PREMIÈRE PARTIE
Se fatiguer, s'épuiser, souvent s'immoler pour des récompenses incertaines, auxquelles on parvient difficilement, et dont tous les jours, après de vaincs espérances, on a le chagrin de se voir, ou malheureusement frustré, ou même injustement exclus, c*est la triste et fatale destinée de ceux qui s'attachent au monde. Au contraire, travailler pour une récompense sûre, et servir un maître auprès duquel on peut compter qu'il n'y eut et qu'il n'y aura jamais de mérites perdus, c'est ce qui a fait sur la terre le bonheur des élus de Dieu et de ces saints prédestinés dont nous honorons aujourd'hui la glorieuse mémoire. Ils servaient un Dieu fidèle dans ses promesses, et ils avaient en vue une récompense qui ne leur pouvait manquer. Voilà, dit saint Chrysostdme , ce qui les a rendus capables de tout entreprendre et de tout souffrir. Fatlor, disait un d'entre eux , plein de cette force héroïque que la foi d^une vérité si consolante lui inspirait , c'était saint Paul : PaUor, sed non conjundor (2. Timoth. , 1 ) ; je souffre; mais bien loin de m'en afQiger, je m'en glorifie : et pourquoi? Sdo enim cui credidiy et cerlus sum quia potens est depositum meum servare in Uhan diem (2. TimotA,, 1 ); parce que je sais, ajoutait-il , quel est celui à qui j'ai confié mon dépôt, et que je suis assuré qu'il n'est que trop
puissant pour me le garder jusqu^à ce grand jour où chacun recevra selon ses œuvres. Qu'entendaitil par son dépôt? le fonds de mérite qu'il s'était acquis devant Dieu, c'est-à-dire ce qu'il avait fait pour Dieu , ce qu'il avait enduré pour Dieu , et dans l'espérance de la gloire dont il savait que ses travaux apostoliques devaient être récompensés. Cest le sens littéral de ce passage. J'ai combattu, disaitil encore dans la même épître à Tiniolhée , j'ai achevé ma course , j'ai été constant dans la foi ; il ne me reste que d'attendre la couronne de justice qui m'est réservée, et que le Seigneur, en ce jour-là, me donnera comme juste juge : In rdiquo reposUa est mM coronajustitimy quam reddet mihi Dominas in iUùdieJustusJudex ( 2. Timoth,, 4 ). Ainsi parlait l'apôtre de Jésus-Christ, et ainsi a droit de parler après lui tout homme chrétien, puisqu'il reconnaissait lui-même que cette couronne de justice n'était pas seulement réservée pour lui, mais généralement, et sans exception, pour tous les serviteurs de Dieu : Non sotum autem mihi, sed et iis qui dUigvnt adventum ^us ( 2. Timoth. ^ 4 ).
Car voici , mes chers auditeurs, comment chacun de nous doit raisonner, ens'appliquant personnellement ces paroles : Sciocuicredidi, et c'est l'important mystère de religion sur quoi doit être fondée toute notre conduite selon Dieu. Je ne sais pas si je serai jamais assez heureux pour mérfter la récompense que Dieu prépare à ceux qui l'aiment : mais je sais que si je là mérite , je l'obtiendrai , Je sais qu^autant que je l'aurai méritée, je la posséderai ; je sais que tout ce que je fois et tout ce que je souffre pour Dieu est un dépôt sacré que Dieu me garde, dont il veut bien lui-même me répondre, et qui ne dépérira point entre ses mdiins: Scia cui credidi; c'est-à-dire je ne suis pas sûr de moi, mais je suis sûr du Dieu pour qui je travaille ; je suis sûr de sa bonté , je suis sûr de sa fidélité , je suis sûr de sa puissance : Et certus sum quia potens est. Or, l'assurance que la foi me donne de tous ces attributs de Dieu et de Dieu même est ce qui m'encourage et qui m'anime. Cest ce qui a soutenu la ferveur et le zèle de ces bienheureux qui régnent maintenant dans le ciel, et qui ont sanctifié la terre par leurs vertus; ils étaient sûrs de Dieu, qu'ils servaient , et des biens qu'ils en attendaient : nonseulement ils espéraient en lui, mais ils savaient, et ils savaient infoilliblement, qu'espérant en lui, ils ne seraient pas confondus : Scio ctU credidi.
