‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 216 sur 256 · LE VENDREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE · texte numérisé non relu

LE VENDREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE

SUR L4 PRÉnssniuTioec.

Sujet. Or, il y avait là un homme maiade depuA* trente-huit ans; Jésus Payant vu amehé par terre, et sachant depuis combien de temps il était dans cet état, lui dit : Voulez-vous être guéri ?

On ne pouvait douter que ce malade ne voulût être goéri de son faiflrmité corporelle; mais, dit saint Angostin, comme il était la figure des pécheurs , et que lui-même, en qualité de pécheur, Il ne pouvait être guéri sans être eonverti , selon la pratique du Sauveur des hommes de saneti* fier les âmes en guérissant les corps, ce paralytique pouvait être disposé à sa guérison , sans l'être également à sa conversion. Quoi qu'il en soit , c'est à nous-mêmes , comme malades. Je veux dire conmie pécheurs, que Dîea 6it la même demande que fit Jésus-Christ an paralytlqfie ds notre évangile : Vis sanusferi? Estoe de bonne foi qw vous voulez être guéri, et que vous voulez entrer dans h voie du salut? Et ceci me donne lieu de vous entretca^ d'une matière importante, puisqu'il s'agit des àt>ma^^ ds Dieu sur nous par rapport au salut , et de la manière doat nous y devons coopérer : en quoi consiste le grand mysièn de la prédestination.

Division. Nous donnons sur le sujet de la prédestinafion dans deux écueils : présomption et défiance. Piésomptiot dans les uns , qui se reposent uniquement sur Dieu du aoia de leur salut. Défiance dans les autres , qui désespèrehtde leur salut. Deux désordres que J'entreprends de oombsttre, en vous faisant voir que la prédestination de Dieu as favorise ni l'un ni l'autre, et que nous sommes inexconbles, lorsqu'on conséquence de ce mystère, nous noos abandonnons, ou à la présomption qui nous fiiit oublier le soin du salut : première partie; ou au désespoir quinoei fait renoncer au salut : deuxième partie.

Première partie. Présomption qui nous fait oublier le soin du salut , premier écueil dont nous avons à nous girantir. Se confier en Dieu, c'est un sentiment que la religion nous inspire. Mais en demeurer absolument là, et ss reposer uniquement sur Dieu du soin de son salut, c'ta

ANALYSES DBS SERMONS.

iplk» : 1 . dont le principe est ruineux ; 2. dont t nt très-pernicienx.

mpUon dont le principe est ruineux ; car de mière que Dieu nous ait prédestinés , il est de la nous sauvera jamais sans notre coopération. Il i ainsi des autres ouvrages de Dieu. Jésus^hrist, le, pouvait guérir ce malade de TÉvangile indé^ nt de lui : mais dans l'ouvrage de notre conver- ; que nous agissions nous-mêmes, il faut que liions : Fis? Il est vrai que c'est la gr&ce qui ous cette volonté ; mais elle ne l'opère pas toute cet acte de ma volonté par où je me convertis , :te libre, il doit venir de moi-même aidé de la

) suis prédestiné , dites-vous , je n*ai rien à crain- »i je réponds que vous devez dire , Si je suis préla m'engage à être plus attentif et à veiller connt sur moi-même ; car si je suis prédestiné , je ne dépendamment des moyens à quoi Dieu a voulu a prédestination. Or, la foi m'apprend qu'un de i les plus essentiels est le soin que je prendrai de mon salut.

imption dont les effets sont très-pernicieux; va-t-elle? k éteindre absolument dans l'homme i des bonnes œuvres, et à nourrir son liberti-

ît Calvin , eu disant que la prédestination de se à l'homme une absolue nécessité d'agir, et équence du décret que Dieu a formé, nous n'aie pouvoir de nous déterminer au bien , ni de mer du mal : l'un ou l'autre, dis-je, après avoir rincipe, n'aurait-il pas eu bonne giice de pousnt de morale sur la pratique des devoirs de la ienne?

