‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 238 sur 256 · ÉTAT DD PÉCHÉ ET L'ÉTAT DE LA GRACE · texte numérisé non relu

ÉTAT DD PÉCHÉ ET L'ÉTAT DE LA GRACE

VOUS ne voulez pas me croire, croyez à mes în que vous connaissiez et que vous croyiez ère est en mM , et que je suis dans mon père,

ue Jésus-Christ , pour être saint , fût dans Dieu fût en lui. Sans cela il n'eût pu dire, comme »urd'bui, que toutes ses œuTres rendaient té- 1 sa faveur, et qu'elles étaient devant Dieu d'un Ainsi voulons-nous connaître la valeur de nos fruit que nous pouvons en espérer; jugeons-en ipe d'où elles partent , et voyons si elles sont ;état du péché ou dans l'état de la grâce. Deux *ai à vous entretenir dans ce discours par rapite de nos œuvres.

Rien n'est plus important pour nous que de ir pour le ciel. D'où je forme ces deux propot du péché, état souverainement malheureux, ors, quoi que fasse le pécheur, son péché eu int Dieu tout le mérite : première partie. État » état souverainement heureux , parce qu'alors ue fasse le juste , la grâce qui le sanctifie en re- ; Dieu le mérite : deuxième partie.

; PARTIE. État du péché , état souverainement i , parce qu'alors, quoi que fasse le pécheur, son itruit devant Dieu tout le mérite. Je ne dis pas ions bonnes d'elles-mêmes, en conséquence du ms l'état du péché, deviennent mauvaises et crirreur condamnée dans le concile de Constance. s non plus que l'état du péché les rende absolues pour le salut , puisqu'alors elles disposent le a conversion et qu'elles lui servent de moyens rner à Dieu. Mais je dis que nos actions même et surnaturelles, faites dans l'état du péché, ne en pour le ciel , et ce qu'il y a déplus déplorable , recouvrent jamais ce mérite qu'elles ont une fois quoi j'avoue d'abord que je ne puis assez admirer ;nr et la sévérité des jugements de Dieu. Car enlis pas surpris que les actions les plus éclatantes mde soient souvent les plus indignes des récom- 3ieu , parce qu'elles sont souvent les plus vicieuir fond . Je ne suis pas surpris que certaines vertus soient comptées pour rien devant Dieu , parce des vertus purement humaines. Je conçois même es actions chrétiennes , au moins en apparence , lant rejetées de Dieu , parce qu'elles se trouvent s dans l'intention et dans le nootif . Mais que des liment religieuses et saintes dans toutes leurs ::es, hors qu'elles n'ont pas été faites dans l'état i, soient éternellement et absolument perdues, li me fait trembler et ce qui m'apprend combien st un mal à craindre.

Or, l'arrêt néanmoins en est porté dans l'ÉcrituK, et l'apôtre lui-même l'a prononcé, en disant aux Corinthiens : Quoi que je fasse, et quoique mon zèle m'inspire, si je ne suis pas en grâce avec Dieu et si je n'ai pas la charité, c'est en vain que je travaille. J>'où saint Chrysostôme conclut que Dieu donc a bien en liorrcur le péché, puisque, tout bon qu'il est, il n'a , pour un seul péché, nul égard à ce qu'il y a d'ailleurs de plus héroîquo et de plus grand Voyons-en les raisons. J'en trouve surtout deux.

Première raison , tirée de TéUt ou de la disposilion habituelle du péclieur. Car l'état du péché est un état de mort. Or, dans un état de mort, comment faire des actions de vie ? et si ce ne sont pas des actions de vie , comment mériteraient-elles la plus excellente de toutes les vies, qui est la vie de la gloire.' C'est donc dans cet état qu'on peut dire au péclieur ce que l'ange de l'Apocalypse disait à un des premiers évêques de l'Église : .Scio opéra tua, quia nomen habes quod vivas, el mortuus es.

Approfondissons encore cette pensée. Selon tous les Pères et les théologiens le péché anéantit l'homme en quelque manière , et le réduit, par une espèce de destruction , à n'être plus rien dans l'ordre de la grâce. Or, d'un rien on ne doit rien attendre. Les pécheurs se sont endormis, disait David , et dans cet état il leur est airivé ce qui arrive quelquefois à un honune qui dort. 11 se croit riche; mais à son réveil il n'aperçoit rien dans ses mains.

Seconde raison, fuudée sur la nature du mérite. Nos actions ne sont méritoires pour l'élcrriité qu'autant qu'elles sont consacrées et comme divinisées par Jésus-Christ. Or, pour cela , il faut que nous soyons unis à Jésus-Christ par la cliarité. Tandis que cette union subftislc , nos actions tirent de lui une vertu particulière ; iiiais6tez cette ciommunication, nous devenons, selon la (igiirede l'Évangile, comme des sarments inutiles. Prophète , disait Dieu, parlant à Ézéchiel , que veux-tu que je fosse du sarment? On met en œuvre tout autre bols; mais le bois de la vigne, sans force , sans solidité, à quoi est-il propre qu'à jeter au feu? Tel est Télat d'un homme séparé de Jésus-Christ par le pédié. «

Mais si cela est, que pouvons-nous dire de la plupart des hommes? Omncs declinaverunt , simul inutiles facli sunt. Combien peu de chrétiens engagés dans le commerce du monde, sont en état d'agU* utilement pour Dieu et pour eux-mêmes?

