‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 15 sur 256 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Il en faut convenir, chrétiens. Dieu, qui est miséricordieux , aussi bien que juste , ne nous ferait pas des crimes de nos erreurs, si c'étaient des erreurs involontaires et de bonne foi ; et H n'y aurait point de pécheur qui n'eût droit de se prévaloir de sa fausse conscience, et qui ne pAt avec raison l'alléguer à Dieu comme une légitime excuse de son péohé, si la fausse conscience avait ce caractère de sincérité dont je parle. Mais on demande si eHe Ta toujours, ou du moins si elle l'a souvent. Cette question est d'une extrême conséquence, parée qu^elle renferme une des règles , et j'ose dire des phis importantes règles d'où dépend, dans l'usage et dans la pratique, le discernement et le jugement exact que chacun de nous doit faire des actions de sa vie. Il s'agit donc de savoir si ce caractère de bonne foi convient ordinairement aux consciences aveugles et erronées des pécheurs du siècle ; en sorte qu'une conscience aveugle et erronée à l'égard des pécheurs du siècle puisse communément leur être un titce pour se disculper et se justifier devant DieiL Ah! mes ehers auditeurs, plût à Dieu que cela fHX ainsi ! un million de péchés cesseraient aujoanfhni d'être péchés, et le monde, sans grâce et sans pê* nitence, se trouverait déchargé d'une infinité de crimes dont le poids a fait gémir do tout tempe et fait encore gémir les âmes vertueuses.

Mais si cela était, reprend saint Bernard , pourquoi David , ce saint roi , dans la ferveur de sa contrition , aurait-Il demandé à Dieu comme une grâce, qu'il oubliât ses ignorances passées, voulant marquer par là celles qui avaient causé le désordre et la corruption de sa conscience? Délie ta JuvenMU meas, et (gnorarUias meas ne memineris. (PsaL 24). N'aurait-il pas dû dire, au contraire : Seigneur, souvenez-vous de mes ignorances, et ne les oubliez jamais? car, puisqu'elles me doivent tenir lieu de justification auprèsde vous , il est de mon intérêt que Yous en conserviez le souvenir, et que vous les ayez toujours présentes. Est-ce ainsi qu'il parle? Non; il dit à Dieu : Oubliez-les , effacez-les de ce livre redoutable gue vous produirez contre moi quand vous méjugerez dans toute la rigueur de votre justice. Ne vous souvenez point alors du mal que f ai fait et que je n'ai pas connu; puisque de ne Tavolr

SUB LA FAUSSE CONSCIENCE

pis eoniHi, dans TobligatiOQ où J'étais de le conadlre, est d^à un crime dont vous seriez en droit de me puair : Et ignorantias meas ne memineris. Il B*eet donc pas Trai qae Tignoraoce, et par conséquent la ftuaseconsdence , soit toujours une excuse reœvable auprès de Dieu.

Il y a plus , et je prétends qu'elle ne Test presque jamais , et que dans le siècle où nous vivons , c'est uo des prétextes les plus frivoles. Pourquoi? par deux raisons Invincibles et sans réplique : 1* parce que dans le siècle où nous vivons , il y a trop de lumière pour pouvoir supposer ensemble une conscience dans Ferreur, et une conscience de bonne foi; 2« parce qu'il n'y a point de fausse conscience que Dieu dès maintenant ne puisse confondre par une autre cQosdaiice dniite qui reste en nous, ou qui, quoique bois de nous , s!élève contre nous malgré nousmêmes. Encore un qiomeot d'attention , et vous en alla être .persuadés.

Noo, chrétiens, dans un siècle aussi éclairé que eahii.où Dieu nous a fait nattre, nous ne devons pas présumer qu'il se trouve aisément parmi les boounes dos consciences erronées et au même temps innocentes. Ù y en a peu dans le monde de ce caractère, et dans le lieu où je parle, je ne craindrais pas d'avancer qu'il n'y en a absolument point. Car, sans m'étendre en général sur la proposition, si vous, mon eber auditeur, à qui je l'adresse en particulier, aviez été fidèle aux lumières que la grâce de Dieu vous avait abondamment communiquées , et si vous avies usé des moyens faciles qu'il vous avait mis en main pour vous éclaircir du fond de vos obligations. Jamais ces erreurs, qui ont été la source ée tant de désordres, ne vous auraient aveuglé, ni n'auraient perverti votre conscience. Souffrez que je vienne au détail. Par exemple, si, avant que d'agir ci de décider sur des cboses essentielles, vous vous étiez défié de vous-même; si vous aviez eu , et que voos eussiez voulu avoir on ami droit et chrétien qui vous eût parlé sincèrement et sans ménagement ; si voos aviez donné un libre accès à ceux dont vous ponvies apprendre la vérité; si votre délicatesse ou votre lépâgnanee à les écouter ne leur avait pas fiemé la bouche; si par là les adulateurs ne s'étaient pas emparés de votre esprit; si parmi les ministres dn Seigneur qui devaient être pour vous les interprètes de sa loi , vous aviez eu recours à ceux qu'il avait plus libéralement pourvus du don de la science , et que Ton connaissait pour tek; si, au lieu d'en choisir dlntelligents, vous n'en aviez pas cherché d'indulfi^nts et de complaisants; si , jusque dans le tribunal de la pénitence, vous n'aviez pas préféré ce qui vous était conunode à ce qui vous aurait été sakitaire, cette fausse conscience, que nous exa* nrinoBS id, ne se serait pas formée en vous. Elle a'estdoDC venue qoe de vos résistances à la grâce et

