‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 194 sur 256 · DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

DOMESTIQUES

Permettez-moi de vous en faire aujourd'hai ma plainte : peut-être y aura-Ml quelqu'un dans cet auditoire à qui elle profitera. C'est que bien loin de contribuer au salut de ceux qu'il a plu h Dieu de commettre à votre vigilance , vous contribuez souvent à leur perte et à leur réprobation ; c'est que, bien loin de les ramener de leurs égarements pour les conduire dans le droit chemin , vous les retirez du droit chemin où ils marchaient pour les égarer; c'est que bien loin d'être les tuteurs et les pasteurs de leurs âmes, vous en êtes les séducteurs et les corrupteurs. Je dis les corrupteurs , et en je ne sais combien de manières ^différentes : par les engagements et les occasions de péché où vous les jetez , en les rendant complices de vos désordres ; par les exemples pernicieux que vous leur donnez, et qui sont pour eux une tentation d'autant plus h craindre, qu'elle est plus présente et plus fréquente, par une ignorance criminelle de leurs déportements où vous demeurez, et dont ils savent se prévaloir pour mener une vie licencieuse et libertine; par une indulgence molle et une lâche tolérance qui les autorise dans tous leurs vices. Quatre articles sur lesquels il serait à propos que TOUS fissiez tous les jours dans vos familles un sérieux examen devant Dieu, et qui demande au moins présentement toute votre réflexion.

Oui, je prétends, et les preuves n'en sont que trop sensibles, l'expérience ne nous le feit que trop voir, je prétends que vous contribuez à la damnation de vos domestiques, par les occasions de péché, et les occasions quelquefois continuelles où TOUS les mettez, puisqu'il ne se peut faire que vous viviez dans le libertinage sans les y engager avec vous. Car cet homme que vous avez à votre service , et qui se soucie peu de déplaire à Dieu, pourvu qu'il vous plaise, à quoi l'employez- vous? à être l'instrument de vos débauches, le confident de vos desseins, l'exécuteur de vos injustices et de vos vengeances. C'est lui qui prépare les voies, lui qui fournit les moyens, lui qui conduit les intrigues , lui qui porte et qui rapporte les paroles , lui qui ménage les entrevues, lui qui sert de lien pour entretenir le plus honteux et le plus détestable commerce. Cette fille que vous tenez auprès de vous, femme mondaine, et qui se fait un point capital de s'insinuer dans vos bonnes grâces et de s'y conserver, à quel ministère la destinez-vous? il faut qu'elle seconde la passion de votre cœur; je ne m'explique pas davantage : il le faut, et que pour cela elle apprenne mille ruses et mille artifices qui la corrompent; et que pour cela elle sa fasse un front qui ne rougisse de rien, lorsqu'il s'agit d'avancer le mensonge et de le soutenir ; et que pour cela elle oublie tout ce qu'elle doit à Dieu et tout ce qu'elle doit à sou promre honneur. Car c'est

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Loi commune aux rois , aux princes , aux magistrats, à toutes les puissances ordonnées de Dieu pour le bien de leurs sujets!, mais entre les autres , loi spéciale pour les chefk de famille. Le paganisme même a reconnu, autant qu'il la pouvait reconnaître, cette vérité; et serons-nous après cela surpris que les Pères de TÉglise en aient fait un des articles de la morale chrétienne, et qu'ajoutant aux lumières de la sagesse du siècle celle de l'Évangile et de la foi, ils nous aient laissé pour règle inviolable cette conclusion, que tout homme qui , dans le christianisme, a autorité sur un autre, doit répondre de son âme selon la mesure de cette autorité. Or cette autorité, disent-ils, n'est jamais plus efficace ni plus immédiate que dans un maître, que dans un père de famille à l'égard de ceux qui le servent. Il ne peut donc oublier le soin de leur salut , et les livrer à eux-mêmes sans s'attirer la haine de Dieu , en renversant ses desseins , et sans s'exposer au péril évident de se perdre. Développons ce raisonnement , et mettons-le dans tout son jour et toute sa force.

Quand saint Ambroise parle des souverains et des monarques, il dit qu'à le bien prendre, ce ne sont pas les peuples qui ont été faits pour les rois , mais plutôt les rois qui ont été fiiits pour les peuples; et que dans le dessein de Dieu, les princes sont bien plus aux sujets, que les sujets ne sont aux princes. Maxime, remarque très -judicieusement ce Père, qui bien loin de déroger à la grandeur des souverains de la terre, ne sert au contraire qu'à la relever, et à lui donner plus d'éclat : car qu'y a-t-il de plus grand et de plus approchant de Dieu, que d'être destiné pour la féUcité publique et pour le bonheur de tout un empire? Or ce que saint Ambroise disait des monarques et des rois, nous devons le dire de tous les maîtres revêtus d'une puissance légitime, et préposés pour la conduite de leurs maisons et de leurs familles. Car qu'est-ce, à proprement parler, qu'une famille, sinon une forme de royaume, où l'on commande, et où l'on obéit; comme un royaume n'est que comme une grande famille, dont les membres sont liés au chef et en dépendent. Si donc un homme ayant sous soi des domestiques ne les regardait que par rapport à soi-même , que par rapport aux divers ministères de sa maison , que par rapport à la commodité de sa personne, que par rapport à la splendeur et à la magnificence de son train, et que du reste il fût peu en peine de la manière dont ils se comportent à l'égard de Dieu et des devoirs de la religion, je soutiens, sans parler de tout autre désordre, que dès là il serait dans une disposition criminelle, et qu'il abuserait de son pouvoir ; pourquoi ? •parce que Dieu ne l'a point mis dans le rang qu'il tient, ni ne lui a point donné l'autorité supérieure pour un tel usage. U est maître, non pas pour lui-

même, mais pour ceux qui lui sont soomls. Il a droit d'exiger leurs services, mais à condition de pourvoir, non-seulement à l'entretien de leur vie, mais au règlement de leurs mœurs.

