DEUXIÈME PARTIE
C'est un principe reçu dans toute la morale, que nous devons , autant qu'il dépend de nous, garantir les choses où nous sommes obligés de nous intéresser et de prendre part; et qu'à proportion de ia part que nous y avons et de l'inté^gt qui nous y engage, nous en devenons plus ou moins responsables. Cette maxime est évidente , et j'en tiîe la preuve de ma seconde proposition. Car quoiqu'il ne soit pas au pouvoir des pères de déterminer à leurs enfants le choix d'une vocation et d'un état, ils ne | laissent pas néanmoins d'intervenir à ce c\\o\\ , tf ^ ^
participer, d'y avoir un droit de direction et de surveillance, non-seulement en qualité de pèrci, mais beaucoup plus en qualité de pères chréticDi D'où il faut conclure qu'ils doivent donc répoadn de ce choix, et que Dieu peut, sans injustice, )m en faire rendre compte. Quelques questions que ji vais résoudre d'aboid , serviront à éclairdr ce peut On demande en général, si dans certains élati, surtout dans ceux qui ne sont pas de la perfediii évangélique, un enfant est maître de contracterai engagement et de se lier, sans l'aveu et la partiop» tion de ses parents. Il ne le peut, chrétiens; hé il est de son devoir, et d'un devoir rigooreux, de les consulter, d'écouter leurs remontrances, d*y déférer autant que la raison le prescrit. Car, disent la théologiens, l'honneur dû aux pères et aux mèni est un commandement exprès de Dieu. Or, de aV voir nul égard à leurs sentiments, de ne se mettn point en peine d'en être instruit, d'agir sur cela dau une pleine indépendance et de n'en vouloir croin que sol-même, ce serait un mépris formel de lem autorité ; et ce mépris , dans une roaUère aussi m portante que l'est le choix de l'état, doit être regaidi comme une griève transgression de la loi divine. Oi demande en particulier, si , dans un certain âge d^ avancé, un enfant peut, sans que le père en soit in formé et sans requ^r son consentement, oondnn un mariage où la passion le porte; s'il le peut , dii je, en sûreté de conscience. Non, répondent la docteurs; et s'il le fait, le père est en droit de k punir selon les lois, et de le priver de son héritife: peine censée juste, et qui par conséquent suppoii une offense. On demande si le père, voyant sonlli embrasser un parti qu'il juge, selon Dien , loi ébi pernicieux, peut se taire sur cela, et, par son sUenei^ y coopérer en quelque sorte et l'autoriser. Ce senH, suivant la décision de tous les maîtres de la moiale, un crime dans lui ; et si là-dessus il dissimule, il n'y fait pas toutes les oppositions nécessaires , il n rend prévaricateur. De là il s'ensuit donc que la pères, sans disposer de leurs enfants, ont néanmoiv part à leur choix en plusieurs manières : par exlioh tation, par conseil, par tolérance, par conscote-' ment, par droit d'opposition et de punition. Et voilà, chrétiens , le fondement de la vérité que je fW prêche. Car si Dieu ne vous avait pas engagés! tai garantir le choix que font vos enfants, ponr^ seriez-vous criminels, lorsque vous manques à employer, ou la voie de l'autorité, ou celle de conseil et de l'instruction pour les aider à bien choiar? Pourquoi serait-ce dans vous une tolérance condasinable, quand vous les abandonnez à eux-mêmes, d que vous les laissez choisir impunément et ineooiidérément ce que vous savez ne leur pas convenir et leur devoir être nuisible? Pourquoi poumez-TOOi "«OM^ ^^\KM«c ^\i(»at cbsiU^ traverser leur choix , la
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punir de leur choix, sH est contre Totre gré, et qii*à votre égard ils ne se soient pas acquittés des soumissions ordinaires? Dieu sans doute ne vous a donné ce pouvoir qu*à raison des charges qui y sont attachées; et de tous ces devoirs qu'il a imposés à vos enfants , résulte en vous une obligation naturelle de répondre d'eux et de leur état. Si donc il arrive qu'ils 8'^rent , ou parce que vous n'avez pas pris soin de les éclairer, ou parce que vous n'avez pas eu la force de leur résister, ou parce qu'une lâche tolérance vous a fait même seconder leurs désirs insensés. Dieu n'a-t-il pas droit de s'en prendre h vous , et de vous dire: Rendez- moi compte, non-seulement de vous-même , mais de ce fils , mais de cette fille , auprèsdequi vous deviez être, en qualité de père, mon niinistre, pour leur servir de guideetde conducteur. Et certes, chrétiens, qui ne sait pas qu'un père est responsable à Dieu de l'éducation de ses enfants? Or, dans l'éducation des enfants , qu'y a-t-il de plus essentiel que la condition où ils doivent entrer, et la forme de vie sur laquelle ils ont à délibérer?
