‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 99 sur 232 · TROISIÈME SERMON · texte numérisé non relu

TROISIÈME SERMON

SUR

LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST

Peeeata nottra ipte pertulii in eorpore nu> matr Uëmm: ui peccatis mortui , jiutUiœ vivamut,

Cttt lui qui a porté nos pécliés en ion oorpt mr la cnii; afin qu'étant morts pour le péché , nous vivk>Oi pour laJMtloe. FrenUère épttrt de saint Pierre , chap. %,

SlBE^ Voilà le précis de tout le mystère qui fait au|oin^ d'hui le sujet de la dévotion publique, et qui came dans l'Ëglise un deuil si universel. Nous céléhrooi la passion d'un Dieu mort pour nous, d'un Diea qui nous a aimés jusqu'à se faire la victime de notre salut, jusqu'à se rendre anathème devant lecîei pour en attirer sur nous les plus abondaotes bénédictions , jusqu'à vouloir être traité comme pécheur, tout Dieu qu'il était , et à se charger de toute Figneniinie et de toute la peine de nos péchés. Car, quand Jésus-Christ eût été pécheur, quand il eût été le péché même , paraîtrait-il dans un autre état que celui où nous Talions considérer ? et pourquoi s'est-il soumis à un si rigoureux châtiment, sinon, ajoute le texte sacré, afin que nous soyons guéris par ses plaies, aOn que nous soyons lavés dans son sang, afin que nous soyons justifiés par l'arrêt de sa condamnation, et que nous trouvions dans sa mort le principe de notre vie ? Tel fut , dis-je, l'excès de la charitéd'ua Dieu, et d'un Dieu sauveur ; mais tandis queFamour d'pn Dieu le rend si sensible à nos intérêts , que serait-ce si nous devenions insensibles à ses soufiraoces ? C'est , ô chrétiens , ce que je regarderais dans vous comme un caractère de réprobation ! et la menace que Dieu faisait aux Israélites ne s'aocomplirait-elle pas à votre égard ? Anima qux afjlicta non fuerit die hac, peribU de populis suis, (LeoiL, 2S.) Dieu voulait qu'au jour solennel destiné pour les expiations de son peuple, chacun prît des sentiments de douleur;ets'ilyavaituneâme assez endurcie poor n'entrer pas dans l'affliction commune, il ordonnait qu elle fût exterminée , et qu'on ne la comptât plus parmi son peuple. Or voici , mes chers auditeurs, le grand jour des expiations, puisque c'est le jour où Jésus-Christ a expié par son sangtous les péchés des hommes : et par conséquent c'est en ce jour que Dieu a droit de nous dire : Anima qux (tfflicta no» fuerit die hac, peribU de populis suis. Cependant, mes frèjres, il ne s'agit point précisément ici de s'affliger et de pleurer? il s'agit de méditer et de godter

SUR LA PASSION DE JESUS-CHRIST

les vérités importantes qui nous sont proposées; il s'agit, pour ainsi parler, d'ouvrir le livre de la croix, qui est le grand livre de notre foi , et de comprendre , autant que nous le pouvons , combien Dieu a en horreur le péché, puisque, pour détruire le péché, il n'a pas épargné son propre Fils; de reconnaître combien Dieu a aimé le monde, puisque, pour sauver le monde, il a sacrifié ce Fils même, l'objet de ses complaisances éternelles ; de mesurer le degré de perfection et de sainteté où Dieu nous appelle, puisque, dans la personne de ce Sauveur mourant , il nous a donné de si illustres exemples ^e toutes les vertus. Ne cherchons point, pour profiter de ces leçons si solides et si nécessaires, d'autre secours que celui de la croix; car la croix doit être aujourd'hui notre asile, et l'unique médiatrice à qui nous devons recourir. Rendons-lui nos hommages, en lui adressant les paroles de l'Église, et lui disant : Ocrux! ave.

De toutes les idées dont le- Saint-Esprit s'est servi dans l'Écriture pour exprimer le mystère adorable de la passion et de la mort du Fils de Dieu, je n'en trouve point de plus noble que celle de saint Paul dans l'épttre aux Colossiens, lorsqu'il dit que le Sauveur des hommes étant attaché à la croix, y attacha avec lui lacédulede notre condamnation pour Teffacer de son sang, et qu'en même temps il désarma les puissances et les principautés, les menant comme en triomphe à la vue du ciel et de la terre, après les avoir vaincues dans sa personne : Delens, quod adversus nos eral, chirographum decreti, expolians principatus et potestates , tradaxU confiderUer, palam triomphans ilhs in semetipso, {Coloss., 2.) Prenez garde, s'il vous platt, chrétiens : l'apôtre nous représente le Calvaire comme un champ de bataille où le Fils de Dieu parut pour combattre tous les ennemis de la gloire de son Père, mais surtout le péché , qui s'était montré le plus indocile et le plus rdMlle. Il faisait depuis longtemps la guerre à Dieu ; mais THomme-Dleu est venu pour le détruire, et c'est sur la croix qu'il lui adonné le coup de la mort. Voilà le grand mystère dont j'ai à vous parler. Cependant qu'est-il arrivé? Ce qui arrive quelquefois dans les combats particuliers d'homme à homme , lorsque deux adversaires se trouvent égaux , et que Ton et l'autre se portent des coups mortels, en sorte que l'un et l'autre demeurent tout à la fois vaincus et vainqueurs. Ainsi le péché a fait mourir Jésus- Christ dans sa passion, et Jésus-Christ, dans cette même passion , a fait mourir le péché. Deux propositions auxquelles je m'arrête, et qui vont faire les deux parties de ce discours. Dans la première, je vous représenterai le péché agissant contre le Fils de Dieu, et lui faisant perdre la vie; et dans la seconde , je vous ferai voir le Fils de Dieu détruisant le péché par ses souffrances , et lui donnant la mort.

Voilà ce qui nous est marqué dans ces paroles du prophète : f^ulneraius est propter iniquitates nostras, attrttusestproptesscelera nostra, (Isai., 68.) Qui l'a couvert ce Dieu-Homme de tant de blessures dans sa passion? Ce sont nos iniquités : yidnê" rtUus estpropter iniquitates nostras. Et pourquoi dans sa passion aH-il reçu tant de blessures? Pour abolir et pour réparer nos iniquités : Attritus est propter scekra nostra. Le péché donc, cause essentielle de la passion du Fils de Dieu , c'est le premier point; et, par un miracle de la Providence, le péché trouvant aussi sa destruction dans la passion du Fils de Dieu, c'est le second.' Dans toute la suite de ce discours, je m'attacherai fidèlement à l'histoire des souffrances du Sauveur, selon qu'elle est rapportée dans l'Évangile, tant pour satisfaire votre piété, qui attend cela de moi, que pour me concilier davantage votre attention.

Page 1