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Ce fût donc lui-même qui se sacrifia, lui-même qui exerça sur sa propre personne cette fonction de prêtre et de pontife 9 lui-même qui détruisit, au
moins pour quelques jours, cet adorable composé d'un corps souffrant et d'une âme glorieuse; en un mot, lui-même qui se fit mourir; car ce ne furent point les bourreaux qui lui ôtèrentla vie , mais il la quitta de lui-même : Nemo toUU animant meam a me, sed egopono eam a meipso. (-Joân., 10.) U est mort sur la croix , dit saint Augustin ; mais « à parler proprement et dans la rigueur, il n'est pas mort par le supplice de la croix; et, pour vous le faire comprendre , il est certain , par le témoignage même des juifs, que le supplice de la croix , ou plutôt que ee qui faisait mourir les criminels condamnés à la croix n'était pas simplement d'y être attachés, mais d'y être rompus vifs. Or, selon la propliétie, Jésus-Christ avait déjà rendu le dernier soupir lorsqu'on voulut lui briser les os ; d*où vient que Pilate s'étonna qu'il fût sitôt mort : P^latus autem mirabatwr, sijam obiisset. (Mabc, 15.) Et ce qui montre qu'il n'était point mort par défaillance de la nature , c'est qu' en expirant il poussa un grand cri vers le ciel : Jésus autem emissa voce magna, expiravU (Id.); chose si extraordinaire, qu'au rapport de l'évangéliste, le centenier qui l'observait de près , et qui le vit expirer de la sorte, protesta hautement qu'il était Dieu et vrai Fils de Dieu : Fidens çiutem eenhtrio, qui ex adverse stabal , quia sic clamons expirasseif ail : yere Filius Dei erai isle. (Marc, 16.) Si ce centenier eût été un disciple du Sauveur, et qu'il eût aind raisonné , peut-être son raisonnement et son témoignage pourraient-ils être suspects; mais c'est un infidèle , c'est un païen , qui , de la manière dont il voit mourir Jésus-Christ, conclut sans hésiter qu'il meort par miracle, et qui de ce miracle tire immédiatement la conséquence qu'il est donc vraiment le Fils de Dieu : f^idens quia sic expirasset, ait : f^ere Filius Dei erat iste. En faut-il davantage pour justifier la parole de l'apôtre : Christum crucifixum Dd virtutem f
Il est vrai que ce Sauveur mourant a eu ses langueurs et ses faiblesses ; et je pourrais répondre d'abord avec Isaîe que les langueurs et les faiblesses qu'il fit paraître dans sa mort n'étaient pas les siennes, mais les nôtres, et que le prodige est qu'il ait porté seul les faiblesses et les langueurs de tous les hommes : f^ere languores nostros ipse tulU ,etdotores nostros ipse portavit, (Isai., 53.) Mais parée que cette pensée , quoique solide, serait peut-être Bncoretrop spirituelle pour des esprits mondains et incrédules, je répondsautrementavecsaint Chrysos* tome, et je dis : Oui , ce Sauveur mourant a eu sei faiblesses ; mais le prodige est que ses faiblesses mêmes , que ses langueurs mêmes , que ses défaillances mêmes aient été dans le cours de sa passion comme autantde miracles; car s'il sue en priant dans le jardin, c'est une sueur de sang, et si abondante, qoe la terre en est baignée; si, quelques moments après
SDR LA PASSION DE JESUS-GHRIST.
sa mort , on lui perce le côté , par ud autre effet également miraculeux, il en sort du sang et de l'eau ; et celui qui le rapporte assure qu'il Fa vu et qu'il en doit être cru : Et qui vidit, tesiimoniumperhUntit. (JOÂif M Id.) On dirait qu'il sou£fre et qu'il ne meurt que pour faire éclater dans sa personne la vertu de Dieu : Christum cruc\fixum Dei virtutem.