Développons encore ceci, et mettons-le dans un nouveau jour, pour le rendre plus instructif et plus pratique. Le dioix d'un état , dit saint Bonaventure , peut être mauvais en trois manières : ou par luimême, parce que l'état est contraire au salut, du moins très-dangereux ; ou parce que celui qui embrasse rétat , est incapable de le soutenir ; ou parce que, tout honnête qu'est l'état que l'on choisit, tout propre qu'on est à en remplir les fonctions, on n'y entre pas néanmoins, si je puis ainsi m*exprimer, par la porte de l'honneur, ni par des voies droites. Prenez garde : je dis d'abord , choix d'un état mauvais par lui-même, ou du moins très-dangereux. J'en donne un exemple : c'est celui de saint Matthieu. Qu'était-ce que cet apôtre, avant qu'il eût été appelé et converti par Jésus-Christ? c'était un publicain, et il faut bien dire que cet emploi, qui consistait à lever certains deniers publics, s'exerçait alors communément contre la conscience, puisque Jésus-Christ, dans l'Évangile, parlant du royaume des cieux, mettait les publicains au même rang que les femmes perdues : PubUcant et mère- Mets. (Matth., 21. ) Cest la remarque de saint Jérôme : à quoi saint Grégoire en lyoute une autre. Car les apôtres, après leur conversion, reprirent leur première forme de vie , et retournèrent à leur pêche : il n'y eut que saint Matthieu qui, absolument et pour toujours, abandonna sa recette. D'où vient cette différence, demande saint Grégoire, sinon parce que l'emploi de saint Pierre et des autres apôtres était innocent, et que celui de saint Matthieu l'engageait au moins dans un péril certain et trèsprésent? Si donc il y avait de semblables professions dans le monde, je m'explique; s'il y avait, ce que je n'examine point et ce que j'aurais peine à
penser; si , disje , il y avait de ces états , où , selon l'estime commune, il fût moralement impossible de se conserver et d'être chrétien, un père qu\ craint Dieu pourrait-il permettre qu'un fils s'y jetât en aveugle et qu'il y demeurât? Ah! mes chers auditeurs, bien loin de l'approuver, de l'autoriser, de le tolérer, il ferait tous ses efforts pour lui en inspirer de l'horreur et pour l'en éloigner. Il lui dirait comme le saint homme Tobie : Prenons confiance, mon fils; nous serons toujours assez riches, si nous avons la crainte du Seigneur. Préférons-la à tous les trésors de la terre, et ne consentons jamais, pour des biens temporels, à perdre, ni même à risquer des biens étemels : SaUs muUa bona habebimus, si'timuerimus Dewn, (Tob., 4.) C'est ainsf qu'il lui parlerait, ou qu'il lui devrait parler. Mais s'il se laissait dominer et conduire par l'intérêt ; si , dans la vue d'une fortune temporelle et d'un gain assuré , prompt, abondant, il agréait le choix que fait son fils d'une profession au moins dangereuse selon Dieu ; s'il était le premier à lui en procurer l'entrée, à le favoriser, à la seconder dans ses poursuites , à lui cliercher pour cela des intercesseurs et des patrons : qui peut dotiter que par là il ne se chargeât de toutes les suites funestes qu'il y aurait à craindre ; que par là le père ne se rendît coupable de tous les déisordres du fils; que la damnation de ce jeune homme ne lui dût être imputée, et que ce ne fût un des principaux articles sur quoi il aurait à se justifier devant le tribunal de Dieu? Ken disons pas là-dessus davantage : c'est à vous, chrétiens, à faire l'application de cette morale , et à voir, dans l'usage du siècle présent, quelles conséquences vous en devez tirer. Avançons.
