PREMIÈRE PARTIE
Que le péché ait causé la mort du Sauveur du monde, c'est une vérité, chrétiens, dont il ne nous est pas permis de douter, tant elle évidente par ellemême, suivant les principes de notre foi. Car s'il n'y avait point eu de péché, il n'y aurait point eu de Sauveur ; ou du moins celui que nous appelons Sauveur n'eût jamais été sujet aux souffrances et à la mort , puisqu'il n'a souffert et n'est mort que parce que l'homme avait péché. Je n'ai garde de m'étendre sur cette proposition générale , dont vous êtes déjà convaincus ; mais selon mon dessein , et pour en venir à mon sujet, je l'applique à certains péchés particuliers, que nous pouvons dire avoir été les causes prochaines et immédiates de la mort du Fils de Dieu. Car, si je puis m'exprimer de la sorte, j'en trouve un qui a conspiré la mort de Jésus-Christ , un autre qui Ta trahi et vendu , un autre ' qui l'a accusé , un autre qui l'a abandonné , un autre qui l'a condamné , enfin un dernier qui a exécuté l'arrêt porté contre lui. Or, je ramasse ces différentes espèces de péchés, et voici le plan de cette première partie. Le péché qui a conspiré la mort du Fils de Dieu, c'est l'envie des scribes et des pharisiens : le péchéqui a trahi et vendu leFils de Dieu, c'est l'avarice de Judas : le péché qui a accusé le Fils de Dieu , c'est la calomnie des témoins qui déposèrent contre lui : le péché qui a condamné le Fils de Dieu, c'est l'inconstance et la légèreté du peuple juif : le péché qui a abandonné le Fils de Dieu, c'est la politique de Pilate, enfin, le péché qui a exécuté l'arrêt de mort porté contre le Fils de Dieu, c'est la cruauté de ses bourreaux. Méditons tout ceci, chrétiens, selon que le temps nous la permettra , et par de saintes réflexions tâchons à nous instruire, et à concevoir une éternelle horreur du péché. Je reprends, et je vous prie de me suivre^
SVK LA PASSION DE J£SUS-CUaiST.
C'est par renvi* du démon, dit rËciiture, que la mort est entrée dans le monde , et c*est par TeuTie des hommes que commença Tentreprise détestable de la mort du Fils de Dieu. Une envie, chrétiens, dont les divers caractères sont autant de leçons pour nous; une envie formée en cabale, animée d*un faux aèle et d*une maligne émulation , colorée du prétexte de la piété , et dans le fond violente et emportée jusqu'à la fureur. Voilà ce qui a fait périr le Saint des saints , et ce qui lui a suscité la persécution où son innocence a enfin succombé. Pilatele comprit d'abord, et, sans autre preuve que la conduite même des ennemis de Jésus^Christ, il fut persuadé que c'était Penvie qui les faisait agir : Sciebat enim quod per invidiam tradldissent eum. (Matth., 27.) En effet, ce divin Sauveur n'avait pas plustât paru dans la Judée, qu'ils s'étaient élevés contre lui. (Tétait un parti composé de trois sortes de personnes : des pontifes et des prêtres destinés aux ministères du temple , des docteurs de la synagogue employés à interpréter la loi, et des pharisiens, c'est-à-dire des dévots du judaïsme, qui, par profession, se séparaient des autres, et affectaient une austérité de vie et une réforme toute particulière. Car ce sont là {6 abtme des conseils de Dieu!) , ce sont là ceux qui furent les auteurs de l'attentat sacrilé|;e commis contre le Fils de Dieu. Ces trois factions donc, quoique divisées d'ailleurs d'intérêt, s'unissent ensemble contre Jésus-Christ , et, par les ressorts d'une intrigue puissante et artificieuse, entreprennentdel'opprimer. Vous medemandez ce qui les piquait : je vous l'ai dit, chrétiens, une maligne émulation. Ils voyaient avec peine le succès et le crédit du Sauveur du monde dans Jérusalem : Çuidfacimusf (Joàn., 11.) disaient-ils, ^ ecce munchis totus post eum abiU (Id., 12) : A quoi * pensons-nous? on ne parle plus que de cet homme, diacun court à lui, le peuple l'écoute conmie un prophète, et, si nous le laissons faire, il nous détruira. Or il vaut mieux le prévenir ; et puisque sa ruine est le seul moyen de nous défendre , il faut le ruiner lui-même et le perdre. Allons , concluent-ils