Ah! chrétiens, la grande vérité! Cest saint Gré> goire qui me l'apprend dans l'excellent traité qu'il a composé des instructions pastorales , et il ne se peut rien dire de plus fort, ni de plus sensé sur cette matière. En efifet, demandez à ce saint docteur ce que c'est que le pouvoir d'an père de famille sur ses domestiques ; ce n'est , répond ce grand homibe, se* Ion la belle et divine théologie des apôtres , qoVme émanation et une participation du pouvoir de Dieo. D'où il tire cette conséquence, qu'on mahre doit donc user de son pouvoir à peu près comme Diea use du sien ; de sorte qu'il n'en use pas plus absolument, ni plus impérieusement que Dlea :*eette règle est bien raisonnable. Or prenez garde, quelque pouvoir que Dieu ait sur nous, il n'en use^ mais que pour notre sanctification et pour notre si> lut. Il en pourrait user pour lui-même, sans avoir égard à nous , parce qu'il ne nous doit rieo : mais il ne le veut pas, et par une condescendance digne de sa grandeur , il s'est tellement aoconmiodé à nos intérêts , que jamais il ne nous impose une loi , que jamais il ne nous fait une défense , que Jamais il ne dispose de nous, que jamais il ne nous emploie à ce qui est de son service, si ce n'est dans la vue de notre avancement spirituel , et des mérites qu'il nous donne lieu d'acquérir pour l'éternité. Jusque-là, poursuit saint Grégoire, que par la raison même qu'il est le Seigneur et le Maître de tous les hommes, il daigne bien se tenir en quelque sorte obUgé par sa providence d'appeler tous les hommes ao salut; et que parce qu*il domine sur chacun dei hommes en particulier, il veut bien se rendre responsable à soi-même, ou plutôt se rendre compte à soi-même du salut en particulier de chacun des hommes.

L'entendez-vous, chrétiens? voilà le fondemeot de cette obligation si indispensable et si juste dont je vous parle. Voilà ce qui doit tous vous engager à ce zèle de charité pour le salut de ceux que Dien confie à votre vigilance, en les assujettissant à vos volontés. Et en cela quel tort Dieu vous fait-il , qoaad il vous communique son pouvoir à des oonditiou auxquelles, si j'ose le dire, il a bien voulu s'astreindre lui-même? Vos serviteurs et vos domestiques dépendent de vous , mais ils n'en sont pas plus dépendants que vous ne l'êtes de Dieu. Or parce que vous dépendez de Dieu , il s'est chargé du soin de votre salut; et c'est pour cela qu'il s'occupe continuellement et sans relâche à y veiller par sa si^esee, à vous y aider par les secours de sa miséricorde, et qu'il s'en fait même un point de fidélité : Fldelii Deusperquemvocatiesiis.^i.Cor., l.)PolDn]vot

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os serait-il permis de traiter autrement ceux qui lèvent de vous, et qui vous appartiennent? Car core une fois ce pouvoir que vous avez dans vos milles et dans vos maisons ne serait pas légitime, 1 ne venait de Dieu ; et il ne viendrait pas de eu , 8*11 n'était réglé et ordonné; et pour être oroné et réglé , il doit avoir de la conformité avec lui de Dieu même. Or celui que Dieu exerce sur ( hommes se rapporte tout à leur perfection et à ir salut. PTesMl donc pas convenable et même néssaire que le vôtre ait la même fin?

Mais que fais-je , et pourquoi tant raisonner dans le matière où nous avons la parole de Dieu si exesse, et sur laquelle le Saint-Esprit s'est expliqué clairement? Car c'est pour cela même, dit saint lul, c'est parce que les mattres doivent être rants de leurs domestiques, qu'ils ont droit de ir commander, et que ces domestiques doivent ir rendre une obéissance fidèle. Sans cela il n'y rait ni serviteur, ni maître, ni dépendance , ni aurité, ni commandement, ni sujétion. Tous les «unes seraient égaux. Écoutez Tapdtre, et voyez quels termes il le déclare écrivant aux Hébreux : bediie prasposUis vestris et subjacete eis; ipH impervigilant, quasi ratUmem pro animabus sirU redaUuri. (Hebr., 13. ) Mes frères, si votre ndition vous réduit à vivre dans la servitude des mmes , ne refusez point de vous soumettre h eux, soyez prompts à exécuter leurs ordres. En void raison, ajoute ce docteur des nations : c'est 16 vos mattres veillent sur vous. Ils veillent mme devant un jour paraître au saint tribunal

I Dieu. Ils veillent comme devant êlre examinés se redoutable tribunal sur le soin qu'ils auront pris i salut de vos âmes. Us veillent , et s'ils ne le font 18, Dieu saura bien en avoir raison dans le terri- B compte qu'il leur en demandera.

