POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS
SUR LASAIMTETÉ.
Sujet. IHcu est admirable dam ses saints.
Comme nous ne comiaissons Dieu sur la terre qae dans ses ouvrages , ce n'est aussi sur la terre , à proprement parler, que dans ses ouvrages qu'il est admirable pour nous. Or, l'ouvrage de Dieu par excellence, ce sont les saints. Mais en quoi Dieu, reprend saint Léon, est particulièrement admirable dans ses sainte, c'est de nous les avoir donnés tout à la fols , et pour nos protecteurs , et pour no; modèles. Ne les considérons dans ce discours que sous cette qualité de modèles, et faisons servir leurs exemples à notre sanctification.
DmsioM. La sainteté trouve dans les esprits et dans les cœurs des hommes trois grands obstacles à surmonter : le libertinage , l'ignorance et la lâcheté. Les libertins la censurent; les ignorants la prennent mal, et n'en ont que de (ausses idées ; enfin les lâches la regardent comme impossible, et désespèrent d'y parvenir. Or, montrons aux premiers que, supposé l'exemple des samts, leur hl)ertinage est insoutenable , l'* partie : aux seconds , que , supposé rexemple des saints, leur ignorance est sans excuse, 2^ partie; et aux derniers, que, supposé l'exemple des saints, leur lâcheté n'a plus de prétexte , 3* partie.
Premièrb pàrti£. LiberUnage msoutenable, supposé l'exemple des saints. C'est de tout temps que les libertins ont combattu la sainteté. Samt Jértoie nous marque surtout deux artifices dont ils se sont servis contre elle : 1 . ils l'ont contestée comme fausse; 2. ils l'ont décriée comme défectueuse. Comme fausse, prétendant qu'il n'y avait point de vraie sainteté : comme défectueuse, se persuadant et voulant persuader aux autres qu'elle était au moins sujette à ndille défauts. L'exemple des saints détruit ces deux préjugés.
1. Le libertin ne veut point reconnaître de vraie sainteté , et traite tout ce que nous appelons sainteté d'hypocrisie. Malignité également injurieuse à Dieu et pernicieuse aux hommes. Injurieuse à Dieu , en lui ôtant la gloire de tant d'œuvres sautes, comme si la grâce n'en était pas le principe; pernicieuse aux hommes, en les privant d'une îles grâces les plus puissantes, qui est le bon exemple.
Mais quelque présomptueux que soit le libertinage , jamais il ne se soutiendra contre certains exemples irréprodiables que Dieu lui oppose pour le confondre; ce sont ceux des saints. Il y a dans le monde des hypocrites , c'està-dire de faussas saintetés, il faut l'avouer ; mais de là même saint Augustin conclut qu'il y a donc aussi une vraie sainteté , puisque la fausse sainteté n'est qu'une imitation de la vraie, et que ce sont les vraies vertus qui, par l'abus qu'on en a fait, en voulant se déguiser, ont produit les fausses vertus. Cette vraie sainteté est rare , je le sais ; mais n'y eût-il dans le monde qu'un vrai saint, son exemple suffit pour la condamnation du libertin. Or, par la providence de Dieu , il y en a toujours quelqu'un de ce caractère , dont le mondain lui-même n'oserait contester et désavouer la sainteté.
Cependant nous n'en sommes pas là; et pour un juste dont Texemplo suffirait. Dieu nous en découvre aujourd'hai une multitude innombrable; ce sont ces saints glorifiés
dans le ciel, ces hommes en qui la grâce a opéré tnt de merveilles, à qui elle a inspiré de si grands sentiments, à qui elle a fait fairo de si grandes actions. Exemples mémorables , exemples convaincants.
2. Le libertin au nooins tâche de décrier la sainteté, en lui imputant des défauts prétendus. Mais si les saints oit des défauts , ce n'est pas à la sahiteté qu'il faut s'en prendre, puisqu'ils ne sont pas saints par là. D'ailleors , estfl juste d'exiger de la vraie piété, qu'elle rende tout à coup les hommes parfaits? Je pourrais m'en tenir là pour la confusion de l'impie ; mais l'Église va plus loûi : eDe loi fidt voir, dans cette troupe glorieuse de saints que noos honorons , des hommes vraiment irrépréhensibles an sens même que le monde les veut. Leurs siècles les ont leoonnni tels qu'on nous les dépeint. Les siècles suivants les ont cauouisés; et c'est sur le témoignage du monde entier que nous leur rondons un culte si solennel.
DEuxiiai E PARTIE. Iguorancc sans excuse, snpposérexem. pie des saints. On se laisse prévenir des erreurs les plus grossières touchant la sainteté. Mais Fexemple des saints confond toutes ces erreurs, et rend notre Ignorance inexensable : pourquoi? parce que l'exemple des saints noos fait connaître en quoi consi^ la vraie sainteté, et nous apprend qu'elle est toute renfermée dans le dévoir de notre condition. Sainteté raisonnable, qui se fidt estimer pir elle-même , et que je ne pois envisager sans me dire à moi. même : Voilà ce que je dois être, et sans me sentir porté à le devenir.
Non, les saints ne se sont point précisément sanctifiés psr des œuvres éclatantes et particulières ; ce n'était point là le fond de leur sainteté , car : 1 . ils pouvaient être saints sans cela ; 2. avec cela ils pouvaient n*ètre pas saints. Us pouvaient être saints sans cela : combien de prédestinés n'ont jamais rien fait sur la terre qui leur ait attiré Fadadration ? Et ils pouvaient avec ceUi n'être pas saints : combien de réprouvés ont fait sur la terre des actionsàqnoiles liommes ont applaudi , tandis que Dieu les condamnait? H n'est pas parlé dans l'Évangile d'un senl miracle de la Uèn de Dieu ni de Jean-Baptiste ; et l'ÉvangQe, an contre, parle des mh*acles que faisaient les faux prophètes.
Par où donc les saints ont-ils été saints ? 1 . Us n*eût été saints que parce qu'ils ont rempli les devoirs de leur état ; et ils n'ont rempli les devoirs de leur état que parce qo1b étaient saints, et que parce qu'ils ont su accorder leur coédition avec leur religion. Saints» parce qaedansleareondition , ils ont rendu à chacun ce qui lui appartenait Siiols, parce qu'ils ont honoré par leur conduite leurs ministèKs. Samts, parce qu'ils ont préféré en toutes dioses laconsdenee aux intérêts humains. Saints, parce que, soomis à Dleo, ils se sont tenus dans l'ordre où Dieu les voidait Ajoutou qw parce qu'ils étaient saints, ils ont rempli tons leurs devoin, puisqu'il n*y avait que la safaiteté qui pût être nne dispositioB générale et efficace à ce parfait accomplissement de lem obligations. Sans la sainteté, Os auraient succombé en mlSe rencontres ; mais leur sainteté les a soutenus.
Pourquoi saint Louis est-il an nombre de ceox que «m invoquons? parce qu'il s'est acquitté de tous les devoirs d'un roi. Et pourquoi s'est-il acquitté de tous les devoirs d'un roi? parce que c'était un saint roi. Aussi est-ce ctXb fidélité constante à nos devoirs qui nous coûte. Car, pour ne manquer à aucun de ses devoirs, il &ut, en bien des occasions, se fkire violence et se renoncer.
TMMMèn PARTiB. LAcbeté nus prétexte, suppoeé Teiemple des sdnts. Car l'eiemple des saints est une preoTe roBTaiDcaiite : 1. qoe la sainteté D*a rien d'impraticable pour noos; 3. qu* eUe n'a rien inème dé si difficile dont elle M port» ayec sol l'adoucissement.
f . fùm d'impraticable pour noos dans la sainteté. Diea MM» le Mt connaître sensiblement eh nous mettant devant les jmi des millioDs de saints qui ont été dans le monde ce que nous ne voulons pas qu'on y puisse être. C'est ce qui eonvertit saint Augustin , lorsque dans cette menreilleose vision qu'il nous a lui-même décrite , il crut entendre la aainteie^ qui ^ lui montrant un nombre presque infini de vietges » lui disait : Hé quoi ! ne pourrez-wnu pas ce qve eem»ci et ceite^là ont pu? Voilà comment Dieu noos parle à noas-mèmes dans cette fête» et ce qui fera notre condamnalioD dans sou jugement.
