‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 22 sur 256 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

n faillit, chrétiens, une aussi grande autoritéqua celle de Dieu pour commander à des hommes , je dis à des honunes pécheurs , d'être sainU et de l'être dès cette vie : SancU esioU, quoniam egotanctu* sum {LevU. u); soyez saints, parce que je suis saint. 11 (allait toute l'autorité d'un Homme-Dieu pour direàdeshommesnaondains: Soyez par£Mts,comme votre Père céleste est parfait : EêioUergoperfecH, tkia Paier vuter etàkêiU perfeelut est ( Matth. 6.) Ces! ainsi néanmoins que Dieu parlait à son

peuple dans Tancienne loi ; et c'est ainsi que Mus- Christ nous a parlé dans la loi de grâce. Mais ce précepte si sublime et si relevé, ce précepte divin, il s'agit de savoir si nous pouvons raccompiir, et si , dans la faiblesse extrême où le péché nous a ré^ duits , Dieu n'en demande point trop de nous. Non, mes cbers auditeurs; et je prétends en cela que Dieu n'exige rien qui passe nos forces. Appliquezvous, car voici une des plus importantes instruc* tiens , et le dernier effet de l'exemple que Dieu nous propose dans ses saints.

Je dis donc que, malgré le relâchement de l'esprit corrompu du siècle, malgré notre firagilité et tous les obstacles qui nous environnent, rexemple des saints nous est une preuve convaincante que la sainteté n'a rien d'impraticable pour nous et d'impossible; qu'elle n'a rien même de si difficile et de si rigoureux dentelle ne porte avec soi l'adoucissement , et , par une conséquence nécessaire , qa*il ne nous resteaucun prétexte pour colorer notre lâcheté et pour nous disculper devant Dieu , si nous ne tra* vaiilons pas à nous sanctifier, et si en effet nous ne nous sanctifions pas : SancU estote.

Nous mettons la sainteté au rang des choses ira*> possibles; dangereux artifice de l'amour- propre pour nous entretenir dans une vie lâche , dans une rie même déréglée. Nous nou^ la figurons, cette sainteté chrétienne, dans un degré d'élévation où nous croyons ne pouvoir jamais atteindre; et, par une pusillanimité d'esprit dont nous voulons que Dieu soit responsable, et que nous re|etons sur lui, en la rejetant sur notre faiblesse, nous disons, comme risraélite prévaricateur : QuU nosirum wiiei ad cœhtm ascetukre ( DetU. 50)? qui de nous pourra s'élever jusqu'au ciel ? qui de nous pourra parvenir à une telle perfection ? Mais Dieu nous apprend bien aujourd'hui à tenir un autre langage, car il nous produit un million de saints qui ontétédans le monde ce que nous ne voulons pas qu'on y puisse être, qui ont fait dans le monde ce que nous désespérons d*y pouvoir faire , qui ont trouvé la sainteté dans le monde, et qui l'y ont trouvée là même où elle a de plus grands obstacles à surmonter. Or, si par là Dieu nous ferme la bouche d'une part , Il nous ouvre le ooeur de l'autre; comment? parce qu'il ranime notre espéranoe et qn'U nous fait connattre par ces exemples que nous pouvons Sont en celui qui nous fortifie, et que, si nous sommes pécheurs, il ne tient qu'à nous, tout pécheurs que nous aom* mes , de devenir saints.

C*est ce qui acheva la conversion de cet incomparable docteur de l'Église , saint Augustin. Une seule chose l'arrêtait , vous le savez ; mais cette seuledif* ficulté lui paraissait insurmontable, et snspendail en lui toutes les opérations de la grâce. Dieu hii disait intérieurement qu'il en viendrait à bout ; mais

