‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 95 sur 256 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

XJd des souhaits de saint Bernard , et ce qu*il demandait avec plus d^ardeur, expliquant ces paroles du Prophète, descendent in i^femum viventes (P$. S4), c'était que les pécheurs descendissent en esprit et par la pensée dans l'enfer; ne doutant pas que la foe de cet affreux séjour et des tourments qu'on y endure ne dût faire la plus vive impression sur leurs eœurs, et convaincu qu'il n'y avait point de moyen plus assuré pour ne pas tomber après la mort dans ce lieu de misères, que d'y descendre souvent par la réflexion pendant la vie : descendant in ii\femum niventes, ne descendant morientes. (Bbbn.) Mais , pour rentier accomplissement du souh^'t de saint Bernard, il faudrait, chrétiens, que nous y pussions descendre avec les méroesconnaissances,et,s'il était possible, avec la même expérience que les damnés , afin d'en pouvoir juger comme eux, et d'en tirer en même temps des conséquences qui leur sont désormais inutiles, mais qui nous peuvent être encore si salutaires. Car de descendre en esprit dans l'enfer avec des lumières aussi faibles que les nôtres, avec une imagination aussi dissipée que la nôtre, surtout avec une insensibilité pour les choses de Dieu aussi prodigieuse que la nôtre; c'est presque faire sans fruit ce que saint Bernard se proposait comme un des remèdes les plus efficaces pour nous ramener de nos égarements , et nous corriger de nos désordres. Ah ! dit saint Augustin , qui pourrait maintenant comprendre ce que comprend un damné! qui pourrait avoir, dans une profonde méditation , les mêmes idées qu'il a de son état présent au milieu des flammes! Tâchons de les avoir, chrétiens; et puisque ce n'est pas encore assez pour nous de deseendre spirituellement dans l'enfer, entrons dans les sentiments d'une âme réprouvée , substituons ses lumières aux nôtres , et reconnaissons combien c'est une diose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant : Horrendumestinciderein manus Dei viventis, (Hebr., 10.) Que fait-elle, cette âme malheureuse, ou en quel état est-elle? elle se voit séparée de Dieu , elle se voit au milieu d'un feu dont die est la triste victime.Double peine; Tune et l'autre parfeûtement représentée par Jésus-Christ dans le riche de l'Évangile. Elle se voit séparée de Dieu : voOà Tessentiel , et comme le fonds de sa réprobation : Elenans autem oculos suos cum esset in tormentit, vidit Abraham a longe, et Lazarum in

sinu efus. (Luc, 16.) Ce riche, dit le Sauveur do monde, du lieu de son tourment levant les yeux, aperçut de loin Abraham et Lazare dans son sein. Il le voyait , ce saint patriarche , dans un éloignement infini, a longe, et c'est ce qui le désolait. |l s'en voyait séparé par un chaos , c'est-à-dire par une vaste distance; tellement qu'entre Abraham et lui, il ne pouvait plus y avoir nulle communication : Magnum chaos inter nos et vosfirmcttum est (Luc, 16), et c'est ce qui le désespérait. Or, sMl se voyait si loin d'Abraham, il se voyait encore, dît saint Ambroise, bien plus éloigné de Dieu : Si JbrahamaUmgeyÇuantolongiusaDeoiAuBtiOS,); et cette séparation de Dieu était bien encore un autre supplice pour lui.

