TROISIÈME PARTIE
C'est un instinct naturel à tous ceux qui souffrent de chercher dans l'avenir la consolation et le remède du présent. Comme nous voulons toujours être heureux , et que c'est une inclination nécessaire , elle se soutient, ou plutôt elle nous soutient en quelque sorte nous-mêmes au milieu des plus grands maux. Nous nous faisons un charme de notre espérance, et ce charme adoucit la douleur qui nous presse. Quoique souvent il n'y ait rien dans le futur qui nous doive être favorable, nous ne laissons pas d'y envisager cent choses que nous nous figurons , et qui ne serontjamais; mais qu'il suffit de nousfigurercomme pouvant être un jour, pour y trouver de quoi repaître notre imagination. L'incertitude même de l'avenir nous est utile, puisqu'elle nous donne droit d'espérer non-seulement ce que nous espérons et ce que nous attendons, mais ce que nous n'espérons et n'attendons pas. Il n'en est pas ainsi des réprouvés dans l'enfer. Un réprouvé souffre, je ne dis pas sans espérance, ce serait trop peu , mais dans un désespoir actuel et perpétuel. Ce qui n'est pas encore lui sert de supplice, et le rend plus malheureux que ce qui est : ou plutôt ce qui est le tourmente non-seulement parce qu'il est, mais parce qu'il sera toujours; en sorte que l'avenir est pour le présent un surcroît de peine qui l'aigrit, qui y met le comble, et qui fait le caractère propre de la réprobation, puisque, selon la pensée du docteur angélique, l'enfer n'est proprement enfer, que par la vue et le sentiment de l'avenir.
Voici donc ce qui accable l'âme réprouvée dans l'enfer, et ce que vous n'avez peut-être jamais bien conçu : c'est qu'elle désespère d'obtenir jamais de Dieu aucune grâce, quand elle le prierait toute Féternité ; c'est qu'elle désespère de fléchir jamais Dieu par la pénitence, quand elle détesterait son péché toute l'éternité; c'est qu'elle désespère ^^ non-seulement d'acquitter, mais de diminuer jamais set dettes devant Dieu par ses souffrances, quoiqu'elle doive souffrir toute l'éternité : trois ressources immanquables dans la vie, mais absolument inutiles à un réprouvé^ la prière, la pénitence, la soufiranoe. Nous en avons la preuve dans le mauvais riche. Que fait-il? il prie. Quedemande-t-il ? il conjure Abraham de lui accorder pour toute grâce une goutte d'eau, mais cette goutte d'eau lui est refusée. Tous les interprètes conviennent qu'il y a de la parabole et de la figure dans cette circonstance , et que Tintention de Jésus-Christ est de nous faire entendre par là que, dans l'enfer, il n'y a plus de grâce à espérer, ni de rédemption : Quia in in/erno nuUa est redempUo {Qffi. def.)\ que de cet océan de miséricorde et de