LE JEUDI DE LA CINQUIÈME SEBIAINE
SUR LA 00!(VERSTOII DE MADELEINE
. SvirTé C'est pourquoi je VOUS déclare que beaueotq» de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé.
Le désordre de Madeleine fut d'avoir beaucoup aimé , et la sainteté de Madeleine consista à aimer beaucoup. Dans un moment l'amour chaste du Créateur la sanctifia en la guérissant de l'amour impur des créatures. Miracle de Famour de Dieu, dont je prétends ùûre le sujet de ce discours. Miracle que Dieu, par une providence singulière, a rendu public , afin que les pécheurs eussent dans cet exemple lin puissant motif de confiance et un parfait modèle de pénitence. Madeleine est la seule qui paraisse dans TÉvangiie s'être adressée à Jésus<)hrist pour lui demander U guérison de son âme et sa conversion. Voyons par où elle y parvient Ce sera pour nous une leçon sensible et toochantel
DmsM)?!. Les péchés de Madeleine lui furent-ils remii parce qu'elle aima beaucoup, ou aiina-t-elle beaucoop parce que ses péchés lui avaient été remis? L'un et l'autre est vrai, et exprimé dans l'évangile de ce jour. En deux mots, ses péchés lui furent remis , parce qu'elle aima beaucoup d'un amour pénitent : première partie. EUe aima beaucoup d'un amour reconnaissant , parce que ses péchés, lui avaient été remis : deuxième partie.
PBEinà»E PARTIE. Lcs péchésdc Madeleine lui Itarart remis , parce qu'elle aima beaucoup d'un amour péniteat. 11 ne s'ensuit pas de là que Jésus-Christ ait été prodigiN de sa grâce , car je prétends que ce seul amour de MiKV»iffM fut la plus parfaite satisfaction qne Jésus^hrist pAt aUendre de cette illustre pénitente. Je distingue dans Maddeiat quatre choses que l'évangéliste nous fait remarquer : soi péché, la source de son péché, la matière de son péché, et le scandale de son péché. Or l'amoinr qu'elle conçut poor Jésus-Christ, cet amour pénitent, t. expia bod péché,! purifia la source de son péché, 3. consacra à Dieu la nutière de son péché, 4. répara le scandale de son péché.
1 . Son amour expia son péché. Le péché de MadddK fut le libertinage de ses mœurs. Ne disons rien de plu, puisque l'Évangile nous marque seulement en général, que c'était une femme pécheresse ; ou, pour nous servir de termes moins odieux , disons que son péché fut son amovpropre et sou orgueil. Car, dit Zenon de Vérone, die ne fut libertine que parce qu'eUe s'aima avec excès , et qu'elle fut vaine. Or l'amour pénitent de Madeleine anbstitnà cet amour-propre une sainte hame d'elle-même , et à od orgueil une profonde humilité.
Elle aima , Dilexit; et par une conséquence néoessaiie, elle commença à se haïr. Car aimant son Dieu , ce Diea di pureté et de sainteté, et ne voyant dans elle qne corra]r tion et que désordre, comment aurait-elle pu ne se pis haïr elle-même , et ne pratiquer pas dès lors ce qui sembliit ne convenir qu'aux âmes parfaites , savoir, le renoncemeit à soi-même I le détachement de soi-même, la mort à toimême?
Elle aima, Dilexit; et du moment qu'elle aùna, eOe cessa d'avoir ces soins excessifs d'une fragile beauté dont elle s'était toujours occupée. Voyez-la aux pieds de ièscfi^ Christ , les cheveux épars, le visage abattu , les yeux h»
ANALYSES DES SERMONS
gMS de larmes. Que ce visage dont j*ai été idolâtre , et que je me suis tant efforcée d*embellir par de damnables artifices, soit couvert d'un étemel opprobre 1 Ainsi parlait la bienheureuse Paule, et tel fut le sentiment de Bfadeleine.
Elle aima, DiUxit; et parce qu'elle aima, elle voulut laSre à Dieu une réparation solennelle des attentats de son orgueU. Prosternée aux pieds du Sauveur, elle se souvint combien elle avait été Jalouse d'avoir elle-même des adorateurs dans le monde; combien elle avait par là outragé Dieu , et combien d'Ames elle avait perdues. Voilà sur quoi elle se confondit mille fois.