intérieurement il se répondait à lui-même que c*étaituu effort auHlessusdeson pouvoir. Daus cette contestation , si je puis parler de la sorte , dans ce combat entre Dieu et lui , il demeurait toujours ennemi de Dieu, et toujours esclave de lui-mc^me, c'està-dire toujours esclave de sa passion et de son péché. £nfîn la grâce victorieuse de Jésus-Christ lui livra un dernier assaut, et ce dernier assaut remporta. Ce fut dans cette merveilleuse vision que lui-même il nous a décrite. Il crut voir la sainteté avec un visage majestueux , qui se présentait à lui , qui lui faisait de pressants reproches, qui lui montrait un nombre presque infini de vierges dont elle était accompagnée, et semblait lui dire, pour exci' ter son courage et pour réveiller sa confiance : Tu nonpoteris quod isti et istœf ( Adgust. ) Eh quoi ! ne pourrez-vous pas ce que ceux-d et celles-là ont pu? Cette voix, chrétiens, fut la voix de Dieu; et comme la voix de Dieu renverse les cèdres et brise les rochers : f^ox Domini coî^fringentis cedros ( Psalm. 28), Augustin n'y put résister : cet esprit droit qu'il avaitconservé jusque dans ses plus grands égarements ne put tenir contre une telle conviction. Il se laissa persuader, il se laissa toucher; il se détermina à vouloir, et à vouloir en effet ce qu'il n'avait encore voulu qu'en apparence; et désormais il le voulut si parfaitement, si efficacement, que rien dans la suite n'ébranla son cœur et la fermeté de sa résolution.

Or ce qui n'était pour Augustin qu'une figure est aujourd'hui pour vous, mon cher auditeur, une vérité. Ce n'est pas la sainteté en idée , mais le Dieu même de la sainteté qui vous parle dans cette fête, qui vous dit : Regarde, pécheur, et vois ces âmes bienlieureuses que j'ai rassemblées de la terre, et dont le nombre surpasse les étoiles du ciel. Regarde ces généreux atlilètes qui , pour avoir dignement combattu, pour avoir saintement terminé leur course, possèdent la couronne de justice qu'ils ont méritée. Ce qu'ils ont fait , pourquoi ne le pourrastu pas ? pourquoi ne le feras-tu pas ? f^ to non poieris quod isti et istx f

Je ne sais , chrétiens , si vous pensez avoir plus de lumières que saint Augustin , ou plus de force d'esprit. Quoi qu'il en soit, voilà ce qui le convertit , et ce qui peut-être ne vous convertira pas. I\Iais malheur à vous 1 car ce qui ne fera pas votre conversion fera votre confusion^ fera votre condamnation; et si jamais vous êtes réprouvés de Dieu y rien ne justifiera plus sensiblement à votre égard la isévérité de ses arrêts que la vue de tant de saints, liommes comme vous , et par conséquent faibles t»nime vous, mais à qui tout est devenu possible , sans avoir eu toutefois ni plus de moyens , ni plus dé secours que vous : Nonpoteris quod isti et istœf

Cen^estpas quejlgnore qu'il y a des devoirs pé-

SUR LA SAINTETÉ

nibles et laborieux dans la pratique de la saintefë. J'avoue que le chemin qui mène à la perfection évangéliquc est étroit, et qu'on y trouve des eroa; mais, outre que Dieu sait bien nous en tenir compte, U est de la foi que nous avons au delà du nécessaire pour les porter, puisque nous avons même de quoi les aimer; et quand le Saint-Esprit ne m'en assurerait py , l'exemple des saints en est une démonstration.

Tertullien, parlant de Jésus-Christ, disait que l'exemple de cet Homme-Dieu était la solution universelle de toutes les difficultés d'un chrétien : SohUio totius difficultcUis Christus. (Tkbtull.) Et la raison qu'il en apportait , c'est qu*il n'y a point de difficulté dans la vie chrétienne que Texemple de Jésus-Christ ne nous doive adoucir, ou même que l'exemple de Jésus-Christ ne doive faire évanouir et disparaître : en sorte qu'après cet exemple seul , nous ne pouvons former nulle difficulté contre Tobservation de la loi de Dieu, puisque cet exemple seul , si nous raisonnons bien , doit nous rendre tout, non-seulement supportable , mais facile, mais aimable : Solutio totius dijficultatis Christus. Toutefois, quoi qu'en ait dit Tertullien, il restait une difficulté bien essentielle , que l'exemple de Jésus- Christ ne détruisait pas , parce qu'elle était prise de Jésus-Christ même : et quoi ? c'est que , Jésus-Christ ayant été exempt de nos faiblesses, saint par nature, et la toute-puissance même, il était bien plus en état que nous de faire ce qu'il a fait et de soufifrir ee qu'il a souffert. Ainsi, malgré l'exemple de ce Dieu- Homme, nous aurions toujours droit, ce semble, de nous retrancher sur notre impuissance et de l'apporter pour excuse : mais à qui était-ce de lever tous nos prétextes? aux saints.