2. Rien ihéme de si difficile dans la sainteté, qui ne porte avec sol son adourJssement Tertullien disait que Jésus- Christ était la solution de toutes les di/ficullés d^unehré' tien. Mais ce qu'il a dit de l'exemple de cet Homme-Dieu , il me semble qu'on peut le dire encore avec plus de sujet de l'exemple des saints ; car, sur l'exemple de Jésus-CIvist , il restait une difficulté prise de Jésus-Christ même; savoir, qu'il était Dieu , et qu'étant , comme Dieu , la toutepuissance même, il était plus en état que nous de foire ce qu'A a &it , et de souffrir ce qu'il a souffisrt. Mais que puisje répondre, quand on me Ikit voir dans les saints des hommes comme moi , qui ont tout entrepris et tout souffert avec Joie? Saint Paul convainquait les premiers fidèles, en leur retraçant le souvenir de tous les justes de l'ancienne loi ; el que pouvons nous dire quand on ajoute à ces exemples tous ceux de la loi nouvelle ? surtout quand on y ajoute rexemple de tant de martyrs à qui les plus rigoureux tourments sont devenus, non-seulement supportables, mais agréables?
Non, noos n'avons plus de prétexte que l'exemple des aafaits ne détruise. Ils avaient les mêmes soins qoe nous , les mêmes passions, les mêmes occasions, les mêmes obstacles; Ils ne servaient pas un autre maître, et ils n'attendaient pas une autre gloire.
Biais , après tout , comment être saint et vivre en certains étala du monde? Comment? Si ces états étaient incompaliUea avec la sainteté , Dieu ne vous y aurait pas appelés , ein ne vous permettrait pas d'y demeurer. Point d'état où il n'y ait eu des sainte. Regardez dans votre état ceux qui B*y sont sanctifiés, et Tormez-vous sur ces modèles. C'est dans cette variéte mysterieuse de sainteté, que la provideoce de notre Dieu nous doit paraître également aimable el adorable. H a fait des sainte de tous les caractères et de tontes les professions, non-seulement afin qu'il n'y eAt peraonne dans le monde qui eût droit d*imputer à sa profesaion les relâdiemenU de sa vie, mais afin qu'il n'y eût personne à qui Sà profession même ne présentAt un portrait vivant de la sainteté qui lui est propre. Compliment an roi.
POUR LE PREMIER DIBfANCHE DE L'AVENT.
SUR LE JUGEIICirr DtaiflER.
Sujet. // y aura des signes dans le soleil, dans la htne et dans les étoiles; et sur la terre, les peuples servit/ dans la consternation : de sorte que lès homme»
seèheront de peur, dans Vattcnte des maux dont tout Funivers sera menacé.
Signes vénérables, puisque c'est Jésus-Christ même qui nous les a marqués comme les présagea de son dernier avènement. Signes salutaires, puisqu'il a prétendu par là réveiller notre foi et ranimer notre ferveur. Signes terribles, puisque les hommes en sécheront de peur. Mais ce ne seront, après tout, que les préparatifs d'une acUon encore infiniment plus à craindre, qui est le jugement de Dieu , dont il s'agit dans ce discours de justifier féquité et la saintete.
Division. Dieu a tout fait, et pour lui-même^ et pour ses élus. D'où saint Chrysostôme conclut que , quand Dlea s'est déterminé à juger le monde, il a eu deux rues principales ? l'une de se faire justice à lui-même : et l'autre, de la faire à ses prédestinés. Jugement qui vengera Dieu des outrages qu'il a reçus du monde , l '^ partie ; jugement qui vengera les élus de Dieu des ii^ustices que leur alUtesle monde, 2* partie.
PREHiiaus PARTIE. Jugement qui vengera Dieu. Levet» vous , Seigneur, lui disait le prophète royal , etprencB en main votre cause. Mais souvenet-vous surtout du on* trages que vous avez reçus , et que vous recevez sans cesseefenmple. Ainsi, Dieu se souviendra, 1. en général des outrages que lui font mahitenant les hommes; %. en particulier de ceux que lui fbnt certahis hommes faisolento dans leur impiéte.
1. Dieu se lèvera pour juger lui-même sa cause. Matotenant il la laisse entre les mains des hommes , et il les diai^e de défendre ses droite. C'est pour cela qu'O a établi sur la terre des souverains , des magistrate , des supérieofs , des prélate, des prêtres. C'est par la même raison qu'A veut bien nous prendre pour juges entee lui et nous-mêmes : car la pénitence , dit saint Augustin , n'est rien autre chose 9 de la part du pécheur, qu'une justice qu'il rend à Dieu aux dépens de soi-même. Mais qu'arrive-t-il? cette eause de Dieu mise entre les mains des hommes est tons les jours abandonnée et lâchement trahie. Combien de crimes , de scandales sont tolérés par la négligence, par la fUhlease , par l'miquite de ceux qui les devraient punh- ! Dans le tribunal même de la pénitence, quelle f^lité des ministres du Dieu vivant? quelle délicatesse des pécheurs prétendus pénitente? A peine nous reste-t-il des traces de ces anciens canons qui, pour des péchés aujourd'hui communs, exigeaient des satisfactions si rigoureuses. Ce n'est pas que Dieu se soit relftclié de ses droite , mais c'est nous-mêmes qui nous sommes relAchés do saint zèle qui anlmSit les premiers clvétiens, et qui devrait comme eux nous animer.
Or c'est en cette vue que David disait k Dieu : Letezvous. Seigneur, et monU-ez aux hommes que, malgré vos lenteurs passées, vous savez enfin vous rendre à tousmème une pleine justice. Oui, il le fait, et il le fera dans son dernier jugement. De là vient que ce jour fatal est appelé le jour du Seigneur.
Aussi il n'appartient qu'à Dieu d'être, en dernier ressort et sans appd, juge et partie dans sa propre cause : pourquoi? parce qu'il n'y a pofait, répond saint Chrysostême, déjuge si éclairé que lui, si intègre que lui, si puissant que Id. n se vengera , lyoute le même père, parce qu'il ne convient qu'à lui d'être saint et hTépréhensible
dans ses vengeances. Quand l'homme se venge, la passion
ANALYSES DES SERMONS
rayeugie et l'emporte à des extrémités crimiDelles. L'ordre veut donc que ce soit par un autre qn*i1 soit Tengé. Mais c'est à Dieu de se venger lui-même, parce qu'il est Téquité et la sainteté même.
a. Quels sont en particulier r«s outrages que Dieu auia reçus de l'impie, et dont il viendra se faire justice à luimême? David les réduit à trois. 1. L'impie a dit dans son cœur : Il n'y a point de Dieu : Dixit in corde suo : Non est Deut : outrage à la Divinité. 2. Il a dit : S'il y a un Dieu , ou il n'a pas vu , ou il a oublié le mal que j'ai commis : Dixit in corde suo : Oblitus est Deus, avertit faciem suam f ne videat : outrage à la Providence. 3. 11 a dit : Quand ce Dieu dont on me menace aurait vu mon péché , et qu'il s'en souviendrait, il ne me damnera pas pour si peu de chose : Dixit in corde suo : Non requiret : outrage à la justice de Dieu vindicative. Trois articles capitaux sur lesquels Dieu confondra le pécheur libertin.
Parce que l'impie aura refusé de reconnaître la Divinilé, Dieu se fera voir à lui dans tout l'éclat de sa gloire , et lui dira ce qu'il disait aux Israélites i)ar la bouche de Moïse : yidete guod ego sim solus, et non sït alius prœter me : Reconnaissez que je suis Dieu , que je suis votre Dieu , que je suis seul Dieu.
Parce que l'impie aura outragé la Providence , en disant : Ou Dieu n'a pas su ou il a oublié le mal que j'ai fait , Dieu , pour lui montrer qu'il a tout su , et qu'il se souvient de tout, révélera devant ses yeux et aux yeux de l'univers, tout ce qu'il y a eu de plus lionteux et de plus caclié dans sa vie.
Parce que l'impie aura dit : Quelque connaissance que Dieu puisse avoir de mes crimes , il ne me punira pas pour si peu de cliose. Dieu se fera uu devoir particulier de venger sa justice de ce blasphème : comment? en l'exei^nt , cette justice redoutable, sur le pécheur, et en le condamnant sans miséricorde.
