‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 210 sur 256 · LE PREMIER VENDREDI DE CARÊME · texte numérisé non relu

LE PREMIER VENDREDI DE CARÊME

SUR L*AUMÔNE

Sujet. Quand vous faites Vaumône, ne faites pas sonner de la trompette devant votis , comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les places pu* àliques, pour être honorés des hommes.

Si le Fils de Dieu condamne ces âmes vaines qui cherchent dans leurs aumônes à se distinguer, c'est encore avec bien plus de raison qu'il doit condamner ces âmes dures qui laissent souffrir les pauvres sans les assister. Car ce désordre est , en effet , plus condamnable que l'autre ; et c'est ce qui m'engage à vous parler en général de l'aumône.

Compliment à Monsieur, fi^re unique du roi.

Division. On parle assez de Texcenence de l'aumâoe} mais on n'aime guère à entendre parler du précepte et de la nécessité de l'aumône : on la regarde coaune une enivre de surérogation : et je dis : I. que l'aumône n'est point on simple conseil , mais un précepte ; 2. que ce précepte n'est point un commandement vague et hidéfini, mais déterminé à une certaine matière ; 3. que ce précepte doit être observé avec ardeur et selon les règles de la charité. Précepte de l'aumône , première partie ; matière de raumôiie , deuxième partie ; ordre de l'aumône , troisième partie.

Première partie. Il y a un précepte de l'aumône. Preuve : Dieu au jugement dernier, comme il est expressément marqué dans l'Évangile, condamnera les réprouvés pour n'avoir pas fait l'aumône. Or, Dieu ne réprouvera jamais les hommes pour avoir émis de simples conseils.

Sur quoi est fondé ce précepte de l'aumône? 1. Sur h souverahieté de Dieu; 2. sur l'indigence du pauvre.

1. Souverameté de Dieu, premier fondement sur qooi est établi le précepte de l'aumône. Dieu est le souveraio maître de vos biens , et par conséquent voua lui en devez le tribut. Or, ce tribut , il ne veut pas le recevoir par Isimême, mais il raffecte aux pauvres. L'aumône n'est donc pas seulement un devoir de cliarité à l'égard des pauvres, mais un devoir de dépendance A l'égard de Dieu : et c'est ainsi que nous devons entendre cette parole du SaioU Esprit , Honorez le Seigneur de vos biens, D^oà il s'ensuit qu'un riche qui refuse au pauvre l'aumône est un sujet rebelle qui refuse A son souverain le tribut qu'il lui doit

De lA même suivent encore deux autres conséquences. La première, qu'il est essentiel A l'aumône d'être ûute dans un sentiment d'humilité, puisque c'est un aTeu que l'homiBe fait A Dieu de sa dépendance. Amsi Abraliam voyant trois pauvres , et se disposant A leur rendre les devoirs de l'hoapitalité, commença par adorer Dieu. La seconde conséquence est que l'aumône doit être proportionnée aux biens et A lenr quantité : car Dieu exige de vous ce tribut i toute l'étendue de votre pouvoir ; et ce n'est pohit i disait Ambroise, que de donner peu lorsqu'on a beaucoup reçu.

Quel est néanmoins le désordre? c'est qu'on mesure tout, hors l'aumône, sur le pied de ses revenus. On veut être servi , nourri , vêtu , logé , meublé A proportion de ses biens, et souvent bien au delA. 11 n'y a que l'aumône oA l'on ne se pique de nulle proportion. En sorte que ce sont plus les pauvres mêmes qui fournissent A l'entretien des pauvres , que les riches.

2. Indigence du pauvre , second fondement sur quoi est établi le précepte de l'aumône. Vous êtes obligé de pourvoir aux nécessités des pauvres , par titre de justice et par titre de charité. Titre de justice, puisque Dieu ne vous a pas faits riches précisément pour vous-mêmes , mais pour les |)auvres. En ne les soulageant pas, vous déshonorez sa providence, et vous autorisez les murmures des pauvres contre elle : craignez la juste vengeance qu'il en saura tirer. Titre de charité : ces pauvres , ce sont nos frères ; et comment, dit le bienaUné disciple, un honune qui voit son frère dans le besoin et qui ne l'assiste pas peut-il avoir la charité?

