‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 162 sur 256 · DES PERES, ETC · texte numérisé non relu

DES PERES, ETC

sans la vocation de Dieu , si ce n'est parce que tout autre que celui où Dieu veut nous placer n'est pas sortable pour nous; et que nous sommes hors du rang où nous devons être, quand ce n'est pas Dieu qui nous y a conduits? Sur quoi je reprends, et je raisonne. Si tous les états du monde sont des vocations du ciel ; s'il y a une grâce attachée à tous ces états pour nous y attirer selon l'ordre de Dieu ; s'il est d'un danger extrême pour le salut de prendre un état sans cette grâce , ce n'est donc pas à un père d'y porter ses enfants, beaucoup moins de les y engager ; et ce serait le dernier abus , de leur faire pour cela violence et de les forcer. Car enfin, un père dans sa famille n'est pas le distributeur des vocations. Cette grâce n'est point entre ses mains, pour la donner à qui il veut, ni comme il veut. Il ne dépend point de lui que cette fille soit appelée à l'état religieux ou à celui du mariage; et la destination qu'il en fait est un attentat contre le souvenJn do« maine de Dieu : pourquoi? parce que toute voca* tion étant une grâce , il n'y a que Dieu qui la puisse communiquer; et de prétendre en disposer à l'égard d'un autre, c'est faire injure à la grâce même, et s'arroger un droit qui n'est le propre que de la Divinité.

En effet, chrétiens, pour bien appliquer les hommes à un emploi , et pour leur assigner sûrement la condition qui leur est convenable, il ne faut pas moins qu'une sagesse et une providence infinie. Or cette sagesse, cette providences! étendue. Dieu ne Ta pas donnée aux pères pour leurs enfants. Il n'a donc pas dû conséquemment donner aux pères le pou voir de décider du sort de leurs enfants; et comme il a seul pour cela toutes les connaissances nécessaires, j'ose dire qu'il eût manqué dans sa «onduite, s'il eut confié ce soin à tout autre qu'à lui-même. Vous me demandez pourquoi un père ne peut se croire assez éclairé ni assez sage , pour ordonner de la vocation d'un enfant. Écoutez une des plus grandes vérités de la morale chrétienne. C'est*querien n'a tant de rapport au salut que la vocation à un état , et que souvent c'est à l'état qu'est attachée toute l'affaire du salut : comment cela? parce que l'état est la voie par où Dieu veut nous conduire au salut; parce que les moyens du salut que Dieu a résolu de nous donner ne nous ont été destinés que conformément à l'état; parce que, hors de l'état, la providence de Dieu n'est plus engagée à nous soutenir par ces grâces spéciales qui assurent le salut, et sans lesquelles il est d'une extrême difficulté de parvenir à cet heureux terme. Et ce qu'il faut bien remarquer, comme une conséquence de ces principes , c'est que ce qui contribue davantage à notre salut, ce n'est point précisément la sainteté de l'état, mais la convenance de l'état avec les desseins et les vues de Dieu , qui nous l'a marqué et qui nous ^ a i^ «xlwc .^xVV^ta^

gont sauvés dans la religion, et celui-ei devait s'y perdre ; mille sesont perdus dans le monde, et celuilà devait s'y sauver. O aliUudo ! ô abîme de la science de Dieu ! Mais revenons. Que faudrait^il donc à un père, afin qu'il eût droit de disposer de la vocation de ses enfants? Je n'exagérerai rien , mes chers auditeurs ; vous savez la profession que je fais de dire la vérité telle que je la conçois, sans jamais aller an delà. Que faudrait-il, dis-je, à un père pour prescrire à un enfant la vocation qu'il doit suivre? Il faudrait qu'il connût les voies de son salut, qu'il entrât dans le secret de sa prédestination , qu'il sût Tordre des grâces qui lui sont préparées , les tentations dont il sera attaqué, les occasions de ruine où il se trouvera engagé; qu'il pénétrât dans le futur, pour voir les événements qui pourront changer les choses présentes; qu'il lût jusque dans le cœur de cet enfant, pour y découvrir certaines dispositions cachées qui ne se produisent point encore au dehors. Car c'est sur la connaissance de tout cela qu'est fondé le droit d'assigner aux honunes des vocations ; et quand Dieu appelle quelqu'un , il y emploie la connaissance de toute cela. Mais où est le père sur la terre qui ait la moindre de ces connaissances? Et n'es^ce donc pas dans un père une témérité insoutenable, de vouloir se rendre maîtredes vocations et des états dans sa famille ? N'est-ce pas, ou s'attribuer la sagesse même de Dieu , ce qui est un crime; ou entreprendre, avec la sagesse de l'homme , ce qui demandeune sagesse supérieure et divine : entreprise qu'on ne peut autrement traiter que de folie?