Un mondain est bien éloigné de pouvoir tenir ce langage à l'égard du monde, et des récompenses du monde. Car, fondé sur le témoignage qu'il se rend de sa propre conduite, il peut souvent dire, tout au contraire, en gémissant et en déplorant son sort : Je sais que, par xapport au monde, f ai fait mon devoir; mais je ne sais pas pour cela si le
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nonde iii*en tiendra compte; je ne sais pas si le monde reconnaîtra mes services; je ne sais pas même si mes services lui ont été agréables. Pour ce qui regarde les récompenses du monde, il peut dire sans présomption : Je suis sûr de moi , mais je ne suis pas sûr de ceux qui sont les maîtres et les distiibuteurs des grftces; je ne suis pa&^sûr qu'ils aient pour moi de favorables dispositions ; Je ne suis pas sûr qa*ils en uent même d'équitables. Il peut, dans un sens contradictoirement opposé au sens de saint Paul« dire, en parlant du monde : Seio eui credidi; je sais, et je ne sais que trop, quel est ce monde à qui je me suis malheureusement attaché, et opiniâtrement confié : mais c'est justement pour cela qu'après Favoir longtemps servi , je ne suis encore sûr de rien, parce qu'une expérience funeste m'a appris malgré moi , et m*a convaincu que, le monde étant ce qu'il est, je n'ai pu ni n'ai dû faire aucun fond sur lui. Or, n'avoir rien en vue dont on soit sûr, ni sur quoi l'on puisse compter, c*est ce qui afflige le mondain , ce qui le désole , et , pour peu que son ambition ait d'empressement et de vivacité , ce qui lui tient lieu de supplice. Telle est, dis-je, la première différence que j'ai dû vous faire observer entre les récompenses de Dieu et celles du monde. Mais approfondissons cette pensée, et venons au détail des choses, puisqu'il est certain qu'il n'y en eut jamais une plus propre pour nous faire adorer les miséricordes de notre Dieu, et pour nous exciter nous-mêmes à l'amour et au zèle de la sainteté.
Il y a dans le monde des mérites stériles , c'est-àdire des mérites sans récompense : pourquoi cela? e'est qu'il y a, dit saint Chrysostôme, des mérites que les hommes ne connaissent pas; c'est qu'il y a des mérites, quoique connus des hommes, qui ne leur plaisent pas; c'est qu'il y a des mérites que les hommes estiment, et dont ils sont même touchés, mais qu'ils ne récompensent pas, parce qu'ils ne le peuvent pas. Trois causes de l'incertitude des récompenses dutkàcle, mais qui nous font comprendre en même temps la sûreté et Tinfaillibilité de la récompense des élus de Dieu. Appliquez- vous, et ne perdez rien de cette excellente morale.
Des mérites que les hommes ne connaissent pas. En effet, par ce seul principe, combien dans le ■sonde de mérites perdus ? combien d'ignorés.^ combien d'oubliés? combien d'effacés par le temps? combien de détruits par les mauvais offices? combien d'étouffés dans la foule et dans la multitude? Je serais infini si je voulais pousser cette induction. Avec Dieu uous n'avons rien de pareil à craindre : de quelque nature que soient les mérites que nous acquérons devant lui, il les connaît, il les distin* gne , il en fieiit le discernement , il les pèse dans la balance du sanctuaire, il en conserve le souvenir, il ne les perd jamais de vue.
Éclairé des vives lumières de son entendement divin , il connaît les mérites obscurs , aussi bien que les éclatants ; les vertus intérieures et cachées , aussi bien que celles qu'on admire et qu'on préconise. Combien de saints dans le ciel qui n ont jamais paru ce qu'ils étaient , et dont la sainteté , quoique parfaite, n'a jamais brillé pendant qu'ils vivaient sur la terre? Voilà pour la consolation des humbles.
Comme Dieu scrutateur des cœurs , il pénètre le fond du mérite, qui est le coeur. Ce mérite du cœur, inconnu aux hommes , lui est connu , et entièrement connu : et de là vient qu'il nous tient compte , nonseulement de nos actions et de nos œuvres , mais de nos intentions et de nos désirs ; non-seulement de ce que nous faisons pour lui , de ce que nous souffrons pour lui , de ce que nous quittons pour lui , mais de ce que nous voudrions faire, de ce que nous voudrions souffrir, de ce que nous voudrions quitter, par la raison seule que si nous l'avions , nous serions prêts en effet pour lui à le quitter. Ainsi , selon l'expression de l'Écriture, il entend, et par la même règle il récompense jusqu'à la préparation de nos cœurs : Prœparationem cordis eorum audivU aurU tua {Psalm., 9); c'es^à-dire qu'il suffit pour lui plaire, de lui vouloir plaire, et qu'il suffit de lui avoir plu pour être comblé de ses biens. Combien de prédestinés qui n'ont eu devant Dieu que le mérite de la bonne volonté ! Voilà pour la consolation des faibles.
Parce que c'est un Dieu 'dont la pénétration est infinie , et que rien n'échappe à sa connaissance : nos actions les plus viles et les plus basses , pourvu qu*il en soit le motif, ont devant lui leur prix et leur valeur. Un verre d'eau donné en son nom mérite une gloire spéciale, dont lui-même il nous assure. Les deux deniers de la veuve reçoivent un éloge de sa bouche, aussi bien que les magnifiques offrandes qui se faisaient dans le temple. Voilà pour la consolation des pauvres.
