SECONDE PARTIE
Il est impossible de résister à Dieu et d'avoir la paix; mais il est aussi comme impossible de n'avoir pas la paix quand on est parfaitement soumis à Dieu : deux vérités de la foi , et dont la première est conçue dans les propres termes de l'Écriture : Quis restitU ei , etpacem habttUt (Job., 9. ) Où est l'honune qui ait eu la témérité de se soulever contre Dieu , et au même temps l'avantage de trouver la paix ? C'est le défi que Job faisait aux pécheurs , prétendant qu'il n'y en avait point d'exemple. Quand le Saint-Esprit ne nous Taurait pas dit, la raison seule, jointe à l'expérience, suffirait pour nous en convaincre. Car, comme dit saint Augustin , Dieu étant le souverain bien de l'homme, la béatitude de rhomme , la fin dernière de l'homme , et par conséquent le centre du cœur de l'homme , il est impossible que le cœur de l'homme ait jamais du repos qu'autant qu'il est uni à Dieu. Or cette union du cœur de l'homme avec Dieu ne se peut faire dans cette vie que par un assujettissement volontaire à la loi de Dieu. Quand un élément est hors de son centre , fût-il d'ailleurs dans le lieu le plus agréable , il n'y demeure qu'avec des violences extrêmes; et.
ffaané iiiie partie du eorps humain est hors de sa place, quoi que vous fassiez pour la soulager elle y ressent des douleurs étemelles. Or telle est, chrétiens , la situation du cœur de Fhomme quand il est séparé de Dieu par le péché. Dieu était son centre , et il Ta quitté. Sa place, disons mieux, son devoir était d*étre soumis à Dieu , et il a voulu s'élever contre Dieu. Avec cela , quoiqu'il ait tous les plaisirs du monde, il n*y aura jamais de tranquillité ni de paix pour lui. Et c'est ce que saint Augustin concluait si bien par ces admirables paroles que vous avez cent fois entendues quand il disait à Dieu : FtcUii nos, Domine , ad te; et irreqtiietum est cor nostrum donee reqidescat in te (AuG.) : C'est pour vous-même. Seigneur, que vous nous avez faits ce que nous sommes -, car nous ne sommes que pour vous , comme vous n'êtes que pour vous-même; et ea cela nous pouvons dire que nous avons une fin aussi noble que vous-même. Or cette fin est quelque ehose de si essentiel et pour vous et pour nous que , tout Dieu que vous êtes , vous n'avez pil nous faire pour on autre que pour vous, puisque vous cesseriez d'être Dieu si nous pouvions être pour un autre que pour vous, qui êtes notre Dieu: FecisU nos. Do* mine, ad te. Voilà un grand principe , chrétiens ; et que s'ensuit-il de là? Ce que saint Augustin ajoute : Et irrequietum est eor nostrum doneo requiescat in te. Nous sommes faits pour vous; notre cceur est donc nécessairement dans l'inquiétude et dans le trouble dès qu'il ne se repose pas en vous. Et comment se repose-t-il en Dieu? par une obéissance fidèle à la loi de Dieu. Le pécheur veut vivre dans Tindépendance , et dès là il se précipite dans un abîme de malheurs; dès là toutes les créatures s'arment pour ainsi dire contre lui; dès là les prospérités mêmes, qui sont pour les autres des dons de Dieu, se tournent pour lui en châtiments; dès là Taflliotion de l'esprit et Tamertume du cœur le vont chercher et le trouvent , fût-il au comble du bonheur humain; en sorte qu'il peut bien dire comme David, Ttibuiatio et angustia inveneruni me {Psalm. 1 1 8); dè&Ià sa raison devient son ennemi, sa foi le condamne, sa religion l'effraye, sa conscience le déchire, son péché lui est un supplice inévitable qui le suit partout. Quand il n'y aurait point d'autre nii« sère que de n'être plus dans Tordre établi de Dieu , que de n'avoir plus de part à la protection de Dieu , qued'être exclus du nombre des serviteurs de Dieu , des amis de Dieu , des enfants de Dieu , que de pouvoir faire cette triste réflexion , et de la faire souvent malgré soi : Je suis l'objet de la haine de Dieu , je suis actuellement exposé aux coups de Dieu : cela seul, vivement conçu, n'est-il pas capable de faire dans rame du pécheur une espèce d'enfer ?^
Or cela , mes frères , reprend saint Augustin , est de la justice et de la loi étemelle de la Providence \