Au reste ce devoir ne regarde pas seulement l'extrêoM nécessité des pauvres, mais même les nécessités oommanes. Autrement , Jésus^^hrist , en condanmant un jour tant de réprouvés , ne prendrait pas pour le sujet capital et uni-

ANALYSES DES SERMON

Ml

««nel àb leur réprobation Toubli des pauvres. Car y a-t-tt tant d« ridies aiîf^urs pour abandonner un pauvre dans feiUéine nécessité, et y a-t-il tant de pauvres réduits dans OA tel besoin?

M*w»*«r à vons, ridies, parce que votre opulence a pmqoe toujours Fnn de ces deux effets , ou de vous rendre plus avares, ou de vous rendre plus sensuels. Deux principes de votre indifférence pour les pauvres.

Deuxième pa&tub. Matière de l'aumône : établir le précepte de Taumône sans en déterminer la matière, c'est troubler les Ames scrupuleuses, autoriser les Âmes dures, et assigner au pauvre sur le riche une dette sans fonds. Quelle est donc la matière de Taumône ? c'est le superflu des riches. Ainsi l'enseiaie saintfaul : Que votre abondance, disait-îi aux Corintfens, supplée à Vindigence des pauprès* Ainsi renseignent les Pères : retenir votre superflu, dit saint Ambroise, c'est un vol. Dieu , ajoute saint ThomM, ii*aiirait pas partagé les biens en Dieu , si le superflu des uns ne devait être communicpié aux autres. Et en ce ff— y il n'y t point proprement de superflu dans le monde : car oe qui est superflu pour le riche est le nécessaire du pMvie ; et Dieu veut que ce nécessaire lui soit donné , repnod rapôtre, pour mettre entre les hommes une bienhtmrffffft égalité. En quoi parait la providence de Dieu et sa miséricorde h l'égard des riches : car s'il leur était per^ nia de garder leur superflu , ce superflu serait un des plus pands obstacles de leur salut.

11^» qu'esbce que ce superflu ? voilà l'imporfante questkai qall Csnt résoudre. Sous ce terme de superflu la théok^ comprend tout ce qui n'est point nécessaire à l'état Mais de là naissent mille prétextes : car, selon les riches, tout 06 qu'ils ont est nécessaire à leur état. A quoi je réponds qu*U fiiut examiner deux choses : 1. quel est cet élat? 3. ce qui est nécessaire dans cet état. Quel est cet état? est*ce un état sans bornes, et qui ne soit fondé que sor les vastes idées de votre orgueil et de votre cupidité? Si cela est, je conviens que vous n'avez point de superflu : mais étant chrétien peut-on apporter une telle excuse? et si ces états étaient autorisés, que deviendrait le précepte de l'anmAne? De pluf , quand votre état serait tel que vous Pimi^ioez , j'appdle au moins superflu ce qui vous est nonseulement inutile, mais même préjudiciable; c'est-à-dire, ce qui sert à entretenir vos dér^ements , vos débauches , vos plaisirs honteux , vos dépenses excessives , vos vanités et votre luxe. Retranches tout cela, et vous aurez du superfla.

Mais ne pnis-je pas me servhr de ce superflu pour agrandir naon état? voici l'écueil et la pierre de scandale pour les ridies du siècle, ce désir de s'agrandir. Vous me demandez si ce désir est criminel : écoutez ma réponse. Il est constant d'abord qu'il est criminel dans un bénéficier, dont tout le superflu appartient aux pauvres. Est-il également dimind dans tous les autres ? non , mais prenez garde aux cooditlons requises. Je veux qu'il vous soit permis d'agrandir votre état, mais selon les lois de votre religion : par eiemple, qu'U vous soit permis d'acheter cette charge, si Toos êtes capable de l'exercer, et si c'est pour glorifier Dîea el pour servir le public. Je veux qu'il vous soit per- Biis dTagrandir votre état , pourvu que vous vous conteniez dans les bornes d'une modestie raisonnable, et que ce soin de vous agrandir ne détruise pas le précepte de l'aumône. Je veux qu'il vous soit permis d'agrandir votre étatV