Elle aima, IHUxit; et toutes ses Injustices furent expiées , tous ses crimes lui forent pardonnes. D'où nous devons conclure quelle est l'efficace et le mérite de l'amour de Dieu.
2. Son amour purifia la source de son péché. Cette source était son cœur, un coeur sensible et tendre. Or elle touna toute cette sensibilité et cette tendresse vers Dieu! Mais, mon Dieu, qu'il y a de douceur dans votre providence et^dans votre sagesse, d'avoir tellement disposé les choses, que sans changer de naturel, et avec le même cœur que vous nous avez donné en nous formant, de pécheurs nous puissions devenir justes , et de charnels des boomies parfaits et spirituels !
3. Son amour consacra la matière de son péché. J'appelle b matière de son péché, tout ce qui servait à ses pi^sirs et à son luxe. Elle avait aimé les parfums, et tout ce qui flatte les sens; mais il ne m'appartient plus, dit-elle, de chercher les délices de la vie. Cela convient mal à une pécheresse , et encore plus mal à une pécheresse pénitente. Touchée de ce sentiment, elle apporte avec elle un parfum prédenx, eUe le répand sur les pieds de Jésus-Christ, elle les essuie avec ses cheveux. Je ne m'arrêterai point ici, femmes mondaines , à vous marquer tout ce qu'il y a à retrancher dans l'extérieur de vos personnes , et tout ce qu'il Auidrait sacrifier à Dieu. Cette morale ne serait pas indigne de la chaire, puisque les Pères de ]*ÉgIise et même les apdtres sont entrés en de semblables détails. Je laisse tout oda néanmoins, et je vous renvoie à vous-mêmes pour en Juger. Et si vous me répondiez que telle et telle chose ne sont point des crimes , je vous demanderais si ce qui excite tant de passions , ce qui entretient la mollesse , ce qui nourritrorgueil, peut être indifTéreut. J*irais plus loin, et je TOUS montrerais que c'est par le retranchement des choses permises qu'on doit réparer les péchés commis dans les dioses défendues. Mais ce que j'ai à vous dire est encore plus Important, et dans un mot comprend tout : aimez cofnpie a aimé Madeleine; et quand le feu de l'amour df Dieu sera bien allumé dans vos cœurs, vous verrez alors fous les sacrifices que vous avez à faire , et tous ces sacrifices ne vous coûteront plus rien.
4. Son amour répara le scandale de son péché. Elle aima IHUxU; 3t autant qu'elle s'était déclarée pour le monde , autant voulut-elle se déclarer pour Jésus-Christ C'est pour cela qu'elle le vint trouver dans la maison de Simon le pharisien, et au milieu d'une nombreuse assemblée. Quoi qu'on en puisse dire, je ne me persuaderai jamais qu'une Ame soit bien convertie et bien pénitente, tandifi qu'elle aura honte du service de Dieu , tandis qu'elle diî lâchera pas à ramener par son exemple dans les voies de Dieu tant de pécheurs qq'elle a égarés , taudis qu'elle crain-
dra les discoiu^ du monde et qu'elle en sera toujours esclave.
Deuxième partie. Madeleine aima beaucoup d'un amour reconnaissant, parce que ses péchés lui avaient été remis. Il n'y a que l'amour, dit saint Bernard , par pb nous puissions rendre en quelque sorte la pareille à pieu. Ainsi , par exemple , quand Dieu me juge , je ne puis entreprendre da le juger; mais quand 11 m'aime, je puis l'aûner, et il veut même que je l'aime. Voilà par où Madeleine témoigna à JésusCbrist sa reconnaissance. Dans les Ames lAches la vue des péchés remis ne produit ou qu*une fausse sécurité, ou qu'une oisive tranquillité. Mais que fit Madeleine? Parce que ses péchés lui avaient été pardonnes , 1 . elle se dévoua, par un attachement hiviolable, au Fils de Dieu, tandis qu'il vécut sur la terre; 2. elle lui marqua une fidélité liéroique dans le temps de sa passion et de sa mort; 3. elle demeura avec une invincible persévérance auprès da son tombeau ; 4. elle le chercha avec toute la ferveur d'une épouse, et d'une épouse passionnée, quand elle le crut ressuscité. Quatre effets de sa reconnaissance.