Parce qu'il est souverainement et exactement juste : pour chaque degré de mérite et de sainteté que nous acquérons, il a un degré de béatit^de et de gloire qu'il nous destine : et c'est la proportion de ces degrés qui fait pour les saints bienheureux , aussi bien que pour les anges, l'ordre admirable des hiérarchies célestes. Sur la terre , le plus grand mérite n'est pas toujours le mieux placé : souvent un mérite médiocre , par le faux jugement des hommes, l'emporte et prévaut. Là, le mérite et la gloire, le mérite et la récompense vont toujours de pair. C'est un Dieu qui mesure et qui règle l'un par l'autre, mais un Dieu incapable de se tromper, incapable d'être prévenu, incapable de rien estimer que ce qui est essentiellement estimable, savoir, les œuvres saintes et la piété. Voilà pour la consolation des âmes droites et fidèles à leurs devoirs.
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SUR LA RÉCOMPENSE DES SAINTS
Par rapport au monde, il n'y a point de mérite que le temps n'efface. Tout ce que nous faisons pour Dieu , du moment que nous Tavons fait , est écrit dans le livre de vie, ;mais avec des caractères qui ne s'effaceront jamais. Les hommes, non-seulement oublient, mais souvent sont bien aises d'oublier les services qu'on leur rend; et Dieu nous déclare luimême que tous nos services sont comme scellés dans les trésors de sa miséricorde : Nonne hœc condita sunt apud me, et signala in thesauris meisf ( Deut, 33.) 11 nous dit en termes exprès que nos sacrifices sont toujours devant ses yeux : Jloiocausta autem tua in conspectu meo sunt semper (Psalm., 4); que nos prières et nos aumônes montent jusques à lui, et qu'elles sont toujours présentes à sa mémoire : Orationes tuœ et eleemosynx tux ascenderunt in memoriam in conspectu Dei. (Act., 10. ) Il se fait même comme un honneur de s'en souvenir, et il ne peut non plus les oublier qu'il peut oublier qu'il est notre Dieu, et que nous sommes ses créatures. Tout cela , chrétiens, le croyons-nous? Mais, si nous ne le croyons pas, nous ne connaissons pas le mattre que nous servons ; ou , si nous le croyons, comment sommesnous si tièdes et si négligents dans son service?
Ajoutez, pour goûter encore davantage le bonheur des justes , ce que j'ai marqué comme le second principe de la disgrâce des mondains et de l'incertitude de leurs récompenses: des mérites, quoique connus, qui ne plaisent pas. Qu'y a-t-il dans le monde de plus ordinaire? et combien par là ne voiton pas parmi les hommes de mérites malheureux , de mérites rebutés, et, si j'ose ainsi dire, réprouvés ; de mérites qui , par l'aliénation des cœurs , ou par la contrariété des intérêts, bien loin d'attirer la bienveillance et l'amour, excitent plutôt la jalousie et la haine ? Cest à quoi ne sont point sujets oeux qui travaillent à acquérir des mérites auprès de Dieu. Comme Dieu hait nécessairement le péché , et que , tout Dieu qu'il est, il ne peut pas ne le point haïr, et en le haïssant ne le point réprouver ; aussi , tout Dieu qu'il est, ne peut-il pas ne point aimer le mérite des œuvres chrétiennes, et en l'aimant ne le point couronna et ne le point glorifier. Il y a dans les élus de Dieu différentes espèces de sainteté ; mais il n'y en a pas une, dit saint Chrysostôme, qui ne soit du goût de Dieu , qui ne soit l'objet des complaisances de Dieu , parce qu'il n'y en a pas une qui ne soit une émanation de cette sainteté originale et exemplaire, qui est Dieu, parce qu'il n'y en a pas une qui ne soit l'ouvrage de Dieu et le don de Dieu. Avoir du mérite ou eu avoir trop, c'est souvent dans le monde une exclusion pour les emplois et pour les places , qui y tiennent lieu de récompenses. Devant Dieu, plus on a démérite , plus on est ahné. Or, être aimé d'un Dieu dont l'amour fait les
bienheureux , les prédestinés , les saints , c'est être déjà récompensé.
Enfin , quelque justes et quelque reconnaissants que soient les hommes; je dis plus, quelque libéraux et quelque magnifiques qu'ils puissent être, il y a des mérites qu'ils ne récompensent pas , parce qu'ils ne le peuvent pas; des mérites dont ils conviennent , et dont ils sont même touchés, mais qui , excédant , ou par leur qualité , ou par leur nombre , le nombre des grâces dont ils sont les dispensateurs, leur deviennent malgré eux des mérites onéreux , des mérites incommodes , et même des mérites importuns. Il n'y en a point de tels , auprès de vous, mon Dieu! et l'on ne court point avec vous de semblables risques. Comme la magnificence de Dieu n'a points de bornes, parce qu'elle est inséparable de sa toute-puissance , nos mérites ont beau croître et se multiplier, elle ne s'épuise jamais. Plus nous en avons, plus il a , dit saint Chrysostôme, de trésors de grâce et de gloire à répandre sur nous. Plus il nous doit, dans le sens catholique et orthodoxe qu'il nous peut devoir, plus il est riche pour s'acquitter envers nous : riche , dit le texte sacré , pour tous ceux qui l'invoquent et qui le prient : Dives in omn^s qui invocant iUum (Rom,, 10); mais encore bien plus riche, reprend saint Bernard, pour tous ceux qui le servent fidèlement. Comme jamais il ne se tient importuné de nos prières , aussi nos mérites acquis par sa grâce ne lui sont-il jamais à charges.