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car vous l'avez amsl ordonné, Sei^eur, et ranêl s'exécute tous les jours, que tout esprit qui se révolte contre vous , sans sortir hors de hii-mtoe , soît déjà lui-même son tourment : JussisU , Domine , et $êe est ut omnis animus inordinatus peena sU ipse sibi (AuG.) : vérité que le Saint-Esprit a roolu nous faire comprendre, mais par un trait de la plus sublime et de la plus divine éloquence. Ceat an fivre de la Sagesse, on Salomon , parlant des pécheurs, disait à Dieu : Non enim impossibilis erat onmipotens manus tua immittere iiUs multitudinem «rsorum, aui novigeneris ira plenas ignotas bestias (Sap., 1 1 ) : Car il vous était aisé , Seigneur, de leur envoyer des monstres pour les dévorer, et votre main toute-puissante pouvait former des créatures d'hué nouvelle espèce pour les exterminer et pour êtie les instruments et comme les ministres de votre colère. Mais parce qu'en châtiant les hommes vous ne cherchez point précisément à faire éclater votre grandeur toute-puissante , et qu'il vous suffit de leur Êdre sentir les effets de votre justice souveraine, vous vous contentez de les punir par cela même qui fidt leur crime, et vous n'avez qu'à les abandonoer à euxmêmes pour en tirer une pleine vengeance : Sed et sine his unospiritu poterant ocddl, perseeutionem passi ab ipsisfacOs svis. (Ibid.) Voilà , chrétiens, l'idée que le Saint-Esprit nous donne de Télat des pécheurs; voilà comment il nous les représente, comme des honunes livrés à eux-mêmes, comme des hommes persécutés par eux-mêmes , comme des hommes révoltés contre eux-mêmes après qu'ils se sont révoltés contre Dieu : Perseeutionem pasH ab ipsisfactis suis. En effet, le remords du péché a toujours été la plus immédiate et la plus infiuUible peine du péclié : Prima itiaetmaximapeceaUpœna est peccasse. Cest ainsi qu'en parlait un païen , et la raison même lui inspirait ce sentiment.
Mais il n'y a qu'à consulter l'expérience pour en être encore plus sensiblement convaincu ; car voyons-nous que les pécheurs du siècle jouissent d'une véritable paix? Peut-être en ont-ils les apparences , mais en ont-ils le fond? Qu'est-ce que leur vie? concevez-le bien : un esclavage ou ils gémissent sous la tyrannie de leurs passions et des vices qui les dominent ; une dépendance perpétuelle do monde et de ses lois ; un assujettissement servile à la créature, c'est-à-dire au caprice, à la vanité, à la légèreté, à l'infidélité même; un engagement à souffrir beaucoup pour se damner et pour se perdre; car ne croyez pas qu'en secouant le joug de Dieu ils en soient plus libres. Pour une servitude honorable à laquelle ils renoncent , ils se réduisent dans la servitude la plus honteuse , et pour les croix salutaires dont ils ne veulent point , ils en ont d'inutiles à porter, mais bien plus dures et plus pesantes, qui les accablent. Qu'est-ce que leur vie? une suite de dé-
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lOfdreB qui les rendent également criminels et malheureux, parce que c'est, par exemple, une ambition qu*fls ne peuvent satisfaire , une avarice qui ne ditjamids : Cest assez ; une délicatesse et un amourpropre qui leur fait sentir jusqu'aux plus légères atteintes du mal ; une jalousie qui les dévore , une haine qui lesenvenime, une colère qui les transporte ; parée qu'ils désirent toujours ce qu'ils n'ont pas , et qu'ils no se contentent jamais de ce qu'ils ont ; qu'ils ^«nnent ombrage de l'un , qu'ils forment des intrigues contre l'autre, qu'ils rompent avec celui-ci, qu'ils sont pleins d'animosité contre celui-là, qu'à peine eux-mêmes ils peuvent se supporter, tant le péché leur attire de chagrins , de d^oûts , de mortifications, de traverses. ContrUio et (n/elicUas in tfUê eontm, et viam pacis non cognoverunt. (P<. IS.) Il n'y a, dit le prophète royal, que malheur et qu'affliction dans leurs voies. Et comment auraientils la paix, puisque, bien loin d'y parvenir, ils ne savent pas même par quel chemin on y arrive, et qu'ils ne la connaissent pas?