Car quand je vois des hommes semblables à moi, de même nature que moi , fragiles comme moi , qui pour Dieu ont tout entrepris, qui pour Dieu ont tout souffert , et tout souffert avec joie , je n'ai plus rien à répondre. En vain je voudrais me plaindre de la pesanteur du joug et de la sévérité de la loi : tant de saints à qui ce joug a paru doux , et qui ont fait leurs délices de cette loi , arrêtent toutes mes plaintes et condamnent toutes mes lâchetés; tellement que l'exemple d'un saint est pour moi ce qu'était dans la pensée de Tertullien , l'exemple de Jésus- Christ, une conviction entière et sans réplique : Solutio totius di/ficultatis.

C'est par là même que saint Paul engageait les premiers fidèles à la pratique des plus rigoureux devoirs du christianisme. Sans leur tracer de longs préceptes, il leur proposait de grands exemples. Depuis Abel jus<|u'à Moïse, et depuis Moïse jus- •qu'aux prophètes, il leur mettait devant les yeux tous les justes de l'Ancien Testament : ces justes, cacliés dans des cavernes, errants dans des solitu-

SUR LA SAIiNTETÉ.

des; ces juttef , exténués déjeunes, aftcablés de pénitaiees;-ees justes, accusés, calomniés, condamnés, toarmeiités, morts poor la foi; ces justes, enfin, dont le monden*était pas digne : Quibus dignut noneralmtnufi». (Hebr. ii.) Eh bien ! mes frères, ODoduait Tapôtre, qui peut donc maintenant nous retenir? Fortifiés de ces exemples , que ne courons- Doos dans la carrière qui nous est ouverte ? Et puisque nous sommes les enfants des saints , à quoi tient-il que nous ne soyons saints comme eux?

Or ce raisonnement de saint Paul doit encore 1? oir une force particulière et toute nouTclle pour nous , puisque cette infinie muKitude de saints for- Bués dans la religion de Jésus-Christ a bien grossi cette nuée de témoins dont parlait le mattre des gentils. Car, que pouvons-nous dire, surtout à la vue de tant de martyrs, nous dont la foi n'est plus eipoaée à la violence des persécutions, nous dont Dieu n*éprouve plus la constance par les tourments, BOUS, comme dit saint Çyprien, qui pouvons être aints sans effusion de sang? Ne sommes-nous pas, je ne crains pas de m*exprimer de la sorte» ne somnes->DOus pas les plus méprisables des hommes, si les diflBcultés nous étonnent? Ne faisons-nous pas outrage à la grâce de notre Dieu si nous pensons ({u*elle ne puisse pas nous soutenir dans des peines souvent tiès-légères, après qu'elle a fait trouver aux saints des douceurs sensibles au milieu des phis cruels supplices et de toutes les horreurs de la mort? Solutio toUus d^ficuUatii.

Non , mes frères, nous n*avons plus de prétexte , car, eneore une fois, quel prétexte pourrions-nous avoir que l'exemple des saints ne détruise pas? Nous sonunes occupés des soins du monde : les saints ne Font-ils pas été ? Nous nous trouvons dans des occasions dangereuses : les saints ne s'y sont-ils pas trouvés? Le torrent de la coutume nous entraîne : les saints n'y ont-ils pas résisté ? Le mauvais exemple nous perd : les saints ne s'en sont-ils pas préservés? Nous avons des passions : les saints n'en on^ils pas eu de plus vives ? Nous sommes d*un tempérament délicat : les saints étaient-ils de fer et de bronze ? Dites-moi un obstacle du salut qu'ils n'aient point eu è combattre? Dites-moi une épreuve par ou ils n'aient point passé? Dites-moi une tentation qu'ils n'aient point surmontée? Comparons notre état avec leur état, nos devoirs avec leurs devoirs , nos dangers avec leurs dangers; et, dans l'égalité parfaite qui se trouve là-dessus entre eux et nous , voyons si nous avons de quoi justifier l'énorme contrariété qui se rencontre d'ailleurs entre leur vie et la nôtre, c'est-à-dire entre leur ferveur et nos relâchements, entre leur innocence et nos désordres, entre leurs austérités et notre mollesse. Qu'alléguerons-nous à Dieu pour notre défense, quand il nous tes confrontera? Servaient-ils un autre maître que