Nous sommes donc sûrs de lui ; et quand nous travaillons pour lui , dans l'espérance de la gloire dont jouissent les saints, tout pécheurs que nous sommes, nous avons la consolation de pouvoir dire comme saint Paul : Spes autem non con/undU {Rom, y 6 ); cette espérance ne me confond point : toute autre espérance est trompeuse, mais celle-là ne me trompera jamais. Cent fois j'ai pu me repentir d'avoir trop compté sur les hommes et d'avoir trop espéré d'eux,*mais je n'oserais dire ni me plaindre que jamais Dieu m'ait manqué; tt si j'étais assez ingrat pour lé penser , non-seulement sa justice , mais sa miséricorde même s'élèverait pour lui contre moi.
Je suis sûr de mon Dieu : principe adorable d'où David tirait ces saintes et édifiantes conclusions , qu'un chrétien , surtout à la cour , devrait méditer tous les jours de sa vie : Bonum est confidere in Domino , quàm confidere in homine {Psalm. y 117); il vaut bien mieux se confier dans le Seigneur que de se confier dans l'homme : Bonum est sperare in Domino, quàm sperare in principibus (Psalni,^ 117); il vaut bien mieux mettre son espérance dans le Seigneur que de la mettre dans les princes de la terre. C'est un roi qui Ta dit; et celui devant qui je parle a trop de religion pour ne pas souscrire luimême à un témoignage si divin. Je suis sûr du Dieu
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que je sers : principe toachant, seul capable de saiietifiter ma vie. Mon espérance du câté de Dieu ne me peut confondre. Je puis bien de mon côté abuser de cette espérance par ma présomption ; je puis bien; par ma lâcheté, me rendre cette espérance vaine et inutile : mais au moins cette espérance est-elle infaillible pour moi de la part de Dieu ; et pourvu que je m'assure de moi , j'ai droit de me promettre tout de lui.
Après cela , chrétiens , sommes-nous excusables , qoedis-je? ne sommes-nous pas bien indignes de notre Dieu, si nous usons de réserve avec lui, si nous craignons d'en trop faire pour lui , si nous ne le servons pas en Dieu? Je ne blâme point, à Dieu ne plaise! au contraire, je ne puis assez exalter, assez exciter le zèle que vous pouvez avoir, et que vous avez de mériter les grâces du glorieux monarque à qui le ciel nous a soumis , et que Dieu nous a donné pour mattre. Ce que je souhaiterais, c'est qu'en le servant, vos services fussent plus saints et plus dignes de l'esprit chrétien. C'est de lui que dépend vcytre destinée et votre fortune selon le monde ; je veux bien que votre intérêt, joint à votre devoir, vous attache à lui ; il est l'image de Dieu ; votre confiance après Dieu ne peut être mieux placée. Mais si vous avez tant d'empressement et d'ardeur pour des récompenses qui par tant de raisons peuvent vous manquer, comment pouvez-vous soutenir le profond et affreux oubli dans lequel vous vivez à l'égard de cette récompense souveraine qu'un Dieu vous assure? Et que répondrez-vous à Dieu, quand il vous repro* chera dans son jugement un oubli si monstrueux et si criminel ? c'est là toutefois votre désordre , et si vous n'en gémissiez pas, j'aurois droit d'ajouter ici le terrible anathème de Jérémie : McUedictus qui eomfidUinkomine, etponilcamem brachium suum (Jebbm., 17); maudit celui qui met sa confiance dans l'homme, qui s'appuie sur un bras de chair; mais plus maudit celui qui , pour avoir mis sa confiance dans l'homme, ne peut se résoudre h la mettre en Dieu. Vous l'allez voir encore bien mieux pour la seconde qualité de la récompense des saints , qui n'est pas seulement sûre et immanquable , mais pleine et abondante : Ecce merces vestra coptosa est, Cest le sujet du second point.