dans le livre de la Sagesse, expliqué même littéralement selon saint Jérôme, dressons-lui des embûches dont il ne puisse se sauver, condamnons-le à une mort infâme : et pourquoi? Parce qu'il est contraire à nos desseins : Circwnûeniamusjustum, quoniam . contrarius est operibus nostris. {Sap,, 2.) C'est ] ainsi qu'ils raisonnaient ; et le Saint-Esprit ajoute : Hxc cogitaverunt et erraverunt, et nescierunt sacr ameuta Del; excxcavit enim eos malUia eorum (Ibid.) : Voilà les projets que formaient ces esprits de ténèbres; et cependant ils ne connaissaient pas les mystères de Dieu , et ne voyaient pas le sacrement adorable de la rédemption des hommes qui t'accomplissait au milieu d'eux^ parce que l'envie
■es aveuglait. Le Fils de Dieu était un rival trop importun : les pharisiens ne pouvaient souffrir que, malgré leur hypocrisie, il fât estimé plus salot qu'eux; les savants de la synagogue, que sa doetrine fût plus approuvée que la leur; et les prêtres, qu'on eût pour lui seul plus de vénération que pour eux tous. Et parce qu'il leur était difDdIe d*ol»curcir l'éclat d'une réputation aussi établie que celle-là, ils s'attaquent à sa personne, et se déte^ minent à le faire mourir. Mais il fallait un prétexte : ah! chrétiens, l'envie en a-t^le jamais manqué; et quand elle n'en aurait point d'autre, le masque de la piété n'a-t-il pas été de tout temps le voile spécieux dont elle a trouvé moyen de se couvrir? Ils font passer cette conjuration pour un dessdn important à la gloire de Dieu et au salut du peuple, pour un devoir indispensable de maintenir la loi et les traditions de Moïse; c'est-à-dire qu'ils font pa»> ser le plus grand de tous les sacrilèges pour on acte héroïque de religion. 'Ainsi, toutes les roesuns prises, ils commencèrent à se dédarar, mais avee une violence, disons mieux , avec une furie qui n'eut jamais d'égale, parce que la passion s'était rendue la maîtresse de leur raison.
Voilà, mes chers auditeurs, le désordre de l'envie ; et c'est à vous que cette instruction s'adnsse, à vous qui vivez au milieu de la cour où la Providence vous a appelés, mais où l'on sait assez que le péché dominant est l'envie. C'est à vous à profiter * de cet exemple. Si je vous disais que l'envie est une passion lâche et honteuse, peut-être seriez-vous moins touchés de ce motif : mais quand je vous dis qu'elle est l'ennemie mortelle de votre Dieu , qu'elle fait mourir dans vos cœurs la charité par où Jésus- Christ y doit vivre; pour peu que vous ayez de foi, en faut-il davantage pour vous la faire détester? Cependant il ne suffit pas de détester cette passion; le point essentiel est de vous garantir de ses surprises, et d'employer toutes les lumières de la grâce à en découvrir dans vous les mouvements secrets, parce que c'est la plus subtile de toutes les tenta^ tions. Une passion charnelle se fait aisément connaître, et, quelque dangereuse qu'elle soit pour nous corrompre, elle est incapable de nous tromper. Mais l'envie a mille déguisements, mille fausses couleurs, sous lesquelles elle se présente à notre esprit, et à la faveur desquelles elle se glisse im« perceptibtement dans notre cœur. Or, dès qa*elle y est une fois entrée, il ne faut pas moins qu'un miracle pour la chasser, et vous n'ignorez pas combien ce miracle est rare. La grande maxime est donc de vous défier sur cela des prétextes les plus apparents , et en particulier du prétexte de l'émulation ; car s'il y a des émulations de vertu , il y en a de contention et de jalousie; et l'expérience nous apprend que, pour une émulation Intime,
SUR LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST
il y 60 a cent de criminelles. Surtout, mes frères , disait saint Augustin, n*exerçous jamais nos envies sons le prétexte de la piété , ou plutôt ne faisons jamais servir la piété à la plus basse de nos passions, qui est Tenvie. Cette hypocrisie a été le premier mobile de la conspiration des Juifs contre le Sauveur. L^envie toute seule n'eût pas osé Tattaquer, la religion seule n'aurait eu que du respect pour lui ; mais Tenvie autorisée de la religion , la religion corrompue par Tenvie , c'est ce qui Ta fsdt mourir. Et, tout chrétiens que nous sommes, nous n'avons que trop à craindre le même désordre. Il ne faut qu'une passion d'envie pour anéantir dans nous tous les effets de la grâce. Avec cela nous avons beau faire les zélés, nous avons beau travailler pour Dieu, nous avons beau vouloir observer la loi , ce ver de l'envie infectera tout : pourquoi ? parce que du bien même que nous ferons par ce principe, naîtront les dissensions, les animosités, les querelles, les schismes, les hérésies, car ce sont là, mes chers auditeurs, les suites naturelles que l'envie traîne après soi ; et mille épreuves n'ont-elles pas dû nous rapprendre? Passons plus avant.
^ La mort de Jésus-Christ résolue par l'envie de ses ennemis, ils ne cherchent plus qu'à s'assurer de sa personne. Judas les prévient, et, poussé d'une avarice la plus infâme dans son entreprise, la plus aveugle dans son commerce , la plus endurcie dans sa résolution et la plus désespérée dans son issue, il s'engage, s'ils veulent traiter avec lui, à leur livrer entre les mains cet Homme-Dieu. Pouvons-nous mieux comprendre que par là jusqu'où le désir d'avoir est capable de porter une âme intéressée? Je dis poussé d'une avarice la plus infâme dans son entreprise; car c'est un disciple, et un disciple comblé de faveurs qui trahit son maître. Dans un esclave même, cette inûdélité ferait horreur; qu'est-ce dans un ami, dans un confident, dans un apôtre? Chose étonnantç! dit saint Chrysostdme : Judas venait d'être consacré prêtre, il venait de recevoir une puissance spirituelle et toute divine sur le corps et le sang de Jésus-Christ; mais au lieu de cette puissance surnaturelle , il en exerçait une autre toute sacrilège et pleine d'impiété. Par le sacerdoce où il venait d'être initié, il avait pouvoir de sacrifier sur les autels l'agneau de Dieu; et par la trahison qu'il commettait, il usait sur cette adorable victime d'un pouvoir diabolique, en nmroolant à la fureur des Juifs. Que pouvez-vous concevoir de plus monstrueux et de plus énorme ? Mais si Tavarice de cet apôtre fut si infâme dans son entreprise , elle ne fut pas moins aveugle dans son commerce. Car, quel aveuglement! il vend pour trente deniers celui qui devait être la rédemption du monde entier. Si Judas eût eu un rayon de prudence, et seulement même de cette prudence
réprouvée des enfants du siècle , il eût estimé le Sauveur, sinon ce qu'il valait , au moins ce qu'il pouvait le faire valoir. Voyant les Juifs déterminés h ne rien épargner pour le perdre, il eût profité de leur haine , et, leur faisant acheter bien cher la sa* tisfaction de leur vengeance , il eût trouvé lui-même de quoi contenter son insatiable cupidité ; mais la passion le troublait , et avait éteint toutes les lumières de son esprit. Écoutez-le parler aux Juifs : Que voulez-vous me donner, leur dit-il , et dès aujourd'hui je vous le livre : QuidvuUts mihi daref (Matth., 26.) Il s'en remet, remarque saint Jérôme, à leur discrétion , et il les prend eux-mêmes pour juges du mérite de Jésus-Christ : Christum quasi vile mandpium in emerUium panens xsiimaUone. (Hibror.) Le prix ordinaire des esclaves , c'était trente deniers , et il s'en tient là. Ah ! perfide, s'écrie saint Augustin, que fais-tu? Jésus- Christ veut te sauver aux dépens de sa propre personne, et tu le vends, tout Dieu qu'il est, pour une vile somme d'argent; il va donner sa vie pour toi, et tu le donnes lui-même pour rien. Mais Judas ferme les yeux à tout; et l'aveuglement de son avarice le conduit à l'endurcissement et à l'obstination. En vain le Sauveur du monde met-il en œuvre les artifices de sa grâce pour le détourner de son dessein; en vain lui déclare-t-il confidemment que c'est lui qui le trahira; en vain lui prédit-il le malheur de sa réprobation, rien ne le touche ; il sort de la cène, il va trouver les princes des prêtres, il traite avec eux, il marche à la tête des soldats, il paraît dans le jardin, il approche de Jésus, le