La seule ressource qui vous reste maintenant , pécheurs, c'est la pénitence. Il vous en doit coûter pour la (aire : mais par là vous vous préserverez du jugement de Dieu. Ce Dieu que vous avez outragé , ce Dieu de patience vous attend encore. Rapprocliez-vous de lui par une humble confession de vos Iniquités, et vous trouverez grâce devant lui.
Deuxième partie. Jugement qui vengera les élus* de Dieu. Ces élus de Dieu , ce sont : 1 . les justes ; 2. les humbles; 3. les pauvres; 4. les faibles. S'il n'y avait point d'autre vie, dit saint Chrysostôme, et que Dieu ne diU jamais juger le monde , leur condition serait bien à plaindra. Car souvent dans cette vie les justes sont décriés et confondus avec les hypocrites; les humbles sont méprisés et insultés, les pauvres sont rebutés, abandonnés: enfin , les fiûbles sont accablés et opprimés. Or de là même , conclut saint Clu7Sosttoe, suit la nécessité du jugement de Dieu ; et c'est aussi sur ces quatre chefs qu'il viendi-a , en qualité de souverahi juge, faire justice à ses élus.
Il viendra pour venger les justes, j'entends les vrais justes , en les séparant des hypocrites. Durant cette vie tout est mêlé et confondu. Corobieo de scélérats ti-avestis en gens de probité et d'honneur : et combien au contraire de jusies accusés et calonmiés? Or c'est ce que le jugement de Dieu dévoilera par la manifestation des consciences.
Ainsi, selon l'oracle de Job, la joie de l'hypocrite finira ^ et son espérance périra. La joie de l'hypocrite étûit d'en imposer, et cependant d'être respecté et honoré :
mais au jugement de Dieu , cette joie de l'hypocrite finira i parce que son hypocrisie sera démasquée, et qu'elle deviendra le sujet étemel de sa confusimi. L'espérance de l'hypocrite était qu'il ne serait jamais connu à fond, et sou désespoir sera de ne pouvoir ' plus se déguiser. Biais au contraû>e la gloire des justes sera de paraître devant toutes les créatures intelligentes, et que l'on discerne enfin la droiture de leurs actions et la pureté de leurs intentions.
2. Il viendra pour venger les humbles en les glorifiafit. Leur humilité passait pour petitesse d'esprit et pour bassesse de cœur, mais Dieu la relèvera et la couronnera. C'est alors qu'ils s'élèveront eux-mêmes contre ceux qui les méprisaient, et que s'accomplira cette parole de Jésus- Chiist, que quiconque s'abaisse sej^ exalté. Dans la vie, l'humilité n'est pas toujours glorifiée, souvent même eli(* est accompagnée jusqu'au bout de l'humiliation : mais c'est à la fin des siècles qu'elle recevra tout l'honneur qui lui est dû.
3. Il viendi-a pour venger les imuvres en les béatifiant. Combien de pauvres soufTrent sur la terre par la dureté des riches! combien de véritables pauvres sont rebutés, comme s*ils ne l'étaient pas! combien de saints pauvi«s sont d'autant plus oubliés, qu'ils se plaignent moins, et qu'ils prennent leur pauvreté avec plus de patience! Or la patience des pauvres, dit le prophète, ne sera pas toujours sans fruits. Car je sais que le Seigneur jugera le pauvre, et qu'il tirera une vengeance éclatante de ceux qui l'auront oublié. Tandis que les riclies» ces riches impitoyables, seront frappés d'un éternel anatlième, les pauvres, mis en possession d'une souveraine béatitude, seront bien dé<lomntagés de cette inégalité de condilioDs | qui les avait réduits dans le besoin et dans la misère.
4. H viendra pour venger les faibles. Maintenant ils sont dans l'oppression, et c'est le crédit qui l'emporte et le plus fort qui a toujours raison. De là tant de persécutions et de vexations : mais la scène changera : Judicarepupillo et Jiumili , ut non apponat ultra magnificare se homosur per terrant. Au lieu que le faible était sous les pieds, il se vei-ra sur la tête de ces grands du monde , qui faisaient, pour l'accabler, un si crimmel abus de leur grandeur.
Conclusion. Dieu , dans son jugement, séparera les jostcs d'avec les hypocrites et les impies : séparez-voufrendès à présent par une solide piété. 11 glorifiera les humbles : humilie/.-vous. Il béatifiera les pauvres : assistez-les. Il relèvera les faibles : protégez-les. Et vous, justes, humbles, pauvres, faibles, soutenez-vous dans votre justice, da» votre obscurité , dans voti-e pauvreté , dans votre ftiblesse par l'attente de ce grand jour, qui sera le jour du Seigneur et le vôtre. Craignez le jugement de Dieu, car il est toujours à ci-aindre : mais en le craignant, désirez-le, espérez-le, aimez-le, puisqu'il vous doit être si fiivorable. Craignons-le tous, mais d'une crainte efficace qui nous convertisse et qui nous sauve.
POUR LE DEUXIÈME DIMANCHE DE L'AVEKT
SUR LE BESPECT HUMAIN
Sujet. Bienheureux celui qui ne sera point scandolise de moi.
C'est à ce caractère que le Sauveur du monde recoonall ses vrais disciples. II veut des hommes fervents, générpm,
AiNALYSES DES SERMOINS.
sincères, qui se Tassent un honneur de l'avoir pour maître et un de?oir de lui obéir. Or par là il exclut de son royaume CM lâches chrétiens qui se laissent dominer par le respect bumain , et c'est ce même respect humain que j'entreprends de combattre dans ce discours.
DiTisioif. Indignité du respect humain par rapport à DOQS-mèmes : 1^ partie. Désordre du respect humain par rapport à Dieu : 2^ partie. Scandale du respect humain par rapport au prochain : 3*^ partie. Les deux premiers points r^;ardent ceux qui sont les esclaves du respect humain , et le troisième ceux qui en sont les auteurs.
Pbehièrb partie. Indignité du respect humain, parce que c'est: 1. une servitude honteuse; 2. une lâcheté méprisable.
1. Servitude honteuse : car, qu'y a-t-il de plus senrile que à*ôtre réduit , ou plutôt de se réduire soi-même à la nécessité de régler sa religion et toute sa conduite sur le caprice des autres et sur les vains jugements du monde.' Saint Augustin déplorait la condition de ces anciens philosophes qui, par la raison, ne reconnaissant qu'un Dieu, ne laissaient pas, pour s^acconunoder au temps, d'en adorer plusieurs. Ainsi, dit ce Père, ils adoraient ce qu'ils méprisaient ; et nous , par un autre respect humain , nous méprisons, nous outrageons ce que nous adorons.
Il y a des choses, ajoute saint Augustin , où la servitude est tolérable, d'autres où elle est raisonnable, quelquesunes où elle peut être honorable : mais s'y soumettre dans ce qu'il y a de plus essentiellement hbre qui est la profession de sa foi et l'exercice de sa religion, c'est ce que la dignité de notre être , non plus que la conscience , ne peut comporter.
Laissei-nous aller au désert, disaient les Hébreux aux figyptiens : car, tandis que nous sommes parmi vous , nous ne pouvons pas librement sacrifier au Dieu d'Israël. En tout le reste nous vous obéirons; mais, dans le culte de notre Dieu , la Uberté nous est nécessaire. Telle est la disposition où doit être un vrai fidèle : et s'il lui était impossible de garder cette sainte liberté dans le monde, dès là il ^vrait sortir du monde , et , à l'exemple des Israélites , se retirer dans le désert.
Servitude du respect humain d'autant plus honteuse, que c'est Teffet d'une petitesse d'esprit et d'une faiblesse de cœur que nous tâchons , mais en vain , de nous cacher à nous-mêmes. Car, si nous avions cette grandeur d'âme qu'inspire le christianisme , nous dirions comme saint Paul : Je ne rougis point de V Évangile. Nous imiterions le jeune Tobie : ni le nombre, ni la qualité des personnes ne pourraient nous ébranler. Mais nous n'avons pas assez de force pour nous mettre au-dessus du monde et de sa censure. Nous nous laissons troubler : de quoi ? d'une parole : et par qui ? par des hommes vains , dont souvent toute la légèreté nous est connue aussi bien que l'impiété. Châtiment de Dieu visible, qui permet qu'en roulant secouer son joug, nous en prenions un autre mille fois plus humiliant et pins pesant.