Pour vons faire entendre ma pensée , j'appelle récompense abondante une récompense qui surpasse , du moins qui égale les services par où l'on s'en est rendu ou l'on a tâché de s'en rendre digne. C'est la première notion que nous en donne saint Jérôme, quand il applique aux bienheureux ce que le Fils de Dieu, dans l'Évangile , promettait aux justes , pour les exciter à la ferveur par le motif de l'espérance chrétienne : Mensuram banam, con/ertam et cogi-
tatam, etsupereffluentenidabunlinsinumvestrum (Luc, 6); on versera dans votre sein une bonne mesure , qui sera pressée , entassée , comblée. En effet , c'est dans la personne, ou pour mieux dire, dans l'état des saints glorifiés, que cette promesse du Sauveur trouve à la lettre son accomplissement. Mais prenant la chose dans un sens encore plus moral , et par conséquent plus propre à vous faire sentir la vérité que je vous prêche, j'appelle récompense pleine et abondante une récompense capable par elle-mém«3 de satisfaire le cœur de l'homme; capable de remplir le vide, ou plutôt la vaste étendue des désirs de l'homme; capable de rendre l'homme heureux , et dont il peut enfin être content : c'est ainsi que saint Augustin l'a conçue dans l'exposition qu'il a faite des béatitudes évangéliques. Or, dans l'un et dans l'autre sens , le Fils de Dieu seul a eu droit de nous dire absolument ce qu'il nous dit aujourd'hui : Ecce merces vestra copiosaest. Pourquoi? parce qu'il n'appartenait qu'à lui de pouvoir donner aux hommes une récompense qui eût ces deux propriétés que je viens de marquer ; ou , si vous voulez , parce qu'il n'y a que la récompense des élus de Dieu qui , par rapport à ces deux propriétés , puisse être justement regardée comme une récompense abondante et pleine.
Car n'est-il pas vrai (je commence parle premier de ces deux caractères, et , sans autre preuve, j'en appelle à vos connaissances : écoutez-moi , et consultez-vous ), n'est-il pas vrai que quicomjue s'attache à servir le monde, s'il ne veut pas y être trompé, doit se résoudre à travailler beaucoup pour gagner peu? et n'est-il pas, tout au contraire , évident et incontestable que qupd on travaille pour Dieu, pour peu qu'on fasse, on gagne infiniment? Profitons de ce parallèle, et servons-nous-en pour goûter notre religion.
Que ne faisons-nous pas tous les jours dans le monde, pour y obtenir des grâces que le monde est en possession de vendre bien chèrement? des grâres ardemment désirées, et impatiemment attendues, mais que l'on s'aperçoit enfin, dès qu'on les a, ne valoir pas à beaucoup près ce qu'il en a coûté pour les avoir? Quelles peines, quelles fatigues ne supporte-t-on pas pour parvenir dans le monde à des établissements où l'on s'était figuré des avantages considérables, mais dont on commence à se désabuser et à se dégoûter du moment qu'on y est parvenu? A quoi nes'expose-t-onpas, et sans y épargner sa vie, que ne risque-t-on pas , pour s'acquérir dans lemonde une gloire qui n'est qu'un fantôme, et dont en ne jouit pas plus tôt qu'on en reconnaît la vanité et le néant? Quels empressements n'a-t-on pas pour se procurer auprès des puissances du monde un degré de faveur qui souvent ne conduit à rien, et pour lequel on sacrifie son repos et sa liberté? A
combien de mondaine dans le christianisme ne pourrait-on pas dire avec raison ce que Dieu « par un prophète, disait aux Israélites, en leur faisant considérer les funestes suites de leur inGdélité : SeminastU muitum, et HUulistis parum (Aggs., 1), vous avez beaucoup semé, et vous avez peu recueilli : c*cst-à-dire vous vous êtes bien tourmentés, vous avez bien fait des efforts, il vous en a coûté bien des bassesses , et tout cela s'est terminé à une vaine et misérable fortune qui n'a pas répondu à votre attente , et qui s'est trouvée bien au-dessous de vos prétentions? Pourquoi? parce que, en travaillant pour le monde, vous avez semé dans une terre ingrate, dont vous n'avez dû vous promettre, et qui n'a pu vous rapporter que très-peu de fruits : 5^mvuutU muUum etUUuUstis parum. 11 faudrait un discours entier si je voulais m'étendre sur cette morale , dont peut-être vous ne seriez que trop persuadés, et qui, par l'abus que vous en pourriez faire, vous servirait de prétexte pour autoriser vos chagrins contre le monde et vos plaintes souvent trèsinjustes. Je reviens à ma comparaison.
Les saints, les élus de Dieu ont un sort bien différent. En travaillant pour Dieu, ils ont souffert, je le sais ; et je suis obligé de convenir que leur vie sur la terre a été une vie austère, pénitente, mortifiée : mais, au milieu de leurs austérités, de leurs pénitences, de leurs mortifications, ils ont eu l'avantage de pouvoir dire, aussi bien que le grand Apôtre : Non sunt condignse passiones hujus femporis ad futur am gioriam, qum revelabitur in nobis {Rom., 8); nous souffrons, il est vrai; mais, outre que nous souffrons pour la justice , ce qui pourrait dès maintenant nous tenir lieu de récompense; outre que nous souffrons pour Dieu, et que cela seul est déjà pour nous une béatitude anticipée, ce que nous souffrons n'a rien qui soit comparable à cette gloire que Dieu nous prépare, et notre grande ressource est que le moindre degré de cette gloire que nous attendons nous dédommagera pleinement et avec usure de tout ce qu'il y a de plus laborieux et de plus pénible dans la voie du ciel.
