SUR L'ÉLOIGNEMENT DE DIEU ET LE RETOUH K DIEU
Sujet. Ayant parlé de la sorte, il cria à haute voix: Lazare, sortez. Et à r heure même le mort sortit du tombeau.
Pourquoi le Sauveur du monde ne ressuscita-t-il pas Lazare avec la même facilité qu'il avait ressuscité la .fille du prince de la synagogue, et le fils de la'veuve de Naïm ? c'est, dit saint Augustin, que Lazare était déjà dans le tombeau, et qu'il y était depuis quatre jours. Faire revivre un mort de quatre jours, ce devait être le chef-d'œuvre de la toute-puissance du Fils de Dieu. Or, celte figure, reprend saint Augustin, nous marque de grandes vérités touchant une autre résurrection bien plus importante, qui est la conversion de nos âmes.
Division. Jésus-Christ, dans toutes les circonstances de ce miracle dont parle notre évangile, a voulu nous faire voir les déplorables suites du péché, et les merveilleux effets de la grâce. Venez donc, justes, et vous apprendrez quelles démarches conduisent même les amis de Dieu à l'état de p^dition. Première partie. Venez, pécheurs, et vous apprendrez par quelles voies vous pouvez parvenir à une solide et véritable conversion. Deuxième partie. L'un représente dans la mort de Lazare , et l'autre dans sa résurrection.
Première partie. Mort de Lazare, figure de la mort d'une âme par le péché, et de son éloignement de Dieu. L'homme , dans le cours ordinaire , ne se pervertit pas tout à coup, mais par degrés. Ainsi l'évangéliste nous représente Lazare en cinq étets différents : 1 . comme malade et dans la langueur : Quidam languens; 11. comme assoupi et dans un sommeil léthargique : Dormit; 3. comme mort : Mortuus est; 4. comme enseveli, et même depuis quatre jours : Quatriduanus est; 5. comme infect et sentant mau. vais : Jamfetet. Juste idée d'une àme qui vient insensiblement à se séparer de Dieu et à se corrompre.
1 . Le premier pas qui conduit à la mort , je dis à la mort de l'âme, c'est la langueur : Erat quidem languens Lazants. Cette langueur volontaire , dont VelCel esl <çi*oik sfc
relâche, qu'on se rebute de ses devoirs et qu'on ne a*en ac* quitte que très-négligemment. Langueur injurieuse à Diea , comme il s'en est si hautement déclaré lui-même dans l'É. criture. Car c'est ponr cela que dans l'ancienne loi , il rejetait les victimes qui paraissaient languissantes, lorsqu'on les conduisait à l'autel. Mais langueur non moins pernicieuse à l'homme : pourquoi ? parce que c'est une espèce de maladie très-difficile à guérir; parce que les conséquences de ce mal sont d'autant plus funestes qu'on les craint moins et qu'on n'en voit pas même le péril ; parce que c'est à l'âme tiède que le Saint-Esprit a dit ces étonnantes paroles : Uti' nam/rigidus esses aut calidus! Plût au ciel que vous fussiez , ou tout à £iit à Dieu , ou tout à fait contre Dieii !
2. De la langueur on tombe dans l'assoupissement : Dor» mit. Quelque languissante que fût une âme dans ce premier état d'imperfection que je viens de marquer, encore n'était-elle pas absolument insensible à tous les mouvements de la grâce : mais ici l'on ne sent pins rien, parce que l'assoupissement est formé. Ce qui causait de saints remords et de saintes frayeurs n'en cause plus. On es! néanmoins encore , quant à l'essentiel , ami de Dieu ; mais on l'est comme Lazare, dont Jésus-Christ disait : Laiarus amicus noster dormit. Tel fut l'assoupissement de ces trois disciples qui accompagnèrent le Sauveur du monde au jardm. Quoiqu'il les eût si fortement exhortés à se tenir sur leurs gardes et à veiller, il les trouva profondément endormis : Et invenit eos dormientes. C'est souvent une punition de Dieu : Miscuit vobis Dominus spiritum soporis. Ce malheur commence d'abord par un assoupissement assez léger; mais enfin l'on s'endort : Dormitaverunt omnes et dbrmierunt. Alors un prédicateur a beau déclamer, un confesseur a beau conjurer, avertir, menacer, on n'entend rien, non plusqueJonasan milieu de la tempête : Dormiebatsopore gravi.
3. Cet assoupissement conduit à la mort : Mortuus est. Carde s'imaginer que dans cet état la vie de la grâce puisse longtemps subsister, abus et confiance présomptueuse. Mille sortes de péchés contre lesquels on n'est point en garde achèvent d'étouffer dans une âme cette étincelle de vie qui lui restait. Le comble de la désolation est qu'on en vient souvent là sans le savoir : Nomen habes quod rivas, et mortuus es. Combien de chrétiens réputés justes, mais séduits par la passion , ont tous les dehors d'une vie pure et innocente , et sont toutefois, comme des s^ulcres blanchis , pleins de corruption et d'iniquite !
4 . De là l'on s'ensevelit, pour ainsi dire, dans lliabitade : Quatridruanus est. On y est comme Lazare dans le tom* beau, n avait les pieds et les mains liés, le corps enveloppé d'un suaire, serré de bandes, sous une pierre d'une énorme grosseur. Tel est l'homme du siècle plongé dans son habitude : mille engagements le liient , mille embarras de conscience l'enveloppent, le poids de ses crimes l'accable. Ah ! dit saint Augustin , qu'il est difficile à un homme que le péché tient asservi de la sorte, de se dégager et de se relever : Quam difficile surgit , quem tanta moles consuetudinis premiti C'est alors qu'il faut toute la grâce de Jésus Christ pour arracher cette âme du sein de la mort. C'est alors, et envuc d'une résurrection si miraculeuse, que cet Homme-Dieu ressent les mêmes mouve* ments dont il fut agite à l'aspect du tombeau de Lazare.
5. Enfin, après la sépulture suit Pinfection : Jamfetet. \ \3ii v^Yv^Mx cjKXQm^vi QUTTomçt les autres. Car il n'est
ANALYSES DES SERMONS
rien œ plus subtil à se communiquer que Texemple, et Texemple que donne uù homme Ticieux porte avec soi une odeur de mort,et répand partout la conlagioB : Odor morHêinmortem,
Deuxième partie. Bësurrection de Lazare, figure de la couyersHNi d'une âme et de sou retour à Dieu. Voyons , 1. ce qui engagea Jésus^brist à ressusciter Lazare; 2. quelle condition il exigea a?ant que de lui rendre la vie ;