nous? Croyaient-ils un autre Ê\'angile que nous? Attendaient-ils une autre gloire que nous ? S'ils l'ont achetée plus cher que nous , c'est sur quoi nous devons trembler, puisqu'il est certain qu'à quelque prix qu*elle leur ait été vendue , elle ne leur a point trop coûté, et que, dans sa juste valeur, elle excède encore infiniment tout ce qu'ils ont fait et tout ce que nous ne faisons pas, mais que nous devrions faire pour l'avoir.

Mais, après tout, dites-vous quelquefois, comment accorder la uinteté chrétienne avec les engagements du monde? Comment être saint et vivre en certains états du monde? Comment? il est bien étrange que vous ne le sachiez pas encore, ayant tant d'intérêt à le savoir; et il est bien indigne que vous ligneriez, ayant dû l'étudier et le méditer tous les jours de votre vie. Mais Dieu veut vous l'apprendre en ce jour, et vous le faire voir dans ses saints. Vous vous figurez que votre état a de l'opposition , ou qu'il est même absolument incompatible avec la sahiteté : erreur. Si cela était, ce que vous appelez votre état deviendrait un crime pour vous ; et , sans autre raison, il fiiudrait, par un devoir de précepte, le quitter et y renoncer : mais puisque c'est votre état, puisque c'est l'état que Dieu vous a marqué, vous offensez sa providence et vous faites tort à sa sagesse en le regardant iK>mme un obstacle à votre sanctification. Il n'y a point d'état dans le monde qui ne doive être un état de sainteté. Tertullien sembla vouloir faire là-dessus une exception , quand il douta si les césars, c'est-à-dire, si les empereurs et ceux qui gouvernaient le monde, pouvaient être chrétiens, ou si les chrétiens pouvaient être césars : mais on convient qu'il en douta mal, puisque l'expérience a fait connaître qu'il n*y a point eu dans tous les siècles de sujets plus nés pour l'empire, ni plus propres à commander, que ceux qu'a formés pour cela le christianisme.

Cependant, sans parler des césars ni des empe^ reurs, qui que vous soyez. Dieu vous montre bien dans cette solennité qu'il peut y avoir entre la sainteté et votre état une alliance parfaite. En voulezvous être convaincus? Entrez en esprit dans cet auguste temple de la gloire , où régnent avec Dieu tant de bienheureux. Vous y verrez des saints qui ont tenu dans le monde les mêmes rangs que vous y tenez aujourd'hui ; qui se sont trouvés dans les mêmes engagements , dans les mêmes alfoîres , dans les mêmes emplois, et qui non-seulenaent s'y sont sanctifiés , mais , ce que je vous prie de bien remarquer, qui fCen Sont servis pour se sanctifier. Parcourez tous les ordres de ces illustres prédestinés; vous en trouverez qui ont vécu comme vous auprès des princes, et qui n'ont jamais mieux servi leurs princes que quand ils ont été plus attachés à leur religion et à Dieu. Vous en trouverez qui se souJk

