‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 160 sur 256 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Il n'appartient qu'à Dieu de disposer absolument de la vocation des hommes ; et il n'appartient qu'aux hommes de déterminer, chacun avec Dieu, ce qui regarde le choix de leur eut et de leur vocation. Ce principe est un des plus incontestables de la morale chrétienne. D'où je conclus qu'un père, dans le christianisme, ne peut se rendre maître de la vocation de ses enfants , sans commettre deux injustices évidentes : la première contre le droit de Dieu ; la seconde , au préjudice de ses enfants mêmes : Tune et l'autre sujettes aux conséquences les plus funestes en matière de salut. Voilà le point que je dois maintenant développer, et en voici les preuves.

Je dis qa'il n'appartient qu'à Dieu de décider de

SUR LE DEVOIR DES PËRES, btc.

la vocation des hommes : pourquoi? parée qu'il est le premier père de tous les hommes , et parce qu'il n'y a que sa providence qui puisse bien s'acquitter d'une fonction aussi importante que celle-là. Ce sont deux grandes raisons qu'en apporte le docteur an* gélique saint Thomas. Si je suis père, disait Dieu par le prophète Malachie, où est l'honneur qui m'est dû? Si pater ego tum, vti est honor meuif (Ma- LACH., 1.) Cest-à-dire, pour appliquer à mon sujet ce reproche que faisait le Seigneur à son peuple, si je suis père par préférence à tous les autres pères, où est le respect que l'on me rend en cette qualité? Où est la marque de ma paternité souveraine , si les autres pères me la disputent, et si je ne dispose plus de ceux à qui j'ai donné l'être, pour les pboer dans le rang et dans la condition de vie qu'il me plaira? Vous entreprenez, 6 homme! de le fidre : qui vous en a donné le pouvoir? Dans une fiimilli dont je ne vous ai confié que la simple administration , vous agissez en maître, et vous ordonnez de tout selon votre gré. Vous destinez l'un pour FÉglise, et l'autre pour le monde : celle-d pour une telle alliance, et celle-là pour la religion; et il faut, dites-vous, que cela soit, parce que les mesures en sont prises. Mais avec quelle justice parlez-vous ainsi? Je n'ai donc plus que le nom de père, puisque vous vous en attribuez toute la puissanoe. Ceit donc en vain que vous me témoignez quelquefois que ces enfants sont plus à moi qu'ils ne sont à vous; car s'ils sont à moi plus qu'à vous, ce n'est pas à vous , mais à moi d'avoir la principale et essentielle direction de leurs personnes.

Ajoutez à cela, chrétiens, la réflexion de saint Grégoire pape, que non-seulement Dieu est le premier père de tous les hommes , mais qu'il est leseul que les hommes reconnaissent selon l'esprit; etptr conséquent que c'est à lui , et non point à d'autres, d'exercer sur les esprits et sur les volontés des hommes cette supériorité de conduite ou plutdt d'empire qui fait l'engagement de la vocation. Quand la mère des Machabées vit ses enfants entre les mains des bourreaux souffrir avec tant de constance , elle leur dit une belle parole que nous lisons dans l'Écriture. Ah! mes chers enfants, s'écria-t-elle, oe n'est pas moi qui vous ai donné une flme si héroïque : cet esprit si généreux qui vous anime n'a point été formé de ma subsUnce; c'est du souverain Auteur do monde que vous l'avez reçu. Neque enim eço tphi' tum et animam donaoi vobis. {Machab., 7.) Je suis votre mère selon la chair; mais la plus noble partie de vous-mêmes, qui est l'esprit, est immédiatement l'ouvrage de Dieu. Ainsi leur paria cette femme. Or de là, chrétienne compagnie, il s*e que Dieu seul est en droit de déterminer aux hommes leurs vocations et leurs états : pourquoi ? parce que c'est proprement en celaque consisté cedomaine

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