LE MERCREDI DES CENDRES
SUR L4 CÉRÉMONIE nSS CENURES.
Sujet. Vous êtes poussière , et vous retournerez en poussière.
Paroles mémorables que Dieu dit au premier Immme dans le moment de sa désobéissance , et que l'Église nous adresse dans la cérémonie de ce jour. Paroles de malédiction daus le sens que Dieu les prononça; mais paroles de
ANALYSES DES SERMONS
grftoe et dcsahit dans lafin qae FÉglise se propose en nons les faisant entendre. Dieu commanda à Moïse de répandre de la cendre sur les Égyptiens ; et c'est ce que font encore aoûoord'bui les prêtres par Tordre de Dieu , mais dans un esprit bien différent; car Moise ne répandit la cendre sur rÉg3Fpte que pour taire sentir à ce peuple le poids de la colère de Dieu; et les prêtres ne répandent sur nous la cendre qur pour nous attirer les gr&ces de Dieu , et pour noos porter à la nénitence, comme j'entreprends de tous le montrer dons ce discours. Courte instruction aux nouveaux catholiques sur la cérémonie des cendres.
Division. La pénitence chrétienne, prise dans toute son étendue , est un double sacrifice que Dieu exige de nous ; sacrifice de l'esprit, et sacrifice du corps : sacrifice de l'esprit par l'humilité de la componction, et sacrifice du corps par l'austérité même extérieure de la satisfaction. Nous avons dans nous deux grands obstacles à ces deux sacrifices, l'esprit d'orgueil et l'esprit de mollesse. Mais par oii les pouTons-nous surmonter ? par le souvenir de la mort que nous retrace l'Église dans la cérémonie des cendres. Il ftnt par une pénitence solidement humble anéantir devant Dieu forgueil de nos esprits ; et c'est à quoi nous oblige la Tue de ces cendres, qui* sont pour nous les marques et oomme les symboles de la mort : première partie. 11 faut, par une pénitence généreusement austère , sacrifier à Dieu la mollesse et la délicatesse de nos corps; et c'est à quoi nous engage l'imposition de ces cendres , qui nous annoncent, ou plutôt qui nous font déjà sentir l'inévitable nécessité de la mort : deuxième partie.
PncMiÈRB PARTIE. Il faut , par une pénitence solidement humble , anéantir devant Dieu l'orgueil de nos esprits; et c'est à quoi nous oblige la vue des cendres, qui sont pour nous les marques et comme les symboles de la mort. L'orgueil fut le premier principe du péché , et c'est le premier obstacle à la pénitence. Maif^pour humilier cet orgueil, il n'y -a qu'à faire remonter l'homme à son origine , et qu'à loi fidre considérer sa fin. Or , voilà ce que fait le souvenir de la mort et la vue des cendres. Quand un homme sans naissance , mais élevé à une haute fortune , vient à s'enorgueillir, le moyen de réprimer son orgueil est de lui remettre devant les yeux l'obscurité et la bassesse de son extraction. Mais si de plus , pénétrant dans l'avenir, on lui disait voir sa ruine prochaine, ce serait bien de quoi rabattre Tenflure de son cœur. Doulde vue dont l'Église se sert aujourd'hui : car en nous présentant les cendres , elle nous avertit que nous sommes cendres nous-mêmes et que nous retournerons en cendres.
Exammons la chose plus en détail. Pourquoi des cendres? parce que rien ne doit mieux nous faire comprendre ce que c'est que la mort, et l'humiliation extrême où nous réduit la mort.'Oui , ces cendres ont quelque chose de {dus touchant que tous les raisonnements du monde pour humilier l'homme, en lui faisant connaître son néant. Elles nous apprennent que toutes ces grandeurs dont le monde se glorifie ne sont que vanité et que mensonge. Ouvrez le tombeau d'un grand : qu'y trouverez- vous? un peu de cendres; rien davantage. Elles nous apprennent combien nous sommes injustes quand nous affectons avec tant d'ostentation certaines distinctions dans le monde , puisque nous devons tous être un jour égalés et confondus dans la cendre. Elles nous apprennent que , malgré les vastes desseins que forme l'ambitieux, la mort le réduira bientôt , a
quoi ? à une poignée de cendres. Ehes noos apprennent que non-seulement la mort détruira ce fantôme de grandeur après lequel nous courons, mais que notre mémoire même périra*, et qu'il ne sera plus parlé de nous. En un mot, elles nous apprennent que, quelque enraciné que soit notre orgueil,', il ne tient ^qu'à nous de trouver dans nous-mêmes notre humiliation, puisque cette partie diï nous-mêmes dont nous sommes si idolâtres, ce corps, n'est au fond que le plus abject de tous les êtres, et qu'un sujet de corruption.
