DEUXIÈME PARTIE
Il n'est rien de plus subtil que l'esprit du monde pour nous conduire à ses fins, ni rien de plus artificieux pour donner aux choses la couleur et la forme qu'il Iqi platt, quand il s'agit de nous éblouir et de nous tromper dans le discernement que nous avons a faire des voies de Dieu. Car il n'y a point alors de motif spécieux qu'il ne nous propose; et souvent nous nous y laissons surprendre , jusques à nous persuader et à croire qu'en nous éloignant même de Dieu , nous honorons Dieu. Or voilà le caractère de ces autres pécheurs dont j'ai présentement à vous parler; je veux dire, de ces mondains qui, se flattant d'avoir de la religion, et d'agir par esprit de l'eligion , se trompent eux-mêmes ; et qui , s'écartant du chemin droit et simple de la vérité , se font une erreur grossière de leur prétendue humilité. Je m'explique. Ils disent, et même ils le pensent, que c'est par respect qu'ils se retirent de la communion, parce c^U'ils conviennent devant Dieu qu'ils en sont indignes. Et moi je soutiens que ce respect dans eux est un vain respect. Je prétends , et je vais leur démontrer, que ce respect dans Fusage qu'ils en font, et à l'examiner dans ses circonstances , est un faux respect. Enfin j^ajoute que c'est un respect qui n'a nulle conformité ayec celql qu'ont fait paraître dans tous les temps les vrais chrétiens quapd ils se sont séparés du saerefnent dç Jésus-Christ selon les règles et l'esprit de l'Église. Trois importaptes réflexions par où j'entrepren(|s, non p^s de les confondre, mais de confondre dans leurs personnes l'esprit du monde qui les aveugle, et qui, pour les attirer dans le précipice et pour les perdre, .fait luire à leurs yeux vn faux jour de dévotion jusque dans leur indévotion même.
Je dis que c'est un vain respect ; en voici la preuve. Car qu'est-ce que j'appelle vain respect? celui qui n'opère rien, qui n'est ^uivi de rien, qui n'aboutit à rien, qui n'engage à rien , qui ne sait rien faire ppuf se rendre moins indigne de Jésus-Christ et de son sacrement; celui qui laisse toujours le pécheur f|ans ses mêmes imperfections; qui ne le rend ni
plus fervent, ni plus régulier, ni plus saint; en un mot, celui dont l'unique marque est de ne pas communier. N'est-ce pas là évidemment un respect inutile et sans fruit? Or tel est le respect de ces pécheurs à qui j'adresse cette seconde instruction ; et s'ils savent se faire justice, ils seront les premiers à le reconnaître. Et en efifet, si le respect qu'ils ont, ou qu'ils croient avoir pour Jésus-Christ, était le vrai motif qui les éloignât de la communion, ce motif , à force d'agir et de faire impression sur eux , les engagerait à quelque chose de plus; et pour peu qu'il eût d'el!!cace, au moins parattrait-il dans leur conduite qu'ils en sont touchés. Or «'est ce qui ne paraît en aucune sorte. Car à quoi ce motif, s'ils ea étaient réellement touchés, à quoi dans la pratique ce sentiment de respect les porterait-il? à se détacher du monde, puisque c'est de leur propre aveu l'amour du monde qui les rend indignes de la table du Fils de Dieu. Pénétrés qu'ils seraient de leur Indignité , et reconnaissant que leur indignité vient de la passion malheureuse qu'ils ont pour le monde, pour les fausses joies du monde, pour les divertissements peu chrétiens et dangereux du monde , pour les intrigues du monde , pour la vanité et le luxe du monde, que feraient-ils? Ils se priveraient de ces divertissements; ils s'interdiraient ces plaisirs, ils retrancheraient ce luxe, ils renonceraient à cette vanité , rh quitteraient ces intrigues , et par ce sacrifice parfait qu'ils en feraient à Jésus-Christ, d'indignes qu'ils sont de manger sa chair, ils commenceraient à s'en rendre dignes. Ce sont là les solides témoignages qu'ils lui donneraient et qu'ils devraient lui donner de leur respect. Ils ne font rien de tout cela ; et à juger d'eux par leurs œuvres , on ne peut pas croire qu'ils y aient encore la moindre disposition. Eux-mêmes , si j'en attestais leurs consciences, ils avoueraient qu'ils en sont très-éloignés. Il n'est donc pas vrai que ce respect les touche autant qu'ils le prétendent : ce n'est donc pas ee respect qui les empêche d'approcher des divins mystë^; mais quoi ? je l'ai dit , et je le redis : un attachement opiniâtre au monde, et à tout ce qui s'appelle monde. Ils sont du monde ; et ce monde , que Dieu réprouve, ne goûte point Jésus-Christ. Ils aiment le monde plus que Jésus-Christ , et voilà pourquoi ils quittent Jésus-Christ pour le monde. Cette apparence de respect n'est qu'un voile dont ils se couvrent, et dont leur amour-propre se fait honneur. Mais au fond, c'est le monde qui les possède , et qui leur inspire pour la communion cette froideur, cette indifférence, disons mieux, ce dégoût.