BOUROALODB. — T. I.

pourvu que vos aumônes grossissent à proportion , et que vous posiez pour principe qu'elles font une partie essentielle de votre état

Ne dites point que vous avez une famiUe et des enfants à pourvoh* : vous ne devez pas pour cela abandonner les Doerobres de Jésus<:!hrist D'aiUeurs, dit saint Augustin, . si Dieu vous avait chargés d'une plus nombreuse famille, vous sauriez bien partager vos soins : or, regardez ce pauvre comme un enfant de surcroît dans votre maison. Ne dites point que les temps sont mauvais : s'ils le sont pour vous, combien le sont-ils plus pour les pauvres? or, à qui est-ce d'assister ceux qui souffrent le plus, sinon à ceux qui souffrent moms?

Souvenez-vous qu'il faudra perdre à la mort ce superflu. Souvenez-vous que rien n'engagera plus Dieu à verser sur vous ses bénédictions temporelles i qu'on saint usage de vos biens en favenr des pauvres.

TaoïsiÈifB PABTiE. Ordre de l'aumône. La charilé doit être ordonnée : sans cela, c'est une fausse charité. H finit donc de Tordre dans l'aumône, 1. par rapport anx panvres à qui l'aumône est due; 2. par rapport aux rkbas à qui l'aumône est commandée.

1. Par rapport aux pauvres à qui l'aumône est due. L'aumône, on du moins la volonté de faire l'aumône , doit être universelle et s'étendre à tons fes pauvres , puisqa'fls sont tons les membres du même corps qui est Jésos-Chnst Dans l'ancienne loi même. Dieu voulait qu'on assistât ses ennemis : que iaut-il donc maintenant penser de ces chrétiens qui jusque dans leure aumônes se laissent gouverner par leurs alTections et leurs aversions naturdles? Ce n'est pas néanmoins qu'il n'y ait là-dessns certainségards à avoiry et qu'on ne puisse préférer les proches, les domestiques, ceux qui peuvent moins s'aider eux-mêmes, et ceux qui travaillent plus à la gloire de Dieu , et à la sanctification ds prochain.

2" Par rapport anx riches à qui l'aumône est commandée. Cfaiq r^es : 1 . que raumône soit faite d'un bien propre, et non du bien d'autrui; 2. que l'aumône de Jnstioe l'emporte sur l'aumône de pure charité : J'appelle aumône de justice, payer aux pauvres ce qui leur appartient, payer de pauvres domestiques , de pauvres artisans , de pauvres marehands ; 3. que les aumônes ne soient point jetées au hasard , mais données avec mesure , avec réflexion , avec choix ; 4. que les aumônes , pour le bon exemple , soient publiques , quand il est constant et public que vous possé> dez de grands biens ; 5. qu'on fasse l'aumône dans le temps où elle peut être utile pour le salut, sans attendre à la mort ni après la mort. Ce n'est pas que je condamne l'usage d'ordonner des aumônes à la mort ; mais enfin toutes les aumônes qu'on fera pour vous après votre mort ne vous sauveront pas, si vous êtes mort dans le péché; au lien que vos aumônes pendant la vie vous attireront des grâces de conversion.

LE DIMANCHE DE LA PREBflÈRE SEMAINE.

SUE LES TERTATIOIIS.

Sujet. Jésus fut conduit dans le désert par Vesprit, pour y être tenté du démon; et ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il se sentit pressé de la faim.

Jésus-Christ permet au démon de le tenter, pourquoi?

