LE DIMANCHE DE LA QUATRIÈME SEMAINE
SUR LA PROVIDENCE
Sujet. Jésus-Christ levant les yeux, et voyant qu'une grande foule de peuple venait à lui, dit à Philippe : l/oû pourrons-nous acheter assez de pain pour donner à manger à tout ce peuple? Or il disait ceci pour réprouver : car il savait bien ce qu*il allait faire.
Ce miracle de la multiplication des pains nous apprend qu'il y a une Providence qui gouverne Je monde, et à la- • quelle nous devons nous souoiettre. Vérité fondamentale de notre religion , qui fera la matière de ce discours.
DiTiaioN. Le devoU: et l'intérêt nous engagent à reconnaître une Providence et à nous y soumettre. Voyons donc et le désordre de Thoaune, et son malheur, lorsqu'il refuse à Dieu cette soumission. Le désordre de l'homme , par rapport à son devoir; le malheur de l'homme, par rapport à son intérêt. En deux mots, rien de plus criminel que l'homme du siècle, qui ne veut pas se soumettre à la Providence : première partie. Rien de plus mallienreux que l'homme du siècle, qui ne veut pas se conformer à la conduite de \sl Providence : deuxième partie.
Première partie. Rien de plus criminel que Phoromc' du siècle , qui ne veut pas se soumettre à la Providence. Caiil renonce à cette divine providence, 1. ou par un esprit d'infidélité, parce qu*il ne la reconnaît pas et qu'il ne la croit pas; Q. ou par une simple révolte de cœur, parc(^ qu'en la reconnaissant même et en la croyant , il ne veut pas lui rendre la soumission qui lui est due.
1* Est-ce par un esprit d'infidélité, et parce qu'il ne croit pas la Providenoe? Mais quel désordre! car il ne connaît donc plus Dieu ; affreuse impiété I ou bien il se fait uti Dieu monstrueux , qui n'a nul soin de ses créatures; qui n'est ni juste, ni bon, ni sage, puisqu'il ne peut rien être de tout cela sans providence : autre supposition non moins impie, et qui réduit le mondain infidèle à être plus que païen , puisqu'à peine il s'est trouvé quelques sectes païennes qui aient nié la Providence. Ce n'est pas assez : il se rend incrédule et insensé contre sa raison même. Comment cela? le voicf. Quand il voit un État bien réglé, il conclut qu'il y a un maître qui le gouverne; et il ne veut pas ainsi raisonner à l'égard du monde entier. Ajoutez qu'il n'y & point d'homme qui dans sa vie ne puisse remarquer certaines conjonctures où il s'est trouvé , certains périls d'où il est écliappé, certains événements heureux ou malheih reux, qui sont pour lui autant de prcqves personnelles d'une Providence. Or cela est vrai surtout de ceux qui font quelque figure dans le monde , et qui entrent plus dans les intrigues du monde. Toutefois ce sont ceux-là même qui ont moins de foi à la Providence, et qui semblent plus U
méconnaître. Leur avenglenieat va encore plus loin : est Us ne veulent pas rendre h'brement et dirétienneoMnl à la Providence un aveu qu'ils lui rendent souvent par néceslîté , ou plutôt par emportement de chagrin et de désespoir. Ce mondain qui oubUe Dieu dans la proqiérité, est le [iremier à murmurer contre la Providence qoabd il loi tor- ^ ient une disgrâce. Voici quelque chose encore de plus siu^ t>renant : c'est que souvent le libertin veut doaler de la Providence par les raisons même qui prouTcnt invinciblement une Providence. Car il fonde ses doutes sur ce qu'il voit le monde rempli de désordres : mais pourquoi Kont-ce des désordres , répond saint Chrysostdme, sinon \\8jcce qu'ils sont contre l'ordre ? et qu'est-ce que cet ordre auquel ils répugnent, sinon la Providence? Désordres liont les hommes se scandalisent; et de ce que les hommes s'en scandalisent , n'est-ce pas un témoignage aotbeo- ' lique de la Providence , qui ne permet pas que ces choses soient autorisées, et qui veut pour cela que parmi les hommes elles aient toujours passé , et qu'elles passent tonjours dans la suite pour scandaleuses? Si les hommes ne 8e scandalisaient de rien, l'iniquité préyaudrait; et afin fju'elle ne prévale pas, \a Providence fait qu'on se scmdalise du vice et qu'on aune la vertn.
2. Est-ce par une simple révolte de cœur que le mondain s'élève contre la Providence : en sorte que la croyant même, il refuse de se soumettre à elle? autre désordre encore moins soutenable. Car quelle témérité ! croire une Providence qui préside au gouvernement du inonde, et ne vonloir par se régler par elle et agir de concert avec elle! Tel est néanmoins le désordre du monde. On croit une Providence, et l'on vit comme si l'on n'en croyait pas. En effet, si Ton se conduisait par la foi de la ProYidence , on ne serait ni passionné, ni emporté, ni yam, ni inquiet, ni fier, ni jaloux, ni ingrat envers Dieu , nisi^juste envers les hommes. Et pourquoi estron tout cela ? parce qu'on se retire des voies de la Providence.
. Mais en sortant des voies de cette sage Providence, quelles voles prend-on ? Ou bien l'on ne vit plus qu'an hasard , et l'on suit en aveugle le cours de la fortune ; on bien l'on entreprend de se gouverner selon les vues de la pmdenoe humaine. Or l'un et l'autre est également injurieux à Dieu. N'avoir plus d'autre principe de sa conduite que le cours de la fortune , c'est tomber dans l'idolâtrie des païens. Idolâtrie que les sages mêmes du paganisme condanmaient. Idolâtrie que Dieu reprochait aux Israélites. Idolâtrie si commune au milieu même du christianisme, surtout à la cour. D'ailleurs, entreprendre xle se conduire par la prudence humaine, c'est l'orgueil, c'est compter sur soi-même , c'est ne vouloir dépendre que de soi-même, et ce qui est d'une conséquence infinie, c'est se charger de* vaut Dieu de toutes les suites fâcheuses qui peuvent arriver et eniprendre sur soi tout le crime. Mais quand j'ai recourt à Dieu , et qu'après avoir mûrement délibéré selon l'esprit de ma religion, je viens à conclure, je puis alors avoir cette confiance, ou que je conclus sûrement, ou que si je manque , Dieu suppléera à mon défaut. Voilà pourquoi le plus sage des hommes , Salomon , faisait à Dieu cette excellente prière : Donnez-moi, Seigneur, celle sagesse qui est assise avec vous sur votre trône, afin qu'elle travaille avec moi, etqu*elle me fasse connaitre ce gui vous est agréable.