encore aller au-devant de lui et le prévenir. Vous savez comment ces troupes sorties de Jérusalem s'avancèrent jusque vers la montagne des Olives , n'attendant pas que Jésus-Christ fât arrivé pour commencer les honneurs de l'entrée qu'on devait lui faire : Cum audisserU quia venit, processerunt obtHam ei, (Joan., 12.) Ainsi, par un mouvement de ferveur, anticiper la venue de ce Dieu-Homme, c'est une seconde disposition nécessaire pour le recevoir selon les règles et l'esprit de la vraie piété. Je m^explique. Car faire ce qui se pratique aujourd'hui, et ce que la lâcheté du siècle n'a rendu que trop commun; se réserver jusqu'au jour de la communion même pour y penser; différer à la solennité de Pâques les préparatifs que la religion demande; croire s'être acquitté de son devoir parce qu'on a pris quelques moments pour se recueillir devant Dieu; venir à la hâte et dans la foule s'accuser de ses désordres, et immédiatement après se
présenter à la sainte table; confondre les exercices de la pénitence ave<; la communion , et souvent communier sans avoir fait aucun exercice de pénitence : ah! chrétiens, c'est une indignité; et quiconque agit de la sorte attire sur soi l'anathème de saint Paul , qui lui reproche de ne pas faire un juste discernement du corps du Sauveur, et qui le menace de manger avec cette viande céleste sa propre condamnation. Je parle à vous, mes chers auditeurs, qui, dans la profession que vous faites d'une vie mondaine et dissipée, approchez plus rarement de ces sacrés mystères , et qui vous contentez peutêtre une fois dans le cours d'une année de manger ce pain établi paV Jésus-Christ pour être le pain de tous les jours : c'est vous que ceci regarde. Car pour les âmes innocentes qui en font leur nourriture ordinaire, quoiqu'elles aient absolument sujet de craindre, elles ont encore plus droit d'espérer. Une communion les dispose à l'autre : la vie régulière qu'elles mènent , les bonnes oeuvres qu'elles pratiquent, leur assiduité à fréquenter les autels, tout cela, dans la doctrine des Pères, leur sert de préparation et d,'une préparation continuelle au divin sacrement.
Mais pour vous qui tenez une conduite directement opposée; pour vous qui vous faites un devoir non-seulement d'être du monde, mais de vivre selon les maximes du monde; pour vous dont les liaisons, les habitudes, les divertissements, les emplois ne sont qu'un enchaînement de péchés ajoutés sans cesse les uns aux autres; pour vous qui n'avez aucun usage des choses de Dieu , et qui passez les années entières sans faire . peut-être une réflexion sérieuse sur l'affaire de votre salut; pour vous dont le dernier soin est de veiller sur votre cœur, et qui vous étant formé une conscience libre, disons mieux, une conscience libertine, ne trouvez rien de plus commode que de n'y rentrer jamais et d'ignorer toujours ce qui se pas se; pour vous enfin qui ne communiez que par je ne sais quelle bienséance, et quand le précepte vous y oblige : attendre à vous y disposer que vous soyez au jour précis où vous devez satisfaire à cette obligation, c'est mépriser votre Dieu et faire outrage à son sacrement ; c'est anéantir l'effet de sa venue , c'est vous exposer vous-mêmes à un scandale presque inévitable. Carejifin, mon frère, dirais-je à un de ces pécheurs, si vous vous adressez à moi dans ces jours de solennité, et que je ne vous trouve pas en état de recevoir cette grâce de réconciliation sans laquelle il ne vous est pas permis de communier, (or qu'y a-t-il de plus ordinaire à des hommes comme vous?) que ferai-je alors? Vous accorderai -je la grâce de l'absolution que vous me demandez? je trahirai donc mon mim'stère. Ne vous l'accorderai-je pas? il faudra donc que vous ne mangiez point l'agneau avec le reste des fidèles , et que
SUR LA COMMUNION PASCALE
rous soyez absent de la table de Jésus-Christ. Si je TOUS y admets , je suis prévaricateur, et je me damne lyec vous : si je vous en exclus, vous scandalisez 'Église. Voyez-vous l'extrémité où vous vous jetez pour n'avoir pas pris les mesures que la loi de Dieu et la prudence chrétienne vous prescrivaient? Que par considération pour votre personne j'intéresse I*honneur du sacrement qui m*a été confié , c'est à quoi il n'y a pas d'apparence que je me détermine jamais. Je sais trop quelles sont les bornes de mon pouvoir, et l'éclat de votre fortune et de votre iignité ne m'éblouira pas. Qu'arrivera-t-il donc? ce que je dis : qu'il n'y aura ni pâque, ni sacrement, ni culte de religion pour vous , et qu'ensuite on rous remarquera ; que celui qui se trouve chargé , somme pasteur, du soin de votre âme , en sera dans l'inquiétude et dans le trouble; que votre mauvais sxemple se communiquera, que le libertinage prenira sujet de s'en prévaloir, et que vous serez responsable de l'abus qu'il en fera': pourquoi? parce ]ue vous n'avez pas usé de la diligence nécessaire pour vous préparer. Si dès l'entrée de ce saint :emps , convaincu comme vous Tétiez du désordre le votre conscience , vous eussiez eu recours au renède que l'Église vous présentait , et que par une )révoyance chrétienne , vous fussiez venu dès lors rous soumettre à son tribunal , on aurait mis ordre i tout. Vous n'étiez pas encore en état de participer lu corps de Jésus-Christ, mais on vous y aurait lisposé; vous étiez trop faible pour manger ce pain le vie , mais on vous aurait fortifié; on aurait guéri 'OS plaies, on vous aurait excité à sortir de vos ha- Htudes , on vous aurait fait passer par les épreuves le la pénitence , et , après les épreuves de la pénience, revêtu de la robe de noces , on vous recevrait nfin maintenant dans la salle du festin. Aussi este pour cela , chrétiens , que le carême est institué ; t nous apprenons des anciens conciles que dès les fremîers jours de ce jeûne solennel on obligeait les idèles à se sanctifier, c'est-à-dire , dans le style de É(!riture , à se purifier par la confession , et qu'on » préparait ainsi à célébrer dignement la pâque. S'il
