‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 54 sur 256 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Pour bien expliquer ma première pensée, je parle, chrétiens, d'un pécheur qui ne laisse pas au milieu de ses désordres de conserver le fonds de sa re}}£pon; qui traite au moins de bonne foi et sineèremeni avec Dieu ; qui reconnatt le malheureux

état de sa conscience; qui confesse son péché, qui en gémit et qui le déplore, mais qui ne se sent pas néanmoins encore parfaitement disposé à le quitter. S'éloigner alors de la communion , parce que l'on s'en trouve indigne , j'avoue que c'est une raison, et une raison très-bien fondée, puisqu'il est évident, et de la foi même, que le pécheur, tandis que son péché subsiste, ne peut approcher de ce sacrement sans se rendre coupable d'un sacrilège. Mais je dis, mes cbers auditeurs , que cette raison a besoin d'être éclaircie; et cet éclaircissement consiste à vous faire voir que le pécheur n*en doit pas demeurer là, c'est-à-dire qu'il ne doit pas tellement s'éloigner de la communion pour son indignité, qu'il croie, en s'abstenant de participer au divin mystère, avoir satisfait pleinement à son devoir; mais qu'il doit être persuadé d'un autre principe non moins essentiel ni moins incontestable, je veux dire, de l'obligation où il est de sortir au plus tôt et incessamment de l'état de son indignité, pour pouvoir être admis à la table du Seigneur ; en sorte que la communion même lui soit un motif, mais un motif pressant, qui le réduise à la nécessité de se convertir; et que , dans la vue de l'adorable sacrement dont son péché le tient éloigné, il fasse les derniers efforts pour mériter, par une véritable et prompte pénitence, de s'en approcher. Voilà , s'il connaît bien ses devoirs, la âw» position où il doit être, et sans laquelle je prétends qu'il n'y a rien de solide dans sa conduite.

Car la grande maxime, chrétiens, sur laquelle doit rouler toute la conduite d'un pécheur, en ce qui regarde l'usage de la communion, est de ne séparer jamais ces deux vérités , qui sont deux règles inviolables dans le christianisme; l'une, que Jésus-Christ nous commande de manger sa diair; et l'autre, qu'il nous défend de la manger Indignement; l'une, que la chair de cet Homme-Diea doit être la nourriture de nos âmes; et l'autre, que cette nourriture, quoique par elle-même salutaire, devient un poison pour quiconque en use dans l'état du péché : l'une, que, comme il est impossible d'entretenir la vie naturelle sans le secours des aliments, aussi est-il impossible d'entretenir, sans la sainte eucharistie, la vie de la grâce ; et l'autre, que comme les aliments dans un corps malade, bien loin de le fortifier et de le nourrir, Taffaiblissent et se tournent en corruption , jusqu'à détruire le principe de la vie , ainsi la divine eucharistie causât-elle la mort à tout homme qui, sans avoir purifié son cœur, est assez téméraire pour la recevoir. Si le pécheur s'attache à l'une de ces vérités sans y joindre l'autre, il s'égare et il se perd; mais s'il les embrasse toutes deux, il commence à entrer dans la voie de Dieu. Car écoutez comment il raisonne. Jésus-Chnsl me défend de manger sa chair, et me

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sépare de lui, tandis que le péché règne en moi ; il ne faut done pas que je la mange dans Fétat présent où je suis. Mais il m'avertit d'ailleurs que sî je ne la mange pas , je n*ai pas en moi , ni ne puis avoir cette vie surnaturelle qui fait la sanctification et le bonheur des justes; il faut donc, quoi qu'il m'en coûte, que je sorte de l'état où je suis, pour me rendre capable de la manger. Je ne puis me dispenser d'obéir à l'un et k l'autre de ces deux commandements; au premier, pour Pintérét de Jésus-Christ ; au second , pour mon intérêt propre. Si je communie indignement , je profane le corps daSetgnear; voilà l'intérêt de Jésus-Christ, à quoi je dois pourvoir. Si je ne communie pas, je suis bomleide de mon âme, en la privant de ce qui seul peut la nourrir et la faire vivre ; voilà mon intérêt propre que je dois sauver. Si je mange ce pain des anges, moi pécbeur et demeurant pécheur, je le mange à ma condamnation. Mais d'ailleurs si je ne le mange pas, il est sûr que je périrai. Il ne me reste donc qu'un parti à prendre, et qu'il faut que je prenne nécessairement, savoir, de changer de vie, de renoncer à mon péché, de rentrer en grâce avec Dieu, et de me mettre en état de manger ce pain vivant aOn qu'il puisse être pour moi un pain vivifiant ; car je satisferai par là à ce qui regarde l'honneur de Jésus-Christ, et je satisferai par là même à ce qui regarde mon avantage particulier. Ainsi j'accompUrai tout ce que Dieu exige de moi, qui est que je mange et que je vive de ce pain en le mangeant utilement. Voilà, dis-je, comment il raisonnera; et ce raisonnement, encore une fois, sera la cause déterminante et infaillible de sa conversion; au lieu que s'il s'arrête uniquement à son indignité , il en demeurera toujours au terme d'une vie criminelle, sans rien résoudre pour son salut, etsana faireaucune démarche pour retourner promptement à Dieu.