Et c'est ce que le Sauveur hii-mêmea voulu nous faire comprendre dans la parabole des conviés qui négligèrent de venir au festin , parce que d'autres soins leur occupaient l'esprit et le cœur. Avec cette différence bien remarquable, reprend saint Augus-
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tin, qa'ini tnoîns les confiés de la parabole confessèrent de bonne foi les Traies raisons qui les arrétèrent; au lieo quecesroondaiiuti dont il estici questimi, affectent de ne pas connaître et se cachent à eoxHDémeB la cause de leur désordre, se prévalant toujours de ce yain prétexte, qu'indignes qu'ils sont de comoiunier, le meilleur pour eux est de s'enabs» tenir; se consolant intérieurement, comme s'ils honoraient parla Jésus-Christ, et que Jésus-Christ ddt un jour les récompenser de ce qu'ils abandonnent ses autels , pour jouir plus en repos et avec plus de liberté des plaisirs du siècle. Car voilà, mes chers auditeurs, jusqu'où va leur aveuglement. Et pour kl convaincre, ajoutait saint Chrysostôme (ceci parait sans réplique) « pour les convaincre que, par report à eux, ce prétendu respect n'est qu'un prétexte, et non pas une raison , c'est que pour communier plus rarement, ils n'en communient pas plus dignement; c'est-à-dire que, lorsqu'ils communient, llsne s^f disposent pas mieux, qu'ils ne s'éprouvent pas avec plus de soin, qu'ils ne s'en séparent pas plus du monde, et, si j'ose ainsi m'exprimer, que pour recevoir chez eux Jésus-Christ , ils ne s'en mettent pas plus en frais; se persuadant, par la plus ûiusse de toutes les maximes , que communier peu, sans y rien ajouter de plus, doit leur tenir lieu de mérite et de tout mérite; et par une visible erreur, dont ils ne s'aperçoivent pas, mesurant tout le respect qu'ils rendent au divin mystère, non par plus d'attention sur eux-mêmes, non par plus de ûdélité à leurs devoirs, non par plus d'exactitude ni plus de régularité, mais par l'intervalle et l'espace de temps qu'ils mettent entre une communion et l'autre : iVofi mundUiam animi, sedirUervaila temporiêkmgiaris meritumputarUes. ( Chrysost. ) Marque infaillible, dit cePère^ que ce n'est, ni humilité, ni respect ; mais une illusion toute pure de Tesprit du monde qui les séduit.