avait même des pécheurs publics, on les faisait arattre dès le jour des Cendres couverts de cilices, our les initier, si j'ose parler de la sorte, et les ^éger parmi les pénitents. Voilà comme on en sait; et nous voyons encore dans quelques églises es vestiges d'une discipline si religieuse et si louale. Toutefois ces pécheurs, remarque le docteur igélique saintThomas, n'étaient pas plus coupables le plusieurs de nous, et le corps de Jésus-Christ, l'ils devaient recevoir, n'était pas plus saint ni plus înérable pour eux que pour nous. Mais aujour- Imt Ton a trouvé moyen d'abréger les choses, et ,
je puis me servir de cette expression, d'en être litte à bien moins de frais.
Je ne dis point ceci pour favoriser aucun sentiment particulier, et je n'ai pas même besoin de justification sur cela; mais en vérité, mes chers auditeurs, avouons-le à notre confusion , nous avons bien dégénéré , et nous dégénérons bien encore tous les jours de la sainteté de notre foi! De tous ceux à qui j'adresse cette instruction , et qui composent vraisemblablement la plus nombreuse partie de cet auditoire , c'est-à-dire de tant de personnes engagées dans le péché , à peine peut-être y en a-t-il quelquesuns qui aient fait le moindre effort pour se disposer à la communion pascale. En dis-je trop , et serais-je assez heureux pour me tromper? Cependant à cette fête prochaine on verra des hommes tout corrompus de vices, des Lazares encore ensevelis dans l'iniquité, des morts non pas de quatre jours, mais de quatre mois, mais de quatre années, qui se produiront à la face de l'Église, et qui|, pleins d'une confiance présomptueuse , demanderont tout à la fois qu'on les délie, qu'on les ressuscite, et qu'on les fasse asseoir à la table du Seigneur. Ahl mes frères, s'écrie saint Bernard , il n'appartient qu'au Seigneur lui-même d'opérer de semblables prodiges : notre juridiction et notre puissance ne s'étend point jusque-là; ce miracle est au-dessus de nous. Que fautil donc faire? ce que font ces troupes zélées qui sortent de Jérusalem, et qui se mettent en marche du moment qu'elles apprennent que Jésus-Christ approche : Cumaudis8ent,processerunt, (Joan., 12.) Vous l'apprenez vous-mêmes, chrétiens, et je vous l'annonce actuellement de ^a part : Ecce sponsus t7«iiY (Matth., 25) : oui , mes frères, puis-je vous dire , voici l'époux qui arrive : il est presque aux portes de votre cœur, et dans fort peu de jours il y doit faire son entrée. Ne vous laissez pas surprendre : Exite, sortez, pour ainsi dire, hors de vou»mêmes, hors du tumulte de vos passions, hors de l'embarras de vos intrigues malheureuses , hors du trouble et de la dissipation où vous jettent vos affaires temporelles. Ne ressemblez pas à ces vierges folles qui s'endormirent; mais tenez-vous prêts, et allez au-devant du maître qui vient vous visiter, ExUeob' viam ei. Si vous avez différé jusqu'à ce jour, après vous en être confondu devant Dieu, appliquez-vous à réparer ce que vous avez perdu de temps. Considérez, et la sainteté de l'action que vous avez à faire, et la grandeur du Dieu que vous avez à recevoir. Pour lui faire un triomphe sortable et conforme à ses inclinations, n'oubliez pas d'envoyer les pauvres devant vous, chargés de vos libéralités et de vos aumônes. Il y en a d'abandonnés dans les prisons, de languissants dans les hôpitaux , de honteux dans les familles : cherchez-les pour les soulager, et ils se joindront à vous pour vous seconder. Mais surtout souvenez-vous de la grande leçon du prophète , contenue dans ces paroles : Prxoccupemusfaciemejuf
SUR LA COMMUNION FÂSCALE
in cot^esiUme. {Psalm. 94.) Avant que ce Dieu de gloire vienne à vous , prévenez-le et gagnez-le par une confession exacte et sincère de tous les déréglemenU de votre vie. N'attendez pas jusqu'au moment qu'il faudra lui donner le baiser de paix ; votre bouche serait encore infectée de l'impureté de vos crimes. Dès aujourd'hui, s'il se peut , déchargez-vous de oe fardeau pesant qui vous accable, afin que votre âme libre et dégagée puisse avancer à plus grands pas vers ce Seigueur qui daigne bien descendre pour vous du trône de sa majesté. Eh quoil mon frère, reprend saint Chrysostôme, si présentement et à l'heure que je vous parle on vous annonçait que le plus grand roi de la terre vient en personne loger chez vous ; que c'est lui-même qui , par un choix particulier, a voulu vous gratifier de cet honneur, et qu'il ne prétend rien moins par laque devons anoblir pour jamais, que d'établir votre fortune et de vous combler de biens, que ne feriez- vous pas? quels soins, quels empressements, quelle activité! Que ne faitesvous pas même tous les jours pour un ami , et comnient en usez-vous? Ces comparaisons sont familières et communes; mais c'est pour cela même, dit saint Chrysostôme, que les prédicateurs de l'Évangile doivent s'en servir, parce qu'elles rendent les choses plus sensibles, et qu'elles font toucher au doigt les plus essentielles obligations du christianisme.