Ceci est général ; mais venons au détail. Je sontiens que cette conduite est également injurieuse à Dieu , soit qu'un père dispose de ses enfants pour une vocation sainte d'elle-même, soit qull en dispose pour le monde. Appliquez-vous à ceci. Votre dessein, dites-vous, est d'établir un enfant dans l'Église, de le pourvoir de bénéfices, et même de l'engager, s'il est besoin , dans les ordres sacrés. Je dis s'il est besoip : car hors du besoin , on n'aurait garde d'y penser : et vous entendez bien quel est ce besoin. A peine est-il né cet enfant, que TÉgliseest son partage; et l'on peut dire de lui , quoique dans un sens bien opposé , ce qui est écrit d'Isaïe, que dès le ventre de sa mère il est destiné à l'autel, non par une vocation divine comme le prophète, mais par une vocation humaine. Ab utero vocabU nie, (IsAi. , 49.) En vérité, mes chers auditeurs, est-ce là agir en chrétiens, et est-ce traiter avec Dieu comme on doit traiter avec un maître et un souverain? Quoi ! il faudra que Dieu en passe par votre choix, et qu'il soit réduit, pour ainsi parler, à recevoir cet enfant aux plus saintes fonctions de rÉglise, parce que cela vous accommode et que vous y trouvez votre compté? Que diriez-vous (c'est la pensée de saint Basile) que diriez-vous d'un homme

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qui voudrait vous obliger à prendre chez tous tels officiers et tels domestiques qu'il lui plairait? ITau» rait-il pas bonne grâce de vous en faire la proposition? Et vous, par une présomption encore plus hardie , vous remplirez la maison de Dieu de qui il vous semblera bon ? vous en distribuerez les plaeei et les dignités à votre gré?

Voilà néanmoins ce qui se passe tous les jours dans le christianisme. Ce n'est plus seulement la pratique de quelques pères ; c'est une coutume dans toutes les familles , c'est une espèce de loi. Loi dictée par l'esprit du monde, c'est-lNlire, parunesprh ou ambitieux ou intéressé. Loi reconnue univenellement dans le monde, et contre laqudle il est i peine permis aux ministres de l'Église et aux prédi> cateurs de s'élever. Loi même communément tdérte par ceux qui devraient s'employer avec plus de zèle à l'abolir, par les directeurs des âmes les plus réformés enappareuce et les plus rigides, par les dodeais les plus sévères dans leur morale , a qui affisetait plus de l'être ou de le paraître. Enfin , loi areogiément suivie par les enflants, qui n*en connaissent pas encordes pernicieuses conséquences , qui n'ont pas encore assez de résolution pour s'opposer aux volontés paternelles, qui se trouvent dans une malheureuse nécessité d'entrer dans la vole qu'on leur ouvre, ot d'y marcher. Ce cadet n'a pas l'aTantage de l'aînesse : sans examiner si Dieu le denaanda, ni s'il l'accepte, on le lui donne. Cet aîné n'a pas été en naissant assez favorisé de la nature, et manque de certaines qualités pour soutenir la gloire de son nom : sans égard aux vues de Dieu sur lai , on pense , pour ainsi dire , à le dégrader, on le rabaisse au rang du cadet , on lui substitue oduM , et pour cela on extorque un consentement forcé; on y fût servir l'artifice et la violence, les caresses et les menaces. L'établissement de cette fille coûterait : sans autre motif, c'est assez pour la dévouer à la religion. Mais elle n'est pas appelée à oe genre de vie : il faut bien qu'elle le soit, puisqu'il n'y a point d'autre parti à prendre pour elle. Mais Dieu ne h veut pas dans cet état : il faut supposer qu'il Vj veut, et faire comme s'il l'y voulait. Mais die n'a nulle marque de vocation : c'en est une assez grande que la conjoncture présente des af!aires et la néeeisité. Mais elle avoue elle-même qu'elle n'a pas cette grâce d'attrait : cette grâce lui viendraavee letempi, et lorsqu'elle sera dans un lieu propre à la recevoir. Cependant on conduit cette victime dans le temple, les pieds et les mains liés, je veux dire dans la ditposition d'une volonté contrainte, la bouche muette par la crainte et le respect d'un père qu'elle a toujours honoré. Au milieu d'une cérémonie, brillante pour les spectateurs qui y assistent , mais funtim pour la personne qui en est le sujet , on la présente au prêtre , et l'on en fait un sacrifice , qui , bien loin