II est donc certain, mes chers auditeurs, que îst un devoir attaché au caractère de maître, pour vous en donner une plus juste idée et une unaissance plus particulière, il est certain qu'un dire, dès là qu'il est mattre, et parce qu'il est ihre , doit à ses domestiques surtout trois choses : xemple, l'instruction , et dans la rencontre une iritable correction. L'exemple, pour les édifier, et or les préserver de la plus dangereuse de toutes ( tentations, qui est le scandale. L'instruction, or ne les pas laisser, comme on les voit sou- Dt, dans une ignorance grossière des plus esntielles obligations du christianisme : mais pour ( leur faire connaître, autant qu'il est possible, pour les porter à les remplir. Une charitable cor- Âion, pour maintenir l'innocence parmi eux, et «r y réprimer le vice. Tout cela, dis-je, est cerin : mais void en même temps sur quoi nous ne MTODs assez gémir dans le siède où nous vivons.

Permettez-moi de vous en faire aujourd'hui ma plainte : peut-être y aura-t-il qudqu'un dans cet auditoire à qui elle profitera. C'est que bien loin de contribuer au salut de ceux qu'il a plu h Dieu de commettre à votre vigilance , vous contribuez souvent à leur perte et à leur réprobation ; c'est que, bien loin de les ramener de leurs égarements pour les conduire dans le droit chemin , vous les retirez du droit chemin où ils marchaient pour les égarer; c'est que bien loin d'être les tuteurs et les pasteurs de leurs âmes, vous en êtes les séducteurs et les corrupteurs. Je dis les corrupteurs , et en je ne sais combien de manières .différentes : par les engagements et les occasions de péché où vous les jetez , en les rendant complices de vos désordres ; par les exemples pernicieux que vous leur donnez, et qui sont pour eux une tentation d'autant plus à craindre, qu'elle est plus présente et plus fréquente, par une ignorance criminelle de leurs déportements où vous demeurez, et dont ils savent se prévaloir pour mener une vie licencieuse et libertine; par une indulgence molle et une lâche tolérance qui les autorise dans tous leurs vices. Quatre articles sur lesquels il serait à propos que vous fissiez tous les jours dans vos familles un sérieux examen devant Dieu, et qui demande au moins présentement toute votre réflexion.

Oui, je prétends, et les preuves n'en sont que trop sensibles, l'expérience ne nous le fait que trop voir, je prétends que vous contribuez à la damnation de vos domestiques, par les occasions de péché, et les occasions quelquefois continudles où vous les mettez, puisqu'il ne se peut faire que vous viviez dans le libertinage sans les y engager avec vous. Car cet homme que vous avez à votre service , et qui se soucie peu de déplaire à Dieu, pourvu qu'il vous plaise, à quoi l'employez- vous? à être l'instrument de vos débauches, le confident de vos desseins, l'exécuteur de vos injustices et de vos vengeances. C'est lui qui prépare les voies, lui qui fournit les moyens, lui qui conduit les intrigues, lui qui porte et qui rapporte les paroles , lui qui ménage les entrevues, lui qui sert de lien pour entretenir le plus honteux et le plus détestable commerce. Cette fille que vous tenez auprès de vous, fenune mondaine, et qui se fait un point capital de s'insinuer dans vos bonnes grâces et de s'y conserver, h quel ministère la destinez-vous? il faut qu'elle seconde la passion de votre cœur; je ne m'explique pas davantage : il le faut, et que pour cela elle apprenne mille ruses et mille artifices qui la corrompent; et que pour cela elle se fasse un front qui ne rougisse de rien, lorsqu'il s'agit d'avancer le mensonge et de le soutenir; et que pour cela elle oublie tout ce qu'dle doit à Dieu et tout ce qu'elle doit à sou promre honneur. Car c'est

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à ces conditions qu'elle vous devient chère; et dès ' qu*eUeoommenceraitàprendred*autres sentiments» elle cesserait d*avoir auprès de vous Taccès favorable que vous lui donnez.

Ce n^est pas assez : en pervertissant ces domestiques par les occasions de péché où vos habitudes vineuses les exposent, vous les pervertissez par vos exemples. On sait quel est le pouvoir de Texemple, etparticulièrement du mauvais exemple, parce qu'il se trouve plus conforme au penchant de notre nature. Mais de tous les exemples, ne peut-on pas dire qu*il n'en est point de plus contagieux que celui d'un mattre vivant sous les yeux d'un domestique qui l'accompagne partout, et qui remarque tout? Et de bonne foi, chrétiens, quand des âmes servîtes et mercenaires, des âmes faibles et sans éducation, tels que sont la plupart de ces gens qui remplissent vos maisons, et qui forment votre train; quand, dis-je, témoins oculaires, témoins assidus et perpétuels de tout ce que vous faites et de tout ce que vous dites', ils vous voient fréquenter des lieux suspects, vous trouver à des rendez-vous dont ils ont le secret, et dont ils connaissent l'abominable mystère, vous porter à des libertés qui les étonnent d'abord , mais auxquelles ils se familiarisent ; quand ils entendent les discours dissolus que vous tenez, les maximes impies que vous débitez, les médisances dont volis déchirez le prochain , les blasphèmes que remportement de la colère vous fodt prononcer : je vous le demande, quelles impressions doivent-ils recevoir de tout cela? Avec cette inclination que nous avons au mal , et qu'ils ont encore plus.que les autres, n'est-îl pas naturel qu'ils s'accoutument bientôt à agir, à parler comme vous ; qu'ils deviennent impudiques > voluptueux comme vous^ libertins et impies comme vous , colères et emportés , médisants et blasphémateurs comme vous? Peut-être étaientils entrés dans votre maison exempts de tous ces vices; mais je puis presque assurer, qu'en se séparant de vous, ils les emporteront tous avec eux.