Je dis plus : pour recevoir Jésus-Christ dans la communion, il &ut aller au-devant de lui; mais comment ? comme les disciples « avec des branches de palmiers et d'oKviers : troisième circonstance d'où je tire une troisième instruction. Voici ma pensée : Jccepenmt ramoi paltnarum ( Joan . , 12 ) ; ils prirent, dit saint Jean, des palmes dans leurs mains : aUi autem cœdebant frondes de arboribus (Mabc. , 1 1 ) ; les autres coupaientdes branches d'arbres. Or ces arbres étaient des oliviers , puisquece fot sur lamontagiie même qui en portait le nom que les disciples allèrent trouver le Fils de Dieu : ei cum appropinquaretjam ad descensum montU OliveH. (Luc, 19.) Que signifie cela? Rien de plus évident, dit saint Augustin, que ce qui nous est en- SMgné par le Saint-Esprit , et marqué sous ces deux symboles : c'est que ni vous , ni moi , ne devons point approcher de Jésus-Christ si nous ne portons la palme en témoignage de la victoire que nous avons remportée sur le péché, et l'olive pour signe de la paix que nous avons conclue avec Dieu. Prenez garde, chrétiens; saint Augustin ne dit pas que pour bien communier il suffit d'avoir remporté quelque avantage sur fennemi, ni que nous devions nous contenter d'avoir fait avec lui une simple trêve, et que ce soit assez de nous être soustraits pour un temps de sa servitude, et d'avoir gagné sur lui, ou plutôt sur nous-mêmes, une réforme de quelques
jours : car cet esprit séducteur ne vous la disputera pas, puisqu'il l'accorde aux plus libertins, et que c'est un artifice dont il se sert pour se les attacher encore plus étroitement. Il y a peu de pécheurs si abandonnés qui , dans ces saints jours, ne se modèrent, ne se contraignent , et n'affectent tout Textérieur d'un pécheur touché et converti. Mais cela n'est rien, mon cher auditeur; ce n'est point là ce que Jésus-Christ attend de vous , ni le point de pratique que l'on vous prêche. On vous dit que pour recevoir cet Homme-Dieu, il faut que vous vous présentiez à lui avec la palme , c'est-à-dire après avoir vaincu véritablement, eCQcacement, parfaitement le péché qui règne en vous. Or vous savez que dans cette guerre spirituelle les trêves et les suspensions d'hostilité n'ont point communément d'autre effet que de fortifier de plus en plus votre ennemi , que d'allumer la passion, que d'irriter la cupidité. Vous succomberez donc, par des rechutes encore plus dangereuses, à de nouvelles attaques. Après un mtervalle de liberté et de fausse paix, vous vous trouverez plus esclave et plus pécheur que vous ne l'aviez jamais été; et si cela est , vous n'êtes point du nombre de ceux dont Jésus-Christ puisse être reçu en triomphe. U faut avoir la palme, et être vaio queur, autrement vous n'avez point droit de vous ioindre aux troupes de ses disciples : pourquoi? parce que vous êtes encore dans les fers et dans la tyrannie du prince du monde. Il s'agit d'en sortir une bonne fois , et de faire le même effort que l'épouse des cantiques, lorsqu'elle disait : Jêœndam in pttlmam, et apprehendamfivctui ^fus ( CamLj 7 ) : Oui , la résolution en est prise; je monterai sur le palmier, et j'en cueillerai les fruits. Quels sont ces fruits ? les fruits d'une salutaire pénitence. Jusqu'à présent, direz- vous, je n'en ai pria que les feuilles, je n'en ai eu que les apparences, que les dehors , que les belles paroles, que les idées, que les désirs inutiles et inefficaces; mais aujoordliai je suis déterminé à monter plus haut , et j'en veux prendre les fruits : Jscendam in palmam, d apprehendam fructus ejtu. Il y a trop longtemps que Dieu me sollicite , et je ne puis plus lui résister. Ces fruits ne Seront pas au goût de la nature; mais la charité, dont le goût est bien plus exquis, m'y fera trouver des délices qui surpassent tous les plaisirs des sens. Cest ainsi, dis-je, chrétiens, que vous devez agir, et que vous ferez triompher Jésus-Christ.