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glorifier Diea et de lui plaire , devient exécrable les yeux , et provo<|ae sa Teogeanee.

Ah! cfarétteas, quelle abomination! Et &ut-U îbmner» après cela , si des Camilles entières sont ippées de la nmlédiction divine? Non^ non « disait jTÎen par une sainte ironie , nous ne sommes plus i temps d^Abraham, où les sacrifices des en&nts ir les pères étaient des actions rares. Rien mainnnntde plus commun que les imitateursdece grand rtriarehe. On le surpasse même tous les jours : ir, an lieu d'attendre comme lui l'ordre du ciel , on

prévient. On immole un enfant à Dieu, et on mmole sans peine, même avec joie; et on Timmole insqueDieu le commande , ni même qu'il Tagrée;

on rimmole lors même que Dieu le défend, et i*tt ne cesse point de dire : Non extendas maman par pHerum. «;eiief., 23.) Ainsi parlait l'éloquent 'êqne de Marseille dans l'ardeur de son lèle. Mais eotôt corrigeant sa pensée : Je me trompe^ mes ères, leprenait-U ; ces pères meurtriers ne sontrien oins que les imitateurs d' Abraham; car ce saint Nome voulut sacrifier son fils à Dieu : mais ils ne icrifient leurs en&nts qu'à leur propre fortune , et i*è leur avare cupidité. Voilà pourquoi Dieu comla Abraham d'éloges et de récompenses , parce que m sacrifice était une preuve de son obéissance et B sa piété ; et voilà pourquoi Dieu n'a pour les aut!S que les reproches et des châtiments, parce n*il se tient justement offensé de leurs entreprises rîmînolles.

Et ne me dites point, mes chers auditeurs , que ms cette voie si càrdinaire , d'obliger vos enfants à aibrasser l'état de l'Église ou celui de la religion , oos êtes dans l'impuissance de les établir. Abus. 'M D'est point à moi d'entrer avec voua en discussion e vos affaires domestiques , ni d'examiner ce que eus pouvez et ce que vous ne pouvege pas; mais 'est à moi de vous dire ce que la loi de Dieu vous fdonne et ce qu'elle vous défend. Or, que l'impuisanee où vous prétendez être soit vraie ou qu'elle oit ûuisse, jamais il ne sera permis à un père de i^oser de ses enfants pour la vocation , jamais de BUT chercher un patrimoine dans l'Église , jamais le regarder la religion comme une décharge de sa mille; et s'il le fait , il irrite Dieu. Qu'il les laisse lans im état moins opulent, Ils en seront moins xposés à se perdre , et n'en deviendront que plus idèles à leurs devoirs ; qu'il les abandonne à la Proideoee. Dieu est leur père, il en aura soin. Cest e foeje pourrais vous répondre : mais je ne vous lis rien de tout cela; et voici à quoi je m'en tiens^. te« quoi qu'il puisse arriver dans la suite , j'en mens toujours à mon principe, qu'il ûiut être hrécien et obéir à Dieu; que Dieu ne veut pas que a foeition de vos enûmts dépende de vous, et que B ne devez point là-dessus vous ingérer dans une

fonction qui ne fut ni nesera jamais de votre ressort. Voilà ce que je vous déclare, et c'est assez.