Mais enfin , direz-vous , ces péclieurs du siècle ont souvent tout ce qui fait les hommes heureux dans cette vie ; on les voit riches , puissants , élevés ; le monde les honore , et il semble que le monde n'est fut que peureux. Hé bien ! mon cher auditeur, je veux qu'ils soient tels que vous vous les figurez : peut-être en faudrait-il beaucoup rabattre ; mais qu'ils soient ce que vous pensez , et encore plus s'il est<pos8ible , j'y consens. Vous dites que c'est là ce qui fait les hommes heureux dans cette vie , et moi je prétends que ce qui fait le bonheur des hommes dans cette vie n'est rien précisément de tout cela ; vous dites qu'avec la moindre partie de ce qu'ils ont vous seriez content, et moi je soutiens que quand vous en auriez cent fois davantage vous ne le seriez pas si vous n'y ajoutiez quelque chose de plus ; et ce surplus que vous y ajouteriez pourrait , sans tout cela, vous rendre heureux. Voilà des principes bien opposés. Mais pour vous convaincre de ce que j'avanee, et pour vous faire en même temps reconnaître l'erreur où vous êtes , je m'en tiens encore à l'expérience ; car l'expérience nous fait voir tous les jours des hommes contents sans tout cela, et des hommes mallieureux avec tout cela , ou plutôt un nombre infini de malheureux avec tout cela , et beaucoup de contents sans tout cela; expérience dont les païens eux-mêmes sont convenus, et sur laquelle leur philosophie a triomphé , mais dont je tire , moi qui n'ai point d'autre philosophie que celle de l'Évangile , des conclusions chrétiennes qui m'édifient et me consolent ; car il m'est évident par là qu'il n'y a donc rien sur la terre qui puisse remplir mon cœur ; qu'il y a quelque chose de plus grand que tout ce que je vois, qui doit faire mon souverain bien , et que c'est uniquement ou dans la possession ou dans
la poursuite de ce souverain bien que je dois chercher la paix. Or ces maximes éternelles , dont j'étais déjà persuadé dans la spéculation, me deviennent sensibles dans l'usage du monde et dans la connaissance quej*en ai. Combien de riches , par exemple , qui , malgré leur bonne fortune, s'estiment malheureux, et qui le sont en effet? mais ils passent pour heureux dans l'opinion du monde. Ah ! mes frères , reprend saint Chrysostôme , c'est encore là le surcroît de leur misère , de ce qu'étant malheureux dans leur idée, ils passent pour heureux dans celle d'autrui ; c'est-à-dire , de cequ'étant malheureux véritablement , ils ne laissent pas d'être heureux en apparence. Car cequi fait leur bonheur ou leur malheur n'est pas l'opinion et l'idée d'autrui, mais leur propre opinion et leur propre idée; et quand tous les hommes du monde conspireraient à les béatifier, cela n'empêche pas qu'ils ne se consument de chagrins, et qu'assujettis comme ils sont à la loi du péché , ils ne se crucifient eux-mêmes. Or, voyant cela , dit saint Ambroise, que puis-je juger, sinon qu'il y a une Proridence, mais une Proridonce de miséricorde aussi bien que de justice, qui ne permet pas que les pécheurs goûtent le repos qu'ils s'étaient faussement promis. Car enfin cet avare et ce voluptueux en sont des preuves invincibles : j'estime l'un content, et il ne l'est pas ; je crois Tautre à son aise, et il souffre plus que moi. Ainsi ils détruisent le jugement que j'en fais par leur propre jugement, ou , si vous voulez , ils réfutent mon erreur par leur expérience véritable; ce sont les paroles de saint Ambroise : Hxc videns, nega^ si potes, diviniju» cUcii remuneratUmem; nam iÙe tuo affecta beatus est, et suo miser; tibidives videtwr, sibi pauper est, et sic tuwnjudicium suo refellU. (AM^aos.) Il n*y a qu*une chose qui semble contraire à ce que je dis, et c'est que les pécheurs eux-mêmes prétendent qu'ils ont la paix ; car ils le prétendent quelquefois. Mais prenez garde, s'il vous platt; outre qu'ilâ* le prétendent rarement , outre qu'ils ne le prétendent pas constamment , outre que quand ils le prétendent c'est lorsqu'ils sont moins en état d'en bien juger, parce que c*est communément dans l'ardeur du crime et dans l'aveuglement actuel du péché; outre cela, j'ose dire qu'ils ne le prétendent jamais que leur cœur, par un témoignage secret , ne leur fasse sentir la fausseté de leur prétention. C'est de quoi le Saint-Esprit m'assure par le prophète Jérémie : DicenteSy paxy pax; et non eratpax, (Jebem., 6.) Ils se vantent d*avoir la paix , et ils se répondent intérieurement à eux-mêmes qu'ils ne l'ont pas; ils voudraient bien se persuader que c'est une vraie paix, mais ils sont forcés de reconnaître que ce n'est qu'une paix chimérique : Pax, pax; et non erat ptÂX, Du reste, quand ils auraient la paix de la manière qu'ils l'entendent, ne serait-ce pas une paix
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plus funeste pour eux que tous les troubles , puisque •ce serait la paix dans le péché ? Car la paix dans le péché, si dans le péché toutefois il y en a , c'est ce qui met le comble à Tendurcissement , et ce qui rend , sans un miracle de la grâce , la pénitence comme impossible.