Enfin, les disciples se dépouillèrent de leurs vêtements, et les étendirent dans le chemin par où le Fils de Dieu devait passer : Fiurbna turba straveruntvestimenta sua (Matth., 21) ; cérémonie dont je voudrais inutilement vous développer le mystère, puisque vous le comprenez déjà; cérémonie qui, par elle-même, vous instruit bien mieux que moi da
SUR LA qOMIfUraON PASCALE.
de Térité , que pour rerevoir dignement le es hommes dans le sacrement de ses au-
devez quitter tout ce qui s'appelle super^ idaine, surtout cette superfluité d'habits, snts, de parures qui, selon la pensée de I, est comme une idolâtrie et une espèce [oe TOUS rendez à votre corps; que vous »je, la quitter, non par des considérations , mais par un respect religieux. On vous nt de fois, mesdames, et personne ne le iz savoir que vous-mêmes; vous le reconevant Dieu, combien ce luxe pro&ne est l'humilité de votre religion , de combien de
est le principe , à combien de scandales il ise. Mais ce que je ne puis comprendre, c'est aussi portées que vous l'êtes à tout ce qui a vraie piété , on vous engage néanmoins
de peine à la pratique de ce détachement. ) ne puis comprendre, c'est qu'après tant itrances que Ton vous a faites; après les le vous a données saint Paul, l'organe et rte du Saint-Esprit; après les exhortations ïs des Pères de FÉglise, qui ont traité ce Qdorale comme un des plus essentiels à vo-
après votre propre expérience, plus capaus convaincre que tous les discours, vous iz encore avec Dieu pour conserver ces reslonde dont on ne peut vous déprendre. Ce x>nne, c'est qu'après tant de communions ie toujours parmi vous d'aussi passionnées te vanité, d'aussi affectées dans leurs perd'aussi curieuses de plaire que les âmes les irtines et les plus déréglées. Voilà ce qui rend. Mais ce scandale ne cessera-t-il point, erez-vous à Jésus-Christ, je dis à Jésusntrant dans votre cœur, un sacrifice aussi néanmoins aussi nécessaire et aussi agréa- ; yeux que celui-là? Ah! mes frères , conclut nbroise, quel avantage pour vous de pou- •e un triomphe à votre Dieu des mêmes choont le sujet de vos désordres ! Quelle con*
de le pouvoir honorer non- seulement de nrfluités , mais de vos vanités mêmes! U faut lous les pieds de Jésus-Christ tout ce que 1 du monde invente pour se donner un faux pour se distinguer. C'est ainsi que vous irez la communion, et que la communion Ktifiera : car écoutez ce que Jésufr^^hrist » part. Il viendra dans vous comme un roi , mme un roi triomphant; et c'est ce qu'il me lui-même de vous annoncer : DicUefiUa Eecerez tuus venil (Matth., 21) : Dites de Sion : Voici votrejoi qui vient. Or quelle te fille de Sion? Dans le sens même de la tie, c'est l'âme juste; et c'est proprement communion que cette prophétie a son effet.
Oui, chrétiens, c*est alors que le Firs do Dieu fera son entrée dans vous en souverain et en roi : car la foi nous apprend qu'il est roi, et, selou les termes formels de saint Luc, son royaume est au milieu de nous : Regnum Del hUravos eêt. ( Luc, 17. ) Le del et la terre lui sont absolument soumis ; mais c'est dans le cœur de l'homme, dit saint Augustin, qu'il se platt surtout à r^er : pourquoi? parce qu'il le regarde, poursuit ce saint docteur, comme un royaume de conquête. Il veut y être reçu, et y établir sa demeure. Or quand je communie en état de grâce, il est vrai de dire non-seulement que Jésus-Christ est en moi, mais qu'il y est en souverain; qu'il y règne, qu'il y commande, qu'il s'y fait obéir, qu'il y tient toutes mes passions sujettes sous la loi de son amour, qu'il y réprime ma colère, qu'il y étouffe mes vengeances, qu'il y domine ma cupidité, en un mot, qu'il est mon roi : Ecce rex tuus.