Vous me direz : Mais ne sera-Ml pas du moins permis à un père de disposer de ses enfants pour le monde? Et moi je vous réponds : Pourquoi lui serait-il plus permis d'en disposer pour le monde que pour rÉglise? Est-ce que les états du monde relèvent moins du souverain domaine de Diea et de sa providence que ceux de l'Église ^ estw» qu'il ne faut pas une grâce de vocation pour l'état du mariage, aussi bien que pour celui de kieligion? est-ee que les conditions du siècle n'ont pas autant de liaison que les autres avec le salut? Dès que ce sont des états de vie , c'est à Dieu de nous y appeler; et s'il y en avait où la vocation pasdt plus nécessaire , je puis bien dire que ce seraient ceux qui engagent à vjvre dans le monde, parce que ce sont sans contre» dit les plus exposés, parée que les dangers y sont beaucoup plus communs , les tentations beaucoup phis subtiles et pKM violentes, etqu'ony a plus de besoin d'être conduit par la sagesse et la grâce du Seigneur. Mais arrêtons-nous précisément au droit de Dieu. Vous voulez, mon cher auditeur, pousser cet atné dans le monde : il faut qu'il y paraisse , qu*il s'y avance, qu'il y soit le soutien de sa maison. Mais que savez-vous si Dieu ne se l'est pas réservé? et, si vous le saviez, oseriez-vous lui disputer la préférence? Ne le sachant pas , pouvez-vous moins ftlre quede le consulter là-dessus, que de hii demander quel est son bon plaisir, quede le prier quH vous découvre sa divine volonté , que d'employer tous les moyens ordinaires pour la cotmattre , et de vous y soumettre, dès le moment qu'elle vous sera notifiée? Biais que faites-vous? vous savez que Dieu veut cet enfimt dans la profession religieuse , et vous vous obstinez à le vouloir dans le monde. Vous voilà donc , pour ainsi parler, aux prises avec Dieu. Il s'agit de savoir qui des deux en doit être le mettre : car Dieu rappelleàlui,etvousvoulez l'avoir pour vous-même. Ou c'est Dieu qui entreprend sur vos droits, ou c'est vous qui entreprenez sur les droits de Dieu. Or, dites-moi, homme vil et faible, quels sont vos droits au préjudice de votre Dieu, et sur quoi iU sont fondés*. Mais, en même temps, apprenez à rendre aux droits inviolables d'un Dieu créateur le juste hommage qui lui est dû.

Il y a , dans saint Ambroise , un trait bien remarquable. Cest au premier livre des Vierges où ce Père décrit le ooml>at d'une jeune chrétienne, non pas contre les persécuteurs de la foi , mais contre la chair et le sang , contre ses proches. Elle se trouvait

soUicitée , d'une part , à s'engager dans une alliance qu'on lui proposait ^ et de l'autre , inspirée de pren*^ dre au pied des autels le voile sacré. Que ûiites-vou< disait cette généreuse fille à toute une parenté quf

la pressait , et pourquoi perdre vos soins à me èher-

cher un parti dans le monde? je sois déjà pourvue : Quidin exquirendis nuptiis soUicUatis animumf jam provisas habeo. (Ambb.) Vous m'offrez un époux, et j'en ai choisi un autre. Donnez-m'en un aussi riclie, aussi puissant et aussi grand que le mien; alors je verrai quelle réponse j'aurai à vous faire. Mais vous ne me présentez rien de semblable; car celui dont vous me parlez est un homme , et celui dont j' ai fait choix est un Dieu. Vouloir me l'enlever ou m'enlever à lui , ce n'est pas établir ma fortune, c'est envier mon bonheur : Nonprovidetis mihij sed invidetis. (Id. ) Paroles , reprend saint Ambroise, qui touchèrent tous les assistants : chacun versait des larmes en voyant une vertu si ferme et si rare dans une jeune personne; et comme quelqu'un se fut avancé de lui dire, que si son père eût vécu, il n'eût jamais consenti à la résolution qu'elle avait formée : Ah! répliqua-t-elle, c'est pour cela peut-être que le Seigneur l'a retiré ; c'est afin qu'il ne servît pas d'obstacle aux ordres du ciel , et aux desseins de la Providence sur moi.