Car qu'est-ce que d'être séparé de Dieu? Ah! chrétiens , quelle parole ! la comprenez-vous ? Séparé de Dieu , c'est-à-dire privé absolument de Dieu; séparé de Dieu , c'est-à-dire condamné à n'avoir plus de Dieu , si ce n'est un Dieu ennemi , un Dieu vengeur; séparé de Dieu, c'est-à-dire déchu de tout droit à l'étemelle possession du premier de tous les êtres, du plus excellent de tous les êtres du souverain être, qui est Dieu : peine, dit saint Bernard, qui ne se peut mesurer que par l'infinité de Dieu , puisque cette peine est la privation de Dieu même , et par conséquent qu'elle est grande à proportion que Dieu est grand : ffœc enim tanta pcena, quan" tus ille. (Bebn. ) Ainsi , comme Dieu disait à un juste dans PÉcriture : Ero merces tua magna nimis (Gènes., 15) : C'est moi-même qui serai ta récompense ; et je la serai en me donnant à toi , parce que je n'ai rien de plus grand ni de meilleur à te donner que moi-même ; il pourra dire à un réprouvé: C'est moi-même qui serai ton supplice , et je le serai en t'éloignant de moi , car je n'ai rien dans les trésors de ma colère de plus formidable que cet éloignement et cette entière séparation de moi-même. En effet, chrétiens, ces trois pensées que le réprouvé aura toujours présentes, Dieu n'est plus à moi, et je ne suis plus à lui; Dieu n'est plus pou%moi, et je ne suis plus pour lui; Dieu n'est plus dans moi, ni avec moi , et je ne suis plus dans lui, ni avec lui; ces trois aflligeantes pensées ne serontelles pas capables de faire son enfer? Or c'est ce qui se vérifiera , ce qui s'accomplira dans autant de créatures que Dieu en réprouvera. Du moment que Dieu prononcera à une âme ce redoutable arrêt : Retirez-vous, il se dépouillera, pour ainsi dire, de tous ses droits sur elle, hors ceux que la nécessité de son domaine ne lui permettra pas d'aliéner ; et cette âme , si je puis encore parler de la sorte, perdra elle-même tous ses droits sur Dieu : âme, non-seulement indigne de le posséder, mais indigne même de lui appartenir. Dieu la répudiera (souffrez cette expression) ^ et elle té^adwM. Bwl^

SUR L'ENFEB.

et dans ce divorce mutuel , elle trouvera la consommation de son malheur. Dès cette vie , ce terrible mystère de la perte d'un Dieu commence déjà dans la personne des pécheurs : Dieu et l'âme, par le péché, se séparent, et se séparent jusqu'à se renoncer l'un l'autre, f^oca nomen ^, non papuhu meus. (08£B, 1.) Prophète, disait Dieu, n'appelle plus ce peuple mon peuple; il a cessé de l'être, et la qualité que tu dois désormais lui donner, c'est qu'il ne l'est plus : f^oca nomen ejus, non popuku meus. Voilà son nom, et le caractère qu'il portera; car dès qu'il m'a oublié pour suivre des dieux étrangers, il m'a renoncé comme son Dieu, et je le renonce pour mon peuple : Quia vas nonpopulus meus, et ego non ero vesier. '

Et ce langage est si ordinaire à Diea dans les saints livres, que quand les Israélites, par une monstrueuse idolâtrie, eurent sacrifié au veau d'or dans le désert , Dieu , ému de colère , et irrité contre eux , n'en parla plus à Moïse que dans ces termes : yade, descendSj peccavUpopulus tuus {ExocLy 32); Va, Moïse, descends de la montagne, et tu verras le crime que ton peuple a commis. Prenez garde, chrétiens. Dieu les appelle le peuple de Moïse , et non le sien ; comme si ce peuple n'eût plus été à lui, ni lui à eux, depuis qu'ils étaient tombés dans l'infidélité. Mais ces paroles, dit saint Chrysostôme, qui ne sont, pour ainsi dire, que comminatoires dans cette vie, et qui, tout au plus, n'ont qu'une partie de leur effet, puisqu'elles n'ôtent pas aune âme l'espérance ni les moyens de réparer la perte qu'elle a faite, s'accompliront enti^ement et à la lettre dans un réprouvé. Plus d'alliance entre Dieu et lui , plus d'union; comme si Dieu lui disait : Ton libertinage t'a fait souhaiter de n'avoir point de Dieu, tu n'en auras jamais ; tu n'as pas voulu connaître ton Dieu , tu ne le verras et tu ne le connaîtras jamais ; tu ne t'es pas mis en peine de chercher Dieu quand tu le pouvais trouver, tu le chercheras et tu ne le trouveras jamais; et ce qui faisait ton impiété, c'est ce qui £nra désormais ta peine : quand Dieu voulait être a toi, tu lui as dit insolemment que tu ne voulais point étjre à lui ; maintenant que tu voudrais être à lui, il te déclare pour jamais qu'il ne veut plus être à toi. Or lequel des deux est le plus désolant pour une âme, ou que Dieu ne soit plus à elle, ou qu'elle ne soit plus à Dieu?