Où trouver donc la paix du cœur ? Je vous Tai dit , mes cbers auditeurs, dans l'assujettissement à la loi de Dieu. Hors de là ne l'espérons pas : Pax muUa dUigeiU&us legem tuam. {Ps. 1 18.) Oui , mon Dieu , disait David, c'est pour ceux qui aiment votre loi qu'il y a une paix intérieure; et il n'est pas juste ni même possible qu'il y en ait pour d'autres que pour eux, parce que votre loi étant, comme elle l'est , le principe de l'ordre, elle est essentiellement le principe de la paix. Paix inébranlable du câté de Dieu , inébranlable du côté du prochain , et inébranlable de notre part même.
Paix inébranlable du côté de Dieu; car que peutil m'arriver qui puisse troubler ma paix avec Dieu quand je me soumets à sa loi? S*il m*envoie des afflictions , je les reçois comme des épreuves qu'il veut faire dema fidélité ; s'il me suscite des persécutions , je le bénis ; et au lieu de me plaindre , je m'en fais , comme chrétien, des sujets de joie; s'il m'ôte les forces et la santé , ne pouvant plus agir pour lui , je me console d'être au moins en état de sonfiûrir pour lui ; s'il me survient des pertes, je le remercie de ce que ne pouvant plus l'honorer de mes biens , je puis encore le glorifier par ma pauvreté; si ma réputation est attaquée, je me réjouis d'avoir de quoi lui faire un sacrifice de charité et de patience; si rien de ce que j'entreprends ne me réussit, je l'adore, sûr que ce qu'il en ordonne est meilleur pour moi que le succès le plus favorable. En un mot, je ne veux plus que ce qu'il veut, et de la manière qu'il le veut, et dans les circonstances qu'il le veut : ce qu'il ne veut pas, je me fais un plaisir et un mérite de ne le pas vouloir; ce qu'il me défend, je me le défends à moi-même; en toutes choses sa volonté devient la mienne; et comme sa volonté est dans une éternelle paix , en y conformant la mienne je jouis de la paix de Dieu, ou plutôt Dieu lui-même, selon la parole de saint Paul, est ma paix : Ipseemm est nostrapax» {Ephes.y 2.)
Paix inébranlable du côté du prochain. Car, soumis que je suis et obéissant à loi de mon Dieu , il n'y a plus rien en moi do tout ce qui altère la paix parmi les hommes; c'est-à-dire il n'y a plus en moi de ces ressentiments , plus de ces envies , plus de ces soupçons , plus de ces haines, plus de ces enflures de cœur, plus de ces fiertés , plus de ces aigreurs qui sont comme des semences de division et de discorde : je conserve la paix avec tout le monde, même avec ceux qui ne veulent pas la conserver : Cum his qui oderunt pacem eram pacificus (Fsalm, U 9) ; je ne
blesse personne, je ne juge de persomi6|Je nei me venger de personne , parce que la loi de Dien , à laquelle je me suis inviolablement attaché, m'interdit toute vengeance, tout jugement, toute injnreque je pourrais faire aux autres et qui les pourrait souleva: contre moi.