Si je m'arrêtais à cette première vue, que ma religion me donne, je demeurerais saisi de frayeur; et , surpris de la présence d'une si haute majesté, je m'écrierais avec saint Pierre : Exi a me, quia hotno peccator sum (Luc. , 5) : Retirez-vous de moi. Seigneur, parce que je suis un homme rempli de misère et de faiblesse. Mais ce Dieu de gloire, par un artifice et un prodige de sa charité, m'apprend bien à ne pas porter trop loin ce prétexte, quoique spécieux, d'une défiance respectueuse : car s'il vient à moi , c'est en qualité de roi débonnaire et plein de douceur : Dicite fiUx Sion : Ecce rex tuus venU tibi mansuetus. (Matth., 21.) Non, non, ditsaint Chrysostême, sa grandeur n'est point un obstacle qui rempêche de s'humaniser avec nous , et de s'incarner en quelque sorte dans nous ; et nous n'avons pas les premières idées du mystère de son corps et de son sang, si nous ignorons qu'il se fait même une grandeur de cette condescendance infinie. Sa divinité était un abtme de lumières, dont nous aurions été éblouis; pour nous la rendre supportable, il l'a couverte du voile de son humanité. Son humanité aurait eu trop d'éclat; il la cache sous les espèces d'un sacrement qui n'a rien à l'extérieur que de simple et de conunun. Ce sacrement, par ce qu'il contient, aurait encore pu nous éloigner de lui; il nous le propose comme un pain et comme une viande qui nous doit nourrir, et que nous devons manger. Tout cela pour nous fi^re entendre ce qu'il dit dans r Écriture, que ses délices sont de demeurer, tout Dieu qu'il est, avec les enfants des honunes, et qu'il ne veut être notre roi que pour avoir droit do nous prévenir et de nous combler des bénédictions de sa douceur : Ecce rex tuus venU tibi maneueius. Quand il entra dans Jérusalem, il n'y avait autour de lui que pompe et que magnificence, et cette magnificence était bien due à un Dieu aussi grand que
SUR LA COMMUNION PASCALE
loi ; mais, dans sa personne, ce n'était que modestie, que pauvreté, qu'humilité. Ainsi quand il descend sur Tautel, des millions d'anges y descendent avec lui pour lui faire escorte et pour l'accompagner. Ce n'est point là une de ces pensées pieuses qui ne sont fondées que sur de légères conjectures. Saint Jean Chrysostome n'était point un esprit faible, et il nous témoigne lui-même qu'il a vu ces légions célestes, J^idi ipse; qu'il les a vues, dis-je, s'assembler autour de Jésus-Christ et l'environner : yidi ipse turbas angelorum e cœlo descendentium. (Chrysost.) Mais du reste, c'est sur ce même autel que ce Dieu d'amour obscurcit toute sa splendeur; c'est là qu'il s'abaisse, là qu'il se fait petit et pauvre, afin que nous puissions avoir un plus facile accès auprès de lui ; car s'il ne s'était humilié , dit saint Augustin, nous n'aurions jamais osé prendre cette divine nourriture et y toucher : Nlsi enim esset humills, non manducaretut, (Aug.) Ah! Seigneur, je le reconnais; et dès à présent je vous rends tous les hommages de respect, d'obéissance , de reconnaissance que je dois vous rendre dans ma communion. U n'appartient qu'à vous de joindre à une majesté incompréhensible de si profonds abaissements. Si les rois de la terre ne paraissaient que dans l'humiliation et dans un dénûment entier de toutes choses , ils ne pourraient soutenir leur royauté : mab la vôtre se soutient par elle-même, puisque vous êtes roi par vous-même , et que votre souveraine puissance est inséparable de votre être. Dicite JUix Sion : Ecce rex iuus venU tibi mansuetus. (Matth.,21.)
Cependant, chrétiens , prenez-vous garde à cette parole, verUt tîbif Peut-être n'y pensez-vous pas; mais que ne comprenez- vous le don excellent qu'elle renferme! Elle vous fait connaître que cet Homme- Dieu dans la communion vient non-seulement à nous et pour nous, mais pour nous uniquement et singulificement : en sorte que si nous étions seuls dans le monde capables de participer à ce mystère , il sortirait encore du sanctuaire où il réside et des tabernacles où il repose, pour venir avec toute la plénitude de sa divinité prendre place dans notre cœur. Et en effet, combien de fois vous a-t-il honoré de cette grâce, sans que nul autre que vous se présentât pour y avoir part? et combien de fois a-t-on pu dire que c'était pour vous seul qu'il quittait l'autel et qu'il était porté comme en triomphe par les mains des prêtres : Ecce rex tmis venii iibif De vous apprendre en détail les avantages que vous devez tirer d'une union si intime avec lui , c'est ce qui demanderait on discours entier. Mais je manquerais à mon sujet, et à ce qu'il me fournit de plus remarquable pour votre instruction , si je ne TOUS disais pas que le Sauveur vient à nous pour opérer invisiblement dans nos âmes les mêmes mi-
racles qu'il opéra visiblement sur les corps après son entrée dans Jérusalem. Car l'Évangile ajoute que tout ce qu'il y avait de malades, d'aveugles, de paralytiques parut devant lui , et qu'il lesgoérit; Tune accesserunt cxci et claudi , et ionavU eot, (Matth., 21.) Or ce n'est point une conjecture, c'est un point de foi que l'effet propre de la corn* munion, ou plutôt de U présence de Jésus-Christ par la communion , est de guérir nos infirmités spirituelles, ces faiblesses, ces langueurs, ces dégoûts pour le bien , ces inclinations au mal à quoi une âme juste et convertie peut encore être sujette. Et pourquoi ne le ferait-il pas? il guériissait bien les mala-* dies les plus désespérées par le seul attoucfaemeot de ses habits : aurait-il moins de vertu quand il nous est substantiellement et si étroitement uni ? Oui , clirétiens , il veut guérir ces restes de corruption que le péché, quoique