AVERTISSEMENT
Je ne prétends point, en finissant tonte réditiim des SernKms du père fiourdaloue, rendre un compte exact des soins qu'elle a da me coûter. J'en laisse le jugement aux personnes intdligentes. Du reste je n'ai pas cru pouvoir mieux employer mon temps que de le consacrer ainsi à la gloiie de Dieu en le consacrant à Tutillté publique et à l'édification des âmes.
Comme la grande réputation du père Bourdaloue lui attirait de continuelles occupations au dehors , il n'avait guère eu le loisir de retoucher luinooème ses sermons, et d'y mettre la dernière main. Cest à quoi j'ai tâché de suppléer; et par une assiduité assez constante au travail, je suis enfin parvenu à faire paraître un cours de sermons pour toute l'année : Arent, Carême, Mystères de Notre- Sejgneor et de la Vierge , Panégyriques des sainte , Vétures et Professions , Dominicale. Dans cette Dominicale, on ne trouvera point les sermons des dimanclies de TAvent, du Carême , de la Pentecôte et de la Trinité , parce qu'ils sont en leur place dans les Tolumes qui précèdent
11 ne fallait rien perdre d'un homme qui pensait si solidement sur les matières de la religion, et qui les traitait avec tant de force et tant de dignité. Cest un des plus excellente modèles, pour ne pas dire le plus excellent , que puissent se proposer ceux qui aspirent à l'éloquence de la chaire. Mais en voulant se former sur un si beau modèle, il y a d'ailleurs des écueils à craindre ; ef si le père Bourdaloue a beaucoup perfectionné le goût de la prédication, il n'est pas moins vrai qu'il a gâté beaucoup de prédicateurs.
En quelque art que ce soit , ce n'est pas une petite science de découvrir au juste, et de prendre dans ceux qui ont excellé, ce qui nous convient, sans s'atlacher> ce qui ne nous convient pas. Pour n'avoir pas su faire ce discernement , des prédicateurs qui n'avaient ni la vivacité et l'imagination , ni le nom et l'autorité , ni les qualités extérieur» et la voix du père Bourdaloue , ont mal réussi à vouloir imiler, ou son style diffus et périodique , ou ses façons de parler dont plusieurs lui étaient particulières, ou cette rapidité dans la prononciation', qui l'emporteit de temps en temps , et qui entratoait avec lui ses auditeurs. Ce que nous admirons dans un orateur, et ce qui est le sujet de nos applaudissemente , n'est pas toujours , ou ne doit pas être le sujet de notre imitation. Il faut se connaître auparavant soimême, et ses dispositions naturelles. Car tout doit être proportionné, et c'est cette proportion, cette convenance, qui donne aux choses leur mérite et qui en fait le plus bel agrément.
Il n'y a point après tout de prédicateur à qui la lecture des sermons du père Bourdaloue ne puisse être très-utile, pour peu qu'on en sache user avec connaissance et avec
précaution. S'il y adiversité detalente, et a'U est bon que chacun se renferme dans le sien propre, il y a aussi des règles communes et des préceptes qui s'étendent à tous les talentoetà toosles genres deréloqnenoe chrétienne. Par exemple, bien choisir la matière d'un discours, et la tirer naturellement de l'Évangile. L'envisager moins par ce qu'elle peut avoû* de nouveau, de shigulier, de briOant, que par ce qu'elle a de vrai , dlnstructif , de touchant, et qui est plus à la portée de tout le monde. La diviser, et en faire tellement le partage, que les pointe, sans se ooofoDdre, aient toutefois entre eux assez de rapport pour se rédutfe à une première vérité et à une proposition générale. Ne rien avancer dont on ne produise les preuves : et non de ces preuves abstraites et subtiles, plus académiques, pour ainsi dire, qu'évangéliques ; mais des preuves sensibles , prises du fond de la religion et des maximes les plni oertoines de la théologie. Entrer d'abord dans son sujet et ne s'en écarter jamais , soit par de longs et d'inutiles pré* Indes , soit par des réflexions hors d'œuvres et d'ennuyeuses digressions. Éclairdr les doutes, prévenir les objecttons, les questions qui peuvent naître , se les fidre à soi-même, et y répondre. De là passer aux mœurs, et dans un fidèle tebleau les représenter telles qu'elles sont; évitant Fun et l'autre excès d'un détail trop populaire et trop familier, et d'une peinture trop vague et trop superficielle. Exposer tout avec méthode, avec ordre, et ne se pas contenter d'un amas informe de pensées , qu'on entasse selon qu'eOes se présentent, et sans nulle liaison que le hasard qui les place indifféremment les unes auprès des autres. Enfin , en venir à des conclusions pratiques, qui suivait des vérités qu'on a expliquées , et qui en comprennent tout le firuit : voilà à quoi tout prédicateur doit s'étodier, et ce qu'il apprendra du père Bourdaloue.