Voilà en quoi a consisté le bonheur des saints. Us marchaient, dit l'Écriture; et, dans l'esprit d*une componction salutaire , ils versaient des larmes , jetant sur la terre les précieuses semences de leurs mérites : Euntet ibant, etjlebant, miUenies semina sua. {Psalm.y 125. ) Mais ilsse consolaient par cette pensée qu'ils reviendraient bientôt triomphants et comblés de joie , portant avec eux l'abondante moisson qu'ils auraient cueillie, c'est-à-dire portant avec eux des trésors immenses de gloire, qui devaient être le prix des légers sacrifices qu'ils faisaient à Dieu : Fementes ofitem v^nient cum exultathne, portantes nuin^utos suos. (Ibid.) Ils possédaient
sua LA RÉCOMPENSE DES SAINTS.
leurs âmes dans la patience, fondés sur espéranoe qu'ils avaient d'entendre bientôt ces délicieuses paroles : Quia super paucafuistifideUs, super muUa teconstituam{liiAm. , 25) s parce que vous avez été fidèle en de petites choses , j'en ferai de grandes pour vous. Je n'épargnerai rien pour votre iranheur. Intra in gaudium Domini ttd ( ibid. ) ; entrez dans la joie de votre Dieu , parce que la joie de votre Dieu est trop grande pour entrer dans vous. Car tel est , mes chers auditeurs , le fond du mystère que nous célébrons , et c'est ce que la vue des saints et de leur gloire nous doit inspirer. Je sers un Dieu, non-seulement fidèle dans ses promesses, mais magnifique dans ses récompenses; un Dieu qoi récompense en Dieu , et qui , sans attendre cette vie éternelle qu'il me promet , m'accorde déjà le centuple de ce que je fais pour lui , par la consolation que j'ai de le faire et de Tavoir fait. Or c'est encore de là que je tire la seconde notion d'une récompense abondante.
Car j'ai dit, après saint Augustin, que c'est celle qui par elle-même suffit pour contenter l'homme, et j'ai ajouté que ce caractère ne pouvait convenir, et ne oonvenait qu'à la récompense des saints. Cette vérité a-t-elle besoin de preuve, et en fut-il jamais une plus capable de nous forcer en quelque sorte, malgré nous-mêmes, à chercher le royaume de Dieu? Il est vrai , on voit dans le monde des hommes qui , selon le monde, paraissent amplement récompensés : on en voit dont les récompenses vont même bien an delà de leurs services et de leurs mérites. Mais en voit-on de contents? en voyez-vous? en avez-vous vu? espérez-vous jamais d*en voir? et s'ils ne sont pas contents, à quoi leur servent leurs prétendues récompenses? Ils regoi^ent de biens et d'honneurs, je le veux, et fl semble que le monde se soit épuisé pour les élever à une prospérité complète; mais cependant leur coeur esl-il satisfait? ne désirent-ils plus rien? se croient-ils heureux? et dans leur prospérité même, dans ce bonheur apparent, trouvent-ils en effet la félicité? N'est-ce pas au contraire, dit saint Chrysostôme, dans ces sortes d'états qu'il est plus rare, ou plutôt moins possible de la trouver? n'est-ce pas dans les grandes fortunes que se trouvent les grands chagrins ? et qui pourrait dire le nombre de ceux qui ne sont parvenus que pour être plus malheureux, et pour le sentir plus vivement? Le monde n'avait pourtant rien épargné pour contenter leur ambition et pour les combler de ses faveurs , mais en même temps le monde n'avait pas manqué de mêler parmi ses faveurs des semences d'amertume qui en étaient inséparables , et qui devaient bientôt après produire des fruits de douleur. Le monde, en les rendant puissants et opulents, leur avait donné tout ce qui était de son ressort; mais il n'avait pu leur donner
SUR LA RÉCOMPENSE DES SAINTS
«e rassasiement, eette paix du cœur, sans quoi ni la puissance, ni Topulence, n*empécbaient pas que leur état ne fût un état affligeant. Quelque heureux qulls parussent, combien leur manquait-il de choses pour rétre? Vous me direz qu'ils me deraient s'en prendre qu'à eux-mêmes, puisqu'ils n'étaient maHMureox que parée qu'ils étaient insatiables. Et moi je réponds : Mais pourquoi , malgré les &veurs dont le Blonde les oomblait, étaient-ils encore insatiables « sinon, ajoute saint Chrysostôme, parce que c'est une yérité reconnue , constante , étemelle, que jamais les ûveurs du monde, quelque abondantes que nous les concevions, ne pourront rassasier le cceur humain ?