effacé par la pénitence, aurait laissa dans votre cœur; et si vous ne l'empêchez point d'agir, il fera dans vous des prodiges qui édifieront toute l'Ëglise, et qui vous surprendront vous-mêmes. De violents et de passionnés que vous étiez, il vous rendra doux et modérés, de se^jisuels et de voluptueux , patients et mortifiés ; de vains et d'ambitieux, humbles et soumis; enfin il vous transformera en d'autres hommes. Allons donc à lui, mes frères; allons lui découvrir toutes les plaies de nos âmes, et lui dire comme le prophète :5ana me, DominCy etsanabariJvBXK.j 17): Seigneur, vous voyez l'état où je suis : me voilà attaqué de bien des maux. Mais gùérissez-moi, et je commencerai à jouir d'une santé parfaite : Sana tne. Domine, etsanabor. Je suis aveugle, éclairezmoi; je suis inconstant, affermissez-moi; je sois faible, fortifiez-moi. U n'y a que vous, ô mon Dieu, qui puissiez opérer ce miracle; et toute autre guérison qui ne viendrait pas de votre main ne serait qu'une guérison apparente : Sana me. Domine ^ et sanabor. Il faut donc que vous y travailliez vousmême; mais pour y travailler efficacement, Seigneur, c'est assez que vous disiez une parole. Prononcez-la cette parole de grâce : Tanium dieverho, (Matth., 8.) Dites à mon âme que vous êtes son salut , et elle sera sauvée : Die animx me«, Sabu tua ego sum. {Psalm. 34.) U le fera , chrétiens, il vous sauvera : mais du reste, après vous avoir donné l'idée d'une bonne communion dans la manière 'dont les disciples reçurent le Fils de Dieu, voici ridée d'une mauvaise communion dans la manière dont il fut reçu des scribes et des pharisiens C'est la seconde partie.
DEUXIÈME PARIfE.
Si jamais l'oracle de Siméon s'est accompli dans la personne du Sauveur, en sorte que cet Homme- Dieu , sujet tout ensemble de contradiction et de bé-
SUR LA œMMUNION PASCALE.
lédietion pour les hommes, ait été au même temps m. fésurrection des uns et la ruioe des autres , on [MUt dire, chrétieDs, que c*est particulièrement ians le mystère de ce jour, ou plutôt dans ce qui nous est signifié par le mystère de ce jour ; savoir, ians Topposition extrême qui se rencontre entre la oonununion des justes et la communion des pécheurs. Ea e£fet , que peut-on concevoir de plus saint que se triomphe où je viens de vous représenter le Fils de Dieu « béni par tout un peuple et bénissant tout on peuple , recevant des honneurs et faisant des grâces y recoimu pour renvoyé du Seigneur et pour le Seigneur lui-même , agissant en cette double qualité, &isant des miracles, convertissant. les âmes, guérissant les malades , ressuscitant les morts : foilà la première partie de la prédiction vérifiée; et telle est la figure de la communion des fidèles qui dans rétat de la grâce participent au corps de Jésus- Christ. Mais voyez au contraire la triste image d^uue oommunion indigne et sacrilège dans la réception que les pharisiens et leurs partisans font au même Sauveur, lorsqu'il entre dans Jérusalem ; et par toutes les circonstances que j'y vais remarquer, jugez si Tefifet n*a pas pleinement répondu à la prophétie : Ecccpositus est hic in ruinam et in resurrectionem multorum, et in signum cui contradieetur. (Luc, 2.) Car premièrement les pharisiens et ceux de leur faction ne reçoivent aujourd'hui le Sauveur du monde que par une espèce d'hypocrisie, que par dissimulation , que par je ne sais quelle nécessité qui les y engage , que par crainte et par respect humain. S'il avait été en leur pouvoir de lui interdire pour jamais l'entrée de leur ville, c'est ce qu'ils auraient souhaité; mais l'évangéliste observe qu'ils craignaient le peuple, timebant veroplebem (Id. , 20) : et voilà pourquoi ils se joignent malgré eux-mêmes aux troupes des disciples , et ils se conforment extérieurement à eux. Secondement , dès que Jésus-Christ parait dans Jérusalem, ils commencent à former des desseins contre lui , ils conspirent contre sa vie , ils prennent des mesures pour le perdre : car ce fut ce jour-là qu'ils assemblèrent ce conciliabule détestable , où la mort de Jésus, après bien des délibérations, fut enfin conclue : CoUegenmt pontifices et pharisœi conciUum adœrsus Jesum. (Joan. , 11.) En troisième lieu , ils contredisent ses miracles, quoique visibles, quoique éclatants : ils s'aveuglent pour ne les pas reconnaître; bien loin d'en être touchés, ils en témoignent de l'indignation : ndentes autem scribx mirabilia qux/ecU, indignafi sunt, (Matth. , 21.) C'est ainsi qu'ils reçoiveat le Fils de Dieu ; et comment est-ce que le Fils de Dieu vient à eux ? Ah ! chrétiens , ne perdez pas ceci. Dans la vue de ces infidèles, Jésus-Christ entre pénétré de douleur et versant des larmes : Fidens civUatemyflevitsuper
illam (Luc, 19,^ : car tout cela se trouve dans la suite de ce mystère. Il entre non plus comme un roi bienfaisant à leur égard, mais, parce qu'ils ont méprisé ses grâces, comme un ennemi redoutable, pour être le sujet de leur réprobation et même de la destruction de leur ville. Non relinquent in te lapidem super lapidem (Id.) : Il ne restera pas, leur dit-il, pierre sur pierre : pourquoi ? parce que vous n'avez pas connu le temps où votre Dieu vous a visités : Eo quod non cognoveris tempos visitaHonis tuœ. (Id.) Enfin , il entre pour exercer déjà sur les pharisiens la sévérité de sa justice en les condamnant par avance, et prononçant contre eux ce terrible arrêt : Dico vobis , quia lapides clamabuni (Id.) : Allez, je vous annonce que ces pierres (c'é* talent les pierres du temple ) rendront un jour témoignage contre vous. Que de rapports avec la communion des pécheurs! Souf&ez que j*en fasse en peu de mots l'application.