2. De là, caractère de servitude qui porte encore avec soi un caractère de lâcheté odieuse : J'appartiens à Dieu , je lui dois tout , et je le traliis ! Lâcheté impardonnable : nous ne la pouvons pas même supporter dans ces âmes mercenaires que leur condition et le besoin attachent au service des grands. Lâcheté réprouvée dans ntvangile : Quiconque me désavouera devant les hmnmcs, disait le
Fils de Dieu Je le désavouerai devant mon Père. Lâcheté que les païens mêmes ont condamnée dans les chrétiens. Exemple de ce sage empereur, père du grand Constantin , qui, tout païen qu'il était, retint auprès de sa personne ceux d'entre ses officiers et soldats qu'il trouva fermes dans la foi chrétienne, et renvoya les autres , qui , par une crainte humaine, l'avaient renoncée ou dissimulée.
Ahl souvenons-nous de tant de martyrs, nos frères en JésuspChrist Craignaient-ils la présence des hommes.' ou Dieu pour qui ils mouraient, était-il plus leur Dieu que le nôtre ? N'allons pas si loin : cette cour est composée d'hommes fameux par leur bravoure et par leurs exploits militaires. Avoir une fois hésité dans le péril, c'est ce qu'ils regarderaient comme une tache ineffaçable. Pourquoi donc dans les choses de Dieu devenons-nous , selon la ligure de l'Évangile, comme le roseau ? Que n'imitons-nous Jean Baptiste? Jusqu'au milieu des fers 11 confessa Jésus-Christ^ jusque dans la cour, il lui rendit témoignage. Voilà votre modèle. S'il faut être esclave, ce n'est point l'esclave du monde, mais le vôtre, ô mon Dieu! Si nous savons nous affranchir du monde, le monde, tout perverti qu'il est, nous respectera; et si nous y demeurons au contraire servilement assujettis , le monde même nous méprisera. Mais enfin , quoi que le monde en puisse penser, le Dieu que nous servons est un assez grand maître pour mériter qu'on lui fasse un sacrifice du monde.
Deuxième partie. Désordre du respect humain. I. Parce que le respect humain détruit dans le cœur de l'homme le fondement de la religion , qui est l'amour de Dieu. 2. Parce qu'il fait tomber l'homme dans les plus criminelles apostasies. 3. Parce qu'il arrête dans l'homme l'effet des grâces les plus poissantes. 4. Parce que c'est ainsi l'obstacle le plus fatal h la conversion de l'homme mondain.
1 . Il détruit dans le cœur de l'homme l'amour de Dieu : j'entends cet amour de préférence que nous devons à Dieu. Car, qu'est-ce que le respect humain, ou plutôt, pourquoi l'appelons-nous respect humain, sinon , dit samt Thomas parce qu'en mille rencontres , il nous fait respecter la créature plus que Dieu? El voilà ce que Tertullien reprochait aux païens , quand il leur disait : Vous craignes plus César que Jupiter même.
Grâce à la Providence, nous avons un roi fidèle; mais si le ciel nous avait fait naître sous la domination d'un prince moins religieux , combien de courtisans rechercheraient aux ilépens de Dieu la faveur de César ! Sans faire nulle supposition , combien en voyons-nous actuellement disposés de la sorte, c'est-à-dire, non pas impies et scélérats, mais prêts h l'être , s'il fallait l'être pour leur fortune ! Ne remon. tons pas métbe si haut : à combien de puissances subalternes n'est-on pas dévoué plus qu'à Dieu , et en faut-il davantage pour renverser toute la religion?
2. Le respect humain fait tomber l'homme dans les plus cruelles a|>ostasies. Souvenez-vous des irrévérences qu'il vous a fail commettre en présence de cet autel. Je pourrais bien mieux l'appeler l'autel du Dieu inconnu , que celui dont parle saint Paul : Ignoto Deo. Cet autel que trouva saint Paul , il ne le trouva que parmi les idolâtres ; et celui que je trouve ici , j'ai la douleur de le trouver parmi des chrétiens. Ne pas connaître le vrai Dieu que l'on adore , c'est ignorance ; mais insulter, jusqu'à ses autels, le vrai Dieu que l'on connaît, assister à son sacrifice en courtisan et en mondain , c'est ce que j'appelle , après saint Cy prien , apo&.
ANALYSES DES SERMONS
tasie : Tn his omnibus qnœdam aposUulafidei est Noos condamnons ces lâches cliréliens qui , dans les perséculionsy renonçaient Jésus-Girist : c*étaient des apostats; mais, après tout , ils ne cédaient qu'à la Tiolence des tourments , et par là Us étaient dignes en quelque sorte de compassion : au lieu qu'il ne s'agit plus pour nous de vaincre ni les tourments , ni la mort , mais un Tain respect que nous pouvons si aisément surmonter.
3. De là même qu*arriye-t-il ? c'est que le respect Immain arrête l'effet des grâces de Dieu les plus puissantes, et devient encore par là l'obslacle le plus (a(al à la conversion de rhomme mondain. On se sent de bonnes dispositions, mais une fausse crainte du monde et de ses raisonnements fait tout évanouir. On voudrait que le monde fût plus équitable ; mais tout injuste qu'il est , on se soumet à sa loi , ou , pour mieux dire, à sa tyrannie. Jusqu'à la mort même, ne voyons-nous pas des bonunes succomber à cette tentation du respect humain, et s'en faire un dernier prétexte contre tout ce que leur prescrit alors la religion?
C'est donc maintenant que je conçois la vérité de cette parole de TertuUien : Je suis assuré de mon salut, si je ne rougis point de mon Dieu. Car, si je ne rougis point de moD Dieu , je ne rougis pas de mes devoirs ; et en obser^ vant mes devoirs malgré les discours du monde, je suis sauvé. Le coup de salut pour Madeleine fut de ne point écouter le monde. Si elle eût consulté la prudence du siècle , elle était perdue.
Tboisième PABTiE. Scandalc du respect humain, c'està-dire , scandale que causent dans le monde ceux qui , par leurs discours ou par leur conduite, servent à y entretenir lejespect humain. 1. Scandale qui Ta spécialement à la destruction du culte de Dieu : en voilà la nature. 2. Scandale d'autant plus pernicieux , qu'il se répand avec plus de fedlité : en voilà le danger. 3. Scandale qu'il vous est d'autant plus étroitement ordonné d'éviter, grands du monde, que de Totre part il devient beaucoup plus contagieux : ToUà par rapport à vous les obligations qui en naissent 4. Scandale que vous pouvez aisément corriger en opposant an respect humain votre bon exemple : en voilà le remède.
1 . Scandale qui va spécialement à la destruction du culte de Dieu. Car, comme les enfants d'Héli détournaient le peuple du sacrifice, et en cela même commettaient un crime énorme, grande nimis, ainsi tant de libertins, en raillant de la piété et de la religion , la décréditent , et contribuent, autant qu'il est en eux, à l'abolir. Or, avec la même sévérité que Dieu punit Ophni et Phinéès, il punira les impies du siècle. Qu'un particulier, dans un État, corrompit la fidélité des sujets, il n'y a point de supplice dont il ne fttt digne. Que sera-ce d'un homme qui ose attenter aux droits de Dieu?
2. Scandale le plus contagieux et le plus prompt à se oooununiquer. C'est ce qui porta l'invincible Matathias à sacrifier lui-même et à frapper d'un coup mortel un Israélite qu'il vit sur le point d'adorer publiquement l'idole. 11 comprit que l'exemple d'un seul toléré suffirait pour ébranler toute la nation ; et je puis dire qu'un mot, qu'un regard, qu'un exemple corrompt de nos jours plus de chrétiens que tout ce qu'ont autrefois inventé le^ tyrans pour exterminer le christianisme. Car, que ne peut point cet attrait naturel que nous sentons à faire comme les autres? Si donc ils nous tracent le chemin du vice et de l'impiété, combien r^lle tentation fera-t-elle d'apostats?
