SDR LA SOCIETE DES JUSTES, KC
rehausser Téclat de ses Infinies perfections « nous y trouvons de quoi acquérir et pratiquer les plus éminentes vertus. En effet, quoi que fasse le pécheur avec qui je vis . si j'ai l'esprit de Dieu , c'est une leçon pour moi et une occasion de me sanctifier. S'il me persécute , il me fournit une matière de patience ; s'il se déclare mon ennemi , il purifie ma charité ; s'il me fait souffrir, c'est un sujet de mortification. S'élève-t-il au-dessus de moi par orgueil, il m'apprend à me tenir dans la modestie. Se laisse-^il emporter à la colère, il met en œuvre ma douceur. Tombe* t-il dans des péchés honteux, il excite ma compassion et mon zèle. Je dis plus, et c'est après saint Grégoire pape que je le dis; jamais, dans les règles ordinaires, un juste ne serait par&it ni ne pourrait le devenir, si Dieu , par la disposition de sa providence, ne l'obligeait quelquefois à vivre avec les pécheurs ; pourquoi cela? parce que c'est dans cette société et dans ce mélange des bons et des méchants, qu'il doit être dégagé des imperfections humaines. Ipsa quippe malorum socieku, purgatio bonorum est. (Gbeg.) Et comment, demande ce Père, s'exercerait-il dans les grandes vertus , s'il n'y avait des pécheurs dans le monde? En quoi pratiquerait-il cette charité héroïque dont le Fils de Dieu nous a donné l'exemple, et dont il nous a fait un commandement, s'il n'y avait des offenses et des injustices , des médisances et des calomnies à pardonner? Où serait le mérite de sa persévérance , s'il n'y avait des contradictions à essuyer, des railleries à supporter, des attaques de la part des libertins à soutenir et à repousser?
Rien de plus constant, chrétiens auditeurs : si nous étions aussi zélés que nous le devons être pour notre salut, et si nous voulions faire plus de progrès dans les voies de la piété et de la perfection évangélique, un des plus puissants moyens pour nous porter à Dieu serait la présence et la vue de tant de pécheurs que nous avons sans cesse auprès de nous. Quels fonds y trouverions-nous d'une reconnaissance parfaite envers Dieu , puisque c'est par un bienfait spécial de sa grâce que nous avons été préservés des désordres dont nous sommes témoins et dont nous gémissons! Quel motif d'une humilité profonde et d'une continuelle attention sur nousmêmes, puisque à chaque nionient nous y pouvons nous-mêmes tomber; d'une charité respectueuse à l'égard du prochain, puisqu'il est, dans son iniquité, l'exécuteur des arrêts de Dieu, le ministre de Dieu pour nous châtier et nous corriger; d'une pénitence salutaire et d'une pleine soumission , puisque plus nous sommes traversés , plus nous pouvons satisfaire à la justice divine et nous acquitter! Mais qu'arrivc-t-il ? c'est que nous renversons tout l'ordre des choses, et que de ces moyens de salut, nous faisoos les sujets de notre perte. Le dessein de la
Providence est que le commerce des pécheurs nous sanctifie, quand une nécessité indispensable nous y attache, et c'est ce qui nous pervertit. Dieu en tire sa gloire, et nous, notre ruine. Il en devient plus saint de cette sainteté extérieure et accidentelle que nous lui souhaitons tous les jours, et nous en devenons plus criminels.
Permettez-moi , chrétiens, d'ouvrir ici mon cœur et de vous faire part de mes plus secrets sentiments. Je gémis quand, au tribunal de la pénitence, j'entends un homme du monde se plaindre de sa condition, comme s'il prétendait justifier les égarements de sa vie par l'étroite obligation ou il se trcNive de demeurer au milieu du siècle corrompu , et d'y entretenir des liaisons qu'il ne peut rompre : quand j*eotends une femme déplorer la triste sitoation où elle se voit, et me dire que tout le dérèglement de son âme vient d'être {ngagée par devoir à un mari sans religion, sans frein dans ses passions, sans retenue dans ses débauches. Qu*ai-je là-dessos à leur répondre? je les plains moi-même, non pas de leur état prétendu malheureux , puisque c'est l'état où il a pla à Dieu de les appeler; mais du mauvais usage qu'ils font de leur état contre les desseins de Dieu qui les y a placés. Je plains cette femme, non pas de ce qu'elle souffre, mais de la manière dont elle souffre; ne se souvenant pas , ou ne sachant pas que ce mari vicieux est un moyen choisi dans le conseil delà sagesse éternelle, pour l'éprouver et pour la sauver. Or, si cela est, comme la plus solide théologie l'enseigne , n'est-elle pas en effet bien à plaindre de souffrir toutes les incommodités d'une société pénible et fâcheuse, et de n'en avoir pas le mérite; de convertir le remède en poison ,'et les grâces de Dieu, en de perpétuelles occasions de péché?