Il n'est point précisément nécessaire de s'exprimer comme cet habile maître ; d'avoir son feu, son action, son élévation. Ce sont des dons que le ciel départ à qui II lui plait; et sans ces dons , on peut , avec d'autres qualités , annoncer utilement la parole de Dieu. Mais , de quelque manière qu'on l'annonce, il est toujours nécessaire de &ire un bon choix du sujet qu'on entreprend de traiter ; de raccommoder, comme le père Bourdaloue , à l'Évangile , et de ne vouloir pas que l'Évangile, pai* des applications forcées, s'y accommode; d'y chercher à instruire et à toucher, plutôt qu'à paraître et à briller; d'en bien distribuer toutes les parties , d'en bien appuyer toutes les propositions , et de les établir sur les solides fondemente de la foi et de la raison. 11 est toujours d'une égale nécessité de ne se point éloigner de son dessein , et de ne le pas perdre un nMHneut de vue; de satisfaire aux difficultés qu'on peut opposer, et de les résoudre ; après avoir dévelopi)é les prindpes et la doctrine, de deiu^ndre à la morale; et par des hidoctions fortes.
SUR LE DEVOIR DES PÈRES, etc.
igesy de peindre les Tiees sans noter les personnes ! oonnalire les Ticieax; de donner à chaque chose , rétendue, tout le jour qu'elle demande; de n'afien dans les expressions , de ne rien outrer dans les ns; de lier le discours, et de conduire par degrés sur à de salutaires conséquences et aux saintes résoqu'il doit remporter pour la réformation de sa vie. ela, encore une fois, est de tous les caractères de iteurs : et en Tain , pour disculper un prédicateur qui il s'affranchir de ces règles, et pour Tautoriser, dioe qu'en effet on dit en quelques rencontres, qu'il de talent; dès que ces conditions essentielles lu eraient, ce talent prétendu ne serait qu'un faux taet auditeurs peu pénétrants et qui ne Jugent que par X en pourraient être éblouis ; mais les esprits d'un goAt ne s'y tromperaient pas.
qu'U en soit , le père Bonrdaloue eut dans un point it toutes ces perfections de la Traie éloquence, et e qu'on doit surtout obserrer dans ses sermons, arreor est de ne les lire que pour en extraire des M , des diTisions , des figures , des termes, que son* 1 applique mal , et à qui l'on ôte, en les déplaçant, eur grâce. Au lieu donc d'être disciple et imitateur 8 Bourdakme, on n*en est que mauTais copiste et igiaire.
aidant, s'il ne sert pas toujours à former de parfaits iteurs, il serrira, par ses enseignements pleins de et de piété, à édifier les fidèles et à former de parirétiens. On peut s'égarer en le prenant pour modèle s ministère de la prédication ; mais on ne s'égarera en le prenant pour guide dans le chemin du sahit. 6 que tant de personnes ont éprouTé, et oe qu'elles ent tous les jours. H a plu à Dieu de donner aux is de ce célèbre prédicateur une bénédiction toute le après sa mort; et je puis dire, en lui appliquant ssion de l'Écriture, que tout mort qu'il est, il ne loint de prêcher aussi efficacement , aussi utilement jMipier, qu'il prêchait autrefds dans la chaire.