SUR LA SOCIÉTÉ DES JUSTES AVEC LES PÉCHEURS
Ciwi dormirent komines, venii mimicus hamo, et tuper •emtiutvU zisftNia iu medio tritici.
Tandis que les gpn» dormaient, IVnneml vint, €t sema de rivraie parmi le bon grain. Saint Maitii., cliap. is.
C'est dans le champ du père de famille que cette ivraie est semée parmi le bon grain , et c'est dans rÉglisedeDieuque les pécheurs vivent au milieu des justes, et que les uns et les autres sont confondus ensemble. Ce fut durant la nuit, et lorsque les gens étaient endormis, que l'ennemi vint désoler le champ; et c'est pendant cette vie mortelle , qui est pour nous un temps de ténèbres et comme une nuit obscure, que Pennemi commun des hommes faitses ravages, et entretient dans le sein de l'Église ce triste mélange des impies et des réprouvés avec les élus. Il ne vient pas tandis que nous veillons, tandis que nous avons les yeux ouverts et que nous sommes attentifs sur nous-mêmes : mais il prend les moments où les traits flatteurs du plaisir nous charment; où les fausses douceurs du monde nous endorment; où nos passions nous fermât les yeux , nous empêchent de l'apercevoir et de remarquer le dommage qu'il nous cause : CumdormireiU homines. Voilà comment cet esprit séducteur s*iosinue., comment il introduit le péché dans les âmes, et une multitude presque infinie de pécheurs dans le christianisme : renit inimicus homo, et siq)er seminavit zizania. Dieu, d'un coup de son bras tout-puissant , pourrait dans un jour les exterminer tous; mais il attend la saison de la récolte, c'est-àdire jusqu'à la fin des siècles et à son jugement dernier, lorsqu'il enverra ses moissonneurs pour séparer l'ivraie d'avec le bon grain : parlons sans figure, lorsqu'il enverra les anges, exécuteurs de ses volontés et ministres de sa justice, pour faire le discernement des justes et des pécheurs ; pour mettre à la droite les justes prédestinés , et à la gauche les pécheurs réprouvés; pour rassembler les uns dans SQtv tovaume > et your précipiter les autres dans le
SUR LA SOaÉTÉ DES JUSTES, etc.
eu éternel : CdUgitezizania, etaUigateea Hi/asiculos ad comburendwn ; trUicum auteni congreaie in horreum meum. (Matth., 13.) Ce temps l'est pas encore venu , chrétiens ; et jusques à cette éparation, nous vivons au milieu des impies, et es impies vivent au milieu de nous. Il est donc i*une conséquence extrême que vous sachiez quelle :onduite vous devez tenir à leur égard , et quelle ociété vous pouvez avoir avec eux. Mais afin de ous en instruire plus solidement, j'ai besoin des umières du Saint-Esprit, et je les demande par Tinercession de Marie. Ave,
De vouloir pénétrer dans les secrets de Dieu pour avoir à quelle fin Dieu souffre les impies au milieu les élus, ce serait, dit saint Augustin, vouloir dé- »ovrir un mystère qui est au-dessus de nos conlaissances, et que nous devons adorer sans entre- )rendre de Tcxaminer. Dieu permet que les impies mbsistent, et c'est ce que Texpérience nous fait roir ; il permet qu'ils subsistent parmi les bons et es prédestinés, et c'est de quoi nous ne pouvons louter. De connaître les raisons pour lesquelles il e veut ainsi, c'est encore une fois ce qui n'est pas le notre compétence; mais d'apprendre comment lous devons nous comporter avec les impies et les libertins, c'est ce qui nous touche; et ce qui demande toutes nos réflexions. Or de qui Tappren- Irons-nous? de Dieu même, qui en tout, mais [>articulièrement en ceci, veut être notre exemplaûre et le modèle de notre conduite. Dieu , chrétiens , |ui est la sainteté même, demeure avec les pécheurs ; mais je remarque sur cela deux choses, qui doivent gtre pour nous deux importantes leçons. Car il ne demeure avec les pécheurs que par la nécessité de son être, c'est la première; et en demeurant avec les pécheurs, il sait tout à la fois et en tirer sa gloire et procurer leur salut, c'est la seconde. Sur quoi j'établis deux obligations qui nous regardent, et ]Ul vont faire le partage de ce discours. Dieu n'est ivec les pécheurs que par la nécessité de son être, et nous ne devons demeurer avec eux que par la nécessité de notre état : ce sera la première partie. Dieu tire sa gloire des pécheurs , et travaille en même temps à leur salut ; c'est ainsi que nous devons rendre notre commerce avec eux également profitable et pour nous et pour eux-mêmes : ce sera la seconde partie. Dans la première, je vous montrerai l'obligation générale de fuir le commerce des pécheurs; et nous verrons dans la seconde quel profit il en faut retirer, lorsque nous y sommes nécessairement engagés. En deux mots, le mélange des justes et des pécheurs est communément dangereux pour les justes ; mais il peut être quelquefois utile aux uns et aux autres. Autant qu'il est dangereux pour les justes, ils doivent l'éviter : et autant qu'il peut être utile aux justes et aux pécheurs, les
Justes doivent en profiter. Voilà tout le sujet de votre attention.