aux vues que Dieu vous donnait; elle ne s'est for^ mée que parce que vous avez vécu dans une IndifiKrence extrême à l'égard de vos devoirs, que parce que le dernier de vos soins a été de yous en instruire, que parce que emporté par le plaisir, occupé des vains amusements du siècle, ou accablé volontairement et sans nécessité de mille affaires temporelles, vous vous êtes peu mis en peine d'étudier votre religion ; que parce que aimant avec excès votre repos, vous avez évité d'approfondir œ qui l'aurait évidemment mais utilement troublé : tUe ne s'est formée que parce que dans le doute vous vous en êtes rapporté à votre propre sens; que parce que vous vous êtes fait une habitude de votre présomption, jusqu'à croire que vous aviez seul plus de lumières que tous les autres hommes; que parce que vous vousêtes mis en possession d'agir>en effet toujours selon vos idées, rejetant de sages conseils, ne pouvant souffrir nul avis , ne voulant jamais * être contredit , faisant gloire de votre indocilité , H , comme dit l'Écriture, ne voulant rien entendre, ni rien savoir, de peur d'être obligé de faire et de pratiquer : NotuUintelligerevtbeneageret. {Pëaim. Zt .)

Cest ainsi, dis-je, mon cher auditeur, que, suivant le torrent et le cours du monde, vous vous êtes fait une conscience à votre gré, et vous êtes tombé dans l'aveuglement. Or n'êtes-vous pas le plus injuste des hommes, si vous prétendez qu'une conscience fondée sur de tels principes vous rende excusable devant Dieu? Cela serait bon pour des âmes païennes enveloppées dans les ténèbres de Fin* ûdélité; cela serait bon peut-être pour de certaines âmes abandonnées à la grossièreté de leur esprit, et par la destinée de leur état, vivant sans éducation , et presque sans instruction. Mais pour vous, chrétiens, qui vous piquez en tout le reste d'intelligence et de discernement ; pour vous que la lumière , si je puis ainsi parler, investit de toutes parts ; pour vous à qui il est fiacile d'être instruits dé la vérité et de la connaître à fond, quel droit avez-vous de dire que c'est l'erreur de votre conscience qui vous a trompés. Abus, mon cher auditeur, excuse vaine, et qui n'a point d'autre effetque de voos rendre encore plus criminel. C'est ce voile de malice dont parie l'apôtre; et quand vous vous en servez, vous ne faites qu'augmenter votre crime, en rejetant sur Dieu ce que vous devez avec confusion vous imputer à vous-même.

D'autant plus condamnables au tribunal de Dieu (remarquez bien ceci , s'il vous plaît, clirétiens , c'est un titre dont Dieu se servira contre nous); d'autant plus condamnables, que Dieu, dans le jugement qu'il fera de nous , ne nous jugera pas seulement sur les erreurs de nos consciences absolument considérées; mais sur les erreurs de nos consciences ooroparées à l'intégrité de la conscience des païens , mais

SUR LA FAUSSE CONSCIENCE

sur les erreurs de nos consdeoces opposées à notre exaétitude et à notre sévérité même pour les autres ; mais sur les erreurs de nos consciences comparées à la droiture des premières vues et des premières notions que nous avons eues du bien et du mal , avant que le péché nous eût aveuglés. Car tout cela , dit saint Augustin, ce sont autant de règles pour former en nous une conscience éclairée et pure, ou du moins pour l'y établir. Et parce que nous les aurons négligées , ces règles , ces règles deviendront contre nous autant de sujets de condamnation. Ne serais-Je pas heureux si je vous persuadais aujour* dliui de vous les rendre utiles et nécessaires!