Or, ce principe, chrétiens, que le pécheur luimême doit s'appliquer, est encore celui dont les ministres de Jésus-Christ doivent se servir en travaillant à son instruction. De ces deux préceptes que je viens de vous expliquer, ils ne doivent jamais lui représenter l'un sans le faire au même temps souvenir de l'autre. Pourquoi ? parce que l'un sans l'autre ne lui peut être qu'inutile , ou même préjudiciable. Car si vous remontrez sans cesse à un pécheur l'affreux danger d'une communion indigne, sans jamais lui parier de la nécessité indispensable d'une bonne communion , vous le portez à ne communier jamais, con^e le commandement du Fils de Dieu : Nisi manducaveriiis carnem Fiiii hominis , non habebi' Us vitam in vobis, (Joan. 6.) Au contraire, si vous lui parlez seulement de la nécessité de communier, sans jamais lui faire craindre le danger d'une com-

munion indigne, vous lui donnez lieu de faire bien des communions imparfoites et même sacrilèges, contre le commandement de saint Paul : Probet auiem seipsum homo. (1. Cor. 11.) Et voilà, mes chers auditeurs (permettez-moi de fiiire ici une réflexion dont je suis certain que vous conviendrez avec moi), voilà quelle a été la source de tous les maux qu'a produits la diversité des opinions qu'on a vue de tout temps dans l'Église , et qui si souvent a partagé les esprits touchant l'usage du sacrement de nos autels. Les uns bornant leur zèle à intimider les pécheurs pour les éloigner des saints mystères , et les autres à leur donner de la confiance pour les en approcher ; ceux-ci leur répétant mille fois ces paroles terribles : QuimanduaU incUffneJudiciumMi mon* ducat etbibit (Ibid.) , et ceux-là les inritant toujours par ces paroles consolantes : Qui manducat hune pttnem,vivei in sUemum (Joan. 6); les premiers réduisant toute leur conduite à donner horreur des communions indignes, et les seconds semblant la rapporter toute à exciter dans les cœurs le désir d'une sainte communion , ni les uns ni les autres nes'unissaient parfaitement pour l'exécution des desseins de Jésus-Christ. S'ils étaient convenus ensemble , on aurait fait de leurs divers sentiments un tem* pérament admirable , dont l'Église aurait profité , et qui était le grand moyen de sanctifier les pécheurs. Mais parce qu'ils ne s*entendaient pas, et que chacun d'eux peut-être abondait en son sens, ni les pé« cheurs ni l'Église n'en tiraient l'avantage que Dieu prétendait. Car ceux qui n'avaient dans la bouche que les anathèmes de la parole de Dieu contre les abus de la communion , sans jamais rien dire qui pût servir d'attrait à ce sacrement , allaient peu à peu à en abolir l'usage , et à faire disparaître de la table de l'époux tous les conviés ; mais ceux aussi qui ne pensaient qu'à donner une haute idée des fruits de la communion , et qui se proposaient d*attirer à la table du Sauveur un grand nombre de conviés, se mettaient au hasard , comme les serviteurs de la para* bole , d'y attirer indifféremment les bons et les mau» vais. Ce qu'ils disaient de part et d'autre pouvait être vrai , et cependant ils ne disaient ni de part ni d'autre ce qui devait produire l'entier effet du sacre* ment de J^us-Christ, parce que chacun n'en disait qu'une partie. Que fallait-il donc? c'est la judicieuse remarque du saint évêque de Genève. Il fallait dire tout , et joindre aux menaces de ceux-ci les invitations de ceux-là : dire aux pécheurs : Craignez d'approcher de cette sainte table , et craignez de n'en approcher pas. Craignez d'en approcher, si vous n'avez pas la robe de noces, qui est la grâce; et craignez de n'en approcher pas, parce qu'il n'y » que les ennemis de Dieu qui en soient exclus. La viande qui vous est présentée est mortelle pour vous, si vous n*en faites pas un juste discernement par