3. De là natt, pour toutes les personnes qui oot qodqoe autorité dans le monde, une obligation plus étroite d'être exemplah-es dans l'exercice de leur reli^oo : et cet exemple qu'ils donnent est le remède le plus efficace contre le scandale du respect humain. Car, qui ne sait pat quelle impression fait sur les esprits l'exemple des graiids? Cest pourquoi ce vieUiard vénérable, Éléuar, ne pat Jamais ae résoudre, non-seulement à manger de la chair défendue, mais à feindre d'en manger, de peur que son gxfmi'fe M fôt un scandale pour les autres.
Belle leçon pour vous, à qui Dieu n'a fait part de son pouvoir que pour le faire servûr à son culte. Que doit dire un père à ses enfants? Que doit dire un maître à set dômes- ' tiques ? Que devons-nous faire chacun dans notre condition? tout ce qui dépend de nous pour affermir la religion ^^ l'esprit de ceux que Dieu nous a soumis.
Je parle dans la cour d'un prince qui donne du crédit à la religion; et ce que j'aurais à craindre, c'est qu'an lieu que le respect humahi faisait autrefois à la oonr des libertins , il n'y fit maintenant des hypocrites. Mais ootre que la religion prendrait au moins par là le dessot, ne faisions pas, vous dirai-je, de nous prévaloir de l'heorease disposition des choses. Quand le respect humain nous attache à nos devoirs, quoiqu'il ne soit ni «lint, ni louable, il n'est pas toujours inutile. C'est un soutien à notre lUblesae, et il peut servir à nous élever de la créature an Créateur.
Or, suivant ce principe , bénissons le del de noua avoir donné un maître qui ne porte pas en vain le titre de protecteur de sa religion. Nous avons dans son i^le pins puissant secours pour nous animer et pour nooi aoutCBlr. Heureux donc celui qukie sera point scandalisé de Jéso^ChrisL Le Sauveur du monde n'exceptah pomt de cette béalitade ceux qui habitent dans les palais des rds. Cui le même Évan^e qu'on annonce à tous ; et nous devons tons épkment le recevoir et le pratiquer sans en rougir.
POUR LE TROISIÈME DIMANCHE DE L'AVENT
SUB Lk SÉVtarot ÉVÀNCltUQIJB.
Sujet. Je suis la voix de cehii gui crie dam le désert: Rendez droite la voie du Seigneur.
Cette voie du Seigneur est la voie étroite du salut Miii combien ignorent cette voie étroite, et ne savent pas en quoi consiste la sévérité évangélique! il est doncnécenaire de leur en doimer une juste id^ dans ce discours.
Division. Nul homme ne fit profession d'une vie plai austère que Jean-Baptiste ; nul hpmme ne futpkiB aévère dans ses mœurs. Mais dans sa sévérité méoie, oelbt s homme désintéressé, un homme humble, et un »»«-«-t charitable. Trois caractères opposés à la lanaae aéiéillé des pharisiens. Car, quel était le fond de cette aérérilé pharisaique ? un esprit d'mtérèt , un oigueil aecnt , et uas dureté Unpitoyable pour le prochain. Mais la vraie aévMé de l'Évangile consiste dans un pleib déaintéfeasemcrt : \^ partie. Dans une sincère humilité . 2^ partie. ri«nf une charité patiente et compatissante : 3* partie.
PREMitaB PÀkTiB. Désinléressemoit, premier caradtn de la sévénté évangélique , selon cette parole de Jésus- Christ : Qttivonque ne renonce pas d'esprit et de cobw à tout ce qu*il a, ne peut être mon disciple. Car, pour développer ce point important , s1l faut mesurer la sévérité chrétienne par quelque règle, ce ne doit être. I. ni parla
ANALYSES DES SERMOINS.
fliniculté des choses quoo entrepreod, 1. ni par l'éclat d'one Tie extérîeorement mortifiée » 3. ni par un certain lèie de réforme» 4. ni par on alMuidon même efTectir de certains intérêts particuliers; mais par un désintéressement génénd, absolu , sincère.
1 • Gen'est point par la difficulté des choses qu'on entreprend : pourquoi? par la raison qu'en donne saint Chrysoslôaie , saYoir, que les choses mêmes les plus difficiles nous deviennent faciles et agréables dans la vue d'un intérêt humain ; et qu'il y aurait alors plus de peine à s'en abstenir, qu'à les (^ire. Par exemple , on ne dU*a pas que la vie labwîeuse d'un avare, et la servitude d'un courtisan doivent être comptées pour des exercices de l'abnégation chrétienne. Leur abnégation serait au contraire, à l'un, de ne point tant se fatiguer pour contenter son avarice , et à Fantre, de ne point tant se captiver pour satisfaire son ambition. Car voilà ce qui leur coûterait.
2. Ce n'est point par une vie extérieurement mortifiée, en void la preuve : c'est que dans cet extérieur de mortification , il peut encore y avoir un intérêt caché où la nature se trouve. Ainsi les pharisiens pai-aissaient mortifiés : pourquoi? pour se rendre maîtres des esprits, et pour firvenh- à leurs fins. Si donc il arrivait que nous prissions les mêmes voies , et que tout cet édat de mortification BiUxNitlt qu'à conduire une intrigue, et à soutenir un pvti, pourrait-on penser alors qu'il y eût là le moindre Testigedecette sévérité que nous aenseignée Jésus<3hrist?
3. Ce n'est point iiar un certain sèle de réformer et de maintenir la discipline, car ce zèle ne coûte rien dans les discours. Mais voulons-nous connaître si c'est l'efTet de la vraie sévérité de l'Évangile, voyons si ce zèle nous rend moins intéressés , ou s'il nous dégage de ces vues humaines qui hifectent ce qu'il y a de plus sacré dans le culte de Dieo. Nous exagérons en paroles la sévérité dn christianisoie ; mais dans la pratique, nous agissons comme le reste des honunes , souvent pis que le reste des hommes , parce qu'il y va de notre intérêt. Et en cela on ne manque pas d'adresse, pour avoir toujours la réputation d'homme sévère, et pour agir néanmoins comme les plus relâchés.
3. Ce n'est point même par Fabandon effectif de quelques hilérêts particuliers : car il est aisé , dit samt Augustin , de renoncer à un intérêt pour un autre intérêt. Il fiiot donc, si nous voulons être vraiment sévères sdon l'esprit de l'Évangile , que notre déshitéressement soit général , en sorte que nous ne cherchions que Dieu ; qu'il soit absolu , tans condition et sans réserve ; qu'il soit sincère , sans tout ce raffinement de la fausse sévérité. Tandis que ce désintéressement chrétien a régné dans le christianisme , le christianisme s'est maintenu dans toute sa pureté ; mais dès que resprit d'intérêt y est entré, nous avons commencé à dégénérer, et de là sont venus tant de désordres. Contentons-nous de Dieu : Dieu nous suffira : il suffit bien pour tout ce qu'il y a de bienheureux dans le ciel ; il suffit bien pour lui-même.
DmxiÈHE PARTIE. Humifité, second caractère de la sévérité évangélique. Rien de plus parfait que cette sévérité; mais rien aussi de plus exposé à hi tentation de i'oigueil. Cependant, dit saint Bernard, être humble, et être sévère à 8(^-même, ce ne sont point deux choses distinguées dans les maximes de Jésus-Christ. Cest ce qui l'engagea à se déclarer si hautement contre les pharisiens. Peinture des pharisiens et de leur orgueiL
Or, si le Fils de Dieu n'a pu sup|)orter ce faste dans les pharisiens, qui ne hii appartenaient en rien, comment, dit saint Grégobe, lesupportera4-il dans nous , 4ui sommes ses disciples? Cependant, est-il un désordre plusoommun? où l'orgueil ne se glisse-Ml pas, puisqu'il s'insinue souvent jusque dans la haine de nous-mêmes, et dans les sahitea rigueurs que nous exerçons sur nous-mêmes?
Ce n'est pas qu'en bien des rencontres nous ne Cusions les humbles, mais d'une humilité, dit saint Jérûme, qui ne risque rien. Vous diriez qu'il suffit d'être sévère, pour être plefai de soi-même : on ne parie plus que de soi. Quoiqu'il y ait des conduites de grâce différentes, on n'estime plus que la sienne : on y voudrait réduire tous les autres; et s'ils s'en écartent, on les croit perdus.