Dieu se servira de la conscience des païens pour condamner les erreurs des chrétiens. Ainsi Tertullien, instruisant les femmes chrétiennes , les confondait-il sur certains scandales dont quelques-unes, remplies de l'esprit du monde , ne se faisaient nulle conscience , et en particulier sur cette immodestie dans les habits, sur ces nudités criminelles si contraires à la pudeur. Car n'est-il pas indigne, leur disait-il , qu'il y ait des païennes dans le monde plus régulières là-dessus et plus consciencieuses que vous? N'est-il pas indigne que les femmes arabes, dont nous savons les mœurs et les coutumes , bien loin d'être sujettes à de tels désordres , les aient toujours détestés comme une prostitution ; et que vous, élevées dans le christianisme , vous prétendiez les justifier par un usage corrompu, dont le monde en vain s'autorise , puisque Dieu l'a en horreur et le réprouve? Or sachez, ajoutait ce Père, que ces païennes et ces infidèles seront vos juges devant Dieu. Et moi, chrétiens auditeurs, suivant lamême pensée, je vous dis : N'est-il pas bienétrange et bien déplorable que nous nous permettions aujourd'hui impunément et sans remords cent choses dont nous savons que les païens se sont fait des crimes ? que dans la justice , par exemple, on ne rougisse point de je ne sais combien de ruses, de détours, de chicanes, que la probité de l'aréopage n'aurait pas souffertes; que dans le commerce on veuille soutenir des usures que toutes les lois romaines ont condamnées; que dans le christianisme on veuille qualifier de divertissements honnêtes, au moins permis, des spectacles qui, selon le rapport de saint Augustin, rendaient infâmes dans le paganisme ceux qui les représentaient ? D'où procédaient ces sentiments? d'où procédait la sévérité de ces lois, sinon de la rectitude naturelle de la conscience? et c'est cette conscience des païens qui réprouvera la nôtre. Car il est de la foi qu'ils s'élèveront contre nous au jugement dernier, et il est certain que cette comparaison d'eux à nous, et de nous à eux, sera un des plus sensibles reproches de notre aveugle- «nent.

N'allons pas si loin : nous avons une oonscienoe

éclairée, pour qui ? pour les autres ; et aveugle, pour qui? pour nous-mêmes : une conscience exacte pour les autres jusqu'au scrupule, et indulgente pour nous-mêmes jusqu'au relâchement. Que fera Dieu? il confrontera ces deux consciences pour condamner l'une par l'autre. Car il est encore de la foi que nous serons jugés , comme nous aurons jugé les autres, et que Dieu prendra pour nous la même me* sure que nous aurons prise pour eux.

Enfin, Dieu nous rappellera à ces premières vues, à ces notions si justes et si saintes que nous avions du péché avant que le péché nous eût aveuglés. Quelque renversement qui se soit fait dans notre conscience, nous n'avons pas oublié ce bienhenrenz état où l'innocence de notre cœur, jointe à Tintégrité de notre raison, nous dégageait des îllusiotts et des erreurs du siècle; nous nous souvenons encore de ces idées primitives qui nous faisaient juger si sainement des choses par rapport à la loi de Dieu ; ce péché, que nous traitons maintenant de bagatelle, nous paraissait un monstre; et c'était la conscience qui nous inspirait ce sentiment. Qu'est devenue cette conscience? comment s'est-efle si prodigieusement changée? c'était le fruit d'une éducation chrétienne; on l'avait cultivée, on Tavalt perfectionnée par tant de sages conseils. Que nous disait-elle autrefois, et pourquoi ne nous dit-elle plus ce qu'elle nous disait alors ? D'où est venue une corruption si générale et si fatale? on ne nous reconnaît plus, et nous ne nous reconnaissons plus nous-mêmes. C'est , nous dira Dieu, que vous avez donné entrée à la passion, et que la passion a étouffé toutes les semences de vertu que j'avais jetées dans votre âme. Or vous est-il pardonnable de n'avoir pas conservé tant de bons principes qui devaient vous servir de règles dans tout le cours de votre vie? Vous est-il pardonnable d'avoir éteint tant de lumières, des lumières si vives, des lumières si pores, et de vous être volontairement plongé dans les ténèbres d'une fausse conscience ?