Concluons par une dernière preuve, mais essentielle; c'est de voir un homme que Tignominie de sa mort, que la confusion, l'opprobre, l'humiliation infinie de sa mort, élève à toute la gloire que peut prétendre un Dieu : tellement qu'à son seul nom , et en vue de sa croix, les plus hautes puissances du monde fléchissent les genoux , et se prosternent pour lui faire hommage de leur grandeur : HumiliavU semetipstan factus obediens ùsgue ad mortem , mortem autem crucU, Propter quod et Deus exaliavU iUvm ut in nomine Jesu omne genuflectatur, ccBlestium, terrestrium et infemorum. (Philipp. , 2.) Voilà ce que Dieu révélait à saint Paul dans un temps, remarque bien importante, dans un temps où tout semblait s'opposer à l'accomplissement de cette prédiction ; dans un*temps où , selon toutes les Tues de la prudence humaine, cette prédiction devait passer pour chimérique; dans un temps où le nom de Jésus-Christ était en horreur. Toutefois , ce qu'avait dit l'apôtre est arrivé; ce qui fut pour les chrétiens de ce temps-là un point de foi a cessé en quelque façon de l'être pour nous , puisque nous sommes témoins de la chose, et qu'il ne faut plus captiver nos esprits pour la croire. Les puissances de la terre fléchissent maintenant les genoux devant ce crucifié. Les princes et les plus grands de nos princes sont les premiers à nous en donner l'exemple; et il n'a tenu qu'à nous, les voyant en ce saint jour au pied de l'autel adorer Jésus-Christ sur la croix, de nous consoler et de nous dire à nous-mêmes : Voilà ce que m'avait prédit saint Paul ; et ce que du temps de saint Paul f aurais rejeté comme un songe , c'est ce que je vois et de quoi je ne puis douter. Or un homme, mes chers auditeurs, dont la croix, selon la belle expression de saint Augustin , a passé du lieu infâme des supplices sur le front des monarques et des empereurs : A locis suppliciorum adfrontes imperatorum (Aug.) ; un homme qui , sans autre secours, sans autres armes, par la vertu seule de la croix , a vaincu l'idolâtrie , a triomphé de la superstition, a détruit le culte des faux dieux, a conquis tout l'univers , au lieu que les plus grands rois de l'univers ont besoin pour les moindres conquêtes de tant de secours ; un homme qui , comme le chante l'Église, a trouvé le moyen de régner par où les autres cessent de vivre , c'est-à-dire par le bois qui fut l'instrument de sa mort. Quia Dominus regnavit a ligno; et, ce qui est encore plus merveilleux, un homme qui pendant sa vie avait expressément mar-
que que tout cela s'accomplirait, et que du moment qu'il serait élevé de la terre il attirerait tout à lui, voulant, comme l'observe l'évangéliste , signifier par là de quel genre de mort il devait mourir. Et ego si exattatus fuero a terra, omnia traham ad meipsum ; hoc autem dicebat significans qua morte esset moritur us (JoAN., 12); un tel homme n'est-il pas plus qu'homme ? n'est-il pas homme et Dieu tout ensemble? quelle vertu la croix où nous le contemplons n'a-t-elle pas eue pour le faire adorer des peuples.' combien d'apôtres de son Évangile, combien d'imitateurs de ses vertus, combien de confesseurs , combien de martyrs , combien d'âmes saintes dévouées à son culte ; combien de disciples zélés pour sa gloire; disons mieux, combien de nations, combien de royaumes, combien d'empires n'a-t-il pas attirés à lui par le charme secret mais tout-puissant de cette croix ! Christum crucifixion Dei virtutem.
