POUR LE DIBIÂNCH1S DE LA SEXAGÉSIME
SUR LA PAROLE DE DIEU
Semen est verbum Det.
Le bon grain, c*e8t la parole de Dieu. Saint Luc, ehap. 8.
Puisque Jésus-Christ, la sagesse et la vérité éternelle, a lui-même pris soin de nous expliquer la parabole de notre évangile, il ne nous est point permis , mes frères, d'y donner un autre sens, et nous n'en pouvons faire une plus juste ni une plus solide application. Il est seulement question de savoir si vous êtes de cette terre, où le bon grain de la parole de Dieu ayant jeté de fortes racines , germe en son temps, croit et s'élève, et par une heureuse fécondité rend une abondante récolte. Cest-à-dire, pour nous en tenir toujours à la i^ensée et à l'interprétation de notre adorable Maître, qu'il s'agit de savoir si vous êtes de ces coeurs vraiment chrétiens , de ces cœurs droits, de ces cœurs parfaits, qui, sain-
tement disposés à éoouter la divine parole , la retieu nent, la méditent, s'en font une nourriture ordinaire; et par une persévérance invariable dans les voies de la piété, par un exercice constant de toutes les œuvres d'une vie agissante et fervente , lui laissent déployer toute sa vertu et rapporter tous les fruits de sainteté qu'elle peut produire. Car voilà en termes formels comment le Sauveur du monde nous les a marqués : Quod autem in bonam terrain, hi sunt gtd in corde bono et optimo audientes verbum retinent, etfructumafferuntinpatientia, (Luc, 8.) Depuis tant d'années, mes chers auditeurs, que dans cette chaire on vous parle au nom du Seigneur, quels miracles sa parole n'aurait-elle pas opérés pour l'édiGcation de vos âmes, si elle y eût trouvé de semblables dispositions? Mais de quoi nous ne pouvons assez gémir, c'est de la triste décadence où est tombé le ministère évangélique, et où il tombe encore tous les jours. Car quoiqu'il y ait plus de prédicateurs que jamais pour l'exercer, quels succès voyons-nous de leurs prédications? Quels abus ont-ils corrigés ? Quels scandales ons-ils retranchés ? Quelles victoires vous ont-ils fait remporter sur l'enfer, sur le monde, sur vous-mêmes, et à quel degré de perfection vous ont-ils élevés ? Est-ce que votre grâce, 6 mon Dieu , n*accompagne plus votre parole? Est-ce que vous nous laissez, selon l'exprès* lion de votre àpdtre, planter et arroser, mais qu'il ne vous plaît plus de donner, comme autrefois, l'accroissement? Deus incrementum dédit, {t. Cor.,, 3. ) Ne nous en prenons point à Dieu , chrétiens , ni à sa providence. Ne remontons point si haut pour aller jusqu'à la source d'un mal qui ne vient que de vous et qui ne doit être imputé qu'à vous. Pulssiez-vous , après en avoir connu le principe que je vais vous découvrir, y appliquer le remède. C'est pourquoi je demande le secours du ciel par rintercession de Marie. Âve,
C'est une belle pensée de saint Bernard et qui ren^ ferme pour nous un grand fonds de moralité, quotrois principes ont concouru à nous donner, quoique diversement, la divine parole : savoir, la Vierge» l'Église et la grâce. La Vierge nous l'a donnée revê^ tue d'une chaire semblable à la nôtre , pour nous la faire voir. L'Église nous la donne sous des sons qui frappent nos oreilles , et par le ministère de la voix, pour nous la faire entendre. Enfin la grâce, par Hnfusion du Saint-Esprit, nous l'insinue dans le cœur, pour nous en faire profiter. Verbum Maria vestitum came, EcclesiavestUum sermone, graiia iraditamplexandum spiritus sancti in/usione. (Bbrn .) Si Marie ne l'avait pas reçue dans son sein, elle n'aurait pu nous la donner visible et palpable. Si l'Église ne la faisait pas retentir aux oreilles du corps, nous ne pourrions l'entendre sensiblement, m* la recevoir de la bouohû dts v^>i^»'^»^'^\^ ^v^^j»
SUR LA PAROLE DE DIEU
]*onctîoD de la {zrâce elle De pénétrait jusque dans , nos âmes, elle ii*y ferait nulle impression, et n'y produirait aucun fruit. Mais , ajoute le même saint Bernard, cette parole indivisible et une en elle-même, se communique à chacun selon la diversité des sujets et leurs différentes dispositions. De sorte qu'elle nous devient ou utile ou inutile, à proportion qu'elle trouve nos cœurs ou bien ou mal préparés. De là vous voyez, chrétiens , de quelle importance il est pour vous d'apprendre à la bien recevoir, et de connaître ce qui en arrête tous les jours les salutaires effets. Mais parce que vous pourriez être peu touchés de cette stérilité de la divine parole , si vous en ignoriez les terribles conséquences, il faut en même temps vous faire voir à quoi vous vous exposez en ne profitant pas d'un don si précieux , et voici deux propositions que j'avance. La parole de Dieu vous est inutile, parce que vous ne la recevez pas comme parole de Dieu : c'est la première pa^.tie. Et dès que par votre faute cette sainte parole vous est inutile , elle devient le sujet de votre condamnation devant Dieu : c'est la seconde partie. £n deux mots , j*ai à vous montrer pourquoi vous profitez si peu de la parole que nous vous prêchons, et comment dès lors cette parole de salut , par le plus funeste renversement, doit servir de matière à votre réprobation : voilà tout mon dessein.