SIS
*Mt leur fiire injare. Langage ordinaire de la Bjioiiinie, qui ne s*énonce jamais plus hardiment ne quand elle en impose plus faussement , et qui , oor autoriser le mensonge, ne manque point de le roposer comme une évidence ; au lieu que la vérité Mijours modeste, lorsqu'elle est même forcée à ire le mal, ne le dit qu*avec réserve, ne le dit a*a¥ec crainte , ne le dit qu'en gardant toutes les aesures d'une sage circonspection : pourquoi? tarce qu'elle n'accuse et qu*elle ne condamne que tans Tordre de la charité. Mais encore, reprend ilate, quel mal a-t-îl fait? ÇuidenimmaUJecit? Luc. , M.) Ce qu'il a fait, c'est qu'il a voulu pervertir notre nation; c'est que nous l'avons trouvé lemant parmi le peuple des maximes damnables , [ai font au renversement des mœurs. On eût dit, 1 en croire les Juifs , que Jésus-Christ était en effet m corrupteur et un séducteur; et toutefois on sarait assez dans Jérusalem qu'il n'avait prêché que 'obéissance , que l'humilité, que le renoncement à ^oi-méme. Calomnie non moins faible à soutenir (es impostures, qu'elle parait hardie à les avancer. Car, quand il en faut venir à la vériûcation Ses faits, c'est alors que l'iniquité se dément elleniéme; on n'entend que les bruits confus d'une multitude passionnée, mais rien de positif ni de nraisemblable; ils se déclarent tous pour témoins, nais leurs témoignages se détruisent les uns les lutres. Pilate est surpris de voir tant d'emportement d'une part , et de l'autre si peu de preuves ; mais c'est pour cela même, dit saint Chrysostôme, c'est parce qu'il n'y a point de preuves, qu'il y a de Temportement. Que font-ils donc? ils ont recours ^'artifice, et, préoccupant l'esprit de ce juge par des raisons d'État, ils déposent que Jésus-Christ, par une témérité punissable , a pris la qualité de roi , qu'il a des prétentions sur la monarchie des Juifs , que souvent il les a détournés de payer le trilwt à César : accusations dont ils voyaient bien que le seul soupçon serait contre le Fils de Dieu tm des plus forts préjugés. Et c'est aussi par là que leur calomnie , quoique sans fondement, a tout le Buccès d'une légitime déposition.
Je n'ai garde, chrétiens, de m'étendre ici en de longues réflexions sur l'horreur d'un péché que vous détestez vous-mêmes , et que je sais être le dernier de tous les désordres où la passion pourrait vous porter. Mais si j'avais un reproche à vous faire, ce serait que, détestant pour vous-mêmes la calomnie, vous ne laissiez pas de la fomenter tous les jours dans les autres, de l'écouter favorablement, de lui donner créance, d'en aimer les discours malins, et d'en répandre les bruits scandaleux. Vous ne voudriez pas être auteurs de la calomnie; mais rombien de fois avez-vous autorisé les calomniateurs, en leur marquant de criminelles complai-
sances, en les faisant parler, en les excitant, en leur applaudissant, et vous rendant par là non-seulement fauteurs et complices, mais responsables de toutes leurs suppositions? Voilà, dis-je, ce que j'aurais à vous reprocher; mais un Dieu m'inspire aujourd'hui pour votre édiCcation une morale chrétienne, fondée sur ce silence tout divin que garde le Sauveur du monde au milieu de tant d'imposteurs. Car, tandis qu'ils le chargeaient de calomnies, que leur répondait-il? Pas une parole ni contre ses accusateurs, ni pour soi-même : ni contre ses accusateurs, silence de soumission aux ordres de son Père et de charité envers ses ennemis ; ni pour