mgod\éB eovsvm ?008 dans la gaerre, et peiit-dtre plus que vous, f»roe que la sainteté, bien loin de ki afiaîblif , ii*a fait qu*augmeater en eux la vertu militaire et la vraie luravoure. Vous ea trouverez qui ont manié comme vous les ifiDûres^ et si vous n^étes pas aussi saints qu'eux ( ne vous offenseï pas de ee que je dis ), qui les ont maniées plus dignement et plus irr^ochablement que vous. Vous en trouverez que leur probité seule a maînteaus à la ^UK, qui a*y sont avancés sans avoir recoura aux artifices de la politique mondaine^ et qui n*ont dâ le «redit qu'ils y avaient qu'à leur droiture et à leur piété. En un mot , tous en trouverez qui ont été tout ee que vous êtes, et qui de plus ont été saints. Oui, chrétiens., U y en a dans le ciel, et œ sont ceux-là que vous devez spédalement bonofer. Voilà vos patronset tout ensemble vos modèles. Les saints que la cour n*a point pervertis, et qui ont triomphé jusque dans la cour de l'iniquité du monde, ce sont là ceux dont vous devez étudier la vie, parce que c'est la science de leur vie qui doit réformer la vôtre. Qu'on|*ils fait quand ite étaient à majplace, et que feraient-ils s'ils étaient^encore maintenant dans le pas glissant où ma condition m'expose ? c'est «e que vous devez vous demander à vous-mômes , «et sur quoi vous devez régler toutes vos démarches. Dansles autres saints, vous louerez^ vous bénirez Dieu ; mais dans ceux-ci vous apprendrez à vous convertir vous-mêmes et à vous sauver. Cest en cela que la providence de notre Dieu est également aimable et adorable, de nous avoir donné dans ses élus autant d'idées de sainteté qu'il en fallait pour composer cette variété mystérieuse dont l'épouse de Jésus<;hrist, qui est l'Église, tire, selon le prophète, son plus bel ornement : CircumdtUa variefaie. (Psaim. 44.) Cest pour cela', lyoute saint Jérôme, que Dieu , donnant sa grftce , et , selon ks sujets qui la reçoivent, lui laissant prendre des formes différentes, muUiformU graUa Z)ei(l. P£tb. 4), a fait ^es saints de tous len caractères, autant que la diversité des conditions, des eomplexions, des génies, des talents, des inclinations l'exigeait pour la perfection et pour la sanctificationde Tuiiivers. C'est dans cette vœ qu'il en a choisi de pauvres et de riches , d'ignorants et de savants, de forts et de faibles, dans le mariage et dans le célibat, dans la robe et dans l'épécui dans le commerce du monde et dans la retraite; qu'il a prisplaisir è former les plus grands saints dans les états mêmes où la sainteté paraît avoir plus'dcdifBcultéaà vaincre; des prodiges d'humilité jusque sur le trône, d'austérité jusques au milieu des délices, de recueillement et d'attention sur soi-même jusque dans l'embarras et leiumuUe des soins temporels; qu'il leur a fourni à tous des grâces de vocation , des grâces de.persévérance , des remèdes contre W péché , des moyens de salut pro-

SUR LA SAINTETË.

portionnés à ee quils étalent et au genre de vie qu'Us embrassaient; et qu'enfin , par un secret de prédestination que nous ne pouvons assez admiier, il n'a pas voulu qu'il y eût une seule profession dans le monde qui n'eût ses saints glorifiés et reconnus comme saints : pourquoi? non-séulement afin qu'il n'y eût personne dans le monde qui eût droit d'imputer è sa profession les relâchements de sa vie, mais afin qu'il n'y eût personne à qui sa profession néme ne présentât un portrait vivant de la sainteté qui •lui est propre.

Cette morale regarde généralement tous ceux qui m'écoutent ; mais j'ai la consolation. Sire, en la pré* chant devant Votre Mafesté, de trouver dans son coeur et dans la grandeur de son âme tout ce que je puis désirer de phis favorable etde plus avantageux pour la lui faire goûter à elle-même. Car je parle à un roi dont le caractère particulier est d*avoir su se rendre tout .possible, et même facile, quand il a fallu exécuterdes entreprises , ou pour la^loire desa couronne ou pour la gloire de sa religion. Je parrle à un roi qui, pour triompher des ennemis de son État, afaitdes miracles de valeurque la postérité ne orohra pa&, parce qu'ils sont plus vrais que vraisemblables ; et qui,. pour trioropherdes ennemis de l'Église, &it aujouid'Ilui des miracles de zèle qu'à peine croyons^nous en les voyant, tant ils sont au-dessua de nos espérances. Je parle à un mi suscité etchoisi de Dieu pour des choses dont ses augustes ancêtres n*ont pas même osé former le dessein, parce que c'était lui qui seul en pouvait être tout à la îiàs et l'auteur et le consommateur. Ce zèle pour les intérêts de Dieu et pour le vrai culte de Dieu , c'est , Sire , ce qui sanctifie les rois , et ce qui devait éue le terme de votre glorieuse destinée. Car puiaqo» Votre Mijesté était au-<lessus de tout ce qu'il y a de grand dans le monde, puisqu'elle ne pouvait phis croître selon le monde, puisqu'elle avait comme épuisé la gloire du monde, il était pour eUe d'une heureuse nécessité qu'elle consacrât désormais à Dieu, et sa vie, et ses héroïques travaux.