Mais si j'étais dans un autre état, je travaillerais sans peine à mon salut. Vous le dites, mon cher auditeur, et moi je vous dis qu'en cela vous vous trompez ; car vous ne pourriez travailler à votre salut sans Dieu. Or Dieu ne veut pas que vous y travailliez ailleurs ni autrement. Voilà la voie qu'il vous a marquée. Mais il est impossible, ajoutez-vous, de résister à tant de mauvais exemples , et de se garantir de leur contagion. Erreur, chrétiens. Il est impossible quand c'est contre les ordres de Dieu que vous vous jetez dans le péril , quand c'est de vous-mêmes et contre les obligations de votre état ; mais dès que c'est pour les intérêts de Dieu , par la vocatioo de Dieu , selon les vues de Dieu ; dès que c'est selon les refiles de la prudence évangélique, et avec les sages précautions qu'elle demande, ee qui serait contagieux pour d'autres ne l'est plus pour vous, et ce qui les précipiterait dans un abîme de eomiptioo, peut vous élever à la plus sublime sainteté; car il est alors de la providence du Seigneur de voqs aider, de vous éclairer, de vous fortifier; et c'est à quo
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Il ne manque pas. Or, arec le secours de Dieu , avec ses lumières et la force que sa grâce répand dans une âme chrétienne, si vous tenez ferme au milieu des pécheurs, si vous résistez à leurs sollidtations, si vous ne vous laissez ébranler ni par leurs promesses , ni par leurs menaces, ni par leurs flatteries, ni par leurs rebtits; si, malgré le torrent de l'exemple qui entraîne des millions d'autres, vous demeurez inviolablement attaché aux règles du devoir et à l'observation de la loi , dans les combats que vous avez pour cela à livrer, et par les efforts qu'il vous. en coûte, quelles richesses n'amasscz-vous pas devant Dieu , et quels progrès ne faites-vous pas dans les voies de la justice? Le comble de l'iniquité, pour l'impie, selon le témoignage du prophète, c'est d'être pécheur parmi les justes : In terra sanctorum iniqua gessU (ISA.1., 26); il a commis le péché dans la terre des saints. Voilà ce qui redouble sa malice, et ce qui le rend indigne de voir jamais la gloire de Dieu et d'être reçu dans le séjour des bienheureux : Non videbit gloriam DonUni. (Ibid.) Ainsi parlait Isa!e ; et de là, par une conséquence non moins vraie, je conclus que le comble de la sainteté pour le juste, est d'être juste parmi les pécheurs. Moïse, dans la cour d'un prince inGdèle , eut toujours , suivant la belle expression de saint Paul, l'invisible présent à l'esprit, comme s'il l'eût vu des yeux du corps. Saint Louis , sur le trône , ferma les yeux à tout l'éclat des pompes humaines, et dans la licence des armes et le tumulte de la guerre il n'oublia jamais Dieu, et ne se départit jamais de l'obéissance due à ce premier mattre. Cet homme, lié d'intérêt avec des gens sans foi, sans équité, avares et usurpateurs, a conservé ses mains nettes de toute injustice, et n'a jamais voulu entrer dans leurs criminelles entreprises. Cette femme, dans une famille où Dieu est à peine connu , ne s'est jamais relâchée de ses saintes pratiques; et sans égard à tous les discours qu'on lui a fait entendre, à tous les chagrins qu'elle a eus à dévorer, aux mépris qu'on lui a marqués, elle n'a jamais rien perdu de son zèle, ni rien retranché de ses pieuses observances. Voilà ce qui les distingue tous auprès de Dieu ; voilà ce qui donne à leur fidélité un caractère propre et un prix particulier; voilà pourquoi ils recevront cet éloge si glorieux de la bouche de Jésus-Christ, et pourquoi 11 leur dira ce qu'il dit à ses apôtres : f^os estis qui permansistis mecum in ieataUùnibus, (Luc, 22.) Tandis que les autres m'ont abandonné, qu'ils ont trahi ma cause, qu'ils ont outragé mon nom , qu'ils ont violé ma loi , c'est vous, fidèles serviteurs, que j'ai trouvés constants à me suivre. De demeurer avec moi quand il n'y a rien à souffrir pour moi , quand rien ne porte à s'é- Joigner de moi , quand tout conspire à m'attacher les ccDurs et à les attirer à moi , c'est l'effet d'une rcrtu commune; mais de demeurer avec mol dans
la tentation, d'y demeurer lorsqu'il faut remporter pour cela des victoires, et defiréquentes victoires; d'y demeurer malgré les scandales publics, malgré les contradictions et les traverses, malgré la coutume et tous les respects humains, c'est là que je reconnais une foi vive, un attachement solide, un amour, pur, une persévérance héroïque, et c'est aussi à quoi je réserve toutes mes récompenses : Fos estts qui permansistis mecum in tentationibus.