1. Madeleine convertie n'eut plus désormais d'attachement que pour Jésus-Christ. Elle la suivait , dit samt Luc , dans ses voyages; elle employait ses biens pour lui : Bt ministrabat ei de/acultatilms mis, EUe se tenait à ses pieds, écoutant sa parole et la méditant : Sedens teeus pedes Domini, audiebat verimm illius. Elle laissait à Bfartlie les soins domestiques , et ne s'occupait que de son adorable maître. Ahisi en use une Ame vraiment pénitente. Plus tant de soins qui regardent le monde , les bienséances du monde, les prétendus devoirs du monde. Se tenir auprès de son Sauveur, converser avec lui, le nourrir dans la personne des pauvres, le recevoir souvent chez elle et dans elle par la conunuoion, voilà désormab sa vie et à quoi elle se borne.
2. Madeleine convertie marqua à Jésus-Christ une fidélité hérraque dans le temps de sa passion et de sa mort. Ses disciples l'abandonnèrent; mais Madeleine sans rien cramdre demeura au pied de la croix , et avec qui.' avec Marie , mère de Jésus, comme si la pénitence avait alors en quelque sorte égalé l'innocence. Madeleine savait trop ce qu'elle devait à ce Dieu crucifié, pour s'éloigner de lui lorsqu'il consommait sur la croix l'ouvrage de son salut. Cest dans cette constance que parait la vraie fidélité. Car n'être fidèle à Dieu qu'autant qu'il nous fkit trouver de goût dans son service, c'est ne payer le plus grand de tous les bienfidts, qui est la grâce de la conversion , que d'une reoonnaissanca apparente. Ah ! Seigneur, doit dire comme David ou comme Madelebe un pécheur réconcilié avec Dieu, mon péclié m'est toujours présent pour me retracer toute mon indignité et toute votre bonté , et pour m'inspirer par cette double vue un zèle et un courage toujours nouveau.
3. Madeleine convertie demeura aveo une invincible persévérance auprès du tombeau de Jésus-Christ. Là, combien de fois se fit-elle , pour sa propre instruction, ces divines leçons que l'apôtre, dans la suite , devait faire aux fidèles pour leur sanctification : Vous êtes morts , ei votre vie est cachée avec Jésus- Christ en Dieu, Vous êtes ensevelis avec Jésus- Christ. Mort spirituelle à quoi elle se condanma; mais affreuse mort pour tant de fenunes qui voudraient vivre à Dieu » sans mourir au monde et à ellesmêmes. U n'appartient qu'à l'amour de Dieu , à un amour reconnaissant d'aQermir une Ame contre Taraour du monda
ANALYSES DES SERMOiSS.
cl l'amour de soi-même, et de nous faire prendre le sentiment de saint Paul : Mihi vivere Christus est et tnori lucrum,
4. Madeleine cherche Jésus-Christ ressuscité ayec toute la ferveur de Tamour le plus généreux et le plus ardent. A?ec quelle générosité s'oflrit- elle à Fenlever elle-même, si elle était assez heureuse pour le rctrouYcr ! Et ego eum follam. Dès que Jésus-Christ se Ht connaître à elle, quel fut le rayissement de son âme! Sainte feryeur que nous yoyons encore dans les plus grands pécheurs, lorsque , de bonne foi revenus à Dieu, ils considèrent dans quel abtme ils s'étaient plongés et par quelle miséricorde la grâce les a sauyés.
Quoi qu'il en soit , yoilà , pécheurs, Tayantage que yous pouyez tirer de yos péchés mêmes. Ils yous ont séparés de Dieu , mais du moment qu'ils yous sont pardonnes , fls peuyent servir à yous attacher plus étroitement à Dieu , et à yous élever même au-dessus de bien des justes.