Non, non, chrétiens, quelque intérêt qu'ait un père de voir un en&nt établi selon le monde, il ne peut, sans une espèce d'infidélité, se plaindre de Dieu , quand Dieu l'appelle à une vie plus sainte ; et traverser cette vocation ou par artifice, ou par de longues et d'insurmontables résistances, c'est ce que je puis appeler une rébellion contre Dieu et contre sa grâce. Pourquoi tant de soupirs et tant de pleurs ? écrivait saint Jérôme à une dame romaine, lui reprochant son peu de constance et son peu de foi , dans la perte qu'elle avait faite d'une fille qui lui était chère et que le ciel lui avait ravie. Vous vous aflligez, vous vous désolez ; mais écoutez Jésus-Christ même qui vous parle, ou qui peut bien au moins vous parler de la sorte : Hé quoi, Paule, vous vous laissez emporter contre moi, parce que votre fille est présentement tout à moi; et, par des larmes criminelles que vous répandez sans mesure et sans soumission , vous offensez le divin époux qui possède le sujetde votre douleur et de vos regrets : IrascerU, Paula, quiaJUia tua meafacta est, et rebeilibus iacrymis facis injuriam possidenti. (Hyebon.) Beau reproche, mes chers auditeurs, qui ne convient que trop à tant de pères chrétiens. Et ne pensez pas que ce soit une bonne raison à y opposer, de me répondre que ce fils est le seul qui vous reste d'une ancienne el grande famille, et que sans lui elle va s'éteindre ; comme si Dieu était obligé de s'accommoder à vos idées mondaines; comme si la conservation de votre famille était quelque chose de grand, lorsqu'il s'agit des volontés de Dieu ; comme si , tôt ou tard, toutes les familles ne devaient pas finir, et que la vôtre pût avoir une fin plus honorable, que par l'exécution des ordres du Seigneur votre Dieu. Voilà, chrétiens^ ce qui regarde l'intérêt de Dieu.

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Que serait-ce si je m'étendais sur celui de vos enfants et sur rinjustice que vous leur faites, quand vous disposez d'eux au préjudice de leur liberté, et communément au préjudicede leur salut ? Car, hélas! le seul droit qu'ils aient , indépendamment de vous, c'est de disposer d'eux-mêmes avec Dieu , sur oeqoi concerne leur âme et leur éternité ; et ce droit uni* que , vous le leur ôtez , ou vous les empêchez de s'en servir. Droit, au reste, le plus juste, puisqu*il est autorisé par toutes les lois, approuvé par toutes Ici coutumes , appuyé de toutes les raisons , tiré de tov les principes de la nature, fondé sur toutes les mazi> mes de la religion , et par conséquent inviolable. Prenez garde à ceci , s'il vous plaît. Oui , toutes ks lois l'autorisent : les unes, favorisant par toutes so^ tes de voies la liberté des enfants , je dis une liberté raisonnable; les autres, réprimant, par les phn grièves censures, les fausses prétentions des pères et des mères , qui voudraient attenter à cette liberté et entroubler l'usage : celles-ci permettant aux enftnts de disposer d'eux-mêmes pour l'état religieux, dan un âge où du reste ils ne peuvent disposer de rien; ce qu'on ne peut condamner, remarque le docte Tostat , sans préférer son jugement à celui de toute l'Église, qui l'a ordonné de la sorte : oelles-là ratifiant la profession solennelle du vœu de religion, faite à l'insu même des parents, qui, par nul moyen, ne la peuvent invalider; enfin , ce qui est essentid, n'y ayant jamais eu de loi, ni ecclésiastique ni civile, qui ait obligé un enfant d'en passer par le chou et la volonté de son père en fait d'état, et s'en trouvant au contraire plusieurs , qui déclarent de nulle valeur et de nulle force toutes les paroles données, tous les engagements contractés par des en&nts, s'il panft qu'il y ait eu de la contrainte , et qu'elle ait été n delà des bornes d'une obéissance respectueuse. Pom^ quoi tout cela, chrétiens, au détriment, ce semble, de l'autorité paternelle, et au hasard des résolu* tions indiscrètes que peuvent prendre de jeunes per* sonnes ? Il était nécessaire quelcela fût ainsi ; des iaî> sons substantielles et fondamentales le demandateat, et voici celle à quoi je m'arrête : c'est qu'il estdtt droit naturel et du droit divin que celui-là choisisse lui-même son état, qui en doit porter les charges et accomplir les obligations. Ce principe est Incontestable : car, si dans la suite de ma vie, il y a des peines à supporter, je suis bien aise que le dioix libre et exprès que j'en ai fait , en me les rendant volontaires , serve à me les adoucir; et s'il s'élève dam mon cœur quelques répugnances et quelques matmures contre les devoirs de mon état , je veux avoir de quoi en quelque sorte les apaiser, par la pensée que c'est moi-même qui m'y suis soumis, moinnéiDe qui m'y suis déterminé, moi-même qid ai eonseiiti à tout ce que j'aurais de plus rigoureux et de pioi pénible à éprouver. Or, tout le contraire arrive,

