‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 236 sur 256 · Deuxième partie. L'abus de la parole de Dieu e^t un · texte numérisé non relu

Deuxième partie. L'abus de la parole de Dieu e^t un

des désordres les plus essentiels que puisse commettre un

chrétien, A quoi VaiMre saint Paul réduisait-il l'abus de la

communion ? à ne pas faire un juste di<>cen\cmcftV du coy\>%

de Jésus-Christ, et à manger cette viande céleste comme une viande commune ; Aon adjudicans corpus Domini. J'applique ceci à mon sujet. Nous commettons mille abus dans l'usage de la parole de Dieu ; mais l'abus capital est que nous ne faisons pas le discernement nécessaire de cette adorable parole ; c'est-à-dire que nous ne l'écoutons pas comme parole de Dieu , mais comme parole des hommes; et voilà ce que j'appelle un désordre : 1 . désordre par rapport à Dieu ; 2. désordre par rapport à nous^nèmes. -

1. Désordre pari-appoit à Dieu. Quand vous ne faites pas un juste discernement du corps do Jésu&Cliiist, vous le profanez; et imr la même règle, je dis que vous profanez la parole de Dieu , quand vous ne savez pas la discerner de la parole de l'homme. Écoutez sur cela .<;aint Aagustin. La parole de Dieu , dit ce Père , n'est rien à hotre égard de moins précieux que le corps de Jésus-Christ. D'où il tire celte conclusion, que celui-là donc n'est pas dans un sens moins criminel envers Dieu , (pii abuse de cette parole et <{ui la profane , que s'il profanait le corps du Sauveur. C'est néanmoins ce qui arrive fous les jours. Si l'on entendait la parole de Dieu comme parole de Dieu, on l'entendrait avec recueillement, avec respect, avec humilité, avec attention; avec un esprit et un cifur docile: au liea qu'on l'entend avec des dispositions toutes contraires.

2. Désordre par rapport à nous-mêmes. Comment? c'est qu'en abusant de la parole de l)ieu et en la profanant, nous nous la rendons inutile. Car la parole de Dieu, reçue comme parole de riiomme, ne peut produire que des effets proportionnés à la vertu de la parole de l'homme. Or, la parole de l'honune n'est d'elle-même pour le salut qu'un vain insti ument. C'est pourquoi saint Paul félicitait les Tlicssaloniciens de ce qu'ils avaient reçu la parole de Dieu, non comme parole d'un homme, mais comme {tarole de Dieu. Voilà , leur disait-il , la source des bénédictions que Dieu a répandues sur votre Église. Au contraire dans cette ville de Lycaonie , où saint Barnabe et sa nt Paul furent écoutés avec tant d'applaudissement, qu'on voulait leur offrir de l'encens, leurs prédications ne firent aucun fruit: pourquoi ? parce qu'on écoutait ces deux apôtres et qu'on les admirait comme hommes. Ainsi tant de mondains admirent quelquefois le prédicateur, mais ne se convertissent pas. C'est ce que faisaient les Juifs lorsque le prophète Ézé hicl leur annonçait les calamités dont Dieu devait bientôt les' aflliger. Ils couraient en foule l'entendre, ils lui applaudissaient ; mais ils ne pratiquaient rien de ce qu'il \q\iy ensci^naii. Audiunt ver ba tua, et non faciunt ta.

Aussi est-il de l'honneur de Dieu que la conversion des âmes, qui est le grand ouvrage de sa grâce, ne soit pas a^ trihuée à la parole des hommes , ni même à la sienne confondue avec celle des hommes. Pour vous punir, il ne vous laissera de sa parole que ce qu'elle a de spécieux et d'agréft> ble : mais ce qu'elle a de solide et d'avantageux, il le donnera à ces âmes choisies qui ne cherchent dans sa parole que sa parole même. Et qui sommes-nous , mes frères, pour mériter que vous vous occupiez de nous ? Ce n'est pai que vous ne puissiez choisir tel prédicateur préférablenient à l'autre. Mais sur cela voici deux avis importants que vous devez suivre : 1. entre les ministres de Jésus-Christ ne préférez pas tcllemcul l'un que vous méprisiez les autres ; car ils sont tous envoyés de Dieu ; 2. n'ayez égard , dans le choix que vous faites, qu'à votre avancement spirituel et 4

ANALYSES DES SERMONS

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TftomÈMK PABTiE. La résistance à la parole de Dieu est mie des plos prochaines dispositions à rendiircissement et à la réprobation d*un chrétien, n y a des choses qui ne peuTent être inutiles sans devenir préjudiciables, et telle est la parole de Dieu. Le Sain^£sprit l'appelle tout à la Ibis une viande et une épée : une viande , selon la renuu> oœ de saint Bernard , pour ceux qui en proGtent ; et une épée dont les coups sont mortels , pour ceux qui n'en profitent pas. C'est ainsi que cette parole a toujours son effet : on effet de miséricorde, ou effet de justice : non reverUtur admevacuum. Or, quels sont ces effets de justice attachés pour nous à la parole de Dieu , quand nous lui résistons : 1. Endurcissement du pécheur, 2. condamnation du pécheur.

1. Endurcissement du pécheur. Exemple de Pliaraon : il résista à la parole de Dieu en résistant à la parole de Moise; et Dieu lui endurcit le cœur, ou plutét il s'endurcit lui-même le cœur par son opiniâtre résistance.

2. Condamnation du pécheur. Car plus le talent qu'on loi avait mis dans les mains était précieux , plus est-il criminel de n'en avoir foit nul usage. Dieu lui en demandera compte dans son jugement dernier, et deux sortes de personnes s'élèveront contre lui : auditeurs qui auront honoré la divine parole, et prédicateurs qui la lui auront annoncée. Ah ! Seigneur, serai-je donc employé à ce triste ministère ? après aToir été le prédicateur de cet auditoire chrétien, en serai-je Faccusateur? non mon Dieu ; mais dès maintenant j'aurai recours , et pour eux et pour moi , au tribunal de votre miséricorde. Je vous supplierai de répandre sur nous l'abondance de vos grâces , atin que, par la vertu de votre grâce, votre parole nous soit une parole de sanctification.

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