GG
Diea. Dans toutes les autres actions , je ne fois point cette | protestation publique et solennelle de ma dépendance et '< de mon néant. Le seul sacrifice est ra?eu juridique de ce \ que je suis , et '<le ce que je dois à Dieu. Mais , par un ren?ersement bien déplorable, quel sujet ne donnons-nous pas aux païens et aux infidèles de nous faire la même demande que les ennemis du Seigneur faisaient à David : Ubi est Deus ii^us ? Où est votre Dieu ?
5. C'est y assister en toutes les manières qui peuvent nous inspirer le respect et la révérence due à Dieu, 1 . comme témoins ; honneur que FÉglise ne fait qu'aux fidèles : mais au lieu de nous occuper de Dieu qui nous est présent et à qui nous sommes présents, nous ne nous occupons que de valus objets, ou qui repaissent notre curiosité, ou qui servent d'amusement à notre oisiveté. 2. Comme ministres ; car nous offrons tous le sacrifice avec le prêtre , sans être néanmoins revêtus du même caractère que le prêtre : fonction si sainte , que quelques-uns même ont conclu de là, qu*uo pécheur ne pouvait assister au sacrifice de la messe dans Tëtat de son péché. Conséquence erronée que je rejette : mais m*en tenant au principe sur quoi elle est établie, ne dois-je pas conclure que , puisque nous assistons au sacrifice en qualité de ministres, tant de crimes que Ton y commet sont autant de profanations? Qui le croirait, qu'un chrétien choisi de Dieu pour lui offrir un sacrifice tout divin voulût faire du temple même un lieu de plaisir et du plus infâme plaisir ? Désordre que TertuUicn, et après lui saint Jérôme et saint Chrysostâmc, reprochaient à leurs siècles, mais qui maintenant est plus commun qu'il ne Ta jamais été. 3. Comme victimes : et en effet, puisque nous ne faisons avec Jésus- Christ qu'un même corps, il s'ensuit, dit saint Thomas, que nous sommes immolés avec lui. Par conséquent, nous devons nous mettre dans l'état de ces anciennes victimes qu'on sacrifiait au Seigneur. Elles étaient liées, elles étaient privées de l'usage des sens, elles étaient brûlées par le feu. Ainsi, il faut que la religion nous lie et nous tienne respectueusement appliqués au sacrifice. Il faut qu'elle nous couvre les yeux et qu'elle les ferme à tous les objets de la terre. Il fautqu'elle nous consume par le feu de la charité.
Mais n'est-il pas surprenant , comme l'a remarqué Pic de la Mirande, que de tant de religions qui se sont répandues dans le monde , il n'y ait eu que la religion du vrai Dieu dont les temples et les sacrifices aient été profanés par ses propres sujets? La raison de cette différence est que l'ennemi de notre salut ne va point tenter les païens ni les troubler dans leurs sacrifice, parce que ce sont de fïiux sacrifices : au heu qu'il emploie toutes ses forces à nous détourner du sacrifice de nos autels , parce que c'est un sacrifice également glorieux à Dieu et salutah-e pour nous.
DEUXtbiE PARTIE. Sacrifico de la messe, sacrifice souverainement respectable, parce que c'est uri Dieu qui y est offert. Quand nous aurions vécu sous l'ancienne loi, et que nous n'aurions point eu d'autres sacrifices que ces sacrifices imparfaits dont Dieu avait établi l'usage par le ministère de Moïse, il fraudrait toujours y assister avec crainte et avec tremblement. Aussi avec quelle révérence Dieu voulait-il que les Juifs entrassent dans le sanctuaire pour lui offrir leurs sacrifices et le sang des animaux, et avec quel sèle et quelle fidélité ce peuple, d'ailleurs si iudo. cile, s'accjnittailil de ce de voir? Qu'cusscntils doncjHînsé,
et qu'eu8sent4l8 fidt , 8*ns eussent ea comme nous à oflKr le sacrifice d'un Dieu ; et que devons-nous penser, que devons-nous faire nous-mêmes ? Sur cela , Je me oofntenCe de trois considâtilions.
Première considération. Quand je vais an aacrifloe que célèbre l'Église , je vais au sacrifice de la mort d'un Dieu ; à un sacrifice dont réellement et sans figure la victime est le Dieu même que j'adore. Si donc par de sensibles outrages, j'ose encore lui insulter comme les Juifs qui le cnidfièrentf ne suis-je pas digne de ses plus rigoureuses ven-
Seconde considération. Pourquoi ce Dieu de misérioord« s'immole-Ml dans le sacrifice de nos autels? pour nous apprendre et pour nous aider à faire ce que nous ne poavons £ure sans lui et que par lui , je veux dire, à honorer Dieu, autant que Dieu le mérite et qu'il le demande. Car pour cela, dit samt Thomas, il a fallu un sujet d'un prix infini , et offert d'une manière infinie. Mais tandis que Jésus- Christ , dans cet état de victune, honore son père, Ego honorifico Patrem , il semble que nous prenions à tâche de détruire par nos scandales tout l'honneur qu'il lui rend par ses anéantissements. Faisons par proportion ce qu'il fait , si nous voulons par proportion glorifier Dieu comme il le glorifie.
Troisième considération. Que fait encore Jésus-Christ dans ce sacrifice ? non-seulement il apprend aux hommes à honorer Dieu , mais il y traite de leur réconciliation avec Dieu. Comme médiateur, il plaide leur cause, et il offre le prix de la rédemption : Ego pro eis sanctifico meipsum. Or, reprend saint Bernard , si je voyais le fils unique d'un prince de la terre mourir pour moi, m'arrêterais- je , tandis qu'il meurt, à de vains amusements? Et lorsque le FUs unique de Dieu se sacrifie pour mes intérêts , serai-je assez ^nsensé pour faire un jeu du sacrifice même de mon Sauveur? Pensée touchante que saint Jean de Jérusalem exprimait en des termes moins figurés, mais non moms énergiques ni moins pressants. De là, jugeons quels sentiments nous doivent occuper dans ce sacrifice d'expiation. Ne sont-ce pas ceux d'un pécheur contrit et d'un pécheur reconnaissant?
Je n'ai en finissant ce discours qu'un seul raisonnement à vous opposer. Ou vous croyez ce que la foi nous enseigne du sacrifice de notre religion , ou vous ne le croyez pas. Si vous le croyez , comment osez-vous profaner cet adorable sacrifice , et en cela même n'êtes-vous pas plus criminels que les Juifs et que les hérétiques? Si vous ne le croyez pas, pourquoi y assistez-vous? Quedisge? et veux -je vous en éloigner? non, chrétiens : allons-y, mais pour y booorer Dieu , pour y étJUûer l'Église, et pour nous y sanctifier nous-mêmes.