' Outre que le choix d'un état peut être mauvais dans la substance, il l'est encore plus souvent par rapport au sujet, c'est-à-dire, parce que cehii qui fait ce choix est indigne de l'état qu'il choisit, n'a pas pour cet état toutes les qualités requises , et se trouve absolument incapable d'en accomplir les devoirs. De là cette corruption générale que nous voyons dans le monde et dans toutes les conditions du monde; de là tant d'abus qui se sont introduits et qui régnent dans l'Église; de là ce dérèglement presque universel dans l'administration des charges, et surtout dans la dispensation de la justice, de là presque tous les maux dont la société des hommes est troublée; mais de là même aussi pour les pères un fonds d'obligation qui les doit faire trembler, une matière infinie de péchés, une source inépuisable de scrupules, un des comptes les plus terribles qu'ils aient à rendre : car si nous remontons au principe, et que nous examinions bien ce qui cause un tel renversement dans tous les états de la vie , et d'où viennent tous ces désordres que nous déplorons assez, mais que nous n»
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corrigeons pas, nous reconoattrons quMls doivent être communément attribués aux pères, qui, sans égard à Fincapacité de leurs enfants, les ont euxmêmes placés dans des rangs et leur ont conf|é des ministères dont les fonctions étaient au-dessus de teurs forces et de leurs Ulents. En effet, si ce père n'eût point traité de cette charge dont il a pourvu «on fils , oe fils ne serait rien aujourd'hui de ce ^u'il est, et , n'étant point oe qu'il est , il n'abuseiroit pas d'une puissance qu'il a reçue sans la pouvoir exercer; il ne ferait pas servir l'autorité dont Uest revêtu aux vexations, aux violences, aux injustices que le public ressent et qui le font souffrir. U a donc été possible au père de prévenir et d'arrêter de si fâcheuses conséquences. Instruit des dispositions de ce jeune homme, il pouvait, au lieu de relever si haut , ou de l'aider à y parvenir, lui refu^ser pour cela ses soins et son secours. Nonseulement il le pouvait, mais il le devait; et qui s'étonnera que Dieu là-dessus entre en jugement ave& lui , et qu'il lui en fasse porter la peine?
Voilà néanmoins, mes chers auditeurs , l'abus de notre siècle. Le zèle des pères pour leurs enfants, ne va pas à les voir capables d'être employés; mais il leur suffit qu'ils soient employés. Il faut pour cet «Inétel ofloe; et cela se suppose comme un principe. Y a-l-il de quoi en faire les frais? c'est ce qu'on examine avec toute l'attention nécessaire. Cette avance vne fois faite , restera-t*il assez de fonds pour toutes les autres dépenses ? c'est oe que l'on suppute trèsexactement. Mais d'ailleurs cet enfant que Ton veut ainsi pousser , est*il propre k remplir la place qu'on lui destine? la chose ne se met pas eu délibération : sil en a le mérite, à la bonne heure; s'il ne l'a pas , sa charge hii en tiendra lieu. Mais on sait bien qu'il ne Ta pas en effet, et Ton ne peut espérer qu'il l'acquière jamais. On le sait, et on agit toujours comme si on m le savait pas. Car où sont maintenant les pères qui ressemblent à cet empereur de Rome, lequel exclut authentiquement son fils de l'empire, parce qu'il n'y trouvait pas les dispositions requises pour en soutenir le poids? Ce jeune homme est de telle famille, où telle dignité est héréditaire; dès là son sort est décidé : il faut que le fils succède au père. Et de cette maxime que s'ensuit-ii? vous en êtes tous les jours témoins : c'est qu'un enfant à qui l'on n'aurait pas voulu confier la moins importante affaire d'une maison particulière , a toutefois dans ses mains les affaires de toute une province et les intérêts publics. Il peut prononcer comme il lui plaît, ordonner selon qu'il lui plaît, exécuter tout oequ*il lui plaît. On en souffre , on en gémit, le bon droit esf vendu , toute la justice renversée : c'est ce qui importe peu à un père, pourvu qu'il n'en ressente point le dommage, et que ce fils soit établi. Car voilà comnoent raisonneat aiyourd'luii la plupart des
pères , ignorant leurs obligations ou négligeant dif satisfaire ; se persuadant que tout est fait , dès qu'un enfant se trouve placé : s'imaginant que c'est en cela que consiste la grandeur du monde, et du reste se flattant qu'il y a une providence générale pour suppléer à tout ce qui pourrait manquer de leur part Oui , chrétiens, il y en aune, n'endoutez point ; mais c^estune providence rigoureuse, pour punir tous oss manquements dans vos personnes , avant que d'y suppléer dans l'ordre de l'univers : il y en a une ; mais c'est une providence de justice, et non de mîsérioorde, pour vous demander raison de tous lesmaox que vous pouviez arrêter dans leur source, et que vous avez permis , que vous avez causés , que vous avez perpétués. Il est vrai , l'Écriture nous dit dans un sens , qu'au tribunal de Dieu chacun répondra pour soi , et rien davantage; que le fardeau de l'un ne sera pas le fardeau de l'autre, et que chacun portera le sien : mais il n'est pas moins vrai que la même Ecriture, dans un autre sens, nous avertit que Dieu fera retomber sur le père l'iniquité du fils, que le jugement du père ne sera point séparé de celui du fils , que le fils sera condamné par le père et le père par le fils. Deux oracles partis l'un et Fautre de la vérité même; par conséquent l'un et l'autre in- &iNibles. Deux oracles opposés, oe semble, l'un à l'autre, et qui néanmoins ne se contredisent en aucune sorte. Mais oracles que vous ne concilieiet jamais, qu'en reconnaissant à quoi vous engage la qualité de pères, et quel crime vous commettez , quand un amour aveugle pour des enfants , ou quelque autre vue que ce puisse être , vous fait coopérer à leur choix, malgré leur insuffisance qui vous est connue , et la disproportion qui se rencontre entre leur faiblesse et les ministères qu'ils prétendent exercer.