soi-même , silence de patience et d'humilité : Jesits autem tacebat. (Matth., 36.) Quels mystères, mes chers auditeurs! tâchons à les comprendre. Il est accablé de faux témignages, ce Dieu-Homme, et il ne se plaint point de ceux qui les rendent contre lui, et il n'en appelle point au ciel pour être vengé de leur injustice; et, quoiqu'il le pût aisément, il ne se met point en devoir de les confondre. Silence si héroïque, que le Saint-Esprit en a fait un éloge particulier dans l'Écriture : Qui cum malediceretur, non maledicebat. (1. Petb., 2.) Mais pourquoi se taitil de la sorte? Ah! chrétiens, pour établir cette maxime de son Ëvangile si surprenante et si opposée à l'esprit du monde : Tenez-vous heureux quand les hommes se déclareront contre vous, qu'ils s'attacheront à vous décrier, qu'ils en diront iout le mal qu'un esprit aigri et envenimé leur inspirera : Beati estis cum maledixerint vobis, et dixerint omne malum adoersum vos. (Matth., 6.) Toute la nature devait se soulever contre cette vérité, et c'est pour cela qu'il fallait que le Sauveur la justifiât dans sa personne; car ce qu'il y a de moins supportable à l'amour-propre, c'est d'être accusé faussement, et de voir la calomnie l'emporter sur notre innocence. Voilà ce qui nous révolte , ce qui nous jette quelquefois dans les plus violents transports; mais ce sont ces transports que le Fils de Dieu a voulu réprimer; et comment? par un moyen que sa sagesse seule pouvait inventer, et qui est le miracle de sa grâce, savoir, en nous faisant une béatitude de la calomnie même, ne se contentant pas de nons dire : Modérez-vous, surmontez-vous, fortifiez-vous, consolez-vous; mais ajoutant : Réjouissez-vous d'être calomniés et outragés : Gaudete et exuUate. (Ibid.) Notre raison aveugle et présomptueuse devait traiter cette maxime évangélique, sinon de folie, au moins d'illusion et de simplicité; mais ce Dieu-Homme, dont le silence nous parle, veut aujourd'hui nous faire connaître que cette simplicité est la vraie sagesse, et que notre raison est sur cela condamnée par toutes les raisons éternelles. Il ne fait nulle plainte de ses calomniateurs; pourquoi? parce qu'il les envisage, dit saint Ber-
su
nard , comme les exécuteurs des ordres de son Père , et comme les instruments que Dieu a choisis pour accomplir dans sa personne le grand ouvrage de lu rédemption. Or, en cette qualité, il ne peut pas se plaindre d*eux; et bien loin de s*éle?er contre eux, il se sent obligé même à les honorer. Il déteste la calomnie; mais il en aime Tefifet; et parce que l'exécution des arrêts de Dieu se trouve attachée à la calomnie qu'ils lui font, par respect pour ces arrêts divins il ne répond rien. Cette calomnie est la plus énorme de toutes les injustices; mais il sait que Dieu doit tirer de cette injustice sa plus grande gloire et la plus sainte de toutes les justices; et c'est pourquoi il garde un silence profond, adorant la justice de Dieu dans l'injustice des hommes. En un mot, il distingue, dans le péclié des Juifs qui l'accusent, ce que Dieu veut, et ce que fait l'homme; il a en horreur ce que fait l'homme, et il regarde avec vénération ce que Dieu veut; mais parce qu'il arrive que ce que Dieu veut est une suite de ce que fait l'homme, il n'invective point contre l'homme, pour ne point murmurer contre Dieu; il souffre l'un parce qu'il se soumet à l'autre, et il nous apprend ainsi la règle admûrable du silence de soumission et de charité.