C'est donc, mes chers auditeurs, de ce désordre de la fausse conscience que je vous conjure aujourd'hui de vous préserver ou de revenir. Pour cela souvenez-vous de ces deux maximes , qui sont d*one étemelle vérité, et sur lesquelles doit rouler toute votre conduite : l'une, que le chemin du del est étroit, et l'autre, qu'un chemin étroit ne peut jamais avoir de proportion avec une conscience large. La première est fondée sur la parole de Jésus- Christ : ArcUi viaeUquœ ducUadvUamÇMiATnLi 7) ; et la seconde est évidente par elle-même. Pour peu que vous soyez chrétiens, il n'en faudra pu davantage pour vous faire prendre le dessein d'une solide et parfaite conversion. Souvenez-vous qu'il est bien en votre pouvoir de former vos consciences eonmie il vous plaît; mais qu'il ne dépend pas de

sua LA SÉVÉRITÉ DE LA PÉNITENCE.

f0osd*élargir lavoiedasalut : souveoez-Tous que ee n*€St pu la voie de Dieu qui doit B^accommoder i vot eonsdenoes « mais que ce sont vos consdenees qui doivent s*acconimoder à la voie de Dieu. Or c*en ee qui ae se pourra jamais tandis que vous ki réglerei sur les maiimes relâchées du siècle. Il Uat qu'elles se resserrent, ou par une juste crainte tm par une obéissance fidèle, pour parvenir à ce degré de proportion sans lequel elles ne peuvent. être que des consciences réprouvées. Si, à mesure que vous vous licenciez dans Tobservation de vos devoirs, le chemin du ciel devenait plus large et phts spacieux, ah, mon frèrel s*écrie saint Ber« naid, bien loin de vous troubler dans la possesiioii de cette vie libre et commode, je vous y con- Hrmerais en quelque sorte moi-même. A la bonne heurei vous cÛrais-je : puisque vous avez trouvé «ne route, et plus facile, et aussi sûre pour arriver m terme de votre salut, suivez-la hardiment, et, si vous le voulez, usez là-dessus de tous vos droits. Hais il n*en va pas ainsi : car rÉcriture ne nous parle point de ce chemin large qui conduit à la vie. Il n*y a qu'une seule porte pour y entrer et rEvangile nous apprend que pour passer par cette porte il faut faire e£fort : ContendUe. (Luc, 18.) Faisons-le, chrétiens , ce généreux effort : nous en serons bien payés par la gloire qui nous est promise, et que je vous souhaite , etc.

SERMON

POQB

LE QUATRIÈME DDIAIXCHE DE rAYERT.

SUR«LA SÉVÉRITÉ DE LA PÉNITENCE

fisfteai €9i verbum Dommi nper Joannem Zaeharim JUinm im deterto; el venit in cmmem rtsionem Jordanù frmêkmmi hapiitmum pantUnUm <a remiitioium peccato-

Le Sdgpeor fit entendre sa parole à Xean^, flU de Zaeharie , dans le déiert; eC il aUa dana tons le pays qui eat le long du lomdain, pricbant le baptême de pénltanoe aoar la rémission des pMés. Saint Um:, cfaap. 3.

SiBE, Ce n'était pas en vertu du baptême de saint Jean que les pécliés étaient remis; mais le baptême de saint Jean était une préparation nécessaire pour parvenir à la rémission des péchés, et sans la remissioo des péchés, on ne pouvait participer à la ré demption de Jésus-Christ, ni profiter de ce bien&it inestimable. C'était par la pénitence qu'il fallait se disposer à le recevoir; et cette pénitence, depuis rétablissement de la loi chrétienne, est communément appelée un second baptême , comme le baptême, suivant la doctrine des Pères, était autrefois appelé la première pénitence.

Voilà pourquoi le divin précurseur prêche aujour d'hm* le baptême de la pénitence avec tant de zèle; et puisque nous sommes à la veille de cette grande solennité où nous devons célébrer nous-mêmes la naissance du Sauveur des hommes et la venue de ce Messie que Jean-Baptiste annonçait aux Juifs , je me trouve engagé , mes chers auditeurs, à vous faire la même prédication. Le caractère de ce baptême, je veux dire de cette pénitence chrétienne dont j'ai à vous parler, est, selon tous les docteurs de l'Église, l'esprit de la sévérité. Car c'est en cela particulièrement, dit Pacien, évêque de Barcelone, que la pénitence est différente du premier baptême. Matière importante, et instruction nécessaire que je vous, prie de ne pas négliger. Il n'est rien de plus ordinaire, ni rien de plus étrange, que de voir le relâ^ chement se glisser jusque dans notre pénitence même; et c'est ce désordre que j'attaque dans ce discours, et que j'entreprends de corriger, après que nous aurons demandé le secours du Ciel par l'intercession de Mme. Ave, Maria.