On veut pratiquer le christianisme dans toute sa sévérité, mais on veut en avoir l'honneur. On se retire du monde, mais on est bien aise que le monde le sache. On se mortifie en secret, mais on fait si bien que ce secret cesse bientût d'être secret , et l'on a cent biai^ pour le randre public, en sauvant même les dehors de la modestie.
De là vient qu'on aime en tout la singularité. S'il y t quelque chose de nouveau, c^est à quoi l'on donne : bien différents en cela de saint Augustin , qui, pensant à se convertir, n'évita rien plus soigneusement que de le Mfe avec bruit C'est assez qu'on ait un certain lèle de diaci* pline et de réforme , pour vouloir juger de tout , dominer partout ,' parvenir à tout.
Or ce levahi de l'orgueil, 1. corrompt tout le mérite de votre sévérité , puisque ce n'est plus Dieu qui en est le motif; 2. en détruit même le fonds et hi substance. Car, la sévérité chrétienne consiste à se faire violence : nulle violence quand on suit la nature ; et n'est-ce pas la nature que l'on suit en suivant son orgueil? Voilà pourquoi , dit saint Chrysostôme , nous avons beaucoup moins de peine à Cure plus que nous ne devons, qu'à faire ce que nous devims, parce qu'à Cadre plus qu'on ne doit, il y a une cer» tame ^oin qui flatte.
La vraie austérité du christianisme-est donc d'être hum* ble , et de chercher l'obscurité. La vraie austérité , surtout pour les âmes vahies , est souvent de se tenir dans la voie commune, et d'y faire, sans être remarqué , tout le bien qu'on forait dans une autre route avec plus d'éclat Mais ce n'est point, mon Dieu, aux sages du monde , ce n'est pas même aux sages dévots, à ces dévots superbes que vous avez révélé ces vérités : c'est aux petits et aux humbles ; soyez-en béni.
TaoïsriU» PAKTIB. Charité, troisième caractère de la sévérité évangélique. Comment accorder l'une et fautre, puisque la charité, selon saint Paul, couvre tout et supporte tout, et qu'au contraire la sévérité fait profession de n'excuser rien et de ne pardonner rien. Pour comprendra ce mystère, il n'y a qu'à distinguer les objets. Car l'Évin* gile veut que nous soyons sévères , mais pour qui ? pour nous-mêmes, et non pour les autres. Or, la sévérité pour nous-mêmes et la charité pour les autres, ce sont deux devoirs qui , bien loin de se combattre, sf entretiennent mu-
En effet , c'est en pra tiquant la charité à l'égard des antrès, qu'on pratique à l'égard de soi-même ce qu'il y n dans la sévérité chrétienne de plus difficile et de phis pai^ fait Car,, être charilable, c'est être patknt, modéid, doux^
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ANALYSES DES SERMOINS.
discret , détaché de soi-même. Or, pour cela, quelles tIolenœs ne fiiut-il pas se faire en mille rencontres !
Mais quel est le désordre? Cest qu'an lieu d*exercer cette sévérité envers nous-mêmes , nous l'employons toute contra nos frères. Je veux que notre sévérité produise en nous quelque réforme : mais si au même temps elle nous rend filcheux aux autres, aigres, impatients, critiques, médisants, vindicatife, ce n'est plus qu'une fausse sévérité ; et Von peut dire de nous ce que Jésus-Christ disait des pharisiens, que nous sommes de grands observateurs des petites choses , tandis que nous négligeons les plus importantes.
Car, un des plus grands préceptes de la loij, c'est la charité ; et voilà à quoi manquaient les pharisiens , et sur quoi le Fils de Dieu leur faisait tant de reproches. Scrupuleux sur des pohits peu nécessaires, ils transgressaient librement les devoirs les plus indispensables. Peinture naturelle de la piété de notre siècle. Une femme conununiera, se mortifiera, fera de longues prières; et du reste, troublera toute une maison par ses caprices, et décldrera le prochaUi par ses médisances. Piété d'enfant, dit saint Ghrysostâme après l'apôtre. Mais quoi! faut-il quitter toutes ces pratiques que la ferveur inspire? Non : mais reienons-'les selon la règle que Jésus-Christ nous a prescrite: FaiteM d*aburd celles-ci, c'est^-dire, les choses nécessaires , et iComelUz pas ensuite les autres,
POUa I«E QUATRIÈME DIMANCHE DE L'AYENT.
, SUR L4 ppifrrDfCB.
Svm. Jean-Baptiste vient dans tout le pays qui est le long du Jourdain, préchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés.
Comme il y a une vraie et une fausse pénitence , la grande misère du pécheur, dit saint Chrysoslôme, c'est qu'étant assuré, oomme il l'est, de la réalité de son péché, il ne peut jamais l'être absolument de la validité de M pénitence. Cependant, pour calmer, autant qu'il est possible, nos esprits, il y a certains caractères propres de la véritable pâiitence , et c'est à ces caractères que nous devons la reconnaître.
DiVBioii. Pour pouvoir compter sur notre pénitence, il en faut juger par les fruits. Or ces dignes fruits dont parlait JeantBaptiste en prêchant aux Juifs , et qui rendent la péniteace eOlcace , se réduisent à lit>is : à retrancher la cause du péché ; l'^ partie : à réparer les effets du péché; Impartie : à assujettir le pécheur aux remèdes du péché; départie,
pREnÈRB PARTIE. Retrancher la cause et la matière do péché, premier caractère à quoi nous devons reconnaître la vraie pénitence. Cette maxime est fondée sur deux principes.
Premier principe i on n'aime pohit le péché comme péché, mais on aune la matière et la cause du péché. Par exemple on aime le plaisir qui est criminel ; mais on l'aime parce qu'il est plaisir, et non point parce qu'il est criminel. On voudrait même pouvoir séparer l'un de l'autre , et que ce qu'on aime ne fôt point criminel : on n'est donc point précisément criminel pour aimer le péché : puisqu'en effet on ne l'aime pas, mais on aime pour aimer ce qu'on fiait d'aiUean étn péché. D'où vient que, haïssant même le
pédié , l'on pèche toutefois parce qu'on aime ce qui est péché.
De ce principe , il s'ensuit que ce n*est point absolument par le haine du péché , considéré comme péché, qu'il faut distinguer la vraie pénitence : la pénitence la plus vaine peut avoir cela de commun avec la pénitence la phis solide. Mais nous la distinguerons, cette pénitence soKde, par le renoncement à tout ce qui fiiit le péché.
C'est par là que l'homme pénitent, selon le précepte de l'apôtre, doit s'éprouver lui-même. Vous ne savez si c'est un repentir sincère et efficace qui tous touche? voici la règle que vous donne le prophète pour sortir de cette incertitude : Supprimez toutes les paroles , et convertissez-vou6.Yous êtes du monde , et ce qui vous porte à mille péchés , c'est une dépense qui excède vos forces : retranchez cette dépense. Vous aimez le jeu, et c'est ce qui vous perd : retranchez le jeu. Enfm quoi que ce soit, sacrifiez-le. Voilà ce que saint Paul appelle combattre , non pas en frappant Pair, ni en donnant des coups perdus, mais en faisant tomber l'ennemi que Ton poursuit.
Second principe : on n'est pas toujours maître de ses pensées , mais on est toujours responsable de ses actions ; et quand nous venons à succomber dans une oocasioa dangereuse d'où nous avons pu sortir, on n'a jamais droit de dire alors : Je ne pouvais pas me défendre de ce péché ; mais on doit dire : Je ne le voulais pas. Saint Paul gémissait de sa faiblesse ; et parce qu'il ne se contentait pas de gémir, mais qu'il veillait attentivement sur lui-oiême, celte attention sur lui-même était un témoignage de la sincérité de sa douleur. Au contraire, l'hypocrisie de la pém'tence, c'est de déplorer, comme saint Paul, notre fingililé, et cependant de nous exposer à des occasions où toute la force des saints suffirait à peine pour résister.
Vous êtes faible , il est vrai ; mais vous vous jouez donc de Dieu , si dans le moment que vous pleurez votre péché, vous n'en voulez pas retrancher l'occasion. Ne dites point comme l*ap6t.e : Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. Mais dites que vous voulez tout le mal que vous faites, et que vous ne voulez nullement le bien que vous ne faites pas : et de là même concluez que votre pénitence n'est que dissimolation et que mensonge.