Je vais encore plus loin; et supposons qu'on ne voit chez vous, ni de votre part, nul de ces scandales, j'ajoute que souvent vous n'êtes pas moins cause de la perte de vos domestiques par une ignorance volontaire de leurs actions. Ou ne veut point s'engager là-dessus en de chagrmantes recherches; et des domestiques qui s'en aperçoivent, et qui se croient à couvert des yeux du maître, ne gardent aucunes mesures. Ils abandonnent tous les devoirs de la religion; ils violent impunément tous les préceptes de l'Église : ni prières , ni messes , ni jeûnes y ni sacrements. De là ils se portent à tous les excès ^ jusqu'à ce qu'ils en viennent à quelque éclat que le mattre enfin ne puisse ignorer. Si je l'avais su, diton alors, si j'avais été instruit de ces violences ou de cm débauches, j'y aurais apporté remède. Si vous

l'aviez su , reprend saint Bernard ; mais pourquoi m le saviez-vous pas? mais ne deviez-vous pas le savoir? mais n'étiez-vous pas obligé de vous eo informer ? et quelle diligence avez- vous £aite pour rapprendre ? Chose étrange , que tout se soit passé daos l'enceinte de votre maison , autour de vous et proque sous vos yeux , et que vous soyez le deroicr qn en entendiez parler et qui en ayez connailnaDct? Ut viUa domus tum ultimus reseias. (Bxkr.)

Ce qui est encore pluscriminel et aussi ordinaire, le voici. On sait de quelle manière se eomportent des domestiques; on en reçoit tous les Jours des plaintes, et on l'observe bien par soi-même. Toutefois on ne dit rien, et on le tolère. Parce qu'un domestique est habile du reste, et qu'à regard db mattre il a toute l'assiduité et toute radresse nécessaire, on craindrait de le rebuter et qu'il ne pitt parti ailleurs. Parce qu'un domestique est indodle, et qu'en le reprenant il en faudrait essuyer desbnnqueries, on le ménage, afin d'éviter le trouble que ses répliques audacieuses pourraient exciter. Pftree qu'un domestique est reconunandé, on loî permet tout et on l'excuse en tout, pour complaire an patron qui le soutient. Ah! mes frères , fisniMl doue que ces aveugles demeurent sans guide qui les redresse? faut-il que ces pécheurs vivent sansfreînqii! les arrête , sans inspection qui les éclaire , sans avertissement qui les corrige? La seule charité, sans autre motif que la liaison commune et la ressemblance qu'il y a entre tous les hommes, la charité seule vous obligerdt à ne leur pas relîiser ces s^ cours et cette assistance spirituelle. Tous sera-t-fl pardonnable, avec le rapport mutuehet plus intime qui vous les attache, de les laisser nudheureuKmcnt périr, et de ne prendre point de part au phu grand de leurs intérêts , qui est odui de leurs âmes? Qui s'en chargera, si vous le négligez? et si pe^ sonne n'en a soin, en quel abtme iront-ils se piédpiter? •

Mais, cfites-vous, je leur donne exactement leur salaire, et que leur dois-je davantage? Appreoes-le de saint Jean Chrysostâme. Car dans un domestique, répond ce Père, vous devez bien distmgiier deux choses : son travail et sa personne. Son tranil qu'il emploie pour vous , et sa personne qui dépeotf de vous. Que son travail soit abondammeiit payé pur la récompense qu'il reçoit de votre main, je le veox mais sa personne qu'il vous a assujettie , mais si ii* berté qu'il vous a engagée , cette liberté si prédeose dont il a disposé en votre feiveur, Festimes-voiBsi peu', et la mettez-vous à un si vil prix? Non, doO| poursuit saint Cfarysostôme, ce n'est point là précisément ce qu'elle vous doit coûter. Ce salaire ii*cst que la juste rétribution des services que vos domestiques vous rendent; il faut donc que pour la sujétion et la dépendance de leurs personnes , vous leur

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tre chose; et quoi? c*est d*étre comme iiens et leurs anges tutéiaires. Telle est la B dette que vous avez contractée, et, pour 1er, le premier pacte que vous avez fait Ep conséquence de leur engagement, vous E qu'ils sont à vous ; c'est donc à vous d'en , puisque vous êtes responsable de tout ce appartient; et si le moindre d'entre eux s perdre , ce sera , selon saint Paul , à votre ar votre compte : Servus domino suo stat, ^ {Rom., 14.) Mais en prenant cet homme [, je n'ai point eu en vue de faire €e pacte : il est vrai, vous n'y pensiez pas; mais fait pour vous; et comme il est le inattre roits aussi bien que de votre volonté, ce reste, <;'est de ratifier le pacte qu'il a fait nom. Autrement , mon cher auditeur, n'atson jugement -éternel qu'une afi&euse con« )n, lorsqu'il vous redemandera, non plus jr sang, ni vie pour vie, mais âme pour nbien de maîtres , à ce dernier jour, seront is de Dieu et frappés de ses anatbèmes, >our les péchés de leurs domestiques que rs propres crimes? En quoi ce formidable rain juge vengera, non-seulement les intédomestiques, mais encore ses intérêts par- , comme je vais vous le mootrer dans la seirtie.