ANALYSES DES SERMONS

'^par qaatre raisons» toutes prises de notre intérêt : 1 . pour lions fortifier, en surmontant, dit saint Grégoire, nos tentations par ses tentations mêmes , comme par sa mort il a surmonté la nôtre; 2. pour nous encourager, en nous proposant son exemple; 3. pour nous rendre plus Tigilants et plus circonspects , en nous fidsant connaître que personne ne se doit croire en assurance puisqu'il est attaqué luimême; 4. pour nous instruire, en nous montrant de quelles armes nous devons nser, et comment nous pouvons iKNis défendre. Mais deux choses surtout sont remarqua* blés : l'une , qu'il ne va au désert , ob il est tenté, que par l'inspiration de l'esprit de Dieu ; l'autre, qu'il n'y est tenté qu'après s'être prémuni du jeûne et de la mortification de la chair. D'où nous tirerons deux conséquences qui doivent faire le fond de ce discours.

DnisioN . Sans la grâce nous ne pouvons vaincre la tentation, j'entends d'une victoire chrétienne et qui soit de quelque mérite devant Dieu. Avec la grâce point de tentation qui ne puisse être vaincue, puisque Dieu est plus fort que l'enfer, que le monde et la passion. Enfin la grâce ne nous manque point pour vaincre toutes les tentations, et même, selon la doctrine de saint Paul, pour en profiter. Mais du reste ne pensons pas que la grâce nous soit toujours donnée telle que nous la voulons, et au moment que noua la voulons. Deux sortes de tentations : les unes volontaires , les autres involontaires. Or, dans les tentations volontaires, en vain espérons-nous le secours de Dieu , si nous ne sortons de l'occasion , et nous ne devons point alors nous promettre une grâce de combat, mais une grâce de fuite : première partie. Dans les tentations involontaires , en vain espérons-nous une grâce de combat, si nous ne sommes en effet résolus à combattre nous-mêmes, et surtout comme Jésus-Christ, par la mortification de la cliair : deuxième partie.

pREMiÈRB PARTIE. Dausles teutatious voloutaires cu vaiu espérons-nous le secours de Dieu , si nous ne sortons de l'occasion, et nous ne devons point alors nous promettre une grâce de combat, mais une grâce de fuite. Il ne nous est jamais permis d'exposer notre salut : or, c'est l'exposer que de nous engager témérairement dans la tentation. Je m'explique : 11 n'y a personne qui n'ait son Êdble et qui lie le sente : le savoir et ne pas fuir le danger lorsqu'on le peut, c'est ce que j'appelle s'engager témérairement dans la tentation; et je prétends qu'un chrétien alors ne doit pomt attendre les secours de grâce préparés pour hi combattre et pour la vaincre. Par quel titre les prétendrait-il? par titre de justice? ce ne serait plus des grtces ; par titre de fidélité? Dieu ne les lui a point promis; par titre de miséricorde? il y met un obstacle volontaire, et il se rend absolument indigne des miséricordes.

Non-seulement l'homme ne peut présumer alors d'avoir ces grâces victorieuses, mais il doit même s'assurer que Dieu ne les lui donnera pas; pourquoi? parce que Dieu nous a fait positivement entendre qu'il laisserait périr celui qui> se serait Tolontairement jete dans le péril.

Aussi , pour prendre la chose en elle-même , un homme qui s'expose témérairement à la tentetion a-t-il bonne grâce de compter sur le secours du ciel et de le demander? Si c'était ma gloire, lui peut répondre Dieu ; si c'était la charité, la nécessité, une surprise qui vous eût engagé dans ce pas glissant, ma [providence ne vous manquerait pas, iommê elle n 'a pas autrefois manqué à teut de vierges chré-

tiennes, aux prophètes et à des solitaires mêmes; mah vous, sans sujet, vous tous livrez vous-même à tout ce .qu'il y a dans le monde de plus dangereux, assemUées, sociétés, amitiés, conversations, qiectadea; je dis qoe Dieu retirera son bras , et qu'il vous laissera tomber.