salue, l'embrasse, et par un baiser le fait connaître et le trahit. Amice, Mon ami , ad quid venisti 1 ( Matth. , 26 ) que venez-vous faire ? Osculo fîlium hominis tradis! (Luc, 22.) Quoi! vous me saluez pour me trahir, vous m'embrassez pour me perdre ! C'est l'aimable reproche que lui fait le Sauveur du monde; mais tous les reproches du Sauveur du monde et toute la douceur dont il les accompagne ne font sur ce coeur avare et vénal nulle impression : pourquoi ? parce qu'il n'est rien de plus propre à nous endurcir que l'avarice. Quand elle domine une fois, plus d'amitié, plus de fidélité, plus d'humanité; on oublie tous les devoirs, on s'accoutume aux plus honteuses lâchetés, on se fait une âme de bronze pour résister aux plus vi£s remords de la conscience et de l'honneur.
Ceci vous effraye dans l'exemple de Judas; mais ne concevons point tant d'indignation contre ce disciple que nous n'en réservions pour nous-mêmes. Car voilà les effets que produit tous les jours dans nous une insatiable convoitise : elle nous rend durs et insensibles, non-seulement à la misère , mais à la ruine du prochain; elle nous jette dans un aveuglement d'autant plus criminel qu'il est
volontaire, et (Tautant plus mortel que nous Tairoons ; elle nous fait commettre des indignités qui nous couvriraient pour jamais de confusion , si en nous les inspirant elle ne nous apprenait à n'en point rougir : Quid vultis mihi dare f (Matth. , 36.) Que medonnerez-vous, dit-on dans le monde, je dis dans le monde même où Ton paraît plus sensible à rbonneur, je dis dans les maisons des grands , et jusqu'à la cour; que me donnerez-vous? et je vous délivrerai de celui-ci , et je vous sacrifierai celui-là. En effet, avec cette espérance et dans cette vue de Tintérét, point d'affaire qui ne passe, point d'innocence qui ne soit opprimée, point de violence et d'injusticequi ne soit soutenue. Dès qu'un homme a de quoi donner, il est en possession dotons les crimes, parce qu'il ne manque jamais de ministres déterminés à le servir, et qui lui disent sans cesse : ÇuidvuUis mihi c/aref Combien d'amitiés violées par les plus sordides conventions ! combien de maîtres vendus par l'avidité d'un domestique qui s'est laissé corrompre! combien de trahisons exécutées par Tentreprise d'une femme à qui il fallait de l'argent , et qui sans s'expliquer, ne disait néanmoins que trop haut : Quid vuUis mihi daref Car, de quelque droiture que le monde se pique, vous savez si j'exagère ; et parce que ce commerce d'iniquité est encore plus abominable lorsqu'il sepratîquedans les choses saintes, et par des personnes consacrées comme Judas au ministère des autels , voilà, disait saint Bernard , ce qui fait aujourd'hui l'abomination de la désolation dans le temple de Dieu ; ce désordre de la simom'e dont Judas a été l'auteur, puisque ce fut le premier dans le christianisme qui sut vendre, et nous apprit à vendre le spirituel et même le divin. De là tant d'abus dans les dignités et les bénéfices de l'Église, tant de permutations, de provisions , de résignations mercenaires, tant de pensions plutôt achetées qu'accordées. Commerce, poursuit saint Bernard, qui déshonore la religion^ qui attire la malédiction sur les royaumes et sur les États, qui damne et les traitants et les négociants avec ceux qui les autorisent. Car qu'est-ce, chrétiens, dans le langage des Pères, que ces bénéfices? Le sang de Jésus-Christ; et ce sang de Jésus-Christ n'est-il pas tous les jours exposé, et, si j'osais user de cette expression, mis à l'enchère par tant de profanateurs qui en font trafic? On ne s*en cache pas même : ce que la bienséance au moins obligerait à déguiser et à couvrir, passe maintenant pour une proposition honnête : Quid vuUis mihi daref Qu'avez-vous à me donner en échange? de quoi pouvez-vous m'accommoder? que m'assurez -vous? Commerce peut-être encore plus outragenx au Sauveur du monde que celui de Judas , puisque enfin Judas se repentit d'avoir ainsi vendu le sang de son maître, au lieu que ceux à qui je parle le
SUR LA PASSION DE JËSUS-CHRTST.