Mais si le choix enfin n'est mauvais ni en luimême, ni à l'égard du sujet, est-ce assez? non, chrétiens ; car j'ajoute qu'il peut être mauvais par rapport aux moyens , et que c'est encore ce qui doit exciter toute votre vigilance. Je le veux : cet état par luimême n'a rien qui blesse, ni les règles de l'honneur, ni les droits de la conscience : on y peut être chrétien , et vivre en chrétien. Je vais plus loin , et je conviens même avec vous de tout le mérite de cet enfant; mais, fât-il doué de mille qualités , le mérite n'est pas toujours la porté par où l'on trouve accès et l'on s'introduit, soit dans l'Église, soit dans le monde. Il y a de plus d'autres moyens auxquels on est souvent obligé d'avoir recours; et, parmi ces moyens, il y en a de légitimes qui sont permis, et d'injustes que la loi défend. Or, dans le choix des uns et des autres, laisser les moyens permis, parce qu'ils ne suffisent pas , parce qu'ils ne sont pas assez prompts, parce qu'on ne les a pas , et prendre des voies criminelles qui tout indirectes qu'elles sont ,
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condolfleot néaninoms au terme, et plus sûrement et plus vite, voilà une des plus ordinaires et des plus grandes iniquités du siècle. De vous en faire voir Tinjustice , de déplorer avec vous la triste décaileDce où nous sommes là-dessus tombés en ces derniers temps f et de regretter Tancienne probité des premiers âges, ce n*est point précisément mon sujet. Ifaisee qui me regarde, et ce que je ne dois pas omettre; ce qui demande toute l'ardeur de mon zèle et toute la force de la parole évangélique, c'est que des pèrw ouvrit eux-mêmes à leurs enfants de telles routes pour s'établir et pours'avancer :carvoilàdeqooi nous avons sans cesse de tristes exemples. On veut que œ fils parvienne à certain degré dans le monde , et pour cela quelles intrigues n'imagine-t-on pas ? quelles cabales ne forme-t-on pas? à quels excès ne •e porte-t-on pas contre des concurrents qui se présentent et qui font ombrage? On jette les yeux sur certain parti pour cette fille; et afin de mieux engager eelu»«i, le dirai-je? quelles libertés ne donne-ton pas à ceUo-là? quelles entrevues ne lui permet-on pas? à quel péril nel'expose-t-on pas? Ce sont, ditesvous, les moyens de réussir, et tout demeure sans eela : mais sont-ce des moyens que Dieu approuve? sont-eedes moyens que l'Évangile autorise ? 8on^ce des moyens que l'équité même naturelle inspire, et avec lesquels elle puisse concourir? Par conséquent sont-ce des moyens qu'un père puisse suggérer à ses enfants, où un père puisse prêter la main à ses enfants], dont un père puisse donner l'exemple à ses enHsnts? Si donc il se laisse aveugler par sa passion jusqa*à les voir tranquillement, et sans nulle résistance de sa part , suivre de pareilles voies , jusqu'à las leur tracer lui-même et à les y conduire , en participant aux crimes de ses enfants , ne doit-il pas s'attendre à être compris dans l'arrêt que Dieu prononcera contre eux, et y a-t-il une excuse légitime qui Ten puisse préserver?
