SUR LA SÉVÉRITÉ ÉVANGELIQUS
t en notiTemi, c*e8t à quoi l'on donne, et où ToQ trouve sa dévotiou ; et « au lieu que saint Augustin, pensant à se convertir, n*évita rien plus soigMuaenMnt que de le faire avee bruit, de peur, disidt-îl kû-méme, qu*ii ne semblât avoir voulu paraître grand jusque dans sa pénitence : Ne conversa in faetmtmeÊÊmkUitenUtim ora dicereiU, quod qmti fifpeiHeum magnme videri ( S. AueusT. ) ; nous, par «B principe tout contraire , mais par un esprit bien éloigné de la sagesse de ce pénitent, nous redierehoBS jusque dans la pénitence un vain éclat dont BOUS nous laissons â>lottir.
Cest assez que nous ayons un certain zèle de discipline et de réforme, pour nous attribuer le pouvoir de juger de tout , pour usurper une supériorité que ni Dieu ni les hom^^jes ne nous ont donnée, et pour (aire la loi peut-être à ceux dont nous de- Toos la recevoir. Car un laïque 8*érigera en censeur des prêtres, un séculier en réformateur des religieux, une femme en directrice, et que sais-je de qui? tout cela, parce que, sous couleur de piété , on ne s'aperçoit pas qu'on veut dominer. Cette présomption mêine, ainsi que je Tai déjà remarqué, par une conséquence naturelle, dégénère souvent et se tourne en ambition. Il semble qu'être sévère dans ses maximes soit un degré pour s'agrandir, et que cette qualité seule bien ménagée doive tenir lieu de tout autre mérite. Comme les pharisiens s'en servaient pour obtenir les premières chaires dans les synagogues , on s'en sert pour s'introduire dans les premières dignités de l'Église. Car ne dirait-on pas toujours que Jésus-Christ avait entrepris de nous marquer dans ces sages du judaïsme , tous les dérèglements et tous les abus à quoi nous derions être sujets, et n'est-il pas étonnant que ce qu'il leur reprochait alors soit justement, et à la lettre, ce qui se voit encore aujourd'hui dans le monde chrétien?
Or, je soutiens que ce levain et cette enflure de l'orgueil , non-seulement corrompt le mérite de la sévérité chrétienne, mais qu'il en détruit même la substance. Qu'il en corrompe le mérite, vous n'en doutez pas, car quel peut être devant Dieu le mérite d'un homme superbe ? avec quel front osera-til dire avec saint Paul : ReposUa est mihi corona justUùBf (TiMOTH. 4. ) Tattends de mon Dieu la couronne de justice qui m'est réservée. Quel droit le Sauveur du monde n'aura-t-il pas de lui répondre, comme TÉvangile : RecepisU mercedem tuamf (Matth. 6.) Vous vous promettez une récompense, et vous ne faites pas réflexion que vous Tavez déjà reçue, ou plutôt que vous vous Têtes déjà donnée ? TOUS vouliez vous satisfaire, vous complaire en vousmême, et de quelles secrètes complaisances n'avez- ▼ous pas été rempli? Combien avez-vous été satisfaitde votre personne? vous voilà donc récompensé.
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et je ne vous dois plus rien que le châtiment de votre vanité et de votre orgueil. Mais c'est en Yolit nom, Seigneur, que je me suis engagé dans des voies dures et pénibles. En mon nom? dites , au vôtre. Votre nom, par les soins que vous en aveï pris , ou que l'on en a pris pour vous, en a été dans le monde plus vanté et plus honoré, mais pour le mien, bien loin d'être glorifié, il eu a soufiferu
Par conséquent, chrétiens auditeurs, mil mérité dans cette sévérité, et j'ajoute même , nulle Tiiîe sévérité alors , puisque l'orgueil en détruit tout le fonds et toute la substance* J'en donne la raison. Cest que la vraie sévérité, la sévérité chrétîeniie, doit consister à se faire violence et à contredire la nature et l'amour-propre. Or, tout ce qui flatte notre orgueil flatte la nature ; et au lieu de la combat» tre, on la suit, on la contente, on la repatt de es qu'elle goûte avec plus de douceur et plus de phiisir. Et en effet, il n'y a point de vie, pour laborieuse et pour gênante qu'elle puisse être, que nous ne trouvions douce naturellement, quand nous savons qu'elle nous distingue dans le monde, qu'elle frit parier de nous dans le monde, qu'elle nous y fait considérer et respecter. 11 ne faut plus de grâce pour nous faûre agir, la nature seule nous donne des forces.
C'est pour cela , dit saint Chrysostôme ( et cette pensée m'a toiyours paru bien solide et bien judicieuse ), c'est pour cela que nous avons beaucoup moins de peine à faire plus que nous no devons, qu'à faire ce que nous devons; et qu'une des erreurs les plus communes parmi les personnes mêmes qui cherchent Dieu , est de laisser le précepte et ce qui est d'obligation , pour s'attacher au conseil et à ce qui est de surérogation : pourquoi ? parce qu'à âiire pkis qu'on ne doit, il y a une certaine gloire que l'on ambitionne, et qui rend tout aisé ; au lieu qu'à fiiire ce que l'on doit, il n'y a point d'autre louange à espérer, que celles des serviteurs inutiles : Servi inutiles sumus, quod detndmus /acere, fecimus. (Luc. 7. )
Quelle est donc, encore une fois, la véritable austérité du christianisme? Ahl mes cbers auditeurs, concevons-le bien, et ne l'oublions jamais. La vraie austérité du christianisme, c'est d'être humble, c'est d'être petit à ses yeux, c'est d'être vide de soi-même; c'est de ne point faire tant de retours sur soi-même; c'est d'être mort, sinon au sentiment, du moins au désir et à la passion de l'honneur; c'est de recevoir de bonne grâce, et quand Dieu lèvent, l'humiliation et le mépris. La vraie austérité du christianisme, c'est d'aimer à être abaissé, à vivre dans l'oubli, dans l'obscurité, et de pratiquer solidement et de bonne foi cette courte, mais cette importante leçon de saint Bernard : Ama nesciri ( BBUiÀnD); esr voilà ce qui est insupportable à la nature : on, m