péché contre la charité du prochain est une îe Dieu , et toute offense de Dieu blesse la e Dieu, et dès là même est contre les inté- Dieu. Mais, outre cet intérêt général, qui, taint zèle pour Dieu , nous engage à éviter fense de Dieu , je prétends , chrétiens , qu'il m encore plus particulier, qui , pour l'hon- Dieu, vous oblige à tenir vos domestiques règle , et à les faire «archer dans la voie du utant que vos soins y peuvent être utiles , et rè vigilance y peut contribuer. Pour établir conde vérité, reprenons la grande maiime posée d'abord, et qui est comme un preincipe dans la morale chrétienne, savoir, f a point de puissance sur la terre ^î ne de Dieu, et qui ne soit une participation de Dieu : Non est potestas nisi a Deo. (Ibid. , s là saint Paul concluait que, quelque liberté is ayons acquise en Jésus-Christ, nous deoir un profond respect pour toutes les puissupérieures; et que, dès qu'elles sont de lous devons être prêts à leur obéir comme même. Conséquence indubitable. Mais moi, is , j'en tire aujourd'hui une autre qui n'est ins certaine, non point pour les sujets qui Qt, mais pour les mattres mêmes qui com-

mandent, et je dis que toutes ces puissances étant de Dieu , il n'y en a pas une qui , par une obligation indispensable et essentielle, ne doive être employée pour Dieu et pour les intérêts de Dieu. Or, quel est l'intérêt de Dieu dans une famille chrétienne? c'est d'y être honoré, d'y être glorifié par la bonne vie de ceux qui la composent. Il faut donc que le maître qui en est le chef n'ait point d'autre vue que celle-là , et qu'il se considère toujours comme l'exécuteur des ordres de Dieu, comme le vengeur de la cause de Dieu , en un mot , comme l'honune de Dieu dans sa maison. Car être maître et être tout cela, c'est la même chose, et je soutiens que tout cela est de droit naturel et de droit divin.

Et en effet, qu'y a-t-il de plus juste et de plut conforme à la loi naturelle , que d'obliger un homme qui a en main le pouvoir de Dieu, d'en user premièrement pour Dieu avant que de l'employer pour lui-même? Dieu dit au père de fiaunille : Je t'ai fait ce que tu es; tu n'as point d'autre puissance que la mienne , et j'ai bien voulu la partager avec toi ; mais j'ai prétendu et je prétends encore que , dans l'exercice que tu en feras , je sois le premier à qui tu aies égard. Il y a deux intérêts à ménager, le tien et le mien; le tien, c'est le service que tes domestiques doivent te rendre; le mien, ce sont les devoirs de religion qu'ils me rendront conune chrétiens. Serstoi de ton autorité pour exiger d'eux ce qui t'est dû, je ne m'y oppose pas; mais n'oublie jamais qu'ils me doivent plus qu'à toi , et que c'est à toi , pendant qu'ils sont soumis à tes ordres , de m'en foire raison. Toute la justice qui est entre moi et eux se réduit à l'accomplissement de ces devoirs auxquels sont attachés et leur salut et ma gloire. Souviens-toi que ce doit être là ton premier zèle : de leur faire observer ma loi , de les maintenir dans la vraie piété, de corriger dans leurs personnes tout ce qui me blesse, de les relever de leurs chutes , et de mettre un frein à leur silence. Souviens-toi que tous les commandements que tu pourrais leur faire pour ton Intérêt particulier ne sont rien au prix d'un seul que tu leur feras pour l'avancement de ma gloire et pour la sanctification de leurs âmes. Souviens-toi qu'il vaudrait mieux, et mieux pour toi-même, qu'ils lu»sent réfractaires à toutes tes volontés , que de manquer à la moindre des miennes, parce que tu peux bien afosohiment te passer de leurs services, et que tu ne saurais te passer ni te dispenser de les tenûr dans mon obéissance.