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laand des en&nts se trouvent forcés de prendre un §tal pour lequel ils ne se sentent ni inclination ni roeation : et lorsque vous les engagez , par exemple, Si la profession religieuse, vous ne vous obligez pas pour eux à en subir le joug et la dépendance , k en pratiquer les austérités , à en digérer les amertumes et les dégoûts : vous les conduisez jusque dans le sanctuaire, et là vous leur imposez tout le fardeau sans en rien retenir pour vous. Quand vous faites accepter à cette fille une alliance dont die a le réioignement , vous ne lui garantissez pas les humeurs de ce mari bizarre et chagrin, qui la tiendra peut-être dans Tesclavage; vous ne Facquittez pas des soins infinis que demandera Téducation d*une famille , et qui seront pour die autant d^obligations indispensables. (Test donc une iniquité de vouloir linsi disposer d'elle; car si die doit être liée , n'est-il ;ns juste que vous lui laissiez au moins le pouvoir de shoisir elle-même sa chaîne?

Mais ce qu'il y a là-dessus de plus important, ;*est ce que j'ai dit, et ce que je me trouve obligé de "éprendre, pour vous le proposer dans un nouveau our, et pour l'appliquer encore au point que je Taite, savoir, que là où il s'agit de vocation, il s'apt du salut éternel. Or, dès qu'il s'agit du salut, loint d'autorité du père sur le fils, parce que tout iout y est personnel. Nous paraîtrons tous devant e tribunal de Dieu , dit saint Paul , pour y répondre le notre vie. Il faut donc que nous en ayons tous la lisposition libre, conclut saint Jean Chrysostême : ar nous devons disposer des choses dont nous ommes responsables. Vous ne serez pas jugé pour ttoi ; et par conséquent il ne vous appartient pas de lisposerdemoi ; et, si vous le voulez, si vousentreprelezde me faire entrer dans un état où mon salut soit noins en assurance , je puis vous dire alors ce que le aint empereur Valcntinien dit à Vambassadeur de lome , qui , de la part du sénat , lui parlait de réta- )lir les temples des faux dieux : Que Rome , qui est na mère, me demande toute autre chose, je lui lois mes services; mais je les dois encore plus à 'Auteur de mon salut : Sed magis debeo saluHs 4utori. (Valent, imp.) Cest pour cela que les Pères le rÉglise, après avoir employé toute la force de eurs raisonnements et toute leur éloquence à persuader aux enfants une humble et fidèle soumission envers leurs parents , ont été néanmoins les preniers à les décharger de toute obéissance, dès qu'il itait question d'un état auquel on voulût les atta- ^er, ou dont on prétendit les détourner au péril le leur salut. Quelle réponse vous ferai-je, écrivait (aint Bernard à un homme du monde , qui se sentSit appdé à la vie rdigieuse , et que sa mère tâchait I retenir dans le monde; que vous dirai^e? Que root idwndonniez votre mère? mais cela paratt oon^ arure à la piété. Que vous demeuriez avec elle?

mais il n'est pas juste qu'une molle complaisanct vous lâsse perdre votre âme. Que vous soyez tout ensemble et à Jésus-Christ et au monde ? mais, selon l'Évangile , on ne peut être à deux maîtres. Ce que veut votre mère est opposé à votre salut, et, par une suite nécessaire, au sien même. Prenez donc maintenant votre parti, et choisissez , ou de satisfaire seulement à sa volonté, ou de pourvoir au salut de tous les deux. Mais si vous l'aimez , quit-^ tez-la , pour l'amour d'elle-même , de peur que vous retenant auprès d'elle et vous faisant quitter Jésua^ Christ, elle ne se perde avec vous et pour vous. Car comment ne se perdrait-elle pas, en vous faisant perdre la vie de l'âme, après vous avoir donné la vie du corps? Et tout ceci, ajoute le même Père, je vous le dis pour condescendre à votre faiblesse. Car l'oracle y est exprès , et ce devrait être assez de vous en rappeler le souvenir, que quoiqu'il y ait de rimpiété à mépriser sa mère , il y a de la piété à la mépriser pour Jésus-Christ.

