‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 146 sur 256 · POUR LE LUNDI DE LÀ SEMAINE SAINTE · texte numérisé non relu

POUR LE LUNDI DE LÀ SEMAINE SAINTE

SUR LE RETARDEMENT DE LA PÉNITENCE

Mmia vero accepU Ubram un^uenUpretion, et unxit pedet Jcm y €t exUntt pedet ^us capillis iuis.

lltrie-M addeiiie prit donc une liim dliaile de parfam qui étall d*iu gnuid prix, la répandit sur les pieds de lésiu, et IM cMuya de set clieveiuL. Sautt Jean, diap. is.

Cest pour la seconde fois que, durant le cours de ce carême , l'Évangile nous repré.sente Marie- Madddne prosternée en la présence de Jésus-Christ, répandant un parfum detr^-grand prix sur lespîeds de ce divin Maître, les essuyant elle-même de ses cheveux, et renouvelant dans son cœur tous les sentiments de sa pénitence et de son amour. Modèle que je vous ai proposé, chrétiens, selon les intentioùsdiBl'Église, pour vousengageràrentrer comme cette sainte pénitente dans le devoir, à sortir comme elle de votre péché , et à vous réconcilier avec Dieu par une sincère et une prompte conver»on. Mais peut-être n'y a-t-il eu que trop de pécheurs que cet exemple a touchés , et qu'il n'a pas néanmoins convertis ; qui se sont contentés de l'admurer sans le smvre ; et qui, s'en tenant à de vains désirs, auraient sodiaité d'être ce qu'était Madeleine contrite et humiliée devant le Sauveur du monde, mais dans la pratique ont toujours été et sont encore tout ce qi^ils étaient. Mille obstacles les arrêtent, mille engagements les tiennent liés ; ils gémissent dans leurs fers, et, sans avoir la force de les rompre, ils les traînent avec eux, et demeurent dans le plus dur et le plus honteux esclavage. Or il n'est phis question

de délibérer, mes frères; il faut agir; il fisHit , par une salutaire violence, vous tirer, on plutôt vous arracher de cette triste servitude; et je viens aujourd'hui vous dire ce que l'ange dit à saint Pierre dans la prison : Surge veloeUer{j4ct. , 13) : Levez-vous, et ne tardes pas. Je sais quelle illusion vous séduit, et par quels prétextes la passion vous trompe et vous joue. Pour calmer les remords intérieurs de votre âme, vous ne renoncez pas absolument à la pénitence, mais vous la différez; vous ne dites pas : Je ne me convertiraijamais; ce désespoir fisiit horreur; mais vous dites . Je ne me convertirai pas encore sitêt; et moi je veux vous faire voir les suites malheureuses de ce retardement , et l'affreux danger où il vous expose. Cest ici , mon Dieu , que j'ai besoin de votre grâce toute-puissante , et que je la demande par l'intercession de Marie , l'asile et l'espérance des pécheurs. Jve, Maria.

Trois choses, disent les théologiens, sont d'une nécessité indispensable, ou, selon le terme de l'école, d'une nécessité de moyen pour se convertir à Dieu : le temps, la grâce et la volonté; le temps, comme une condition sans laquelle hors de Dieu rien n'est possible; la grâce, comme le principe d'où dépend essentiellement la conversion du pécheur ; eria volonté du pécheur, comme le sujet même de cette conversion. Or, cela présupposé, voici d'abord en trois mots tout mon dessein, et ce que j'entreprends d'établir. Je veux vous montrer combien la conduite d'un pécheur qui diffère sa conversion est téméraire : pourquoi ? parce qu'en remettant il s'assure de trois choses sur lesquelles il doit le moins compter, et dont il a plus lieu de se défier; savoir, du temps de la pénitence, de la grâce de la pénitence, et de la volonté de faire pénitence. Témérité lorsqu'il se promet d'avoir un jour le temps de se convertir à Dieu, c'est la première partie. Témérité lorsqu'il présume que la grâce ne lui manquera pas pour se convertir à Dieu , c'est la seconde. Témérité lorsqu'il se répond de lui-même en se flattant qu'il aura la volonté de se convertir à Dieu , c'est la troisième. Ces pensées sont communes , mais , pour être communes , elles n'en sont pas moins solides ni moins propres à faire impression sur vos coeurs.

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