Car ce que firent ces pharisiens et ces ministl^ de la synagogue , qui ne reçoivent le Sauveur du monde que par politique, et parce qu'ils craignent le peuple , c'est ce que font encore certains pécheurs du siècle, endurcis dans leur péché et nullement disposés à y renoncer, mais qui néanmoins veulent garder les apparences, et sauver les dehors de la religion ; hommes dans le fond ennemis de Jésus- Christ, mais qui n'osent pas se déclarer, et qui s'aveuglent quelquefois jusqu'à se le dissimuler à euxmêmes. Us voudraient bien ne communier jamais; mais ils y sont engagés par des bienséances de condition et d'état dont ils ne peuvent pas se dispenser. C'est un magistrat, et lescandalequ'il causerait retomberait sur sa personne; c'est un père de fàmille, qui serait infailliblement remarqué; c'est une femme de qualité, qui ferait tort à sa réputation; c'est un homme d'Église, qui se décrierait et qui passerait pour un libertin. Il faut donc prévenir ces conséquences , et pour cela se présenter, au moins en ce saint temps, comme les autres à la table des fidèles; autrement il se trouverait un pasteur qui , pour satisfaire à l'obligation de son ministère, s'élèverait contre eux, qui parlerait, qui agirait, qui les noterait; et c'est, encore une fois, ce qu'ils ne veulent pas s'attirer. Assez hardis pour secouer le joug de la crainte de Dieu, ils le sont trop peu pour s'affranchir de la crainte des hommes. Ainsi ils se déterminent, à quoi ?à communier; mais comment? par une espèce de contrainte : Timebant vero pie* bem. (Id., 20.)
De là vous jugez, chrétiens, ce qui accompagne ordinairement de semblables communions : c'est qu'au moment même où ces hommes perdus et impies reçoivent le sacrement de Jésus-Christ , ils conjurent contre lui dans le cœur; ils forment des projets pour satisfaire leurs passions brutales, et le
jour de la comnranion devient pour eux un jour d'excès etde débauches. Voilà , mes chers auditeurs, ce qui arrive; et il vaut mieux vous le dire pour vous en donner de l'horreur, que de s*en taire , tandis que vous êtes exposés à la contagion de cette impiété. On déclame tant tous les jours contre d'autres désordres, et l'on ne parle point de celuici; mais c'est celui-ci néanmoins qui attaque directement la religion. On insiste sur de légères imperfections qu'on remarque dans quelques âmes dévotes qui fréquentent les sacrements, et Fou ne dit presque rien des chrétiens sacrilèges qui profanent le corps de Jésus-Christ; mais c'est contre eux qu'il faudrait employer le zèle évangélique. Si de tettips en temps on leur représentait le malheur de leur état, peut-être enfin y seraient-ils sensibles ; et de vives, mais salutaires remontrances, les réveilleraient de leur profond assoupissement.
Au reste, n'attendez pas que Dieu fasse des miracles en leur faveur, puisqu'ils y mettent un obstacle presque invincible; car, à l'exemple des pharisiens , et par un dernier trait de ressemblance*, ils trmtent tous ces miracles d'illusions; et quand nous leur disons qu'une communion bien faite est capable de les guérir de toutes leurs faiblesses, ils s'en moquent, et ne nous répondent que par de piquantes et de scandaleuses railleries. Il n'y a qu'un seul miracle que la communion opère dans eux, et qulls ne peuvent empêcher. Mais quel est-il ce miracle ? Ah ! chrétiens, c'est que ce sacrement, qui devait être pour eux une source de lumières , ne sert qu'à les aveugler; c'est que ce sacrement, qui devait être pour eux un moyen de conversion, ne sert qu'à les endurcir ; c'est que ce sacrement de vie devient pour eux un sacrement de mort , et d'une mort étemelle. Je n'ai donc point de peine à comprendre pourquoi le Fils de Dieu ne vient à eux qu'en pleurant : Fidens civitaiemflevU super illam. (Luc, 19.) Comment ne pleurerait-il pas? Il voit que le même sacrement qu'il a institué pour la sanctification des âmes , va fiiire leur réprobation; il voit que ces pécheurs qu'il voulait sauver, an lieu de profiter du don le plus excellent et de la visite de leur Dieu, vont attirer sur eux , aussi bien que Jérusalem , toute la colère du ciel et ses plus redoutables vengeances. Est-il un sujet plus digne de ses larmes? ridens civitatem,flêvU super illam.