Cependant devez-vous conclure de là , que dans l'état du péché il ne faut donc plus se mettre en peme de bien faire , ni de bien vivre , puisque les oeuvres les plus saintes ne sont de nulle valeur? Raisonnement impie. Au contraire , I . il y a des œuvres d'obligation que vous ne pouvez omettre dans l'état même du péché, sans vous rendre coupable d'un nouveau péché; 2. vous devez tâcher, non-seulement par ces œuvres d'obligation, mais par des œuvres de surérogation, à toucher la miséricorde de Dieu et à fléchir sa justice. En use-t-on autrement dans le monde, surtout à la cour? et que ne fait-on point pour rentrer dans la grâce du prince, quand on s'est attiré son indignation?

Deuxièhe partie. État de la grâce , état souverainement heureux, parce qu'alors pour peu que fasse le juste, la grâce, qui le sanctifie, en relève devant Dieu le mérite. Il y a une espèce d'émulation entre la miséricorde de Dieu et sa justice , en sorte qu'autant qu'il est sévère à l'égard du pécheur, autant est-il niiséricordieux h r(^gard du juste.

Pour dôdônunajsâr leè hoinineB dés pertes qu'ils devaient birc dans Télat du péché, il a tooIu, dit le cliancelier Ger- Ëoa, qu'ils pussent acquérir dans rétat de la grâce, par les moyens les plus fodles, des richesses infinies. Faites-yous un trésor pour le ciel; et de quoi? des moindres actions, des moindres souffrances. Ramassez tout jusqu'aux fragments. Quels sont ces fragments, demande saint Grégoire pape? ce sont mille petits mérites que nous négligeons , et que nous pouvons recueillir. Avec peu , reprend saint Bernard , on gagne beaucoup auprès de Dieu. Ce que nous bisons n'est rien, et ce qu'il nous promet comprend tout. Cent pour un , voilà le traité qu'il ftdt avec nous.

Aussi le Fils de Dieu dans l'Évangile s'engage à nous donner son royaume; pourquoi ? pour un verre d'eau. Où donc est notre prudence, si nous ne profitons pas d'une telle libéralité ? Le laboureur ne néglige pas son grain , Sous prétexte que c'est peu de chose; mais il le cultive , parce qu'il sait que ce grain , tout petit qu'il est, contient toute l'espérance de l'avenir. Ainsi devons-nous ménager tant d'occasions qui se présentent tous les jours de mériter devant Dieu , et c'est néanmoins de quoi nous ne tirons nul avantage.

Cependant ne cessons point d'admirer le pouvoir de la fpr&ce sanctifiante. Car dans cet état, il n'est pas même nécessaire que nos œuv/es soient saintes par elle-mémeS ; c'est assez, quoiqu'elles soient indifférentes de leur nature , cfile la charité les dirige et que la grftce les anime. Vous me demandez sur quoi tout bed est fondé ? sur trois belles qualités qui conviennent au Juste, et qui le distinguent devant Dieu. 1. Qualité d'anri de Dieu. 2. Qualité de ministre do Dieu. 3. Qualité de membre incorporé à Jésus<;farist qui est THomme-Dieu.

1. Qualité d'ami de Dieu. D'un ami tout est bien reçu , et les moindres services de sa part ont un agrément particulier. Vous avez blasé mdri tenir, dit l'Époux à l'Ame fidèle; et par où l'avez-voos blessé? par l'éclat d'un de vos yeux, et par un cheveu de votre tête. Que signifie cela, sinon que le cœur est aussi bien touché de b fidélité du juste dans les petites choses , que dans les grandes?

2. Qualité de mmistre de Dieu , parce que le juste agissant comme juste, agit pour Dieu et au nom de Dieu. Or , quand les saints agissaient au nom de Dieu , que n'ont-ils pas fait avec les plus faibles instruments? Moïse avec une baguette remplit l'Egypte de prodiges.

3. Qualité de membre mcorporé à Jésus-Christ qui est l'Homme-Dieu. Car du moment que nous sommes en grâce avec Dieu, nous ne fusons plus qu'un corps avec Jésus- Christ. Par conséquent c'est Jésus -Christ qui agit en nous. Or, si c'est Jésus^Hirist qui agit en nous , de quel prix doivent être toutes nos actions I Du reste , que ne faiton pas pour s'enrichir et pour s'agrandir dans le monde ? Si je vous disais que dans l'état de la grâce tout réussit et tout prospère selon le monde, quelle ardeur allumerais-je tout à coup dans vos cœurs ! Et si j'ajoutais que cette prospérité temporelle est attachée aux moindres exercices du christianisme , avec quel zèle vous les verrait-on pratiquer ! Or, ce que je ne puis vous dire à l'égard du monde et de ses fnux biens , je vous le dis par rapport k Dieu et au bonheur que TOUS en devez attendre. Jusques à quand , 6 mon Dieu, le* enfants des hommes aimeront-ils la bagatelle? £;/.i</ppz//>rliarmeqiiilcsaveugle Pénétrez-les d'une crainte

salutaire du péché; et inspirez-leur une fiante estime de votre grâce.

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