L'auriez-vous cru, chrétiens, que les pécheurs dussent procurer aux justes de si grands avantages pour le salut? mais apprenez encore comment les justes doivent de leur part contribuer au salut des pécheurs. L'Écriture, chez le prophète Daniel, nous représente une contestation bien singulière entre deux anges. Ce n'est pas, comme l'a pensé l'abbé Rupert, entre un ange bienheureux et un des esprits réprouvés, mais, selon l'interprétation de tous fes Pères , après saint Jérôme , entre deux saints anges , jouissant l'un et l'autre de la même gloire et assistant auprès du trône de Dieu. Le premier (c'est l'ange tutélaire de la Judée), demande que les Hébreux sortent au plus tôt de la Perse , parce qu'ils sont en danger de se corrompre par le commerce des Babyloniens idolâtres ; mais l'ange protecteur de Babylone prie , au contraire , que les Juifi y demeurent , et qu'ils ne quittent point la Perse , parce qu'ils peuvent, par leur conversation et leurs exemples , édifier les peuples et les convertir à la religion du vrai Dieu. En effet, déjà trois rois de ce grand empire avaient renoncé au culte des idoles pour adorer le Dieu d'Israël , ainsi qu'il est rapporté au livre d'Esdras. Or, que signifiait le combat de ces deux anges ? Deux volontés en Dieu , répond saint Grégoire pape, mais qui, n'étant que conditionnelles, s'accordent parfaitement ensemble , tout opposées qu'elles paraissent : l'une, qui oblige les justes à fuir la compagnie des pécheurs, et c'est ce que nous fait entendre la prière de cet ange qui sollicitait en faveur des Juifs; l'autre , qui ordonne aux justes de coopérer au salut des pécheurs, lorsqu'ils se trouvent parmi eux et que quelque engagement raisonnable les y arrête, et c'est en cette vue que l'ange de Perse agissait pour les Babyloniens. Car voilà, chrétiens auditeurs, la grande règle que nous devons suivre. Dieu ne veut pas que sa présence ni la nôtre soient inutiles aux impies ; mais il prétend que nous travaillions à leur conversion. On ne peut douter qu'il n'y donne ses soins ; et comme il ne peut cesser d'être avec les pécheurs , il ne cesse aussi jamais de s'employer à la réformation de leur vie. Il les y invite par ses promesses , il les y engage par ses bienfaits, û les y pousse par ses menaces, il les y force par ses châtiments; sa sagesse, sa bonté, sa justice, toutes ses perfections divines y sont occupées ; et , ce qui
doit vous surprendre, c*est que, connaissant par avance la damnation future et immanquable de plusieurs , il s'applique néanmoins à ceux-là avec la même assiduité que s*il ne prévoyait pas leur malheur. Admirable conduite qui nous sert d*exemple, et qui nous représente une des obligations du christianisme les plus essentielles, et toutefois la moins connue.