Dieu vous a donné , Sire , par droit de naissance, le plus florissant royaume de la terre ; et il vous en prépare un autre dans le del , qui est le royaumede ses élus. C'est entre «es deux n^aumes que Votre Majesté se trouve comme partagée ; mais avec cette différence, qu'elle doit regarder le premier comme le sujet de ses obligations^ et le second comme la récompense de ses vertus. Or elle n'apprendra jamais mieux le secret de les accorder ensemble, je veux dire, de bien gouverner Fun , et de mériter l'autre, que dans les maximes de la sainteté chré^ tienne. Car c'est par elle, dit l'Écriture, que les souverains exercent sur leurs sujets l'absolue puissance que Dieu leur a donnée : Fer me reges régnant. iProcerb. 8, 6.) C'est par elle que les souverains

SUE LE JUGEMENT DERNJUBB

■*aeqiitttent envers Teun sujets des devoirs que Dieu leur a imposés. En un mot, c'est par la sainteté chrétienne que les rois sont les images de Dieu , kftministresde Dieu , les hommes de Dieu : et voilà , Sire, ce que Dieu vous dit par ma bouche, et ce qu^il TOUS a dit depuis tant d'années que j'ai i'honnear de vous annoncer sa sainte parole. Votre Majesté Fa reçue; elle Ta honorée comme la p^ole du Tont-Puissant et du Roi des rois : ce sera pour elle une parole de vie et de salut étemel 9 que je vous souhaite, etc.

SERMON

POUE LB FaEIOER DIMANCHE DE L'AYENT.

SUR LE JUGEMENT DERNIER

KrmiU aigna in toU, et luna , et siellU, et in tems prêtmra ffMiMim... mntcmiUbm homim^nuprœ timoré et expeelatiome ^um eyperveniet univeno orbi,

n y aura des tl^iies dans le soleil , dans la lune et dans les <loiles, ci sur la terre les penpies seront dans la oonstemaUon; de soite que les hommes sôcberont de peur, dans Tattente des ataïuL dont Tunivers sera menacé. Saut Luc cbap. 21.

SiBE,

C*est par raccomplissement de cette prédiction du Fils de Dieu que doit commencer Tafifreuse catastrophe de Tunivers. Cest dans ces phénomènes prodigieux querévangile de ce jour nous donne Tidée de la plus étonnante révolution : ErurU signa : il y aura des signes , et dans le ciel , et sur la terre. Signes véritables, puisque c*est Jésus-Christ lui-même qui nous les a marqués comme les présages de son dernier avènement. Signes salutaires , puisqu'il a prétendu par là réveiller notre foi du profond assoupissement où elle est ensevelie. Signes terribles , puisque non-seulement les hommes en sécheront de peur, mais que les vertus mêmes des cieux en seront ébranlées.

Tout cela est vrai , dit saint Jean Chrysostôme ; mais, après tout, ces signes, quoique véritables, quoique salutaires, quoique terribles, ne seront néanmoins que les préparatifs d'une action encore infiniment plus digne de nos réflexions , encore infiniment pins essentielle à notre salut , encore infiniment plus redoutable, qui est le jugement de Dieu. Et c'est, chrétiens , de ce jugement de Dieu que le devoir de mon ministère m'oblige aujouni'hui à vous parler. Jugement de Dieu, dont la pensée a fait trembler les saints, et d'où, selon l'expression de Tapôtre, le juste même à peine se sauvera. Jugement de Dieu, dont j'entreprends de justifier l'équité et la sainteté, en vous faisant voir sur quoi sera fondée son extrême et inévitable sévérité. Souteuez-moi, Seigneur, et me donnez les forces nécessaires pour bien traiter un point, et si solide, et si important, liais donnez en même temps a mes auditeurs toute

la soumission et la docilité que demande votre sainte parole. Car, renonçant ici à mes faibles raisonnements, ce n'est qu'à votre parole que je m'attache , et c'est votre seule parole qui fera la prouve de tout ce que j'ai à dire dans ce discours. Remplissez-moi de votre esprit; et que, par votre grâce, la grande vérité que j'annonce fasse sur les cœurs toute l'impression qu'elle y peut et qu'elle y doit foire. C'est pour cela que j'implore votre secours par Tintercession toute-puissante de Marie : j4vej Maria.