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l'esprit de la foi ; mais comprenez aussi que c*est une viande salutaire , sans laquelle le Fils de Dieu ne demeurera point en vous, ni vous en lui. Ainsi ^ tremblez en recevant cette viande ; car trembler respectueusement , c*est même une des dispositions nécessaires pour la recevoir; mais tremblez encore davantage si vous ne la recevez pas ; parce que vous ne voulez pas y apporter la préparation nécessaire. Voilà comment il fhllait parler.

Et c*est, chrétiens f le langage qu*ont tenu tous les Pères de TÉglise quand ils se sont expliqués sur cette matière. Comme ces grands hommes étaient conduits par Tesprit de Dieu , ils n'ont eu garde de séparer ces deux choses « qu'ils savaient bien n'avoir jamais été séparées dans Fintention du Sauveur du monde. Éprouvons-nous, disait saint Cbrysost6me, et jugeons-nous, de peur qu'en participant au corps de Jésus-Christ, nous n'attirions sur nos têtes des charbons de feu; c'est-à-dire, Tindignation de Dieu et ses vengeances. Car ainsi ce Père s'exprimait-il , et ces paroles étaient Ctipables d'inspirer aux fidèles qui l'écoutaient de la frayeur. Mais au même temps il y ajoutait le correctif : Or je ne vous dis point ceci afin que vous n'y participiez pas; à Dieu ne plaise! mais pour vous engager à y participer avec les dispositions et selon les règles que la loi de Dieu vous prescrit. Hoc autem non dico iU non accédaiU, sedut temere non accedatis. (Chbysost.) Car de même, poursuivailril que d'y participer indiscrètement, c'est s'exposer à se perdre ; aussi n'y point participer, c'est la ruine et la mort de Thomme chrétien : Nam sicut temere accedere.pericuium est, ita omninononaccedere/ames€stetmors.{CaxYSOST.) J'en vois parmi vous, disait saint Augustin, qui se retirent de la communion , parce qu'ils se sentent coupables : Adœrto fumnulîos ex vohis communioncm declinare, idque ex consdenUa gravium deliciorum, (AUG.) Et moi, reprenait-il (décision importante de ce saint docteur) , je leur déclare que s'ils s'en tiennent précisément là , ils ne font qu'augmenter le poids et le nombre de leurs péchés , en commettant encore un nouveau péché , et se privant du • plus nécessaire et du plus souverain remède : Hoc est enim reatum congregare, et remedlum decUnare. (Auo. } Je vous conjure donc, mes frères, concluait-il , que si quelqu'un de vous se juge indigne de la communion, il travaille à s'en rendre digne, parce que quiconque n'est pas digne de ce sacrement n'est pas digne de Dieu : Quapropter hortor vos, fratres, ut si quis ex vobis indignumse communione eecksiasticaputat, dignum se /aciat.(lh\â. ) Voilà comment parlaient les Pères. Or, ce qu'ils disaient généralement et absolument est encore plus vrai par rapport à c^ saint temps où le précepte de Jésus- Christ , déterminé par celui de l'Église , impose aux fidèles une obligation expresse et particulière decom-