Or je dis, chrétiens, qu'il est d'une importance extrême de leur ôter ce prétexte. Et comment ? Prenez garde, s'il vous platt : non pas en leur fecilitant la communion, ni en les y portant, tandis qu'ils son^ encore dans les engagements d'une vie mondaine : je sais trop ce que la dignité de ce sacrement exige d'une âme fidèle ; et malheur à moi fi, dans la plus grande action du christianisme , et dans les dispositions qu'il y faut apporter, je venais jamais à ouvrir la porte aux moindres relâchements ! Mais j'appelle ôter à une âme mondaine ce prétexte, l'obliger à parler juste, et à ne plus dire : Je m'éloigne du corps de Jésus-Christ, parce que je le respecte; mais je m'en éloigne, parce que je suis une ilnie libertine qui ne veux pas m'assujettir aux saintes lois que ma religion me prescrit pour en approdier. Je m'en éloigne , parce que je suis une âme dissipée, qui n'ai en tête que le monde et que mon
plaisir. Je m'en éloigne , parce que je suis une âme lâche qui n'ai pas le courage de rien faire, ni de rien entreprendre pour mon salut. Je m'en éloigne, parce que j'ai un empressement pour les affaires temporelles, qui me dessèche le cœur, et qui m'endurcit à l'égard de Dieu. Je m'en éloigne, parce que je ne puis me résoudre à me mortifier, ni à me faire la moindre violence. Je m'en éloigne, parce que je veux vivre sans règle et selon le caprice de mon humeur. Obliger, dis-je, les mondains à convenir de tout cela, et leur remontrer ensuite le désordre de leur conduite, et l'injure qu'ils font à Jésus-Christ de négliger ainsi son adorable sacrement ; leur bien ÊiIre entendre que non-seulement il ne s'en tient pas honoré, mais que c'est l'outrager, que c'est Tirriter , que c'est s'attirer de sa part cette terrible malédiction, par où il conclut la parabole de l'Évangile : Dico autem vobis, quod nemo oirorum illorum qui vocati sunt, gustabU cœnam meam (Luc. 14} : Ma table était prête et dressée pour eux , et ils ont cherché des prétextes pour s*en éloigner; mais je saurai bien les en punir : car je vous déclare que pas un d'eux ne sera reçu au sacré banquet que je leur avais préparé : voilà de quoi les détromper de la dangereuse illusion qui les aveugle. Combien de fois, mes chers auditeurs, cette prédiction du Sauveur du monde, quoiquelle ne soit si vous voulez, que comminatoire, s'est-elle accomplie à la lettre ? et combien de chrétiens , pour avoir abandonné pendant la vie l'usage de la communion, par un secret jugement de Dieu, en ont-ils été privés à la mort? Mais allons plus avant.
Non-seulement vain respect , mais faux respect. Pourquoi? parce qu'il n'est pas accompagné des deux conditions essentielles qu'il doit avoir. L'une est la douleur, et une douleur vive d'être séparé du corps de Jésus-Christ ; l'autre est le désir, et un désir sincère d'en approcher : deux conditions inséparables du vrai respect; mais que le mondain, s'il veut bien rentrer en lui-même, ne trouvera pas dans son cœur. Douleur vive d'être séparé du corps de Jésus-Christ : car si j'honore Jésus-Christ autant que je dois l'honorer, si j'ai pour Jésus-Christ ce respecteux attachement dont je me flatte, je dois regarder comme mon souverain bien dans cette vie de lui être uni ; je dis uni surtout par le sacrement qu'il a lui-même institué pour entretenir entre lui et moi une sainte et ineffable union : d'où il s'ensuit que je dois, par la même règle, regarder comme mon souverain mal d'être séparé de ce sacrement , dont la participation est le gage de ma béatitude^ ou plutôt est ma béatitude anticipée. Et c'est ce que saint Chrysostôme comprenait si bien , quand il disait, en parlant de la communion : Unus $U vobis dolor hac esca privari (Chrysost.) : Que votre grande douleur, mes frères, ou pour
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mieaxdire» que votre unique douleur soit d*étre priTés de cette viande céleste, qui est la chair de Jésus^Ihrist! Votre unique douleur, unus dolor; car quels sont , en comparaison de celui-ci, tous les autres sujets qui tous affligent? S*il est donc vrai que je respecte le sacrement de Jésus-Christ autant qu'il est respectable , et autant que je veux paraître le respecter, rien ne doit être plus douloureux et plus affligeant pour moi , que de me voir privé de cette divine nourriture, et j*y dois être plus sensible qu*à toutes les pertes du monde, qu'à toutes les afflictions du monde. Cette pensée , Je suis séparé de mon Dieu, si j'ai de la foi , doit me désoler, doit me consterner, doit me jeter dans un abattement pareil à celui d*£saû, quand il se vit exclu de la bénédiction de son père ; et par là j'entre comme chrétien dans le sentiment de saint Chrysotôme : Unus sit vobis dolor hoc escaprivari.