Quoi qu'il en soit, chrétiens, de là je conclus Texcellence et la perfection de la récompense des éhis de Dieu. Car il est encore de la foi que cette récompense seule remplira toute la capacité,, et même toute Fimmensité de notre cœur. Il est de la foi que nous trouverons en elle Taccomplissement de tous nos désirs. 11 est de la foi qu'elle sera pour nous une béatitude consommée, à laquelle il ne manquera rien, et qui nous tiendra lieu de tout. £n un mot, il est de la foi qu'avec cette récompense, tout insatiables ^ue nous sommes, nous serons contents. SaUabor, cwnapparusrit ghria twa {Ptalm.9 16), disait à Dieu cet homme selon le cœur de Dieu : Je serai rassasié, quand vous me découvrirez votre gloire. Comme s'il eût dit : Jusque-là, Sdgneur, quoi que le monde fasse pour moi, je serai toujours affamé et altéré; jusque-là, ennuyé de ce que je suis , je voudrai toujours être ce que je ne suis pas; jusque-là, mon cœur, plein de va{ns désirs, et vide des biens solides, sera toujours dans Pagitation et dans le trouble. Mais quand vous m'aurez fait part de votre gloire, m(m cœur rassasié commencera à être tranquille. Je ne sentirai plus cette soif ardente de la cupidité qui me brûlait; je n'aurai plus cette faim avide d'une ambition secrète qui me dévorait. Tous mes désirs cesseront , parce que je trouverai dans votre gloire la plénitude du bonheur, la plénitude du repos , la plénitude de la joie; parce que cette gloire, quand je la posséderai , sera pour moi l'affranchissement de tout mal, et la jouissance de tout bien : Satiabor, cum apparuerit gloria tua.
C'est ainsi que parlait David. Êtai^oe par exagération , ou dans le transport d'une extase? Non , dirétiens : il parlait selon le premier sentiment qui naissait dans son Ame, et il ne fienit pas s'étonner si, touché de la vérité que je vous annonce. Il se servttt d'une expression aussi forte que celle-ci : Sa- Uahor : parce qu'il savait que eette gloire et cette récompense des élus, après laquelle il soupirait, n'était rien autre dmse que Dieu même. Car la Ibi nous apprend encore que c'est Dieu lui-même
qui doit être notre récompense : Ego merces tua magna nimis (Gènes., 16); oui, moi-même, dit Dieu à son serviteur Abraham, moi-même, qui suis ton Seigneur et ton mettre, je serai ta récompense et ta béatitude. Hors de moi, rien ne pouvait l'être, et toute ma gloire sans moi ne serait pas assez pour toi. Il me aillait moi-même pour te rendre heureux, et c'est pourquoi je ne te promets point d'autre récompense que moi-même : c'est moi que tu posséderas : Ego merces tua. Or il est aisé de concevoir comment la possession d'un Dieu peut opérer dans l'homme l'effet divin que David s'efforçait d'exprimer par cette parole : SaUabor. Car c'est là, mes chers auditeurs, tout le secret de eette félicité incompréhensible dont jouiront les saints dans le ciel. Ils posséderont Dieu; ils seront pleins de Dieu : Inebrialmniur ab ubertate do» mus tum (Psaàn. 35) : ils seront enivrés", ô mon Dieu! de l'abondance qui remplit votre maison ? Et torrenie votuptaiis tusRpotaàiseos (ibid.) : ils boiront à longs traits dans le torrent de vos déliées, dont ils seront inondés. Pourquoi? il en apporte la raison, qui est convaincante : Quoniam apud te estfons vitœ (ibid.); parce que c'est en vous qu'est la source de la vie. Voilà, dis-je, chrétiens, quelle sera votre récompense; voilà, au milieu des misères qui nous accablent dans cette vallée de larmes, ce que nous croyons et ce que nous espérons. Mais peut-être, charnels que nous sommes, ne le comprenons-nous qu'à demi; et peut-être, vous, à qui je parle, auriez-vous besoin que votre foi sur cela Àt soutenue et fortifiée par quelque effet présent et sensible. Hé bien ! comme pr^icateur de l'Évangile Je ^^ux en ceci m'accommoder à vos faibles dispositions.