Paix inébranlable de ma part même : comment? parce que cette soumission à la loi de Diea tient toutes mes passions dans le calme , ou da moins toutes mes passions sujettes à ma raison; et dès qu'elles sont une fois sujettes à ma raison, elles ne troublent plus mon cœur : la colère ne m'emporte plus, la tristesse ne m'accable plus; j'obéis à Dieu, et quand j'obéis à Dieu toutes mes passions m'obéissent; Dieu règne en moi, et, par une suite natu* relie, il me fait régner moi-même sur moi-même. Voilà, chrétiens, le bienheureux état des justes ou des pécheurs mêmes quand ils ont trouvé la paix de Dieu , en se réconciliant avec Dieu. Je ne parle pas seulement d'un saint Paul, qui défiait toutes les créatures de le troubler dans la possession de cette paix; je ne parle pas des martyrs qui, par un miracle de la grâce, au milieu des supplices goûtaient sensiblement cette paix; je parle de tous les chrétiens qui, dans la pratique des vertus, sont fidèles à Dieu et persévèrent dans son amour. Oui ,'mes cbers auditeurs, voilà votre état, quand vous mardiez dans la voie de l'innocence et de la pénitence; voilà l'avantage qui vous revient, quand vous tenez ferme dans l'observance de cette divine loi , dont je puis bien dire ce que Salomon disait autrefois de la sagesse : f^enerunt mihi omnia bonaparUer cum ilia. (Sap.f 7.) S'il vous reste encore dans la vie des difficultés et des peines , ce n'est point parce que vous êtes soumis à cette loi , mais au contraire parce que vous ne l'êtes pas. Ces chagrins et ces peines ne viennent pas de votre soumission, mais du défaut de soumission; car si votre soumission était parfaite, dès là ces peines et ces chagrins cesseraient. Voilà l'état, ô mon Dieu ! le dirai-je ? où , quoique indigne de vos miséricordes , il me semble que je me suis quelquefois trouvé moi-même, et où je me trouve encore quand je me tourne vers vous. Quoique je ne puisse savoir avec assurance si je suis en grâce et digne d'amour, pwmettez-moi néanmoins. Seigneur, de &ire ici cette confession publique. Je ne sais si vous êtes content de moi , et je reconnais même que vous avez bien des sujets de ne Fêtre pas; mais pour moi , mon Dieu , je dois confesser à votre gloire que je suis content de vous , et que je le suis parfidtement. Il vousimporte peu que je le sois ou non; mais après tout c'est le témoignage le plus glorieux que je puisse vous rendre : car dire que je suis content de vous, c'est dire que vous êtes mon Dieu, puisqu'il n'y a qu'un Dieu qui me puisse contenter. Or, si tout imparfait que je suis je ne laisse pas de me trouver dans cette
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disposition, que sera-ce de ces flmes saintes et fer- Tentes qui vous servent avec une entière Gdélité? Et si dans cette vie on peut goûter une telle paix, qu'est-ce que la paix qu*on goûte dans le ciel en vous possédant? Ah! chrétiens, animons aujourdliui notre langueur, excitons-la par ce motif. Il est intéressé, mais Dieu veut bien que nous nous en servions, et que nous agissions par intérêt, quand notre intérêt est joint avec le sien. Attachons-nous donc à Dieu; cherchons notre paix en Dieu, puisqu'elle n'est nulle part ailleurs. Nous ne réprouvons que trop; et ce qm est à craindre pour nous, c'est que notre expérience ne fasse notre condamnation.
Puisque le monde ne peut nous donner la paix , et que cette paix n'est point dans le monde, ne nous obstinons pas à l'y vouloir trouver. Cherchons-la où elle est, et oà Dieu l'a mise. Or, il ne l'a mise que dans hii-même, et il ne l'a pu mettre ailleurs. Cherchons-la dans une parfaite soumission à la foi et à la loi. Si nous suivons cette double règle, nous aurons tout à la fois la paix de l'esprit et la paix du cœur : QuUmmque kanc regulam sectUi fiterifU , pax svperiUos. {Galat., 6.) Et non-seulement nous aurons la paix , mais l'abondance de la paix en cette vie, et la félicité étemelledans Fautre, où nous conduise , etc.
nu DU CABÉHB^