‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 5 sur 256 · POUR LÀ FÊTE DE TOUS LES SAINTS · texte numérisé non relu

POUR LÀ FÊTE DE TOUS LES SAINTS

SUR LA RÉœMPENSE DES SAINTS.

Cmuiete, et êxulialê : ecee enim nurees ve$tra copioia eit incaïUê,

a^oatnf z-YOds , et faites éclater votre joie : car nue grande Téeompenae voa9 est réservée dans le eiel. Sautt UAirniBU , cfaa^ i.

Sire,

Cest le Fils de Dieu qui parle, et qui, dans Tévangile de ce Jour, nous propose la gloire céleste, non pas comme un simple héritage qui nous est acquis, maïs comme une récompense qui nous doit coûter. H savait, dit saint Jean-Chrysostôme, combien nous sommes intéressés; et voilà pourquoi, usant avec nous d'une condescendance digne de lui pour nous attirer à son senice, il nous prend par notre intérêt. Sans rien relâcher de ses droits, ni rien rabattre du commandement qu'il nous fait de Faimer comme notre Dieu, pour lui-même et plus que nousmêmes, il veut bien que notre amour pour lui ait encore un retour sur nous ; et , pourvu que notre intérêt ne soit point un intérêt servie, il consent que nous Faimions par intérêt ou plutêt que nous nous fassions un intérêt de Taimer. Car c'est pour cela qu'il nous promet une récompense dont la vue est infiniment capable de nous élever à ce pur ?t parfait amour, qui, comme ajoute saint Chrysostôme, réunit saintement et divinement notre intérêt h l'intérêt de Dieu.

Entrons donc, mes chers auditeurs, dans la pensée de Jésus^rist; et, sans nous piquer aujourd'hui d*une spiritualité plus sublime que celle qui nous est enseignée par ce maître adorable, attachonsnous à la récompense où il nous appelle, et qu'il veut que nous envisagions, quand il nous dit : Une grande récompense vous est réservée dans le ciel : £cce merces vestra copiosa est in ccdis. Il est de la foi que nous la pouvons et que nous la devons mériter, cette récompense; et c'est ce que je sup-

pose ici comme im principe dont il ne nous est pas permis de douter; mais ce principe supposé , je veux vous montrer combien cette récompense est digne de nos désirs et de nos soins. Pour vous engager à la mériter, je veux vous en découvrir l'excellence et les avantages. Par la comparaison que j'en ferai avec les récompenses du monde, je veux vous la faire goûter, et par là même, si je puis, exciter en vous un saint 2èle de l'acquérir.

Or, pour vous en donner une idée juste, je m'arrête aux paroles de mon texte, dont l'exposition littérale va développer d'abord tout mon dessein; concevez-en bien l'ordre et le partage : Ecce merces vestra copiosa est in cœlis. Cette récompense que Dieu prépare à ses élus est une récompense sûre : Ecce, la voilà : c'est un Dieu qui vous la promet ; et, si vous la voulez de bonne foi, elle est à vous : Ecce merces vestra. C'est une récompense abondante qui n'aura point d'autre mesure que la magnificence d'un Dieu , et qui mettra seule le comble à tous vos désirs : Ecce merces vestra copiosa. Enfin, c'est une récompense éternelle, que vous ne perdrez jamais, parce qu'elle est réservée dans le ciel , où il n'y aura plus de changement ni de révolution. Ecce merces vestra cqpiosaest in cœlis. Qualités bien propres, chrétiens, à faire, et sur vos esprits et sur vos cœurs , les plus fortes impressions, surtout si vous en jugez par opposition aux récompenses du monde, c'est-à-dire par les trois essentielles différences que je vous prie de remarquer entre les récompenses du monde et cette récompense des élus de Dieu : car c'est là ce qui m'a paru devoir plus vous intéresser et réveiller votre foi. La récompense des élus de Dieu est une récompense sûre, au lieu que les récompenses du monde sont douteuses et incertaines : ce sera le premier point. La récompense des élus de Dieu est une récompense abondante, au liou qUe les récompenses du monde sont vides et défectueuses : ce sera le second point. La récompense des élus de Dieu est une récompense étemelle, au Heu que les récompenses du monde sont caduques et périssable3 : ee sera le dernier point.

SUR LA RÉCOMPENSE DES SAINTS

Trois sujets de consolation et de joie que TÊglise nous propose, en nous mettant devant les yeux la gloire des saints, et en nous animant par ce motif à être les imitateurs de leur sainteté : Gau^ dete, et exuliate. Si iroos vous conformes à leurs exemples, réjouissez-vous : et de quoi? de ce que vous serez sûrement, de ce que vous serez pleinement, de ce que vous serez éternellement récompensés. Au contraire , pleurez et afDigez-vons si , malgré tous ces avantages, possédés de l'amour du monde, vous vous sentez peu de goût et peu d'attrait pour cette récompense des justes. Non-seulement pleurez, mais tremblez, si la dureté de vos cœurs vous rend insensibles à des vérités si touchantes. Donnez-moi grâce. Seigneur, pour traiter dignement et utilement un si grand sujet, et faites que ceux qui m'écoutent, pénétrés de la vertu de votre divine parole, conçoivent un désir ardent, une espérance vive , un saint avant-goût des biens que vous leur préparez : qu'en vue de ces biens ineféibles, ils se déuchent de la terre, ils n'aient plus de pensées que pour le ciel , ils renoncent à la vanité, ils cherchent solidement la vérité , ils soient, aussi bien que vos saints , et comme devant être un jour les compagnons de leur gloire, déterminés à combattre le monde et à le vaincre. C'est ce que je vous demande pour eux et pour moi, par l'intercession de la plus sainte des vierges. Jve, Maria.

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