Mais je me trompe, chrétiens; toute réprouvée qu'elle est, elle sera encore à Dieu, et Dieu à elle : Dieu lui sera encore inséparablement uni, et elle à Dieu; mais c'est cela même qui doit faire son malheur. Si elle pouvait être tout à fait privée, tout à fait séparée de Dieu, elle ne serait malheureuse qu'à demi. Le comble de sa misère sera d'en être privéed'unefaçon,etdenerêtrepas de l'autre; if'ea être séparée d'une façon, et inséparable de ^

l'autre; privée de Dieu, en tant que Dieu éUit fobjet de sa félicité; et pénétrée de Dieu, en Unt que Dieu sera le sujet éternel de ses plus violenu transports : c'est ce qui la consternera. Dieu la renoncera en qualité de père, en qualité d'époux, cq qualité de protecteur, en qualité de dernière fin; c'est-à-dire, dans toutes les qualités, qui le rendent bienfaisant, doux et aimable; et il s'attachera à die en qualité de juge, en qualité d'ennemi, en qualité de vengeur, en qualité de persécuteur, c'est-à-dire, selon toutes les qualités qui le rendent, tout Dieu qu'il est, non-seulement sévère et redoutable, mais dur et impitoyable. De là donc cette âme sera doublement malheureuse : malheureuse d'avoir encore un Dieu, malheureuse de n'en avoir plus; d'avoir encore un Dieu conjuré, déclaré armé contre elle, et de n'avoir plus de Dieu faivorable, propice el miséricordieux pour elle; d'avoir encore un Dieu pour exciter sa haine et ses plus mortelles aversions, et de n'en avoir plus pour contenter ses désirs et ses plus ardentes inclinations. Car ce sera là son grand supplice, de sentir éternellement que Dieu l'avait créée pour lui-même, et qu'elle ne pouvait être heureuse qu'en lui et que par lui, et de ne recevoir éternellement de Dieu que des rebuts et des mépris, de ne trouver éternellement entre Dieu et elle qu'une insurmontable opposition. Elle estimera Dieu malgré elle , et elle aura une inclination naturelle pour lui; et cependant elle le haïra : elle l'estimera tel qu'elle ne le possédera jamais, et elle le haïra tel qu'elle l'aura toujours présent. Or ce conflit d'estime et de haine , de désir et d'aversion , d'éloignement et de poursuite à Tégard du même objet, c'est, chrétiens, ce que nous appelons l'enfer. Après cela je voudrais en vain m'étendre sur les peines sensibles dont cette séparation de Dieu doit être accompagnée, et dont les prédicateurs ont mille fois tâché, mais inutilement, de vous faire comprendre l'horreur. En vain je voudrais vous représenter ce feu qui, d'une manière non moins véritable qu*elle est surprenante, exercera sur les esprits et sur les corps toute son activité, ainsi que parle saint Augustin, Miris sed veris modis (Auo.); ce feu qui force encore maintenant le mauvais riche à pousser ce cri lamentable : Crucior in hac flamma (Luc, ( 16} et sur quoi il n'y a point de réprouvé qui ne puisse dire avec bien plus de raison que Job .- MmbilUer me crucias. (Job^ 10.) Ah! Seigneur, fiiut-il que vous fassiez même des miracles pour me tourmenter, et que forçant les lois de la nature, vous, donniez à un être matériel, pour en faire l'instrument de votre vengeance, la vertu d'agir sur une substance spirituelle? Si je vous disais, chrétiens, que tout ce qu'il y a dans le monde et tout ce que notre imagination se peut figurer de plus affreux , que tout ce que la cruauté des tyrans à jamais su