Douleur encore plus vive, si j*ai à me reprocher que c'est moi-même qui m'en sépare; moi-même qui m'en sépare par mon infldélité, moi-même qui m'en sépare par mon attachement opiniâtre à l'objet d'une honteuse passion dont je me suis rendu esclave, moi-même qui m'en sépare pour ne vouloir pas faire à Jésus-Christ le sacrifice qu'il attend de moi. Mais quel surcroît de peine, si je comprends tout le malheur d'une si triste séparation! Quand rÉglise , exerçant sur les premiers chrétiens la sévérité de sa discipline , les retranchait pour un temps de la communion , que faisaient-ils , et quels étaient leurs sentiments? Les Pères nous apprennent qu'ils en tombaient dans la plus profonde tristesse, qu'ils gémissaient , qu'ils soupiraient, qu'ils versaient des torrents de larmes, qu'ils regardaient cet état comme une réprobation passagère. Ainsi, quoique séparés de Jésus-Christ, marquaient-ils néanmoins leur respect, et un respect solide à Jésus-Christ. Mais ces mondains dont je parle, ont-ils jamais senti les impressions de cette douleur chrétienne et religieuse? J'en appelle au témoignage de leur cœur, et je les en atteste eux-mêmes. Éloignés de la communion, avec quelle tranquillité ne soutiennent-ils pas cet éloignement? avec quelle indolence ne se voient-ils pas séparés du Dieu de leur salut? avec quelle insensibilité ne s'y accoutument-ils pas, nonseulement jusqu'à n'en être plus affligés, mais jusqu'à s'en trouver soulagés? La communion, dans le cours de leur vie mondaine , est un fardeau pesant, et ils s'en déchargent : la communion trouble ou interrompt leurs vains plaisirs; pour les goûter sans interruption et sans trouble, ils l'abandonnent: il faudrait, pour communier, garder des mesures et se contraindre; il leur est plus commode de s'en abstenir, et de ne communier plus. Avec de telles dispositions, me persuaderont- ils qu'ils ont pour Jésus-Christ et son sacrement un vrai resnect ; et s'ils
le prétendaient encore, n'ai-je pas droit de ne les en pas croire?
Faux respect , parce qu'il n'est accompagné d'aa^ cun désir de la communion. Autre preuve contre eux. Car observez bien, chrétiens, ce que J'ajoute: L« respect que je dois avoir pour Jésus-Christ peut bien m'engager quelquefois à me retirer pour un temps de la communion, mais il ne doit jamais, s'il est véritable, éteindre en moi, ni même diminuer le désir de la communion. Au contraire , plus je me trouve indigne de communier, plus je dois , dans un sens désirer avec ardeur de communier ; pourquoi? parce qu'il est évident que ce désir est au moins une ressource contre mon indignité. Et en efbt, c'est par ce désir que je reviens à Jésus-Christ , et en vertu de ce désir, que je tâche à me rapprocher de lui. Cest par ce désir que j'en chiche tous les moyens, que j'en surmonte tous les obstacles , que je suis fidèle à en exécuter toutes les résolutions. Tandis que ce désir est en moi , le principe de la vie y est encore , et il n'y a rien dont je ne sois capable : au lieu que ce désir cessant, je suis comme mort, n'ayant plus aucun sentiment qui me ramène à Jésus-Christ , ni qui me presse de retourner à lui : d'où il s'ensuit que non-seulement toute mon indignité subsiste ; mais que l'extinction de ce désir est comme la consommationdemon indignité. Indignité consommée, dont saint Ambroisene craignait point d'exagérer les suites affreuses, quand il soutenait que la perte de ce désir n'était pas moins qu'un présage de la réprobation future. Ah, Seigneur! disait-il, c'est de ce pain adorable de l'eucharistie qu'il est écrit, que tous ceux qui s'éloignent de vous périront, c'est-à-dire que tous ceux qui perdent le désir de s'unir à vous , seront rejetés de vous : Domine, de hoc pane scriptum est, omnes gtd elongant se a te perUmnt. ( Ambbos. )
