‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 39 sur 256 · SUR LA SÉVÉRITÉ ÉVANGÉLIQUEL · texte numérisé non relu

SUR LA SÉVÉRITÉ ÉVANGÉLIQUEL

que Dous en avoos la réputation, on craigne plus mille fois de nous blesser, que d^ofifenser un homme un monde qui n'aspire point à une ai haute sain* teté; mais par-dessus tout, si l'aversion même, et une arcrsion d*état^ si l'aliénation du cœur et un esprit de contradiction est le principe secret qui nous engage h nous déclarer sévères; car, encore une (biS| cela peut arriver; et puisque je monte dans la chaire de Jésus-Christ pour corriger les désordres des chrétiens, je ne les dois pas déguiser; si, dis-je, notre sévérité dégénère dans ces abus, ce n'est plus qu'une sévérité fausse, et Ton peut bien nous reprocher, comme aux pharisiens, que nous sommes de grands observateurs de petites dioses, tandis que nous négligeons les plus importantes.

Car un des plus grands préceptes, c'est celui de la charité, et voilà, hypocrites pharisiens, leur disait le Sauveur du monde, à quoi vous manquez : toute votre piété se réduit à de légères observances et à de menues pratiques de religion, à payer les dtmes , dont il n'est pas même parlé dans la loi , et que l'on n'exige pas de vous : DedmaHs mem^ tham et anethum (Matth. 3a); mais cependant vous oubliez les points les plus essentiels, la justice et la miséricorde : ReUquUtis qux graviùra staU kgU, mUericordiam etjvdiàum. La loi vous ordonne d'être équitables dans vos jugements, et tous les jours vous portez contre le prochain les plus injustes arrêts, eu le décriant, en le déchirant, eo le condamnant; la loi vous ordonne de secourir vos frères, et tous les jours vous leur suscitez de nouveaux ennemis; vous formez contre eux de nouvelles intrigues ; au lieu de les aider, vous travailles à les perdre : c'est ainsi que vous TOUS aveuglez; c'est ainsi que vous craignez d'avaler un fnoudieron , et que vous dévorez des cha-

Tel lut en effet le vice des pharisiens. Exactitude sempoleuse à l'égard de certaines traditions, de ctftaînes cérémonies peu nécessaires, mais en quoi ils faisaient consister la sévérité de leur morale ; et du reste, transgression libre et entière des devoirs les phis indispensables. S'agissait-il du jour ds sabbat; ils l'observaient avec une telle rignenr, ou plutôt avec une telle superstition, que, pour ne le pas violer, comme l'a remarqué Jos^he, ils aimèrent mieux, durant le siège de Jénisalem, livrer leur ville au pouvoir des Romains, exposer leurs biens, leur liberté, leur vie, que de réparer une brèche ; mais à ce même jour de sièbat, ils ne se ûôsaient point de peine des perfidies les plus noires et des plus lAches trahisons. S^agissaiti( d'entrer dans la salle de Pilate; ils se tenaient dehors, ils s'en éloignaient, de peur, dit l'évangé- Imt0, û'éênsouinéB mj entrant; mais au même

temps ils conspiraient contre Jésus^Ihrist , ifs \% calomniaient, ils poursuivaient sa mort. Voilà, reprend saint Augustin , des gens d'une conscience bien délicate : ils regardent comme une espèce d'impureté de paraître dans le prétoire d'un juge païen, et ils ne se font pas un crime de verser le sang d'un innocent : AlienÀgenx fudicis prœtorio contaminari metuebani , et firatris irmoceniis sonffiUnemJundere non Umdxmt. (Auuust.) Or, n'estce pas là une peinture naturelle de> la piété de notre siècle? Une personne fera cent communions, qui n'aura pas la moindre complaisance pour un mari, pour des enfants, pour des parents, pour des domestiques; elle mortifiera son corps, et elle ne remportera pas une seule victoire sur son cœur; elle fera souffrir toute une famille par ses caprices et ses chagrins ; on la verra au pied d'un autel réciter de longues prières , et dans une conversation on l'entendra tenir les discours les plus médisants. Qu'est-ce que cela? une piété de pharisien, ou, si vous voulez que je parle avec l'apôtre, une piété d'enfant. Ah! mes frères, écrivait-il aux Corinthiens, je vous conjure de ne vous point comporter dans les choses de Dieu comme des en&nts : Fratres , nolitepueri eJS^i sensibw. (1. Cor. 14.) Sur quoi saint Chrysostôme fait «ne comparaison bien propre à mon sujet. Voyez, dit ce Père, un enfant : qu'on le dépouille de ses biens , qu'pn lui enlève son héritage , qu'il voie sa maisoB en feu, il n'en est point touché; mais qu'on lui 6te une bagatelle qui l'amuse, il s'afiQige , il pleure , il est inconsolable; c'est ce qui nous arrive tous les jours. A-t-on manqué aux règles les plus sacrées de la charité ? à peine y faisons-nous quelque attention ; mais a-t-on omis un exercice de notre choix, et qu'on s'est volontairement prescrit ? on court au tribunal de la pénitence s'en accuser, et Ton en gémit devant Dieu. Mais quoi! faut-il donc les quitter, toutes ces pratiques? faut-il prendre une voie plus large;, et nous relâcher de notre sévérité ? A cela je réponds comme le Sauveur du monde ; il ne disait pas aux pharisiens : Laissez ces petites observances , mais attachez-vous d'abord aux plus nécessai^ res ; il faut , avant toutes choses, accomplir celles-ci, et ne pas abandonner ensuite les autres : Hsecoportiàtfacere, et Ula non omittere. (Matth. 23.) Ouï ; diréticns , soyons exacts et réguliers , soyons sévè> res dans nos mœurs; non-seulement j'y consens , mais je vous y exhorte , et je ne puis trop fortement vous y exhorter. Cependant, selon la belle leçon que nous fait ce grand maître de la vie spirituelle « François de Sales, ne nous arrêtons pas à garder quelques dehors, tandis que l'ennemi s'empare du corps de la place; que notre sévérité soit solide; et elle le sera , si c'est une sévérité désintéressée , si c'est une sévérité humble, si c'est une sévérité cha*

SUR LA PÉNITENCE

rîtable: par ià nous parviendrons à la perfection de rÉvangUe, et à la gloire que je vous souhaite , etc.

SERMON

POUR

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