Il est de la foi chrétienne que Dieu , qui est l'Être absolu et souverain, a fait pour lui-même tout ce qu'il a fait : Universa propter semelipswn opératus est Dominus {Prov. 16); et la même foi nous enseigne que Dieu, sans déroger en rien à la souveraineté de son être , a fait encore toutes choses pour les prédestinés et les élus : Propter. e.kctos.ll s'ensuit donc, conclut saint Çbrysostôme raisonnant sur ces deux principes , que quand Dieu s'est déterminé à juger le monde en dernier ressort , comme il le jugera à la fin des siècles , il a eu deux vues et deux intentions principales : l'une de se faire justice à luimême , et l'autre de la faire à ses élus.

La conséquence est infaillible , et c'est à cette conséquence que je m'arrête d*abord, parce qu'elle m'a paru la plus solide et la plus propre pour servir de fond à l'important discours que j'ai à vous faire. En voici l'ordre et le partage. Dieu , jaloux de sa gloire » jugera le monde pour se faire justice à lui-même ; et voilà pourquoi Jésus-Christ, qui doit, comme Fils de Dieu , présider à ce jugement , viendra avec toutes les marques de la puissance et de la majesté divine : f^enietcumpotesiaie maqna et majestate: c'est ma première proposition. Dieu, fidèle à ceux qui le servent, jugera le monde pour faire justice à ses élus ; et de là vient que Jésus-Christ parlait toujoursà ses disciples de ce jugement comme d'un point qui devait par avance les consoler, en les assurant que ce serait le jour de leur gloire et de leur salut : nu autem fieri incipientibus j respicite et levate capUa vestra , quorUam cgppropinquat redemptio vestra (Luc. 21), c'est ma seconde proposition.

Vérités adorables, et qui comprennent en deux mots ce qu'il y a de plus essentiel dans le jugement de Dieu. Tout le reste n'en est que les préliminaires , dont nous ne laissons pourtant pas , pour peu de religion que nous ayons , d'être effrayés. Mais pourquoi ces préliminaires du jugement universel nous paraissent-ils si terribles, et pourquoi en effet le sontils? Je vous en ai dit les deux raisons : parce qu'ils doivent aboutir à im jugement qui sera la dernière justice que Dieu se rendra à lui-même, vous le verrez dans la première partie ; parœ qu'ils doivent être suivis d'un jugement qui sera, aux dépens des réprouvés, la plus parfaite e^la plus éclatante justice que Dieu rendra à ses élus ; je vous le fierai voir dans

SUR LE JUGEMENT DERNIER

la seconde. Ssds cela , ni robscurcissement du soleil^ ni la chute des étoiles, ni tous les autres signes aTant-eooreuredu jugement dernier, n^auraient rien pour les pécheurs mêmes de si fomiidable. Sans cela f attendrais tranquillement cette révolution générale qui doit précéder la venue du Fils de l'homme. Mais d'avoir à subir un jugement qui , à la confusion du monde, vengera Dieu et les élus de Dieu , ah ! mes cbers auditeurs , cVst ce qui doit faire le sujet étemel de nos méditations aussi bien que de nos craintes. Or, ce sont cependant les deux points de ibî que notre évangile nous propose. Appliquez«vous, eneore une fois, à les bien comprendre. Un jugement qui vengera Dieu , autant que Dieu niérîte d*étre vengé, et qu'il peut être vengé ; un jugement qui vengera les élus de Dieu des injustices du monde, aussi pleinement et aussi authentiquement qu'ils en peuvent et qu'ils en doivent être vengés. Voilà tout mon desseÎB; je vous demande une fovorable attention.

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