Mais si cela est , ne vaudrait-il pas mieux ne point communier du tout que decommunier indignement? Autre désordre, et désordre d'autant plus dangereux que le libertinage qui l'a introduit s'en sert comme d'un prétexte pour s'autoriser et se maintenir. Il vaut mieux, dites-vous, ne communier jamais que de ffomraunier indignement; comme s'il pouvait y avoir du mieux dans une chose qui estun scandale, et un des scandales les plus évidents. Non , mon
sua LA COMMUNION PÂSGALEL
cher auditeur, Tun ne vaut pas mieux que ravtre, et cette comparaison , faite par ceux dont je ptrle^ je veux dire par les libertins, marque un principe encore plus mauvais et plus corrompu que n'est h conséquence même d'une communion indigne : eat ils ne raisonnent de la sorte que parce (fa*ils sost impies, et déterminés à vivre dans leur Impiété. Ce n'est point par respect pour Jésus-Christ; ils font bien paraître dans tout le reste qu'ils sont peu touchés de ce motif; ce n'est point en vue de la sainteté du sacrement : à peine en croient-ils la vérité; ce n'est point dans le dessein d'une prompte conversion : ils en sont bien éloignés , et ils n*y pensent pas; ce n'est donc que par un esprit d'irréligioii. Or, dire par un esprit d'irréligion : Il vaut mieux ne point communier du tout que de comnnmier mal, je soutiens que c'est un raisonnement d'athée.
A quoi j*ajoute une proposition que je soumets à votre censure , mais que je crois vraie ; saroir, que de ne point communier du tout par ce principe de libertinage et d'irréligion , est un désordre encore plus abominable devant Dieu que de communier indignement par un principe de négligence ou de fragilité. Et , en effet , on a toujours cru que de manquer au devoir de la communion pascale , de la manière que je viens de l'expliquer, c'était une espèce d*apostasie , parce qu'un des caractères les plus marqués du christianisme, c'est la communion. On a toujours cru que de manquer à ce devoir depâque, c'était s'excommunier soi-même , mais d'une excommunication plus funeste encore que celle que fdlmine l'Église par forme de censure ; car être excommunié par l'Église, c'est une peine que saint Paul même prétend être utile ; mais s'excommunier soimême, c'est un crime qui va droit à la mine do salut et à la damnation. On a toujours cra qu'mi chrétien qui ne faisait pas la pâque devait être considéré comme un païen et comme un poblicain , selon la parole du Sauveur même, parce qu'il n'éeoote pas la voix de l'Église , et qu'il méprise ses ordres; et moi , non-seulement je le regarde comme un publicain et comme un païen , mais il me parait pire qu'un païen , parce que je suis persuadé qu'on bon païen , je dis bon autant qu'il le peut être dans sa religion, vaut mieux qu'un chrétieik de nom, mais au fond sans religion. Tel est le désordre qoit je combats , et plût au ciel que ce fdt un fmtême! mais ce désordre n'est point si rare que vous le pouvez penser ; on ne sait que trop combien il y a de ces libertins , et de ces libertins distingués par leur qualité et par leurs emplois, qui se flattent d^me prétendue bonne foi en ne communiant jamais, parce qu'ils ne veulent pas, disent-ils, se rendre sacrilèges en communiant. Ne les scandalisons point ici , et gardons-nous de les faire connaître; mais aussi je les conjure de ne pas scandaliser Jésus-
SUR LE RETARDEMENT DE LA PÉNITEllf CE.
]hrist leur Sao\'eur par le mépris de son sacrement; le ne pas scandaliser TÉglise, leur mère, par une léiobéissance opiniâtre; de ne pas scandaliser les Qdèles, leurs frères, par leur exemple pernicieux; de ne pas se scandaliser eux-mêmes par le dérèglement de leur conduite. Que feront-ils donc? communieront-ils Indignement? A Dieu ne plaise! mais entre ces deux extrémités il y a un milieu : c'est de communier, et de bien communier. Toute dévotion qui porte à ne point communier est une fausse dévotion, et toute maxime qui porterait à communier •n état de péché serait une abomination. Mais le point solide est d'approcher de la table de Jésus- Christ, et d'en approcher avec des sentiments de religion, de pénitence, de piété, de ferveur, qui sanctifient une Ame, et qui la disposent à manger cepain céleste qui doit être pour nous le gage d'une éternité bienheureuse, que je vous souhaite , etc.
SERMON