Voilà, mes chers auditeurs , comment Dieu parle ; et qu'y a-Ml encore une fois de plus raisonnable? Mais voyez sur cela même l'injustice de l'homme. Que fait-il , cet homme revêtu de la puissance et de l'autorité de son souverain Seigneur? par un abus insupportable , et par une monstrueuse ingratitude, il la rapporte toute à soi. Ce droit de commander

de gouverner, lui avait été donné pour l'intérêt de Dieu ; il met à part l'intérêt de Dieu, et ne pense qu'au sien propre. Que ce domestique soit emporté et blasphémateur, si du reste il parait fidèle et attentif, on en est content. Qu'il y ait dans une maison des scandales et de honteux conunerces, si d'ailleurs on y est ponctuellement servi, les choses, dit-on, vont le mieux du monde, et jamais il n'y a eu de maison mieux réglée. Mais que par inadvertance un serviteur ne se soit pas trouvé au temps qui lui ^it prescrit , mais que par oubli il ait omis une légère commission qu'il avait reçue , mais que par surprise il ait laissé échapper une parole inconsidérée , c'est assez pour exciter tout le feu de la co* lèreet toute la chaleur de la passion. Or n'est-ce pas là, mes frères, une profanation des intérêts de Dieu? Voilà néanmoins ce qui se passe tous le jours parmi les hommes et parmi les chrétiens, et ce qui les rend coupables d'une espèce d'infidélité pareille à celle que saint Augustin reprochait autrefois si éloquemment aux magistrats de Rome. Appliquezvous à ceci; c'est un des plus beaux traits de ce saint docteur, et je le tire du second livre de la Cité de Dieu.

il parle d'une ordonnance que firent les Césars et les magistrats de ce temps-là contre certains auteurs dont les poésies satiriques et remplies de médisance déchiraient sans ménagement et sans égard la réputation des plus honnêtes citoyens ; ce qui leur fut défendu sous les plus grièves peines. Cependant, ajoute saint Augustin, on leur permettait de publier contre les dieux que les Romains adoraient ce qu'il y a de plus abominable et de plus infâme. En quoi , reprend ce Père, il faut confesser qu'ils tenaient une conduite assez juste pour euxmêmes , mais bien indigne par rapport à leurs dieux. Quod erga se qiddem satU honeste constUuerunt ^ sed erga deos superbe et irreligiose. ( Aug. ) Car comment est-ce , dit-il raisonnant avec un sage Romain, comment est-ce, 6 Scipion, que vous pouvez justifier et approuver cette loi, qui ête à vos poètes la liberté d'écrire et de parler contre vous, tandis qu'ils n'épargnent aucune de vos divinités? est-ce que vous estimez plus la dignité de votre sénat que celle de votre Capitole? ou plutôt est-ce que l'honneur de votre ville vous est plus cher que celui du ciel même; en sorte qu'un poète dans ses écrits n'ose attaquer les habitants de Rome , et qu'il puisse proférer impunément contre les dieux de Rome mille blasphèmes? Quoi! ce sera un crime que Plante ait mal parlé des Scipions qui sont de votre maison, et vous souffrirez que Térence ait déshonoré votre Jupiter en le diffamant comme un adultère! Or ce reproche que saint Augustin faisait à des païens , ne nous peuMl pas bien convenir dans Je cbristianisme^ lorsqu'un père de famille^ lélé

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pour soi et indifférent pour Dieu, punit dans wm domestiques tout ce qui intéresse sa penonoe, et ferme les yeux sur tout ce qui outrage Ja majesté divine; lorsqu'il est insensible aux sales diaeours, aux impiétés, aux imprécations qu'iU prononcent, et qu'il se montre délicat jusqu'à l'eieès sur un terme peu respectueux qui s'adresse à hn et qui le pique?

Cestcela même que saint Bernard déplorait amè» rement; c'est ce qui faiisait le sujet de sa dooleor, quand 11 considérait ce que l'expérieDce lai avait appris, et ce qu'elle lui apprendrait encore plus aujourd'hui , que dans des fomilles chrétiennes nous portons bien plus patiemment les pertes de Jésos- Christ que les nôtres : QuodpaUentiusjaetÊramJérimus Christi, quam nostram ( Bbbn. ); qu'on veut^voir un compte exact des moindres dépenses que font des domestiques , et qu'on ne prend noUement garde au déchet de leur (uété et à la ruine entière de leur religion : Quod quotidianas expensas quoHdiano reciprocamus scruUnOj et comUnm dominici gregis detrimenta nesdmus ( Ibid. ) ; qu'on est instruit à fond, et qu'on veut l'être, du juste prix et de la quantité de tout ce qui s'emploie par les officiers d'une maison pour son entretien, mais qu'on ne pense guère à découvrir les désordre^ auxquels ils sont sujets, et qu'on en est peu toudié : Quod depretio escarum et numéro quoUdkmo mm mirdstiis disûussio est , et nuUa de peccatis eorum inquisitio. ( Ibid. ) Voilà, dis-je, sur quoi ce grand saint ne pouvait assez exprimer sa peine et son indignation. Voilà ce qui allumait tout son zèle, parce qu'ily voyait les intérêts de Dieuabandoonéi.

Zèle qui a été de tout temps le caractère des se^ viteurs de Dieu et des véritables chrétiens ; zèle qui a paru dès la naissance de l'Église , où l'on voyait, parmi le peuple fidèle , autant de pasteurs des âmes, autant de prédicateurs, autant d'apôtres qu'il y avait de maîtres. A peine un chrétien avait-il leço la grâce et la lumière de la foi , qu'il chochait à la répandre dans tous les esprits et dans tous les eœnn. A peine avait-il connu le vrai Dieu, qu'il se croyiit obligé de travailler à le faire connaître; et le premier sentiment que lui inspirait le christianisiae était de soumettre ceux qui vivaient sous son obé»sance à l'obéissance du Seigneur dont il embrassât la loi. Ainsi ce maîtredont il est parlé dans l'évanglte de saint Jean, témoin de la guérison miraonleose de son fils, opérée par le Sauveur du monde, œ se contenta pas de croire, mais engagea toute n maison à croire comme lui en Jésus-Christ, à seeon' vertir comme lui , à reconnaître comme lui la vérité qui leur était sensiblement révélée : CretMi ipse, et domus (jus tota, (Joan., 4.) S'il n'eût pas eu ce zèle, il eût laissé ses domestiques dans leur incrédulité; mais Sa foi les sanctifia, et ce nouveau

SDR LE SODf DBS DOBfESTIQUES.