Car comme nous devons, chrétiens , proGter des pécheurs pour nous-mêmes, nous devons aussi nous-mêmes, selon qu'il dépend de nous et autant qu'il dépend de nous, profiter aux pécheurs. Devoir général , et devoir particulier. Prenez garde : devoir général , qui regarde sans distinction tous les hommes, et que nous impose la loi de la charité. Il n'y a point d'homme, dit le Saint-Esprit, que Dieu n'ait chargé du salut de son prochain, Unicuigue mandavU de proximo suo {Eccies., 17) : comment cela ? parce qu'il n*y a point d'homme h qui Dieu n'ait ordonné d'exercer la charité envers son prochain, selon les nécessités et les occasions. De là cette obligation rigoureuse de soulager le pauvre dans sa misère. Or si la charité nous oblige de compatir aux misères temporelles du pauvre , combien doitelle nous engager encore plus fortement à compatir aux misères spirituelles du pécheur? Si dans, des besoins où il ne s'agit que du corps et d'une vie mortelle , nous ne pouvons néanmoins manquer à notre frère et l'abandonner, sans perdre la charité de Dieu en perdant la charité du prochain, pouvonsnous conserver Tune et l'autre , et satisfaire à l'une et à l'autre, en laissant par notre faute périr des âmes rachetées du sang de Jésus-Crist; en leur refusant des secours qu'il ne tient qu'à nous de leur procurer, et qui pourraient les garantir d'une mort et d'une damnation éternelle; en négligeant de leur donner des conseils , des avis, des instructions, des exemples, qui les retireraient de leurs égarements et les remettraient dans les voies d'une bienheureuse in^mortalité ? Car entre ces pécheurs , remarque saint Augustin, il y en a que Dieu a prédestinés pour être un jour au nombre de ses amis et de ses saints. Nous ne les connaissons pas , et ils ne se connaissent pas eux-mêmes , parce que ces deux cités du ciel et de Tenfer, des réprouvés et des élus, sont maintenant dans un mélange qui nous empêche de les distinguer : mais c'est par cette raison que notre charité doit être universelle, et que nos soins doivent s'étendre à tous , afin d'accomplir les desseins de Dieu , et que ceux en qui il veut opérer, par notre ministère , les merveilles de sa grâce , ne demeurent pas sans assistance et dépourvus des moyens de salut qu'il leur avait préparés. C'est pourquoi les apôtres exhortaient tant les fidèles à édifier par leur conduite les idolâtres et les païens. C'est pourquoi saint Pierre
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recommandait si expressément aux gens de bien de se comporter toujours de telle manière , que les pécheurs, témoins de leur vie, se sentissent animés à les imiter, et à servir et glorifier Dieu : Ut ex bùîUs operibusvos considérantes^ glorificenU Dewn. (1. Petb., 2.) Mais quelle est la fausse maxime dont on se laisse là-dessus prévenir? c'est qu'on se persuade en être quitte pour penser à soi. On dît, comme Caïn, lorsque Dieu lui demanda compte d'Abel : Num custosfratris met suni ego? {Gènes., 4.) Suis-je le gardien de mon frère? est-ce à moi de veiller sur celui-ci ou sur celle-là? de quelle autorité suis-je revêtu, et qu'ai-je autre chose à faire, que de bien vivre, et de ne point examiner du reste comment chacun vit? Il est vrai qu'il y a des règles de prudence à observer, et qu'il n'est pas toujours à propos de vouloir, comme les serviteurs de ce maître de l'Évangile, arracher l'ivraie dès qu'on l'aperçoit, et de suivre les mouvements impétueux d'un zèle précipité, qui n'a égard ni aux temps, ni aux conjonctures : mais cette prudence louable, lorsqu'elle est bien employée, ne dégénère que trop souvent dans une fausse sagesse, dans une timidité lâche, dans un respect tout humain, dans une indifférence paresseuse, dans une criminelle prévarication.