Cependant vous me demandez pourquoi l'on nous met ces cendres sur la tête. Cest que [la tête est le siège de la raison , et qu'on veut par là nous avertir que la mort doit être te sujet le plus ordinaire de nos réflexions, afin de nous entretenir dans cette humilité qui est déjà le commencement de la pénitence.
Aussi estce le souvenir de la mort qui , de tout temps , a plus retenu les hommes dans l'ordre, et les a mis comme dans la nécessité d'être humbles. De là vient que parmi toutes les nations, Grecs, Romains, Juif^, le souvenir de la mort et l'usage delà cendre ont été une des principales drconstances des pompes les plus solennelles, et quemamtenant encore , dans la consécration des papes , on (ait passer devant les yeux du nouveau pontife quelques étoupes qiie le feu consume. De là vient que les peuples les plus barbares se sont fait un devoir de conserver les cendres de leurs ancêtres ; ces cendres leur apprenaient à se mépriser, à se modérer, à se régler. De là vient que Moise , sortant de l'Egypte, se contenta d'emporter les cendres do patriarche Joseph , afin qu'elles servissent à contenir le peuple dont il était le conducteur. De là vient qo*il obligea les Israélites, après leur idolâtrie, à boire la cendre du veau d'or qu'ils avaient adoré. De là vient enfin que quelques princes chrétiens , pendant leur vie même , ont voulu avoir dans leurs palais et devant leurs yeux, ies uns la bière destinée à leur sépulture , et les autres le crâne d'un mort.
Or, soit pour les grands , soit pour les petits , q\;iand une fois l'humilité, par la pensée de la mort, a pris possession d'un cœur, il est aisé d'y faire enti-er la componction de la ' pénitence : car du moment que je suis disposé à m'homilier, je suis disposé à m*accuser, à me condamner, à me punir moi-même. Et voilà pourquoi l'Église, après nons avoir fait considérer deux sortes de cendres , celle de notre origine, et celle de notre corruption future, nous en impose une troisième, savoir, la cendre de la pénitence.
Car que fait le pécheur quand il reçoit aujourd'hui la cen* dre par les mains du prêtre? Il se présente à Dieo comme un pénitent humilié, couvert de cendres, et résolu de satisfoire à sa justice. Et il faut toujours reconnaître que ce souvenir de la mort et la vue de ces cendres est un admirable moyen pour préparer à la pénitence les pécheurs les ' plus orgueilleux. Ne fut-ce pas ainsi que saint Ambroise dompta la fierté de Théodose, et qu'après la sanglante journée de Thessalonique, il le rangea à l'ordre de la pénitence et de la rigoureuse discipline qui s'observait alors? Si l'on tenait aux grands le nsême langage qu'il tint à cet empereur, ils en seraient touchés, et ils penseraient à se convertir.
Mais il ne s'agit pas seulement de la conversion des grands : il s'agit de la nôtre ; et le désordre est que , malgn^ l'anéantissement où la mort doit nous réduire , ft malgré
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TaTea solennd qne nons en faisons dam cette céréoMmie des ceodreft, nous n'en sommes ni pins humbles » ni plus détachés de nou»-mémes. Combien de chrétiens ont reçu la cendre avec des cœurs ambitieux P Combien de femmes Tont reçue avec toutes les marques de leur Tanité? rerre, terre, écmitez la voix du Seigneur, et humiliez-vout wus sa toute-puissante main.