Ah! chrétiens, profitez de ces grandes instructions. Dans la conduite de vos familles, respectez toujours les droits de Dieu, et jamais ne donnez la moindre atteinte à ceux de vos enfants. Laissez-leur la même liberté que vous avez souhaitée, et dont peut-être vous avez été si jaloux. Faites pour eux ce que vous avez voulu qu'on fit pour vous; et si vous avez sur cela reçu quelque injustice, ne vous en vengez pas sur des âmes innocentes qui n'y ont eu nulle part , et qui d'ailleurs vous doivent être si chères. Ayez égard à leur salut qui s'y trouve intéressé, et ne soyez pas assez cruels pour le sa» crifier à vos vues humaines. Ne vous exposez pas vous-mêmes à être un jour l^objet de leur nlalédie» tion, après avoir été la source de leur malheur» dut leur malédiction serait efficace, et attirerait sur vous celle de Dieu. Si vous ne pouvez leur donner d'amples héritages , et s'ils n'ont pas de grands biens à posséder, ne leur ôtez pas au moins, si je l'ose dire , la possessiond'eux-mêmes. Dieu ne vous oblige point à les faire riches, mais il vous ordonne de les laisser libres. Hé quoi, me répondrez-vous, si des enfants inconsidérés et emportés par le feu de l'âge font un mauvais choix , faudra-t-il que des pères et des mères les abandonnent à leur propre con« duite, et qu'ils ferment les yeux à tout? Je ne dis pas cela, mes chers auditeurs, et ce n'est point là ma pensée, comme je dois bientôt vous le faire voir. Si cet enfant choisit mal, vous pouvez le re* dresser par de sages avis; s'il ne les écoute pas, vous pouvez y ajouter le commandement; et s'il refuse d'obéir, vous y pouvez employer toute la force de l'autorité paternelle. Car tout cela n'est point disposer de sa personne, ni de sa vocation : mais au contraire C'est le mettre en état d'en mieux disposer loinnême. J'appelle disposer de la vocatioa

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d'un enfant, lui marquer précisément l'état que vous voulez qu'il embrasse , sans examiner s'il est ou s'il n*est pas selon son gré. J'appelle disposer de la vocation d'un enfant, le détourner d'un choix raisonnable qu'il a fait avec Dieu, et former d^insurmontables difficultés pour en arrêter l'exécution. J'appelle disposer de la vocation d'un enfant, abuser de sa crédulité pour le séduire par de fausses promesses, pour lui faire voir de prétendus avantages qu'on imagine, et pour le mener insensiblement au terme où l'on voudrait le conduire. J'appelle disposer de la vocation d'un enfant, laisser de longues années une fille sans l'établir, n'avoir pour elle que des manières dures et rebutantes, exercer par mille mauvais traitements toute sa patience, jusqu'à ce qu'elle se soit enfin dégoûtée du monde, que d'ellemême elle ait pris le parti de la retraite. Voilà, ëis-je, ce que j'appelle disposer de la vocation des enfants, et voilà ce que Dieu défend. Que lui répondrez-vous un jour, quand il vous reprochera de vous être opposés à ses desseins , dans la conduite d'une maison qu'il vous avait confiée ? Quand il vous demandera compte, non point du sang, mais de rame de cet enfant qu'il voulait sauver, à qui il avait préparé pour cela toutes les voies , et que vous en avez éloigné, que vous avez égaré, que vous avez perdu? Que répondrez-vous à vos enfants mêmes? car ils s'élèveront contre vous, et ils deviendront vos accusateurs, comme vous aurez été leurs tentateurs et leurs corrupteurs. Non pas encore une fois, que vous ne puissiez les diriger dans le choix qu'ils ont à faire ; que vous ne puissiez les conseiller, les exhorter, user de tous les moyens . que Dieu vous a mis en main pour les préserver des écueils, où une jeunesse volage et sans réflexion se laisse entraîner. Je dis plus, et je prétends même que non-seulement vous le pouvez , mais que vous le devez; et c'est sur quoi j'établis l'autre proposition que j'ai avancée , savoir, que s'il ne vous est pas permis de déterminer vos enfants à un état, vous êtes néanmoins responsables à Dieu de l'état auquel ils se déterminent. Encore quelques moments de votre attention pour cette seconde partie.

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