SUB L'ENFER

infcnlar, qoe tout ce que la patience des martyrs a été capable d'endurer, que tout cela n'est pas l'ombre de ce feu; c'est-à-dire, que les douleurs les plus aiguës, que les supplices les plus lents , que les tortures , kl gênes , les genres de mort les plus inouïs , comparés à ce feu, ne méritent pas même le nom de tonnneiits : Qumeumque kominet paUentur in kae vUa, in comparatiane hMJui ignis, non parva, $ed nulia twU (Auo.), je ne vous dirais rien que ce qu'a dit saint Augustin , dont j'ai emprunté ces paroles. Je ne vous dirais rien que ce qu'a dit saint Jérôme sur cette terrible menace de Dieu à son peuple : SiittabU fitror meus itqfer loctm Utim. (ParaL, 34) Je ferai dégoutter ma fureur sur la terre; car, reprend ce Père, que sera-ce donc quand il lépandra dans l'enfer toutes les pluies de sa colère, et qu'il la fera tomber conune un torrent? Si tanla est êHUa,quid erU de MU imbribusf (BiRaoH.) Je ne vous dirais rien que ce qu'a dit Pierre Damien au sujet de ces fléaux dont l'Egypte fut affligée; car« selon la belle remarque de ce savant cardinal, ce n'était encore alors que le doigt de Dieu qui frappait les Égyptiens, dig^s Dei est hic (Exod., 8); mais ce sera le bras même de Dieuettout sonbras qui frappera les réprouvés : Tota divinitatis dexiera pereuiiuniur. (Petb. Dàm.) Je ne vous dirais rien que ce qu'ont dit tous les autres comme eux; et leur autorité, surtout une autorité si constante et si unanime, quand nous n'aurions point d'autre preuve, devrait bien nous sufiire pour renoncer à tout ce que le libertinage du monde oppose, ou prétend opposer à une vérité si solidement établie.

Mais je laisse tout cela , chrétiens , pour faire avec vous une réfleiion dont je pourrais tqe promettre les plus grands effets, si elle entrait une fois dans vos esprits. Voilà ce que la foi nous enseigne : un feu éternel, une éternelle séparation de Dieu , voila ce que toutes les Écritures nous annoncent. Ce qui m'étonne, et ce qui serait capable de me troubler, a les mêmes Écritures ne m'en découvraient le mystère, c'est qu'une vérité si touchante nous touche si peu; et que parmi ceux à qui je parie, il y en ait peutétre qui jamais n'en ont encore été bien touchés. Ce qui m'étonne, c'est qu'étant si délicats, si ansateurs de nous-mêmes, si sensibles à la douleur, ce feu, qoe la colère de Dieu allume pour punir nos crimes, ne fiuse sur nous que les plus liâibles impressions. Ce qui m'étonne, c'est que, ne pouvant ignorer que la perte de Dieu est notre souverain mal, ci que cette perte de Dieu, irréparable dans l'enfer, dépend de la perte volontaire que nous en ûdsoos dans cette vie, nous consentions tous les jours librement à le perdre, que nous le perdions linqniétude, sans chagrin ; que nous le perdions I soatent avec joie, et que de toutes les pertes

que nous faisons dans le monde, celle-là nous soit la plus indifférente. Ce qui m'étonne, c'est que la même foi qui nous dit qu'il y a un enfer où l'on brûle, et où l'on est privé de Dieu , nous dit encore qu'un seul péché nous expose à l'un et à l'autre; que Dieu n'a point de moindre vengeance pour le punir que l'un et l'autre , et que le péché néanmoins , et le péché le plus mortel , soit traité parmi nous de jeunesse, de fragilité excusable, et souvent même de jeu, de galanterie, de bel esprit et de belle humeur. Est-ce stupidité , est-ce inadvertance, est-ce fureur, est-ce endiantement? Croyons-nous ce point fondamental du christianisme? ne le croyons-nous-pas ? Si nous le croyons, où est notre sagesse? si nous ne le croyons pas, où est notre religion? Je dis plus, si nous ne le croyons pas, que croyons-nous donc? puisqu'il n'est rien de plus croyable, rien de plus formellement révélé par la parole divine, rien de plus solidement fondé dans la raison humaine, rien dont la créance soit plus nécessaire pour tenir les hommes dans le deVoir, rien sur quoi le doute leur soit plus pernicieux, puisqu'il les porte à tous les désordres. Mais pour ne le pas croire , ou pour ne le croire qu'imparfaitement, en sommes-nous plus àcouvert ? aurons-nous bien devant Dieu de quoi nous justifier, en lui disant : Je ne le croyais pas? sauverons-nous par là les conséquences de la chose? et, si elle st trouve vraie, quoique nous ne l'ayons pas crue, où en serons-nous ? Est-ce raisonner en hommes, que de risquer sur un tel siyet? Que ne faisons-nous pas tous les jours pour éviter un mal incertain, par la raison seule de sou incertitude? Avons-nous ùit un pacte avec l'enfer, comme ces pécheurs dont parle le prophète? ou avons-nous une démonstration et une évidence parfaite qu'il n'y ait point d'enfer? Ce que les impies allèguent pour le combattre est-il comparable à ce qu'établit la foi? Sommes-nous donc sages de quitter le parti de la foi? et n'est-il pas nonseulement le plus sûr, mais le plus plausible, mais le plus raisonnable? Quelle peine plus naturelle pour une âme révoltée contre Dieu , que la perte de Dieu ? quel châtiment plus juste pour une âme sensuelle et adonnée à d'infâmes plaisirs , et défendus par la loi de Dieu, que le feu? Quoique ce tourment du £bu, qui est le mal de la créature, soit en lui-même si affreux , a-t-il rien qui approche de la grièveté du péché , qui est le mal du Créateur? et n'est-il pas de Tordre que le mal du Créateur soit vengé par celui de la créature?