Deuxième pautib. Il fout par une pénitence généreuaement austère sacrifier à Dieu la mollesse et la délicatesse de nos corps; et c'est à quoi nous engage l'imposition de ces cendres, qui nous annoncent, ou plutôt qui nous font d^ sentir llnévitable nécessité de la mort. C'est une illusion de croire que la pénitence soit une vertu purement intérieure. Le penser de fat sorte, ce serait démentir toute l'Écriture, et en particulier l'apôtre saint Paul. Il est Trai que l'hérésie a rejeté toutes les pratiques extérieures de la pénitence : mais quoi que l'hérésie en ait pu dire, il n'y a point de parfaite pénitence sans la morUfication du corps ; et puisque le corps a part au péché, il est juste qu'il ait part à la peine du péclié.
Or, à cette loi de pénitence s'oppose une autre loi que nous portons dans nous-mêmes, qui et l'amour déréglé de nos corps. Amour qui, dans le soin de notre corps , nous fait d'abord chercher le nécessaire, et qui du nécessaire nous fait ensuite aller au commode, du commode au superflu , et du superflu au criminel. Au lieu que la yraie pénitence nous foit premièrement renoncer an criminel que nous aYouons nous-mêmes criminel ; de là nous retranche le superflu que nous prétendions innocent; ensuite nous priYC même du commode dont nous a?ions cm ne nous poufoir passer; enfin nous Ate , non pas le nécessaire, mais rattachement et l'attention trop grande au nécessaire. Sans cela les saints ne comprenaient pas qu'on pût être pénitent : mais ce que les saints ne comprenaient pas est def enu un des secrets de la déToHon du siècle. Cependant l'apôtre l'a dit : On ne peut bien réparer le péché qu'en crucifiant cette chair de péché, qui est l'ennemie de Dieu.
Considérons les cendres qu'on nous met sur la tête, et souvenonsiious de la mort : c'est assez pour nous détacher de l'amour de notre corps ; comment cela.' en nous faisant connaître là-dessus : 1. notre aveuglement; 2. noire injustice : notre aTCUglement , lorsque nous idolâtrons un corps qui n'est que poussière et que corruption, et quLdoit être bientôt dans le tombeau la pÂlure des vers. Notre ipjustice, injustice envers Dieu , d'aimer plus que lui un corps sujet à la pourriture ; injustice envers notre àme , cette àme immortelle, de lui préférer un corps qui doit mourir; injustice envers ce corps même, de l'exposer pour des voluptés passagères à des souffrances étemelles. Si le corps et r&me d'un réprouvé , selon la supposition de saint Chrysostôme, venaient à être confrontés l'un avec l'autre , et qu'ils pussent s'accuser l'un l'autre , quels reproches ne se feraient-ils pas ?
C'est ce qui a toujours produit dans les âmes bien converties une sainte haine de leurs corps, et ce qui a tant de fois opéré dans le christianisme des miracles de conversion. Exemple de saint François de Borgia.
Cette haine de notre corps est encore bien plus vive, quand un pénètre dans le mystère de ces cendres que l'Église nous présente , et qu'on remonte à l'origine d'une si sainte pratique; quand on pense qu'elles ont toujours été Je symbole de Ja pénitence, quand on considère de quelles
austérités et de qnellesmioérations elles étaient aeeonpft. gnées suivant les règles de l'ancienne disdpline ; car ^^ê^^ doit dire aujourd'hui un pécheur touché de ses déaoïdnt, ces pénitents de la primitive Église n'étaient pat plus crimfaieUque moi; et si l'Églisetpu adondrles )^eiiietqa'eae avait ordonnées ponr chaque a^)èoe de péché , eBq n'a rien relâché des peines presôrites par le dh>it divin, et Dieo lui-même nous assure qu'il ne s'en relftchera jamais qu'en foveur de hi pénitence. Il font donc que ce soit la pénilenee qui m'acquitte aupi^ de lui. Si nous entrons ^^^ es saint temps du carême bien pénétrés de ces sentiments, Je Jeflne ne sera plus pour nous nn Jong trop pesMit : non l'entreprendrons avec joie, nous le oûntinnerant tvee lèrvenr, et nous Fachèverons avec oonstanee.