Cependant on traite un confesseur d'homme difficile et scrupuleux, lorsqu'il suspend pour ceux qui ne veukst pas éviter certames occasions la grftoe de l'absolDlion. Mais quaud la suspendra-t<il donc? et s'il y a des sévérités indiscrètes, ne serait-ce pas aussi une facilité criminelle, que de réconcilier et d'admettre à la participation des sicrements un pécheur qui s'obstine à demeurer dans in danger si évident et si prochain.
Mais ce sont des occasions que je ne puis quitter : vous les quitteriez s'il s'agissait de votre fortune. Biais ee sont des liens que je ne puis rompre sans éclat et sans scandaïe : le grand scandale est plutôt de ce que vous ne ks rompez pas. Mais Dieu me protégera : confiance présomptueuse, qui ne va qu'à tenter Dieu et qu'à fomenter votre impéniteoce.
Deuxième partie. Réparer les effets du péché, second caractère à quoi nous devons reconnaître la vraie pénitence. Car la pénitence est une partie de la justice, et b
ANALYSES DES SERMONS
jusiice demande nécessairement une réparalion. Mais supposant la nécessité de cette réparation, quelle en doit être rétendue? Sur cela, deux maximes importantes de l'Écriture.
Première maxime : pour se convertir efficacement, il f^Qt Mre, selon la parole de Jean-Baptiste, de dignes fruits de pénitence; c'est-à-dire, suivant l'explication de saint Croire, ne pas seulement pleurer le passé, mais produire dans ravcnir des fruits de grftce et de salut. Or, quels sont ces fruits? réparer les elTets par des œuvres directement contraires au péché même , selon ses difTérentes espèces. Par exemple, réparer les effets de la calomnie par le rétablissement de l'honneur.
Dignes fruits de pénitence , parce qu'il faut pour les produire que le pécheur fasse des efforts dont il n'y a que la vraie pénitence, qu'une pénitence surnaturelle, qui soit capable. Car sans cette pénitence surnaturelle , comment un riche pourra-t-il jamais se résoudre à se dépouiller pour rendre un bien qu'il a injustement acquis ?
Fruits proportionnés y à quoi? à l'offense. On ne répare pas l'injustice par l'aumône, ni la médisance par la prière. Fruits nécessaires : en vain imaginerons-nous des tempéraments; il en faut toujours revenir à la décision de saint Augustin : Le péché n*€st point remis si le dommage n'est réparé.
Fruits certains et non suspects : on ne soupçonnera jamais un pécheur qui veut bien se soumettre à une telle satisfaction de n'être pas bien converti. Mais quelle est l'illusion? c'est qu'au lieu de juger de la pénitence par ses fruits, on en veut juger par des pratiques très-équivoques, et qui souvent ont plus d'éclat que de solidité. Beaux dehors , mais dehors trompeurs , si d'abord on ne satisfait pas aux devoirs naturels de la charité et de la justice.
Seconde maxime : il ne suffit pas de faire pénitence devant Dieu, il faut encore la faire devant les hommes, en réparant le scandale. Car le scandale est une partie du péché ; et puisque , en vous égarant, vous en avez égaré tant d'autres, n'est-il pas de l'ordre que vous tâchiez par votre exemple à les ramener? Mais ce n'est point là comment on raisonne dans le monde ; et si quelquefois on consent à faire pénitence et à se convertir, du reste, on veut loiqours gaider les mêmes apparences du péché , vivre ton jours dans le même faste, être toujours des mêmes sociétés. Est ce ainsi que tant de fameux pénitents, dans l'ancieuie loi et dans la loi nouvelle, se sont convertis? Apprenons comme eux à faire cesser, non-seulement le mal , mais l'apparence du mal. Ayons là-dessus égard au jugement du monde, qui ne condamne pas seulement le péché , mais les apparences du péché et qui s'en scandalise. S'il nous parait un censeur trop sévère, bénissons Dieu de ce que le vite n'a pas encore prévalu jusqu'à pouvoir obtenir du monde que le monde l'approuvât , et reconnaissons notre aveuglement de ne vouloir pas en croire le monde dans nne chose où le jugement même du monde s'accorde si bien avec le jugement et la loi de Dieu.
Troisième partie. S'assujettir aux remèdes du péché, troisième caractère de la vraie pénitence. Le péché , surtout quand l'habitude en est formée, est comme une dangereuse maladie , contre laquelle il est nécessaire que la pénitence emploie les plus souverains remèdes. Deux sortes de remèdes : 1 . les uns pour nous garantir du péché; 2. les autres pour punU- le péché.
1. Remèdes préservatif^ et propres à nous garantir du péché. Il n'y a personne qui , par les différentes épreuves qu'il en a faites, n'ait connu ou du moins ne puisse connaître ce qui serait capable de le préserver du péché, et de le ma'mtenir dans l'ordre. Or, la preuve convaincante d'une sincère conversion est de prendre ces moyens. Vous avez souvent éprouvé que le plus puissant préservatif, contre la cupidité et l'amour du plaisir qui vons domine est l'occupation et le travail ; occupez-vous, et fuyez l'oisi- • veté. Vous savez que la fréquente confession serait un secours prompt et presque toujours immanquable contre les tentations qui vous attaquent, et vous n'ignorez pas quel besoin vous auriez d'un directeur sage et ferme; mais parce que la confession vous gêne, vous n'approchez du saint tribunal que très-rarement. Peut -on présumer alors que votre pénitence ait été de bonne foi? Que ne fait-on pas tous les jours pour la guérisondu corps? pourquoi ne le faites-vous pas pourlaguérison de votre âme?
1 . Remèdes , pour ainsi dire , correctifs et propres à pu* nir le péché. Si le châtiment , un châtiment volontaire et rigoureux , suivait de près le péché , il n'y a pomt de passion ni d'habitude qu'on ne déracinât. Ce n'est pas à dire que la pénitence soit une vertu servile; car on peut se punir par amour, et par zèle de sa perfection. Ainsi quand l'Église autrefois punissait par des peines canoniques chaque espèce de péché, elle ne croyait pas ôter par là. aux fidèles cet esprit d'adoption qu'ils avaient reçu dans la loi de grâce. L'innocence florissait alors , et la pénitence était exemplaire, parce que le péché n'était point impuni. Mais aujourd'hui l'on en veut être quitte à moins de frais, et de là l'inondation de tous les vices.
Faisons maintenant ce que l'Église faisait dans ces premiers siècles. Le droit de Dieu est toujours le même : et nous avons toujours la même obligation de satisfaire à sa justice. N'attendons pas qu'il nous punisse lui-même. Si ceux qu'il a commis pour être les médecins de nos âmes sont trop indulgents, suppléons à leur indulgence par notre sévérité. Appliquons aux maux spirituels de nos âmes des rennèdes spécifiques. En un mot, oonvertissoiisnous à Diea de bonne foi , et Dieu se convertira à i
SUR LÀ NATIVrrÉ UE JÉSUSH^milST.
Sujet. L'Ange leur dit : Ne craignez point; car Je viens vous annoncer une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie : c'est qu'aujour* d'hui dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est Jésus- Christ.
L'ange parlait à des pasteurs, c'est-à-dire à des hommes simples et [ouvres. Qu'aiiraieut-ils pu craindre dans uo mystère où le Sauveur du monde venait honorer lieur condition , par le choix qu'il faisait de leur pauvreté? Mais moi je parle au milieu de la cour, et à des auditeurs pour qui je ne sais si cette naissance doit être un si^et de consolation. Leur dirai-jc : Ne craignez point? leur dirai-Je : Craignez? Je leur dirai l'un et l'autre dans ce discours, parce que la nouvelle que je leur annonce est tout à la fois pour eux un sujet de crainte et un sujet de joie.