Ainsi le comprenaient parfiaitement les premiers fidèles. J'en reviens à leur exemple, et je ne puis trop vous le proposer. Car c'est pour cela que privés de l'usage des saints mystères et de la con^munion, ils témoignaient un empressement si vif et si ardent d'y être rétablis. Cest pour cela qu'ils le demandaient avec tant d'instance , et que , prosternés aux pieds des prêtres, ils les conjuraient, par les entrailles de la miséricorde de Jésus-Christ, de leur abréger ces jours malheureux où ils vivaient séparés de leur Sauveur. C'est pour cela qu'ils employaient même l'intercession des martyrs ; et en oda , dit saint Cyprien, paraissait leur respect et leur vrai res* pect. Que fait le mondain? Content de leur ressembler dans cette triste séparation , il e«t peu en peine de les imiter sur le reste; et confondant avec la communion le désir de la communion, il renonce également à l'un et à l'autre, et n'a plus pour le sacrement de Jésus-Christ qu'une indifférence de
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cœur dont il deTrait être effrayé. Car Tdilà, mes cbers aadhaurs, ce qae les Pères de TÉglise déploraient si amèrement; Tollà ce qu'ils regardaient comme une des plaies , et comme un des plus grands malheurs de leur siècle; voilà ce que saint Chrysostteie reprocbait ao peuple d^Antioche avec tant de firne. Quelle honte, leur disait-il, mes frères, de voir votre froideur quand on vous parle de recevoir It Saint des saints! S*agiMl d*un spectacle dans votre ville, vous y coures en foule; et rien ne peut vous ailtirer quand il est question de venir prendre part eu sacrifice de nos autels, Toutes vos plaees publiques, tous vos amphithéâtres sont remplis; et la table de Jésus-Christ est vide. En vain y sommes-nous assidus, pour vous distribuer les dons eélesles ; aucun de vous ne s'y présente. Jésus- Qurisl en personne vous y attend , et il y est délaissé. Tantôt ee Père leur représentait avec quel 2èle ils 8*asMmblaient pour écouter ses prédications, tandis qalls en marquaientsi peu pour recevoir de ses mains legitge précieux de leur salut. Tantôt il se piaignaltde lenrduretéàl'égard decesacrementd'amour. Tantôt il leur remettait devant les yeux les funestes conséqaeoces deee respect mal entendu dont ils voulaient ee prévaloir, etde l'abus qu'ils en faisaient. Imaginezvous , mes diers auditeurs, que c'est encore ici saint Chrysostôme qui vous parle , puisqu'en effet c'est Jui-méme; ou bénissez le ciel de ce que Dieu dès lors insphnit à ce grand homme ce qui doit aujourd'hui confondre vos pitoyables, mais pernicieuses
Enfin , j'ai dit , et je viens déjà de vous le faire voir en partie, que le respect dont s'autorisent les mondains pour s'éloigner de la communion , n'a nulle conformité avec celui des premiers siècles de l'Église: la preuve en est sensible. Car dans ces siècles florissants du christianisme, tandis qu'un pécheur demeurait séparé du corps de Jésus-Christ , il était dans les exercices d'une pénitence laborieuse, & laquelle il se condamnait, et dont il subissait avec courage toutes les rigueurs; et cette pénitence , selon l68 lois de l'Église, n*était point une simple cérémonie, puisqu'elle consistait en de très-pénibles austérités. L'abstinence et le jeûne , le sac et la cendre, le cflice et les macérations du corps en étaient , comme nous savons , les accompagnements inséparables; et cela pour montrer combien le pécheur honorait Jésus-Christ, puisqu'il voulait bien se soumettre à de si rigoureuses pratiques , et qu'aux dépens de hii-méme, il voulait bien faire à Jésus- Christ une telle réparation. Or, avouons-le à notre honte, de pareilles épreuves ne sont ni du goût, ni de la dévotion des mondains. De quelque respect qu'ils se piquent pour Jésus-Christ , ils ne veulent pas qu'il leur en coûte tant. Aveuglés par l'esprit du monde, par cet esprit de mollesse, ils prétendent
en être quittes à meilleur compte. Toute leur pénitence se termine à ne communier plus, et ce genre de pénitence ne les incommode point. Bien loin de les incommoder, il flatte leurs inclinations, et il leur donne lieu de vivre dans une plus grande liberté, disons mieux, dans un plus grand libertinage. Car voilà où le prétexte de ce faux respect porte les choses; et plût au ciel que ce que je combats ici fût une chimère , et non une vérité ! J'achève , et il me reste à vous montrer que ce prétendu respect est un scandale dans le pécheur hypocrite. C'est la troisième partie.