Devoir particulier, et spécialement propre de certains états. Car dites-moi, à qui est-ce de corriger un enfant vicieux et emporté par le feu de ses passions, si ce n'est à un père sage et vigilant; de corriger une fille attacha au monde et mallieureusement engagée dans les intrigues du monde, si ce n'est à une mère soigneuse et régulière-, de corriger dés domestiques sujets aux blasphèmes et adonnés à la débauche , si ce n'est à un maître dont ils dépendent , et qui a le pouvoir en main pour réprimer leur libertinage? A qui est-ce de réformer les abus qui s'introduisent jusque dans l'Église de Dieu et parmi le peuple chrétien , si ce n'est à un ministre de Jésus-Christ ; de purger une ville des désordres qui y régnent , si ce n'est aux magistrats; de r^ier et.de sanctifier une cour, si ce n'est au prince ? Hais où voyons-nous ce zèle, et comment l'aurions-nous pour les autres , puisque souvent nous ne l'avoos pas pour nous-mêmes? Ce qu'il y a de plus étrange, et ce qui doit plus nous confondre, c'est qu'en toute autre chose, et sur tout autre sujet que celoi dont je parle, ce zèle de la correction du procbain ne nous manque pas. Il ne faut que la moindre occasion pour l'exciter jusqu'à la violence. Que ce jeone homme ne prenne pas une certaine éducation selon l'esprit et les manières du siècle ; que cette jeune personne ne soit pas assez attentive sur sa démarche , son air, ses ajustements; qu'il y ait eu le plus léger oubli et quelque dérangement dans le service de ce domestique, c'est assez pour faire éclater en
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reproches les plus aigres et les plus piquants; mais dès qu'il n'y va que de l'intérêt de leur salut, on n'en est point ému, et à peine y daigne- t-on quelquefois penser.
Devoir encore plus particulier pour les libertins eux-mêmes et pour les pécheurs , lorsqulls ont eu le bonheur de se reconnaître , et de rentrer dans une vie nouvelle et pénitente. Car de quoi ils doivent toujours conserver le souvenir, c'est de Tinjure qu'ils ont faite à Dieu en le déshonorant par leur péché, et du tort qu'ils ont causé au prochain en le scandalisant. Double vue qui allumait tout le zèle de David; et qu'y a-t-il, mon cher auditeur, de plus efficace et de plus puissant pour réveiller le vôtre et pour l'animer? Si j'avais enlevé à un homme le bien qu'il possédait et qui lui appartenait , je me condamnerais moi-même h réparer le dommage qu'il aurait reçu. Si je lui avais ravi l'honneur, rien ne me dispenserait de lui en faire la satisfaction convenable. J'ai blessé la majesté de mon Dieu, je Tai offensé : que dois-je donc épargner désormais pour rétablir sa gloire, et pour la lui rendre tout entière? J'ai , par mes exemples , entraîné mon frère dans le plus grand de tous les malheurs , qui est le péché; je lui ai fait perdre le plus précieux de tous les biens, qui était rinnocence de son âme et la pureté de sa conscience : que ne dois-je donc pas mettre en œuvre pour le retirer de Tabîme où je rài conduit, et pour guérir les plaies de son cœur ? Que si mes soins ne peuvent plus être utiles à tels et tels que j*ai égarés , et s'ils ne sont plus en état d'en profiter, quel motif pour compenser au moins la perte de ceux-là , par la conquête d'autant d'autres que l'occasion m'en peut présenter? Or, en voici le moyen exprimé dans ces paroles du prophète royal, où il nous donne à connaître ce qu'il faisait lui-même, et ce que nous devons faire comme lui : Docebo iniquos vias 4uas, et impii ad teconvert^ntitr ( 1*8. 50 ) : Non , Seigneur, s'écriait ce roi pénitent, ce n'est point assez que je revienne à vous ; je veux encore y ramener avec moi les pécheurs. Je leur enseignerai vos voies , et je tâcherai de les gagner, soit par mes paroles , soit par ma bonne vie. Je ne vous ai pas seulement déshonoré par moimême, à mon Dieu! mais par tous ceux que mon exemple a engagés ou confirmés dans leur iniquité. Ce ne sera donc point seulement par moi-même , mais par leur instruction, mais par leurs corrections, mais par leur conversion , que je travaillerai à vous glorifier. Pour cela. Seigneur, il y aura des précautions à prendre, des moments à étudier, des obstacles à vaincre; mais de tout ce qu'il pourra y avoir de difficultés , rien ne me rebutera , ni rien ne ralentira mon ardeur, parce que je sais que c'est une réparation que je vous dois, et pour la gloire que je vous ai ravie, et pour tant d'âmes que j'ai
BODBDALOOE. — T I.
perverties. Docebo iniquos vias tuas, et impii ad te convertentur. Entrez , chrétiens , dans ce sentiment. L'ivraie alors se changera pour vous en bon grain ; le commerce que vous aurez avec le^ pé* cheurs, en leur profitant, vous profitera à vousmêmes; vous sauverez vos frères, et vous vous sauverez avec eux ; vous amasserez des trésors de grâce pour cette vie , et vous mériterez le bonheur éternel de l'autre , que je vous souhaite, etc.
SERMON