Division. Jésus-Christ a paru dans le monde, pour être et la ruine des uns , et la résurrection des autres. Sa naissance doit donc être aussi tout à la fois, et un sujet de crainte, et un sujet de joie. Crainte et joie, deux sentiments exprimés dans ces paroles du prophète : Servez le
ANALYSES DES SERMONS
Seigneur, et r4iouisteS'Vous en lui avec tremblement. £les-YOoft de ces mondains qui, aveuglés par le dieu du siède, quittent la voie du salut pour suivre la voie du monde? craignez , parce que ce mystère va vous découvrir des vérités bien afiligeantes : l*^ partie. Êtes- vous de ces chrétiens fidèles qui cherchent Dieu en esprit et en vérité ? ooBSolez-vous, parce que ce mystère vous découvrira des trésors infinis de grâce et de miséricorde : 2^ partie.
Pbeiiière partie. Mystère de crainte : pourquoi? parce que ce sauveur qui vous est né n'est peut-être pour vous rien moins qu'un sauveur, et cela par les fausses idées que vous vous en formez, et par Tabus que vous faites de sa miséricorde. 1. Vous voulez qu'il vous sauve, mais vous vous mettez peu en peine qu'il vous délivre de vos péchés. 2. Vous voulez qu'il vous sauve, mais vous prétendez qu'il ne vous en coûte rien. 3. Vous voulez qu'il vous sauve , mais vous ne voulez pas que ce soit par les moyens qu'il a choisis. Trois contradictions qui portent avec elles leur condamnation, et qui doivent bien vous faire trembler.
1. Vous voulez que ce Dieu-Homme vous sauve, mais vous ne voulez pas qu'il vous délivre de vos péchés ; première contradiction. Car il n'est sauveur que pour vous affranchir de la servitude du péché, selon la parole de l'ange à Joseph : Vous rappellerez Jésus , parce quHl délivrera son peuple de ses péchés. L'ange ne dit pas : il délivrera son peuple des calamités temporelles qui l'afiligent , mais de ses péchés , c'est-à-dire des vices, des passions, des habitudes dont il est esclave.
Or, estce ainsi que vous l'entendez? de quelle passion , de queue inclination vicieuse ce sauveur vous a-t-il délivrés, et avez- vous voulu qu'il vous délivrât? Il n'est donc pas plus votre sauveur que s'il n'était pas né pour vous.
Noos plaignons les Juifs de ce que le sauveur étant né au milieu d'eux , ils ont néanmoins perdu tout le fhiit de ce bienfait inestimable. Et pourquoi l'onMls perdu ? parce qu'ils se sont figuré un autre sauveur que celui qui leur était promis. Sans penser qu'il devait être le libérateur de leurs âmes, ils ne l'ont regardé que comme le restaurateur du royaume d'Israël : et par là, dit saint Augustin , ils ont été frustrés , et des biens étemels qu'Us ne chercliaient pas,etdes biens temporels qu'ils attendaient. Tel est notre malheur.
Noos invoquons Jésus-Christ conmie sauveur, mais nous l'invoquons dans le même esprit que le juif réprouvé l'invoquerait. Nous l'iuvoquons pour les biens de cette vie, mais avec une indifférence entière pour les biens de l'autre. Sommes-nous dans l'adversité? c'est alors que nous avons recours à lui. Mais sommes-nous dans l'état du péché? nous ne nous souvenons plus qu'il y ait un sauveur tout-puissant pour nous en faire sortir.
2. Notre aveuglement va encore plus loin. Nous voulons que ce'Dieu-Homme nous sauve , mais sans qu'il nous en coûte rien : seconde contradiction. Car il n'est notre sauveur qu'à condition que nous nous sauverons nous-mêmes avec lui et par lui. Comme sauveur, il a souffert, il a prié, il s'est livré pour nous, mais sans préjudice de ce que nous devons faire nous-mêmes et pour nous-mêmes; en sorte que, tout sauveur qu'il est, il consent que nous périssions plutôt que de nous sauver de cette rédemption gratuite telle que nous Timaginons.
faut doue que nous accomplissions , conune l'apdtre.
dans notre chair, ce qui a manqué aux souffraiiGes de la chah* innocente et viiiginale de Jésus-Christ Mais c'est oe que vous né voulez pas. Vous voulez le salut, mais sans l'acheter ; et tant que vous vous en tenez là, Dieu m*(vdonne de vous déclarer que ce salut n'est point pour vous.
3. Enfin , vous voulez que ce Dieu-Hooune fous sauve, mais par d'autres moyens que ceux qu'il a choisis : troisième contradiction. Haine du monde, détachement dn monde, renoncement au monde, voilà les moyou qu'il nous a marqués : mais vous en voudriez de plus oonfbmes à vos idées et à votre goût. Or, ces moyens confonnes à votre goût et à vos idées ne vous sauveront jamais : et c'est ce qui vous doit saisir de fïayeur.
Pour mieux sentir ce terrible mystère , ùâaaog une supposition. Si Dieu vous avait envoyé un sauveur né dans l'opulence et dans hi grandeur, et qui vous eût apporté un évangile favorable à la cupidité et aux sens, qu'auriezvous à changer dans vos sentiments et dans votre conduite pour vous y accommoder? Ne pourrais-je pas vous dire alors : Ne craignez point; car je vous annonce une heureuse nouvelle; et quoi? c'est qu'il vous est né un sauveur selon vos désirs. Mais puisque ce sauveur eovoyé de Dieu vous est venu prêcher un évangffe directement opposé , n'ai-je donc pas droit aussi de voua dire par une règle toute contraire : Tremblez.
Deuxième p4rtie. Mystère de consolation. Quoique Dieu ne fasse acception de personne , il est néanmoins vrai que la prédilection de Dieu dans l'ordre de la grâce a toujours paru être pour les pauvres et pour les petits. Ce fiit d'abord à des bergers qu'il se fit connaître ; et c'est ce qui devrait affliger et désoler les riches et les grands du monde, si ce même mystère ne nous découvrait pas d'ailleurs pour les grands et pour les riches trois sujets de consdation. 1. Quelque éloignés que vous paraissiez être du royaume de Dieu, riches et grands, Jésus^hrist ne vous rdmte point 2. Sans cesser d'êtro ce que vous êtes , il ne tieat qu'à vous d'avoir avec lui une sainte ressemblaiioe. 3. Vous pouvez vous servir de votre opulence même et de vos richesses comme d'autant de moyens pour l'honorer.
1. Ce Dieu naissant dans la bassesse et l'humiliation, ne rejette point toutefois la grandeur: premier siqeC de consolation. Exemple des mages qu'il appelle à son berceau. En quoi il a plus fait encore, ce semble, pour les grands que pour les petits; car, selon la remarque de saint Chrysostême, |)our attirer à lui des grands et des sages du siècle, il fallait une grâce et une vocation beaucoup phis forte.
Après cela, ne vous plaignez plus, grands du monde que votre Dieu réprouve votre condition. II en réprouve les abus, mais sans la réprouver eDe-même.
2. Sans cesser d'être ce que vous êtes , il ne tient qu'à vous de vous rendre semblables à Jésus-Christ naissant, second sujet de consolation. Car vous pouvez être grands et humbles de cœur, riches et pauvres de cœur. Par là même vous avez encore l'avantage de pouvoir être phn confonnes que les antres à oe modèle des prédestinés. Et en effet, le caractère de ce sauveur n'est pas précisément d'être pauvre et humble, mais d'être grand et humble riche et pauvre tout à la fois : et voilà ce qu'il n'appartient qu'aux grands et aux riches de pouvoir parfaiteînent imiter.
Aussi quels sont ces mages qu'il attire à sa crèche? des
gruMls qui seinbleot n*èlre grands que pour faire paraître diuM lear conduite une humilité plus profonde et une obéissance pins exacte ; des riches qui se font un mérite de renoncer à leurs trésors , et de les apporter à ses pieds.
3. Enfin, tous, pouvez tous servir de yotre grandeur même et de vos richesses , comme d'autant de moyens pour rendre à ce Dieu naissant le double tribut qu'il attend de TOUS : troisième sujet de consolation, i" En qualité de Dieu homble , il veut être glorifié ; 2** en qualité de Dieu pauvre , U Tent être assisté. Or rien ne l'iionore plus que les hommages des grands , et plus vous êtes riches , plus vous êtes eo état de l'assister, non plus dans lui-même , mais dans sea membres» qui sont les pauvres. Dès là votre grandeur el Totre abondance sanctifiées, bienloin d'être des obstacles 4 Totre salut, en deviendront le gage et le prix.
Compliment au roi.