Ba si aTaniageasement de son pouvoir téréts deDieu, qu'étant devenu lui-même Jésus-Christ , il persuada , par son exem- «s remontrances à tous ceux qui lui apt, de se faire instruire à la mtoe école, oir la même doctrine. Ainsi dans la suite le grand Constantin subitement éclairé : comprenant ce que demandait de lui le nix de premier empereur chrétien, n*eut mais de plus ardent désir ni d*autre soin dulre tous ses États sous le même culte ait fait une profession si authentique et e. Il avait, en livrant des combats, en it des victoires , en domptant de fières naidu les limites de son empire, et rendu également célèbre et redoutable; mais veraine puissance que tant de conquét affermie, il ne crut pas pouvoir mieux r qu*à la conversion de ses sujets, qu*à de leurs cœurs Tidolâtrie, et à y graver ment le nom de Jésus-Christ , qu'à les ranlous rétendard de Jésus-Christ, qu'à leur «r la croix de Jésus-Christ. Fameux conmais plusrecommandable, si j'ose le dire , sèle et par le saint usage qu'il fit d'une omination , que par les plus hauts faits et s les plus mémorables qui la lui avaient Linsi,dans le même esprit et avec le même t Louis , au milieu d'une cour nombreuse s d'un des plus florissants royaumes , n*eut à cœur que d'y faire honorer et servir l'y a qu'à voir ces lois si sévères , mais si si chrétiennes, qu'il porta contre les im» ; profanateurs. Non-seulement il les porta, ec quelle rigueur les fit-il exécuter, se : volontiers sur les injures qui n'atta- |ue sa personne royale, mais ne pouvant r, ni même tolérer tout ce qui s'attaquait ur de Dieu ; et ne comptant pour quelque dignité de roi , qu'autant qu'elle le mettait B défendre les droits du mattre qui l'avait le trône? Ce sont là des exemples au-des« lUS, sans être inimitables pour vous. Dès serez remplis de l'esprit du christianisme, a, chacun dans vos familles, ce que ces marques ont fait dans les villes et dans les s. Car d'où leur venait ce zèle, si ce n'est qu'ils professaient et de l'esprit de religion étaient animés ? Au moment que vous serez par le même esprit , et que vous en suivrez 3S impressions, vous vous regarderez parmi lestiques, non plus précisément comme Lres, mais comme les ministres de Dieu, de ses ordres et destinés à lui faire rendre nages qui lui sont dus. là , mes chers auditeurs , en quel sens nous

pouvons entendre une parole bien terrible de l'apêtre. Si je ne savais pas que c'est le Saint-Esprit même qui la lui a dictée, elle me paraîtrait incroyable, et je la prendrais pour une exagération ; mais elle n'exprime que la vérité pure, et une vérité dont vous ne pouvez être trop instruits. Car, dit ce docteur des nations , écrivant à son disciple Timothée , quiconque néglige le soin de ses domestiques , et surtout quiconque ne s'applique pas à les former selon Dieu , à les élever dans la crainte de Dieu, à les maintenir dans la pratique et l'observation de leurs devoirs envers Dieu, doit être regardé comme un homme qui arenoncéàla foi, et est même pire qu'uninfldèle, Si qids suontm, maocime domesUeorum euram non habei, fidem negavit, et est infideli deterior. ( 1. TiMOTH., 5. ) Quoi de plus exprès que ce témoignage , et à qui nous en rapporterons-nous , si nous n'en croyons pas saint Paul? Mais encore que veut-il dire*, et comment cet homme dont il parle a-t-il renoncé la foi ? Ah ! mes frères , répond saint Chrysostôme, c'est que dès qu'un chrétien ne travaille pas à entretenir dans sa maison la piété et le culte de Dieu, il faut qu'il ait dégénéré de ce zèle évangélique qui , dans les premiers siècles de l'Église, fut une des marques les plus certaines de la foi , et qui a servi plus que tout autre à la répandre dans le inonde. Or, n'ayant pas cette marque, il donne en quelque sorte à douter si la foi n'est point éteinte dans son cœur; ou s'il est encore chrétien dans le cœur, du moins ne Test-il plus dans la pratique et dans les œuvres , puisqu'il ne se comporte plus en chrétien. Or sans la foi des œuvres , celle de l'esprit et du cœur est une foi morte. Fidem negavit. Mais de plus comment est-il pire qu'un infidèle, parce que les païens et les infidèles sont communément très-zélés pour leurs superstitions , et très-exacts à foire adorer dans l'intérieur de leurs familles les fausses divinités en qui ils se confient? Et en effet, n'est-il pas étonnant de voir le zèle que témoigna un Dioclétien pour ses idoles , n'ayant pu souffrir personne dans sa maison qui ne leur offrit comme lui de l'encens, et pour cela même ayant abandonné ses plus proches et ce qu'il avait de plus dier, à toute la rigueur des supplices les plus cruels? N'estil pas étonnant de voir le zèle que font paraître les sectateurs et les disciples d'un Mahomet sur les moindres observances de leur loi ; ne permettant pas qu'on les viole impunément en leur présence, et faisant un point capital de la plus légère transgression ? Que dirai-je de nos hérétiques , et quelle leçon, ou plutôt quel sujet de confusion a été si longtemps pour nous, de voir parmi eux et par le zèle des maîtres, des domestiques plus régla dans toute leur vie, plus adonnés aux exercices ordinaires de leur .créance, plus assidus à leurs prières « plus respectueux dans leurs temples, que parmi

