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SUR L'ENFER
sent et Tavenir. Il est vrai que Dieu ne nous envoie pour cela, ni Lazare, ni aucun des morts, parce qu'il prétend que sa parole, écrite dans son Évangile, et annoncée par ses ministres, doit être plus convaincante et plus infaillible pour nous, que le rapport de Lazare et celui de tous les morts.
Nous nous figurons quelquefois que la résurrection d*un mort et la parole d'une âme revenue de Tenfer seraient d*un grand poids pour faire impression sur nos esprits, et pour nous convertir. Abus, chrétiens; et, puisque nous n*écoutons ni Moïse , ni les prophètes , c'est-à-dire , ni la parole de Jésus- Christ, ni celle de ses prédicateurs, nous trouverions bien encore des raisons pour contester et pour rejeter tout autre témoignage : outre qu'il n*est pas delà providence de Dieu d*user de ces moyens extraordinaires, tandis que nous en avons d'autres qui peuvent sufQre. C'est de là , dit saint Augustin , que Dieu n'a jamais fait de miracles pour confondre l'athéisme; parce que l'athéisme est plus que suffisamment confondu par la voix de toute la nature. Ainsi il se contente, pour notre instruction, de nous donner l'exemple du riche réprouvé. Mais que faisons-nous, mes chers auditeurs? appliquez-vous, s'il vous plaît, à cette morale. Bien loin de profiter de cet exemple, nous ne profitons pas même de notre propre expérience. Car, dès cette vie, nous avons une expérience sensible du repentir des damnés : et quelle est-elle.' le trouble et le remords du péché, dès que nous l'avons commis. Trouble, remords, image tout à la fois et peine de l'enfer. Car qu'estce que ce remords du péché, cette honte que l'on en conçoit, ce reproche que l'on se fait à soi-même, et malgré soi-même , cette peine à souffrir qu'on nous le fasse d'ailleurs? qu'est-ce que cela? sinon une voix secrète qui nous dit qu'il y a un enfer, et que déjà nous le portons en quelque sorte au dedans de nous-mêmes. Mais voici notre désordre, chrétiens :.pour pécher plus librement et plus impunément, nous tâchons de nous défaire peu à peu de cet enfer anticipé, et, si j'ose m'exprimer ainsi, de cet enfer temporel qui tourmente nos consciences, mais qui pourrait être pour nous un enfer salutaire , en nous préservant de l'enfer éternel. C'està-dire que nous étouffons en nous le remords du péché , qui , selon saint Chrysostôme, est comme une dernière grâce dans l'ordre de la prédestination et du salut; et parce que ce remords est inséparable de l'idée d'un Dieu, de l'Idée d'une providence, de ridée d'une vie immortelle; je veux dire, parce qu'il est impossible de croire un Dieu, de croire une providence, de croire une vie immortelle , et de ne pas sentir ce remords ; pour nous affranchir de ce remords , nous tâchons de nous aveugler sur ces points capitaux de la religion; du moins nous tâchons d'en douter et de ne les croire
qu'à demi. Car il en faudrait venir là pour trouver la paix dans le péché ; mais nous avons beau faire des efforts, nous avons beau raisonner et disputer, ce ver du péché ne meurt pas pour cela, et dès cette vie même, nous n'aurons jamais l'avantage de nous en être absolument délivrés. Il y aura toujours des heures et des temps où il reviendra tout de nouveau nous piquer : ce sera au milieu de nos plaisirs et dans les moments les plus doux en apparence. Des millions d'autres, plus déterminés et plus impies que vous, en ont fait mille fois et en font tous les jours la triste épreuve. Que dis-je?les souverains mêmes et les monarques de la terre ne peuvent l'anéantir. Us se défendent de tout, mais ils ne sauraient se défendre d'eux-mêmes, et leur péché monte avec eux jusque sur le trône pour les persécuter.
Déplorable condition, mes frères, que celle du pécheur, puisque en quelque état qu'il se trouve, soit dans le terme de la réprobation après la mort, soit dans la voie qui y conduit pendant la vie, son péché est partout pour lui un enfer inévitable. Mais quel remède? je vous l'ai dit, c'est de bien ménager dès à présent ce remords du péché dont le mauvais riche ne peut plus faire un bon usage; car c'est de ce remords, si nous le voulons, que dépend notre conversion. Que faîs-jedonc, chrétiens, si je suis fidèle à la grâce? au lieu d'étouffer ce remords du péché , comme l'impie et le libertin , je le réveille au contraire, je l'excite en moi par de fréquentes et de solides réilexions. Ce que feront éternellement les damnés par une nécessité rigoureuse, en considérant toujours malgré eux les suites funestes de leur péché, je le fais par une sage précaution. Je repasse tous les jours devant Dieu, dans l'amertume de mon cœur , comme le saint roi Ézéchias , le nombre de mes années : Recogitaho tibi annos meos in amaritucUne afUmss mess. (Is., 38.) Je dis à Dieu : Ah! Seigneur, si mon péché me fait maintenant tant de peine, que serait-ce dans l'enfer? Je ne me contente pas de cela ; je demande à Dieu oe remords comme une des grâces les plus spéciales qu'il puisse donner à ses élus, quand la passion les a précipités dans l'abîme du péché. Je le prie de me reprendre, non pas dans sa colère, mais selon cet esprit de miséricorde, qui n'est pas seulement le consolateur, mais le censeur du monde , et qui , comme censeur, en devient le réformateur : Arguet mundum de peo cato. (JoÀN., 16.) Je vais encore plus avant : j'anticipe ce remords ; je raisonne avec moi-même , et je me demande : Quel fruit tirerai-je de ce péché, quand je l'aurai commis ? voudrai-je l'avoir fait , et que m'en restera-t-il autre chose que le remords et la confusion? pourquoi donb faire maintenant ce qu'alors je voudrais n'avoir jamais fait? Cest ainsi que je m'instruis, que je m'encourage à tenir ferme oon-
SDR L'ENFER.
tre les tentations du inonde et de la chair, à résister dans les occasions les plus dangereuses, et dans les moments les plus critiques; à ne ménager rien pour me garantir de cette affreuse damnation, où le réprooTé n*a pas seulement à souffrir du passé par le phu mortel regret, mais du présent par le supplice le plos douloureux. Cest la seconde partie.