Vous me demandez un préjugé sensible de ce que la foi nous enseigne sur tout ce que je viens do vous dire? Le voici : c'est que tout ce j'ai dit, non-seulement s'accomplira, mais s'accomplit en quelque manière dès maintenant dans la personne des justes : Ecee merces veslra copiosa. Je m'explique : ce qui nous fait sênsibleroent connaître que les élus de Dieu seront rassasiés de la possession de Dieu, c'est qu'en effet dès cette vie nous voyons des hommes qui , par un esprit de religion , renonçant à tout le reste, se tiennent heureux de ne posséder que Dieu et de ne s'attacher qu'à Dieu. Sans parler des saints glorifiés, nous voyons des saints sur la terre qui jouissent déjà en quelque sorte de ce bonheur : Sanctis gui in terra sunt ejus. {Psaim. 15.) Il y en a peu, si vous voulez, dans ce degré de perfection, mais il y en a, et peut-être en connaissez- vous qui y sont parvenus. Des hommes détachés du monde, qui ont tout quitté pour Dieu et qui trouvent tout en Dieu; des hommes qui, contents de Dieu , disent, aussi
SUR LA RECOMPENSE DES SAINTS
bien que David : Quid mihi est in cœlof et à te quid votid super terramf {PscUm, 72) qu*y a-t-ii pour moi dans le ciel , et que désiré-je sur la terre, hors vous , Seigneur ? ou plutôt qui , enchérissant même sur David, pourraient dire, non plus comme lui : ScUiabor, je serai rassasié; mais je le suis du seul avant-goât que vous me donnez de votre gloire. Oui , nous en voyons des exemples ; et Dieu , ou pour nous édifler, ou pour nous confondre, nous en met devant les yeux.
Cest, malgré Tiniquité du siècle, ce que la grâce de Jésus*Christ opère dans ces fervents chrétiens qui sanctiGent la terre par leurs vertus : sanctit qui in terra sunt. Nous ne voyons point de mondains contents du monde, et nous voyons des serviteurs et des servantes de Dieu contents du Dieu auquel ils se sont dévoués. En faudrait-il davantage pour réveiller tout notre zèle? Nous ne voyons point de riches contents de leurs richesses , et nous voyons des pauvres évangéliques contents de leur pauvreté. Nous ne voyons point d'amhitieux contents de leur fortune, et nous voyons des hommes solidement humbles contents de leur abaissement. Nous ne voyons point de sensuels contents de leurs plaisirs , et nous voyons des hommes , non-seulement morts, mais crucifiés pour le monde, contents de leurs austérités et de leurs croix. En un mot, nous voyons ces béatitudes de Jésus-Christ, en apparence si paradoxes et si incroyables , autbentiquement et sensiblement vérifiées; je veux dire des hommes, dans la vue de Dieu, et par un zèle ardent de plaire à Dieu, heureux de souffrir, heureux de pleurer , heureux de ne posséder rien , parce qu'au milieu de tout cela ils possèdent Dieu, pendant que le monde, avec toutes ses prospérités et toutes ses fausses joies, ne peut être heureux ni content. Peut-on rien opposer à Tévidence de cette démonstration?
Avoir Dieu pour partage et pour récompense, voilà le sort avantageux de ceux qui cherchent Dieju de bonne foi et avec une intention pure. Le dirai-je, et me permettrez- vous de m*en rendre à moi-même le témoignage? tout pécheur et tout indigne que je suis, voilà ce que Dieu, par sa grâce, m*a fait plus d'une fois sentir. Combien de fois. Seigneur, m'est-il arrivé de goûter avec suavité l'abondance de ces consolations célestes dont vous êtes la source, et qui sont déjà sur la terre un paradis anticipé? Combien de fois, rempli de vous, ai-je méprisé tout le reste, et compté le monde pour rien? Vous bannissiez de mon coeur les vains plaisirs: mais pour empêcher que mon cœur ne les regrettât , vous y entriez à leur place : £t inirabaspro eis (Aue., Confess.^ lib. ix, c. 1); et dès là. Seigneur^ la privation de ces plaisirs était pour moi plus délicieuse que n'en aurait ja-
mais été, ni n'en aurait pu être la possession. Or, si dans ce lieu de bannissement et d'exil , où j0 ne vous vois qu'à travers le sombre voile de la foi, vous remplissez déjà mon coeur, que sera-ce dans cette bienheureuse paâ*ie , où je vous verrat face à face? Qui derit in patria, si tanta est copia delectaUonis in viaf Si, en vertu de la profession que j'ai faite quand j'ai quitté le monde pour vous suivre, je me tiens déjà si riche de votre pauvreté, que sera-ce, et que dois-je espérer des richesses de votre sainte demeure ?ÇiÉMs/em mejacturus es de (Uvitiis tids, quem dioitem Jam facis de pauper' tate tua. Si de souffrir pDur vous est un si grand bien, que sera-ce de régner avec vous? et que se** rai-je dans la participation de votre gloire, puisqu'il m'est déjà si glorieux et si doux d*avoir part à vos abaissements? Et quid ero tum participa'' tkme glorix, cujusjam sum opprobrio gloriosusf Récompense abondante aussi bien que sûre : vou» l'avez vu. Je dis , enfin, récompense étemelle, qui nous est réservée dans le ciel : Eece merces ves' tra copiosa est in cœUs, C'est par où je vais finir*