dei catholiques et dans le troupeau de Jésus-Christ ! Cest de quoi nous avons été témoins à notre honte et pour notre condamnation; et c*e8t ce qui n'a que trop vérifié, et ce qui ne vérifie encore que trop tous les jours la proposition derapôtre', qu'en cela , comme peutrétre en bien d'autres points , nous sommes plus coupables que des infidèles, Et estU^ideli deterior.

Vous me direz que dans une maison on a bien de la peine à réduire des esprits difficiles et portés au libertinage *, que vous leur parlerez , et qu'ils ne vous écouteront pas; que vous les avertirez, et qu'ils ne feront nulle attention à tous vos avis ; que vous établirez des règles, et qu'ils refuseront de s'y soumettre, ou que pour les assujettir, il faudra sans cesse user de répréhensions et de menaces. U est vrai, chrétiens : quand vos impatiences naturelles et des ordres mille fois réitérés sans nécessité et même sans utilité, fatigueront indiscrètement et perpétuellement des domestiques; quand il ne s'agira que de vous-mêmes, et que par un intérêt sordide vous les surdiargerez de travail; que, par une humeur dure et mille chagrms bizarres et capricieux , vous les accablerez de réprimandes ; que , par une espèce d'inhumanité , vous ne saurez jamais compatir à leurs faiblesses et à leurs peines; que, par une déh'catesse infinie, vous n'approuverez jamais rien, vous ne louerez jamais rien, vous ne serez jamais contents de rien ; que, par des hauteurs insoutenables et un empire tyrannique, vous les traiterez comme des esclaves, vous ne leur ferez entendre que des paroles aigres, vous ne leur témoignerez que des mépris et des dédains : quand, au lieu de leur fournir les moyens et de leur laisser le temps convenable pour s'acquitter de leurs obligations envers Dieu , vous ne leur accorderez pas un moment de toute la journée; que ne distinguant ni jours consacrés ni autres , vous les emploierez sans relâche à des soins tout profanes; que ne leur donnant jamais l'exemple ni de la prière, ni de l'usage des sacrements, ni de toutes les pratiques de la piété chrétienne, vousvivrez au milieu d'eux, et vous leur permettrez de vivre au milieu de vous comme des gens sans foi etsansdivinité : que dirai-je encore ? quand , par une conduite indigne de votre caractère et au-dessous de votre rang, vous vous familiariserez avec eux, que vous ne garderez en leur présence nulle mesure , que vous les admettrez dans vos criminelles confidences, et leur communiquerez inconsidérément tous vos secrets , que vous les autoriserez à dire et à faire tout ce qu'il leur plaît : alors , je l'avoue, vous serez plus exposés à leur grossièreté naturelle , et vous les trouverez moins souples et moins soumis dans les rencontres. Mais quand vous leur parlerez de Dieu ; quand , avec une charité soutenue (k J'autoritéf ou avec une autorité tempérée par la

SUR LE SOIN DES DOMESTIQUES

charité, vous leur représoiterez les droits do souverain Seigneur que nous avons à servir; qoê vous leurremettrezdevantlesyeux rinjustioeetlagrièreté de leurs offenses contre le premier de tous les maîtres, et que vous les exhorterez à lui être fidèles; quand il sera question des préceptesderÉglîsequ'ils doivent observer, des fêtes qu'ils doivent sanctifier, du sacrifice de la messe où ils doivent assister, des vices et des désordres dont ils doivent, ou le pié* server, ou se corriger; quand ils verront- que dans vos remontrances vous n'avez en vue que Dieu et qu'eux-mêmes, que vous ne cherchez que sa gloire, et que leur bien, et que c'est un zèle sineère et pur qui vous inspire, je prétends, mes cliers aodîteurs, qu'ils vous prêteront beaucoup plus volootiers l'oreille , que vous les trouverez beaucoup plus dociles, et qu'ils feront beaucoup plus de réflezioo à vos paroles, soit parce que la sainteté du sujet les leur rendra plus vénérables, soit parée ^'cUes leur paraîtront plus désintéressées de votre part» et qu'elles ne tendront qu'à l'honneur de Dieu et i leur salut. Faites-en l'épreuve, et vous pourrez par vous-mêmes vous en convaincre, liais disons la vérité, et remontons à la source du mal : c*est qait le zèle des intérêts de Dieu n'est guère allumé dam vos coeurs , et que vous ne vous inquiétez point qu'H soit servi dans vos maisons, ou qu'il ne le soit pas. Du moins ayez ^ard à votre propre intérêt, dont il me reste à vous parler dans la troisième partie.

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