Ah ! mes frères, les pharisiens voyaient les miracles de ce Dieu crucifié, et ils ne se convertissaient pas. C'est ce que nous avons peine à comprendre. Mais ce qui se passe dan^nous est-il moins incompréhensible ? car nous voyons actuellement un miracle de la mort de Jésus-Christ encore plus grand , un miracle subsistant, un miracle avéré et incontestable, je veux dire le triomphe de sa croix; le monde converti , le monde devenu chrétien , le monde sanctifié par sa croix : Et ego si exalkUusJuero a terra, omnia traham ad meipsum. Nous le voyons , et notre foi , malgré ce miracle , est toujours languissante et chancelante; voilà ce que nous devons pleurer, et ce qui nous doit faire trembler. Mais, pour profiter de ce mystère , au lieu de trembler et de pleurer par le sentiment d'une dévotion passagère et superficielle, tremblons et pleurons dans l'esprit d'une salutaire componction. Jésus-Christ mourant a fait des miracles ; il faut qu'il en fasse encore un qui doit être le couronnement de tous les autres, et c'est le miracle de notre conversion. Il a fait fendre les pierres, il a ouvert les tombeaux, il a déchiré le voile du temple. Il faut que la vue de sa croix fasse fendre nos cœurs, peut-être plus durs que les pierres ; il faut qu'elle ouvre nos consciences , peut-être jusques à présent fermées comme des tombeaux ; il faut qu'elle déchire notre chair, cette chair de péché , par les saintes rigueurs de la pénitence. Car pourquoi ce Dieu mourant ne nous convertira-t-il pas, puisqu'il a bien converti les auteurs de sa mort? et quand nous convertira-t-il, si ce n'est en ce grand jour, où son sang coule avec abondance pour notre salut et notre sanctification?
Pécheurs qui m'écoutez , voilà ce qui doit vous remplir de confiance. Tandis que vous êtes pécheurs, vous êtes en qualité de pécheurs les ennemis de Jésus-Christ ; vous êtes ses persécuteurs ; le dirai-je ?
mais , puisque c'est après saîot Paul, pourquoi ne le dirais-je pas? vous êtes même ses bourreaux. Car, autant de fois qu'il vous arrive de succombera la tentation et de commettre le péché, vous crucifiez tout de nouveau ce Sauveur dans vous-mêmes. Mais souvenez-vous que le sang de cet Homme-Dieu a eu le pouvoir d*efÈicer le péché même des Juifs qui l'ont répandu : ChrisU sanguis sic fusus est, ut ipsum peceatum potuerit delere quo fusus est, ( August.) C'est en cela, dit saint Augustin, qu'a paru la vertu toute divine de la rédemption de Jésus- Christ. C'est en cela qu'il a paru Sauveur. De ses ennemis il a fait des prédestinés , de ses persécuteurs il a fait deà saints : tout pécheurs que vous êtes, quel droit n'avez-vous donc pas de prétendre à ses miséricodes? Approchez du trône de sa grâce, qui est sa croix; mais approchez-en avec des cœurs contrits et humiliés, avec des cœurs soumis et purifiés de la corruption du monde, avec des cœurs dociles et susceptibles de toutes les impressions de l'esprit céleste; car tel est le miracle que ce Dieu Sauveur veut par la venu de sa croix opérer aujourd'hui dans vous. Votre retour à Dieu , et un retour parfait après de si longs égarements; votre pénitence, et une pénitence exemplaire après tant de désordres et de scandales; la profession que vous ferez, et une profession haute et publique de vivre en chrétiens après avoir vécu en libertins : voilà le miracle qui prouvera que Jésus-Chitst crucifié est lui-même personnellement la force et la vertu de Dieu. Ah ! Seigneur, serais-je assez heureux pour obtenir que ce miracle s'accomplit visiblement dans mes auditeurs, comme il s'accomplit en effet dans les soldats qui furent présents à votre mort , et dont plusieurs s'attachèrent à vous comme à l'auteur de leur salut? Donnerez-voos pour cela , Seigneur, à ma parole assez de bénédiction ; et puis-je espérer qu'entre ceux qui m'écoutent , il y en aura d'aussi touchés que le centenier, c'est-à-dire qui sortiront de cette prédication non-seulement attendris , mais convertis ; non-seulement baignés de larmes , mais commençant à glorifier Dieu par leurs œuvres; non-seulement persuadés, mais sanctifiés et pénétrés des sentiments chrétiens que cette première vérité a dû leur imprimer. Que le juif infidèle se scandalise de la croix ; Jésus-Christ mourant est la puissance et la force de Dieu incamé , Christum crucifixum Dei virtutem; vous l'avez vu. Que le gentil s'en moque , et qu'il traite la croix de folie ; Jésus-Christ mourant est la sagesse de Dieu même : Christum crucifixum Dei sapientiam. Vous l'allez voir dans la seconde partie.