font sans scrupule et avec la plus grande in Or, à quoi aboutit ce péché? Souvent à un ( poir absolu du salut; au désespoir de réparer \m désordres dont ces détestables négoces embaimsent, ou pour mieux dire, accablent une conscience ; au désespoir de faire les restitutions légi' times et nécessaires; au désesjK)ir de se soumettre en cela aux lois rigoureuses de l'Église; et parft même au désespoir d'en obtenir jamais le pardon, et de trouver grâce auprès de Dieu. Car voilà Pissue qu'eut l'avarice de Judas : InfeUx, dit saint Augustin, projecitpretium quo vetuUderai Dami' fittm, non agnovit pretium quo redemptus erai a Domino. (August.) Remarquez bien ces paroles, et jugez , en passant, si ce grand docteur a jamab douté que Jésus-Christ ne fût mort pour les réprouvés. Judas , par un sentiment de pénitenee, jjeta le prix pour lequel il avait vendu son maf tre ; mais pur un excès de désespoir, Il ne connut pas le prix salutaire dont son maître l'avait racheté : Non agnovit pretium quo redemptus erat a Domino, Telle est la destinée de tous les avares de la terre, qui, selon la réflexion de saint Croire, pape, ayant fait leur dieu de leur argent, ne peuvent plus mettre leur confiance dans un autre, tombent dans un oubli profond de la providence et de la miséricorde du vrai Dieu , désespèrent de se réconcilier jamais avec lui; et pour consommer leur réprobation , abandonnant malgré eux à la mort ce qui leur a fait renoncer pendant la vie leur Rédempteur, ne veulent pas même alors reconnaître le prix qu'il a offert pour eux , et qu'il ne tient qu'à eux de s'appliquer : Non agnovit pretium quo redemptus erat a Domino.
Mais il faut que la calomnie seconde la trahison de Judas, et il est temps de la voir agir, ou plutôt de l'entendre parler contre Jésus-Christ. Car c'est elle qui Va accusé, c'est elle qui a rendu tant de faux témoignages contre cet Homme-Dieu ; les Juifs lui ont servi d'organe, mais c'est elle-même qui s'est expliquée par leur bouche. Entrons dans la salle de Pilate, et voyons avec quelle hardiesse elle avance les plus grossières impostures, avec quelle faiblesse elle les soutient, et de quels artifices elle use pour séduire et pour corrompre les esprits. Pilate , pressé par les ennemis du Sauveur, leur demande quel est donc le crime qu'ils ont à hii imputer; et ils se contentent de lui répondre que si cet homme n'était pas coupable, ils ne l'auraient pas déféré à son tribunal. Remarquez, dit saint Augustin : Jésus-Christ passait dans toute la Judée pour un prophète envoyé de Dieu; on ne parlait que de la sainteté de sa vie et de la grandeur de ses miracles; et ceux-ci prétendent que c'est un homme déjà condamné par la voix publique, dont les crimes sont si connus, que d'en douter même
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