Et certes, reprend saint Bernard, si Diea était Imqoars disposé à combattre pour nous quand fl nons platt, et par tout où il nous plaît, les saints se seraient bten trompés, lorsqu'ils s'éloi^paient tant du commerce du monde , qu'ils conseillaient tant aux autres de s'en éloigner, et qu'Os invectivaient avec tant de zèle contre les scandales du théâtre.

Allons jusqu'au principe. Pourquoi Dien refaae-t-fl son secours à un pécheur qui s'expose à la tentetion ? (feit, dit Tertullien, pour l'honneur de sa grâce, et afin qu'elle ne serve pas de prétexte à notre témérite ; c'est eoeore pour punir notre présomption. Car s'engager dans la tentatioi, c'est tenter Dieu même; et ce péché ne peut être mieux puni que par l'abandon de Dieu.

C'est, dis-je, tenter Dieu en trois manièrea : 1. par rapport h sa toute-puissance , en lui demandant un minido sans nécessite. L'ordre naturel est que tous vgos retfriei de l'occasion , puisque vous le pouvez : mais voos vouks que Dieu , contre les lois de sa providence , tous sontieme par un concours e&traordinaire. Dieu dit à Loth : Sorta deSodome. S'il y fût demeuré , Dieu l'eût-il saovéder«oibrasement ? Ce que Dieu dit à Loth , il tous le dit à vons' même : mais ce que fit Loth, vous ne le faites pas. QoiDd l'esprit tenteteur, dans notre Évangile, Teut personler i Jésus-Christ de f^re des miracles, que lui répond est Homme-Dieu? Vous ne tenterez point le Seigneur votre Dieu. Mais vous voulez que Dieu fasse pour vous ee que Jésus-Christ n'a pas fait pour lui-même. 2. Par rapport à sa miséricorde , en l'étendant au delà des bornes où fl a plo à Dieu de là renfermer. 3. Par hypocrisie, en voulant oser de dissimulation avec Dieu , et le priant de booche qu'A TOUS délivre de hi tentetion, lorsqn'en effet tous vots en approchez.

Mais , dites-vous , là cour est un s^onr'de tentalions, el de tentetions presque insurmontables. J'en oonvtens;iiiis pour qui l'est-elle? Pour ceux qui y sont contre rordre de Dieu, et sans y être appelés de Dieu. Si Tona y êtes pvb vocation de Dieu , les tentetions de la eonr ne aeronl plos des tentetions invincibles pour tous , car Diea vons défendra. Et n'est-ce pas à la cour que se sont fonnéa et qM peuvent se former les plus grands sainte? Blaia d'où vient encore souvent le mal? Cest qu'à la cour, on le àmm vous arrête , vous allez bien au delà du devoir. Car eonptez-voos parmi vos devoirs tant de mouvements et tint d'hitrigues? Disons quelque chose de pins particaBer : comptez-vous parmi vos devoirs tel attacheuMBi qoll fl» drait rompre, tant d'assiduité auprès de telle penoiM qu'il ne faudrait plus voir? Je ne puis, répondei-vooB, m'éloigner d'elle. Vous ne le pouvez? Mais maintenant qit le bruit de la guerre commence à se répandre, oettotépi* ration vous sera-t-eUe impossible, lorsqu'aa premier eiÂe du prince , il faudra marcher, et que l'honneur Toosappri* lera? Ah ! chrétiens, s'il s'agit du service des hommes, en ne reconnaît point d'engagement nécessaire; et quand H s'agit des intérête de Dteu , on se fait un obstacle de toat Souvent même les prêtres de Jésus<1irist , au lieu de s'opposer à ce relâchement, se laissent surprendre à ds

AISALYSES DES SERMONS.

faux prétextes I et sont eux-mêmes ingénieux à en imaginer, pour excuser la témérité d*un mondain qui veut demeurer dans k» plus dangereuses occasions.

Deuxième partib. Dans les tentations involontaires, en Tain aurons-nous une grâce de combat, si nous ne sommes résolus à combattre nous-mêmes, et surtout par la roortIficatioD de la chair. Car je l'ai déjà dit , et je tous l'ai fait assez entendre, que la grâce ne nous est donnée, ni selon notre choix , ni selon notre goût, mais dans un certain ordre établi de Dieu , hors duquel elle demeure inutile et sans fruit. D*où je tire trois conséquences.