Il y a longtemps, et ce n'est pas seulement de nos jours , qu'il s'est élevé dans le monde, je dis dans le monde chrétien, des contestations touchantlasévérité de la pénitence considérée de la part des prêtres, qui sont les vicaires de Jésus-Christ, et qui ont été établis de Dieu pour en être les ministres et les dis* pensateurs.Il n'est rien de plus fameux^ansJ'histoire de l'Église^ que le différend qui s'émit sur ce point entre les novatiens et la secte qui leur était opposée. Les uns voulaient que l'on admit indifféremment à la pénitence toutes sortes de pécheurs, et les autres prétendaient , au contraire, qu'on n'y en devait recevoir aucun. Ceux-là corrompaient la pénitence par un excès de relâchement, et ceux-ci ea détruisaient tout à fait l'usage par un excès de sévérité. L'Église, Inspirée du Saint-Esprit, suivant sa conduite ordinaire, prit le milieu entre ces deux extrémités; et, parle tempérament qu'elle y apporta en modérant la rigueur des uns et en corrigeant la trop grande facilité des autres, elle réduisit la pénitence, disons mieux, l'administration du sacrement de la pénitence, auxjustesbomesoù le souverain prêtre Jésus-Christ avait prétendu la renfermer.

Or cette importante question , tant agitée alors, s'est ensuite renouvelée presque dans tous, les siècles, et nous l'avons vue se réveiller dans le nôtre , non pas avec le même éclata ni avec des suites, si funestes, à Dieu ne plaise ! mais toujours avec le mé« me partage de sentiments, et la même diversité de conduite. Ceux-là ont pris le parti de la sévérité, mais d'une sévérité sans mesure ; et ceux-ci le parti de la douceur, mais d'une douceur quelquefois dangereuse , soit pour le ministre de la pénitence, soit pour le pécheur pénitent.

Je n'ai garde, chrétiens, de m'engager au]Qux>

dliui dans cette coûtroverse, ni d*entreprendre de dédder un point qui ne tous r^^arde pas dirèctement^ et qai ne peut servir à votre édification. Car il vous serait bien inutiie de savoir comment et pa^ quelles règles les prêtres doivent administrer la pénitence, pendant que vous ignorez de quelle ma-* nière vous devez vous-mêmes la pratiquer .' et d*ail« leurs, retpérience nous apprend assez que ces sottes de matières, traitées dans la chaire , et par là soumises au jugement du pttk>lic , n*ont point d'autre effet que de diviser les esprits et de faire que les peuples , qui doivent être jugés par lés prtoes dans le saint tribunal, deviennent eux-mêmes les juges des prêtres ; car voilà souvent où tout alMmtit.

Tel s'inquiète de 6e que les prêtres ne font pas leur devoir dans le sacrement de la pénitence, qui se met très^peu (en peine d*y Caire lesien ; tel accuse les prêtres de faiblesse et de corruption dans leur morale, qui nTaccomplit pas même ce que lui impose la morale la moins étroite. On voudrait en général des prêtres sévères et zélés , tandis qu'en particulier on n'a pas le moindre zèle, ni la moindre sévérité pour soi-même.

Cepéfkdant , chrétiens , c'est surtout dans le pédieur que doit être la sévérité de la pénitence, puis^ que c'est dans le pécheur qu'est le désbrdre du péébé. Si les prêtres doivent avoir de la sévérité, ce B*est que pour suppléer à celle qui nous manque. Car que peut servir toute la sévérité des prêtres , qtfdque pure et quelque sainte qu'elle soit, si elle n^est pas précédée ou du moins accompagnée de la nêtre?

Ne parbns donc point de la sévérité de la pénitence par rapport aut ministres que Dieu a choisis, et qtt'H fl revêtus de son pouvoir pour être dans le sacré tribunal comme ses lieutenants et les défenseurs de ses intérêts. S'il y a dans l'exercice de leur ministère quelque abus à réformer, laissons-en le soin aux prélats et à ceux qui ont autorité dans l'Église. Mâle nous, àè pensons qu'à nous-mêmes, puisque noui ne devons répondre que de nous-mêmes. Or je dis que le grand principe qui doit animer et régler notre pénitence, c'est la sévérité; sévérité nécessaire , et sévérité douce. Appliquez-vous , et GOncèvei mondessem. Je prétends que la pénitence, prise par rapport à nous , doit être sévère : c'est de quoi il faut convaincre vos esprits , et ce que je ferai dans le premier point. Mais parce que cette sévérite pourrait rebuter vos coeurs , j'ajoute que plus notre pénitence est sévère, plus dans sa sévérité même elle devient douce : je vous le montrerai dans le second point. Nécessité d'one pénitence sévère , douceur d'une pénitence sévère : c'est tout lé sujet de vulre attention.

SUR lA SÉVÉRITÉ DE LA FÉNITENCK.

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