Voilà, mes chers auditeurs, ce qui engage aujourd'hui le Fils de Dieu à demeurer muet devant ceux qui l'oppriment; et voilà ce qui nous oblige nous-mêmes à ne rien dire en mille rencontres où l'on nous calomnie, et à prier même pour ceux qui nous calomnient : Maledicimur et benedicimus, blaspkemamur et obsecramus (t: Cor,, 4) : On nous maudit, et nous bénissons, disait saint Paul; on vomit contre nous des blasphèmes , et nous y répondons par des prières. Telle était, du temps de cet apôtre, la marque du christianisme ; c'est par là que l'on discernait les fidèles; et quiconque ne vivait pas dans cette ferme pratique, de réprimer les saillies de sa langue, et de s'imposer au moins silence à l'égard de ses ennemis , de quelque perfection d'ailleurs qu'il se piquât, était censé n'être chrétien qu'à demi : pourquoi? parce qu'il n'agissait pas dans ces vues de foi et dans ces sentiments que la solide religion nous inspire, lorsqu'elle nous enseigne que ceux qui nous attaquent par la calomnie ou par la médisance sont ceux qui , dans l'ordre de la Providence ou du salut, doivent faire devant Dieu notre mérite et notre couronne. D'où saint Jacques concluait, parlant de quiconque n'était pas persuadé de ce principe, que, quelque apparence de religion qu'il eût, ce n'était qu'une religion imaginaire, plus propre à le tromper et à le séduire qu'à le sanctifier : Si quis putat se religiosum esse, non refrénons linguam suam, sedseducens corsuum, hujus vana est religio. (Jacob. , 1 .}
Mais, me direz-vous, pourquoi Jésus-Christ,
SUR LA PASSION DE JÉSUS-CHBIST
quelque déterminé qu'il fût à ^[^argnar Mi fan accusateurs, ne parlait-il pas au moins pour n légitime défense? Ah! chrétiens, voilà le prodige qv la morale païenne , avec toute sa préteodue nnfwii, n'a jamais connu. A ce silence de soumisskMi etdi charité, le Filsde Dieu en ajoute un autre, 4MJ*appelle un silence de patience et d'humilités Pilaie le presse de répondre aux accusations des Jiiifii:ircBtendez-vous pas, lui dit-il, tout ce qu'on dépose contre vous? Non audU quanta isti adoerêmn k cUcunt testimonia? (Matth. , 27.) Parlai donc; et si vous êtes innocent, faites-le parattie. Maisiaeli Jésus ne réplique rien : Et non respomiit d ai illudverbum. (Id.) Il était, cesemble, de lagioin de Dieu que la calomnie fût confondue. Il est ità^ reprend saint Bernard , mais il était encore plus de la même gloire qu'un juste calomnié demeurât dan le silence, et c'est pourquoi il se tait : Jetus a«ta tacebat. (Id. , 26.) Il y allait de l'honneur de aoa ministère, que lui, qui avait prêché les vérités di salut, ne passât pas pour un corrupteur du peuple, je l'avoue; mais l'honneur de son ministère Tengigeait encore plus à pratiquer lui-même œ qu'il avaft enseigné, savoir : d'abandonner sa propre cause; et c'est pour cela qu'il ne dit pas un seul mot : Jesu autem tacebat. L'intérêt de la religon voulait que lui, qui en était le chef et Tauteur, ne £ât pas i«gardé comme un criminel, j'en conviens; mais il n'éuit pas moins de l'intérêt de la religion que loi, qui en devait être l'exemple et le modèle , apprît aux hommes à faire le plus grand de tous les sacrifices, qui est celui de la réputation , et c'est ce qui lai ferme la bouche : Jésus autem tacebai, U devait épargner à ses disciples la honte et l'opprobre d'avoir eu un maître séditieux , j'en demeure d'acooid; mais il aimait encore mieux leur laisser cette belle leçon, d'avoir eu un maître patient jusqu'à l'insensibilité et jusqu'à un entier oubli de lui-même; el de là vient qu'il demeure muet : Jésus autem ta»' bat. Il se devait à lui-même la justification de sa via et de sa conduite , surtout en présence de Pilate, lequel , étant étranger, ne pouvait pas le connaître, et qui , en qualité de juge, devait en faire son rap* port à Rome; à Rome, dis-je, où il était si important à Jésus-Christ de n'être pas décrié, puisque c'était là que son Évangile devait être bientôt préebé, et qd'il voulait établir le siège de son Église; je le confesse : mais son Évangile.devait être un évangile d'humilité, et son Eglise ne devant avoir d*aiitre fondement que celui-là, il trouve sa vie mieux justifiée par son silence que par ses paroles ; et cela frit qu'il ne parle point ; Jésus autem tacebat.