Première conséquence : dans les tentations mêmes nécessaires , Dieu veut que nous usions de ses grâces conformément à rétat où il nous a appelés. Or, notre état, en qualité de chrétiens , est un état de guerre , d'une guerre , I dis-je, continuelle die l'esprit contre la chair. C'est ponrl quoi l'apôtre semble ne reconnaître point d'autres vertus ^ chrétiennes que des vertus militâmes. Ainsi faire fond sur la grâce dans les tentations sans être déterminé à résister et â combattre , c'est oublier ce que nous sommes , et se figu- I rer une grâce imaginaire. Tel est néanmoins notre désorr dre : nous voulons des gi'âces qui ne nous demandent nul eflhrt, sans nous souvenir que Jésus-Christ est venu nous apporter, non pas la paix , mais l'épée.

Seconde conséquence : la première maxime en matière de guerre est d'afTaiblir son ennemi. Or, notre ennemi, dit saint Paul, c'est notre chair, cette chahr esclave de la concupiscence. Il faut donc la dompter par la mortification , conclut saint Chrysostôme , si nous voulons que la grâce triomphe de la tentation. Aussi, reprend saint Bernard, le premier effet de la grâce est d'éteùidre la concupiscence en mortifiant la chair: Ne vouloir donc pas la mortifier, et vouloir cependant que la grâce nous soutienne, c'est voidoir que la concupiscence et la grâce nous dominent tout à la fois.

Coonment les saints ontrils combattu la tentation ? par la mortification de la chair. Exemples de David , de saint I*aul, de saint Jérdme, de tant de solitaires, entre autres de Jean-Baptiste. La grâce est-elle dans nos mams d'une autre trempe que dans celles de ces grands saints? Non, disait Tcrtollien , je ne me persuaderai jamais qu' une chair nourrie dans le plaisir puisse entrer en lice avec les tourments et avec la mort. Or, ce qu'il disait des persécutions qui flircnt conmie les tentations extérieures du christianisme , je le dis des tentations intérieures de chaque fidèle.

Troisième conséquence : sans prétendre vous expliquer en quoi consiste cette mortification de la chair, et m'en toiBDt au principe général, qu'elle est nécessaire dans toutes les conditions et plus nécessaire encore pour les gnuds et pour les riches , pour tous ceux qui sont plus su- :. jets à la tentation ; je dis néanmoins en particulier que l'ÉfftMe Ta spécialement déterminée au jeûne du carême. Mais qo'esMl arrivé? les hérétiques se sont déclarés contre le commandement de l'Église, les uns ont contesté le droit , et les antres le Mt De faux catholiques , libertins et sans conscience, ont renoncé hautement et renoncent encore tous les jours à une pratique si utile. Parmi même ce petit Bombre de fidèles qui respectent le précepte de l'Église, oombleo tâchent à en âuder l'obligation par de vaines dispenses ? Je dis de vaines dispenses : car, i . il semble que ses diqienses soient attachées à certains états , et non point ^aax personnes : marque mfaillible que la nécessité n'en est

pas la règle. 2. Ceux qui se croient plus dispensés du jeûne, ce sont ceux mêmes à qui le jeûne doit être plus fiidle : tant de riches chez qui tout abonde. 3. Ceux qui cherchent plus à s'exempter du jeûne , ce sont ceux à qui le jeûne est plus nécessaire : pécheurs de longues années , mondains, courtisans, jeunes personnes, femmes obsédées de tant d'adorateurs et d'autant de tentateurs.

Souvenez-vous que Dieu, dans sa loi, ne distingue ni qualités, ni rangs. Souvenez-vous que vous êtes chrétiens comme les autres , et plus en danger que les autres. Ajoutez au jeûne et à la pénitence, \a oarole de Dieu et les bonnes œuvres.

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