î direz que cette doctrine est plus capable d'hnmme : erreur; car en quoi consiste la vraie hule l'homme? n'est-ce pas , dit saint Bernard , en t à se reprocher les péchés qu'il conunet? Or, se les reprochera-t-il , s'il est persuadé qu'il ne riter! De plus, il ne suffit pas qu'une doctrine lomroe ; il faut tout ensemble qu'elle le rende fervent, et c'est ce que lait la doctrine catliollis enseignant que le salut dépend de Dieu , mais ad aussi de nous-mêmes, itte persuasion , non-seulement nous nous relài la pratique des bonnes œuvres , mais nous nous IX derniers désordres du libertinage. Car sur ce ue quand Dieu voudra et qu'il l'aura prévu , on ira, et que jusque-là il serait inutile d'y penser, lonne à tout.

libre arbitre dont nous nous flattons et cette n de l'homme nous donnent lieu de nous gloriûen! répond saint Augustin, si nous sonunes snfants de Dieu, ne devons-nous pas, comme , avoir de quoi nous glorifier en lui? n'eSt-ce lue les saints se sont glorifiés, et en particulier

is donc tout de Dieu , mais en même temps fai- 'efibrt nécessaire pour correspondre aux desseins autrement , nous tombons dans une présomption . Et par où Dieu surtout la oondamnera-t-il ? par les* car dans les autres aflaires, tout persuadés

que nous tommes de la providence et de la prédestinatioii de Dieu, nous ne né^eons rien de notre part.

Deuxième partie. Défiance ou désespoir qui nons tait renoncer au salut, second écueil dont nous avons à nous préserver. Il y a dans la prédestination de Dieu quelque chose d'incertain , et quelque chose de certain. Ce qu'il y a de certain, c'est que notre Dieu est un Dieu de miséricorde; et que si jamais il nous réprouve, ce ne sera que parce que nous aurons librement et volontairement abusé des moyens qu'il nous aura fournis pour nous sauver. Ce qu'il y a d'incertain , c'est la manière dont Diea a prédestiné les hommes. L'un doit nous fortifier et nous animer; mais l'autre nous trouble. Or, n'entreprenons point inutilement d'examiner ce que Dieu nous a caché , et attachonsnous à ce qu'il nous a révélé. Nous y trouverons de quoi nous relever de ce découragement où notre ttcheté nous plonge pour nons entretenir dans Timpéniteiice.

Car voici comment doit raisonner tout homme chrétien : je ne sais pas les voies secrètes que Dieu a tenues dans la disposition de mon salut; mais ce que Je sais, c'est que Dieu est bon et qu'il m'aime; cela me suffit

n y a plus. Ce mystère de la prédestination a positivement de quoi nous consoler : c'est un abtme, mais on abîme de richesses. 11 est vrai que notre salut est entre les mains de Dien : et n'est-ce pas ce qui doit noos rassurer? Car où peut-il être mieux qu'entre les Duûns d'un père si sage, si vigilant et si tendre?

Cependant les saints mêmes ont tremblé en oonsIdénDt ce mystère de la prédestination. J'en conviens , mais pourquoi ont-ils tremblé? parce qu'ils se défiaient, non pas de Dieu, mais d'eux-mêmes, et qu'ils envisageaient leur liberté comme la source de tous les déré^ements.

Le mal est que nous ne voulons pas bien le sahit; que nous le voulons seulement d'une vcÂonté générale et indéterminée, d'une volonté Uche et fUble, d'une volooté inefficace et sans action, d'une volonté étroite et bornée. Est-ce ainsi, nous dira Dieu, que vous vouliet tout le reste?

De quelque manière que nous en puissions penser, la vie présente est toujours la voie, et par conséquent il n'y a point d'état dans la vie où nous devions désespérer. Le désespoir est dans un pédieur un nouveau crime qu'il ajoute aux autres. Non pas que tous les pécheurs se perdent par là : mais ce qui fait la danmation des uns, c'est uo excès d'espérance ; et la damnation des autres , un défaut d'espérance.

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