munier. Tdie est la solennité de Pâques , à laquelle nous devons nous préparer chaque jour de ce caréme« et qui ne peut être célébrée dans le christianisme que parla manducation de Tagneau, qui est Jésus-Christ. Car se contenter alors de menacer un pécheur de la colère de Dieu , s'il est assez téméraire pour communier dans l'état de son péché, et ne le pas menacer de la colère du même Dieu , s'il ne quitte son péché, et s'il ne communie pour satisfaire à ce commandement, ni«i manducaveritis , c'est ne l'instruire qu'à demi , et lui donner lieu de jfomenter par là son impénitenee. Il faut lui signifier l'ordre du mettre, j'en» tends du grand maître, en lui disant ce que le Sauveur, par deux de ses disciples, envoya dire à cet homme dont il avait choisi la maison pour y faire la pâque : Magister dicit : Apud te fado pascha. (M4TTH. 26.) C'est chez vous, mon frère, ainsi doit-on parler à un pécheur, c'est chez vous, ou plutôt dans vous, que le mystère de la pâque doit être accompli; puisque le temps approche où Jésus-Christ, qui est la véritable pâque des chrétiens, veut et doit être reçu de vous dans l'adorable eucharistie. Vous n'y êtes pas disposé , mais c'est pour cela mêmequ'on vous l'annonce de bonne heure, afin que vous vous y disposiez, et que vous vous y disposiez sérieusement, promptement, efficacement. Car il n'y a point ici de milieu pour vous . Demeurant dans votre péché, et ne vous disposant pas, vous ne pouvez éviter d'être ou un profanateur, ou un déserteur du sacrement de Jésus-Christ : un profanateur, si vous mangez cette pâque sans vous y être préparé par une conversion sincère; un déserteur, si, ûute de préparation et de conversion , vous vous trouvez hors d'état de la manger. De prétendre qu'on a eu tort de vous réduire à cette extrémité, c'est vouloir contrôler la conduite , et de l'Église qui est votre mère, et de Jésus-Christ qui est votre Dieu. De dire que cette extrémité peut vous porter à des abus, c'est vouloir vous justifier par votre propre désordre, qui consiste à abuser de tout, n^ême des choses les plus saintes. Quoi qu'il en soit, voici la peine dont l'Église, en vertu du pouvoir qu'elle a de lier et de délier, est en droit, selon les canons, de punir votre désobéissance : savoir, de vous retraudier de sa communion, comme un membre scandaleux, quand, par l'endurcissement de votre cœur, ou par un attachement opiniâtre à l'objet de votre passion, vous venez à vous séparer vous-même de la communion du corps de Jésus-Christ. Elle n'a point prétendu par là vous dresser un piège, ni vous exposer au péril d'ajouter péché sur péché; mais, comnae une mère zélée, elle a prétendu vous faire un devoir nécessaire, un devoir indispensable de ce qu'il y a, dans le christianisme que vous professez, déplus salutaire pour vous et de plus sacré. Pour cela, il faut rompre vos liens, et sortir des engagements criminels

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où vous êtes; mais c'est justement à quoi tend le prëeeptede la communion. Pour cela il faut arracher Toeil qui vous scandalise , c'est-à-dire , renoncer à ce commerce qui est le scandale de votre vie ; mais c*est en quoi vous devez admirer le précepte de la communion, qui vous force, pour ainsi dire, à ce qui doit faire, selon Dieu , tout votre bonheur.

Et en effet , qud a été le dessein de l'Église quand elle a établi ces lois rigoureuses contre les pécheurs endurcis qui désobéissent à ses ordres , et qui négligent de célébrer la pâque? Elle a voulu les obliger, les nécessiter, et, puisque le Saint-Esprit même s'en explique ainsi , les contraindre en quelque manière à se purifier par la pénitence, pour mériter d'être admis à la table de Jésus-Christ : Compelie inlrtm. (Luc. 14.) Voilà l'utile contrainte dont elle usait autrefois, et la sainte violence qu'elle faisait à ces sortes de pécheurs. Car, tout pécheurs qu'ils étaient, ne cessant pas d'être chrétiens et ses enfants, elle se promettait de leur religion et de leur foi qu'ils ne seraient jamais assez endurcis pour se présenter à cette table sans s'être auparavant bien éprouvés. Aussi , touchés eux-mêmes , quoique pécheurs , d'un respect religieux et d'une profonde vénération pour ce sacrement, ils faisaient, dans la vue de le recevoir, ce que jamais sans cela ils n'auraient fait ; je veux dire qu'on voyait en eux des changements et des réformes à quoi tout autre motif ne les aurait jamais engagés. Cette obligation de manger la chair d'un Bien , et d'ailleurs cette horreur de la manger indignement, voilà ce qui les convertissait, voilà ce qui leur faisait prendre toutes les mesures nécessaires pour rentrer en grâce avec Dieu ; voilà ce qui arnM^it de leurs cœurs les passions les plus dominantes. Vous me direz, encore une fois, que de là venaient aussi les sacrilèges : et moi je réponds qu'il n'y a rien en effet de si sacré que l'homme ne puisse profaner; mais qu'il est toujours vrai que le danger de cette profanation n'a point empêché le Saureur du monde d'obliger tous les fidèles à manger sa chair, sous peine d*un éternelle mort; et que l^Église son épouse n'aurait pas agi conformément à ses intentions, si, dans le même temps qu'elle publie aux fidèles l'anathème de saint Paul contre les communions indignes* elle ne les réduisait par ses censures à l'heureuse nécessité d'en faire de saintes et de profitables.