Ahlmescbers auditeurs, ne sera-ce pas assez iTétre chargés de nous-mêmes et d'avoir à répondre de nous-mêmes? ne sera-ce pas même encore trop pour notre fiaiblesse? Mais, à l'égard des pères et des mères, il n'est pas possible que le jugement de Dieu se réduise là; et, par une triste nécessité et un engagement inévitable, il faut qu'il passe plus loin : car un père ne peut répondre de lui-même sans répondre de ses en&nts, puisqu'il n*aura été bon père selon Dieu , ou père criminel, qu'autant qu*il aura rempli ses devoirs dans la conduite de sa famille , et en particulier dans celle de ses enfants, ou qu'il les aura négligés. Dieu donne l'autorité aux pères; c'est afin qu'ils l'emploient, et pour les juger selon l'usage qu'ils en auront fait. Dieu leur donne des grâces particulières et propres de leur état ; c'est afin qu'ils s'en servent , et non pas pour quelles demeurent inu^'^es dans leurs mains. Tout
ce que j'ai dit, au reste, du choix de vos enfants et du compte que vous en rendrez à Dieu, ne doit point s'entendre dételle sorte qu'il ne vous soit pas permis de les avancer dans des emplois convenables, ou de l'Église, ou du monde, quand Dieu les y appellera; car, bien loin de vousenfaîre un crime , je prétends au contraire que c'est une de vos obligations ; et jamais je n'approuverai l'indifférence, pour ne pas dire la dureté de ces pères et de ces mères qui , tout occupés d'eux-mêmes, et ne voulant se dessaisir de rien, laissent languir déjeunes personnes sans établissement, et leur font manquer les occasions les plus favorables : mais mon dessein est d'exciter en vous un saint zèle de la perfection de vos enfants , dont Dieu vous a commis le soin, et qu'il soumet à votre discipline; de vous faire travailler, tandis qu'ils sont encore sous la main paternelle, à lea instruire, à les former, à les rendre capables, intelligents, dignes des places où, selon leur naissance, ils peuvent aspirer. Or, il n'y point pour cela de plus puissant motif que de vous dire à vous-mêmes : Ou il faut que mes enfants soient exclus de tout, et qu'ils mènent une vie obscure et sans emploi ; ou il faut que je m'applique à les dresser, afin qu'ils puissentdevenirquelque chose et faire quelque chose dans la vie; ou, si je veux les pousser sans nulle disposition de leur part, et malgré leur incapacité, il faut que je me damne avec eux. Qu'ils soient exclus de tout, ce serait pour eux une honte et un reproche pour moi ; que je me damne avec eux , co serait une extrême folie et le souverain malheur. La conséquence est donc, que je n'oublie rien, mais que j'use de toute mon adresse et de tout mon pouvoir de père, pour leur faire acquérir les qualités et de l'esprit et du cœur, dont ils pourront dans la suite avoir besoin , selon les états où la Providence les a destinés : car d'espérer que Dieu , en les appelant, fasse par lui-même tout le reste, et qu'il leur donne des connaissances infuses, c'est compter sur un miracle, et renverser l'ordre que sa sagesse a établi dans le gouvernement du monde, et de prétendre que Dieu ne m'impute pas tout ce qui leur manquera et qu'ils pourraient recevoir de moi , c'est ignorer un de mes premiers devoirs, et me tromper moi-même. Voilà, clurétiens, ce qu'il faut bien méditer. Il n'y a rien là qui ne soit d'une conséquence infinie , et qui ne doive vous faire trembler , si vous le négligez; mais j'ajoute aussi qu'il n'y a rien qui ne soit d'un mérite très-relevé, et qui ne doive vous consoler, si vous vous y rendez fidèles et si vous l'observez.
La qualité de pères vous impose de grandes obligations; mais en même temps elle vous donne lieu d'amasser de grands trésors pour le ciel : car qui ne sait pas ce que coûtent la conduite et réducatioii des enfants; combien d'humeurs il faut supports»
combien d^écarts W faut pardonner, combien de foiblessee il feut ménager, combien de précautions il faut prendre pour les instruire sans les fatiguer, pour les tenir sous la règle sansles rebuter, pour leur faire d^utîles réprébensions sans les révolter? Or rien de tout cela n*est perdu devant Dieu, et c*est en cela même qu^doit consister devant Dieu votre principale sainteté. Vos enfants profiteront de vos soins, ou ils n'en profiteront pas. S'ils n'en profitent pas, il est vrai, ce sera une peine poui vous, et une peine sensible} mais , du reste , vous en seiexquittes aaprèsdo Dieu et auprès d'eux : s'ils en profitent, et que Die», comme vous pouvez l'espérer, bénisse voire vigilance et votre zèle, queHe consolation pour vous en ce monde de voir votre famille dans l'ordre, et surtout quel bonheur un jour de vous retrouver tous ensemble dans la gloire que je vous soiibaite, etc.
SUR L'ÉTAT nu MARIAGE.
SERMON
VOCJK LE SeUXJÊMK DIMANCHE
APRÈS L'ÉPIPSANIE.