Ah! chrétiens, c'est là-dessus qu'il faut aujourd'hui nous déterminer et nous déclarer. Darid disait à Dieu : Seigneur, c'est par le feu que vous oÉ'avex éprouvé; et ce feu de votre justice m'étant appliqué par votre miséricorde, m'a tellement purifié, qu'il ne s'est plus trouvé en moi d'iniquité : Igné meexch minasHy etnonestinventa in meiniquitas. {Ps, i%.)

SUR L'ENFER

Eotrons dans ce sentiment, chrétiens ; et, expliquant ces paroles du feu de Tenfer, méditons-les bien. Avant que Dieu nous punisse par ce feu, ou plutôt de peur que Dieu ne nous punisse par ce feu , éprouvons-nous par ce feu nous-mêmes , examinons-nous nous-mêmes , aûn de pouvoir dire à Dieu : Igné me examùMsUy et non est inventa in me iniquitas. Que le feu de Tenfer, dit saint Augustin , nous serve à exciter dans nous un autre feu , et à y éteindre encore un troisième feu, c*est-à-dire qu'il excite dans nous le feu de la charité, et qu*il y éteigne le feu de la cupidité. Quand l'esprit impur allume dans nos cœurs le feu de la concupiscence , interrogeons-nous nous-mêmes; demandons -nous à nous-mêmes, comme ce solitaire du désert attaqué d'une violente tentation : Hé bien, chair de péché, chair voluptueuse et immortiûée , pourras-tu supporter l'ardeur de ces flammes , à quoi tu seras condamnée pour tes plaisirs criminels ? Il n'y a point de passion dont cette pensée ne triomphe. Aussi que n'ont pas fait les saints, prémunis et fortiûés de cette réflexion? Ils ont, pour user de l'expression de saint Paul , arrêté toute la violence du feu : Extinxerunt impetum ignis. {Hebr.j 11.) Je veux dire, qu'au milieu des scandales du monde où leur condition les tenait engagés , ils se sont maintenus dans Tinnocence; que, malgré la corruption du monde , ils se sont conservés purs et sans tache; que la contagion du mauvais exemple n'a pu rien sur eux , et cela parce qu'ils avaient en vue ce feu dévorant dont ils étaient menacés, et qu'ils voulaient éviter : Igné me examinasti. Ne serait-il pas étrange qu'il fût moins actif pour nous, et qu'ayant fait de si grands miracles dans les saints, il n'eût pas la vertu de conserver notre cœur, et d'en réprimer les désirs?

Quand nous aurons une fois surmonté le feu de la cupidité, il ne nous sera pas difficile, avec la grâce, d*allumer dans nos âmes le feu de la charité, ce feu sacré que Jésus-Christ nous a apporté du ciel , et qu'il est venu répandre sur la terre : Jgnem veni mittere in terram (Luc, 12); ce feu dont il souhaite si ardemment que nous brûlions tous : Et quid volo nisi ut accendattar (Ibid.); ce feu de l'amour divin , que nous ne pouvons guère , imparfaits et intéressés que nous sommes, entretenir dans cette vie, si le feu de l'enfer, par une crainte salutaire, ne sert à le conserver.

Craignons l'un, mes chers auditeurs, pour nous disposer à l'autre. Remplissons-nous de celui-ci , pour nous garantir de celui-là. Demandons souvent à Dieu qu'il nous embrase du feu de son amour, afin que nous ne ressentions jamais le feu de sa justice. En un mot, que l'enfer même par un merveilleux effet, nous devienne un préservatif contre l'enfer. Il me reste à vous faire vojr le malheur du j:éprouré, par rapport à l'avenir, dans le désespoir

ou il est d'obtenir jamais grâce. C'est la dernière partie.

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