Cependant, pour ne pas joindre ces deux vérités , ▼dcl , mes chers auditeurs , les deux écueils où conduit aujourd'hui l'esprit du siècle. Pourvu qu'on persuade à un pécheur, et qu'on obtienne de lui qu'il lasse au dehors son devoir de chrétien , et qu'il s'approche des autels , on croit avoir beaucoup gagné. Avec cela* et cela seul, on loue sa religion, on ne doute point de sa conversion, on se promet tout de sa persévérance : c'est le premier écueil. Mais d'ail-

leurs aussi, pourvu qu'on Casse entendre à un pécheur qu'il n'y a point de communion pour lui , tan« dis qu'il est dans l'habitude de son péché, on croit avoir tout fait; et si ce pécheur, confessant son indignité , se tient éloigné des autels , on en est content , comme s'il avait accompli toute la justice : avec cela, qu'il persévère dans son libertinage, on le tolère, on le souffre. Vous diriez que l'éloignement de la communion mette tout le reste à couvert , et qu'il lui soit permis alors de vivre avec impunité, et selon tous les désirs de son coeur. Du premier de ces deux abus que s'ensuit-il? que parmi ceux qui communient, il y en a tant de faibles , tant d'assoupis et de languissants, et, pour user du terme de saint Paul, tant qui dorment du sommeil de la mort : Ideo inter vos mtUU infirmietimbeciliesj etdcrmUw/U mttftl.(1. Cor. 11.) Et qu'arrive-t-il du second? que parmi ceux qui ne communient pas , il y en a tant de scandaleux, qui sont aujourd'hui comme en possession de ne donner plus à l'Ëglise nulle marque de christianisme, puisque la plus essentielle marque qui nous distingue en qualité de chrétien est, sdon Tapôtre, la participation du corps de Jésus-Christ. De là vient que , par un excès de relâchement , et même par une malheureuse prescription , on ne s'étonne presque plusde voir des mondains et des mondaines qui de notoriété publique semblent depuis plusieurs années s'être eux-mêmes librement et volontairement excommuniés; et qu'au mépris de la religion, ces canons et ces lois si saintes, qui punissaient un tel désordre, ne sont ou paraissent n'être plus de nul usage. Décadence qui plonge dans l'amertume les vrais pasteurs, et qui les jette dans le trouble lorsqu'ils sont témoins de la perte de tant d'âmes. Et tout cela, je le répète, parce qu'on n'instruit pas assez les pécheurs de leurs devoirs, parce qu'on ne leur en fait pas connaître toute l'étendue, parce qu'on leur fait seulement éviter un scandale par un autre scandale : le scandale de la mauvaise communion par le scandale de l'impénitence et de l'irréligion, ou le scandale de l'irréligion et de l'impénitence par le scandale de la mauvaise communion : au lieu de leur faire bien entendre qu'il ne suffit pas de retrancher l'un ou l'autre scandale, mais qu'il faut tout à la fois se préserver de Fj^ n et de Tautre.

Car c'est pour les pécheurs , ê mon Dieu , comme pour les justes que votre sacrement est institué : je ne dis pas pour les pécheurs impénitents , mais pour les pécheurs convertis , pour les pécheurs changés et sanctifiés. Tandis que vous étiez sur la terre , adorable Sauveur, vous n'avez pas dédaigné de manger à la table des pécheurs; maintenant, par une conduite bien différente, mais totjyourspar le même esprit, vous admettez les pécheurs pénitents à vo^ tre table : et comme autrefois vous mangiez à la table de ces pécheurs que votre grâco convertissait ,

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bien plus volontien qu^à la table des pharisiens orgueilleux et superbes; aussi puîs-je dire, pour la consolation de mes auditeurs et pour la mienne, qu'il n'y a point de chrétiens plus favorablement reçus de vous que les pécheurs qui se convertissent, et qui renoncent à leur pédié, pour se rapprocher de vous. Mais cela, comme j*ai dit, suppose que ce sont des pécheurs sincères, et qui agissent de bonne foi ; car si ce sont des mondains qui s'aveuglent et ;jui se flattent, le respect prétendu qu'ils allèguent pour s'éloigner du sacrement de Jésus-Christ n'est plus une raison à éclaircir, mais un prétexte que je doi^ lever dans la seconde partie.

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