Que ce silence, chrétiens, nous dit de choses, s nous le savons bien pénétrer! Les Pères de l'ÉgÛee demandent pourquoi le Sauveur du monde fut n constant à ne vouloir point se défendre, et ils ea
SUB LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST
Hportent diverses raisons. Saint Ambroise prétend oTil en usa de la sorte, parce quMI savait bien que es ennemis étaient déjà résolus à le perdre, et que, , [iioi quMl alléguât pour lui , il n'en serait pas cru. Hiis 8*il n'en eût pas été cru par ses ennemis, du DoLu Pilate, prévenu en sa faveur, et qui ne cherehait qu*à le sauver, aurait pu s'en prévaloir. La pensée de saint Jérôme est que le Fils de Dieu ne le justifia point, de peur que Pilate, qu'il voyait bien disposé, ne le renvoyât absous, et qu'ainsi la rédemption des hommes ne fût troublée et internmpae, parce que, selon l'ordre des décrets éternels de Dieu, cette rédemption dépendait de sa condamnation. Mais il me semble que c'est attacher ks décrets de Dieu et toute l'économie du salut des s, à une circonstance trop légère. Le sentide Théophilacte me parait plus naturel , que Jésus-Christ ne voulut rien dire , parce qu'en parlant il n'aurait &it qu'irriter davantage ses accusateurs, fû, pour soutenir leurs premières calomnies, en aoraient inventé de nouvelles, ce qui n*eût servi fo'à les rendre encore plus coupables. D'autres croient, avec saint Chrysostôme, et cette opinion aX la plus vraisemblable, que Jésus-Christ n'entreprit point défaire son apologie parce qu'il n'en avait pis besoin , parce que son innocence était manifeste , et que Pilate, son juge, en était lui-même con- Taincu. Mais de toutes les raisons, voici celle à quoi je m'attache : concevez-la bien, parce qu'elle doit nous instruire, et qu'elle se rapporte à nous. Car le Sauveur du monde ne se justifie point devant Pilate , pour nous apprendre à ne nous pas justifier nous-mêmes , mais à nous taire en mille occasions 00 nous ne pouvons nous expliquer sans troubler la pûx et l'union; pour condamner mille mouvements inquiets et passionnés que nous nous donnons tous les jours sur des sujets où nous croyons être innocmts, lorsque nous ne le sommes pas; pour les anéter même quand nous le sommes en effet ; pour Boos faire abandonner notre cause à Dieu , lui disant avec son prophète : Ubi revelavi causam meam (JuBX. f 20 ) ; pour modérer notre ardeur à pournivre nos droits en plusieurs rencontres, où il est plus raisonnable de les céder : enfin pour corriger CD nous cette passion , qui nous est si ordinaire , de Tonîoir maintenir, quoi qu'il arrive, et faire valoir notre innocence; passion qui est le principe de tant de désordres : on croit toujours avoir raison; et, par une erreur plus pernicieuse, on se persuade que dès qu'on a raison , il faut éclater et résister. Or, de là les plus grands dérèglements du monde , de là mille foutes contraires à l'humilité chrétienne , mille emportements au préjudice de la vraie obéissance; de là les révoltes contre les supérieurs, de là les raptures entre les égaux, de là je ne sais combien iTantres scandales; parce qu'on n'a pas bien coni-
pris, dit saint Bernard, cette vérité, qu'il y a des temps et des conjonctures où l'on doit sacrifier à Dieu son innocence même. Belle leçon que nous fait le Sauveur du monde! car, quelque bon droit et quelque raison que je puisse avoir, si c'est la foi qui me gouverne , comment aurais-je tant de chaleur à me justifier, en voyant qu'un Dieu ne se justifie pas? Est-il possible que je ne me rende pas à la force de cet exemple? Je ne suis pas plus saint ni plus juste que Jésus-Christ; les choses dont on m'accuse ne sont pas plus atroces que celles qu'on a imposées à Jésus-Christ; on ne m'a point encore traité de scélérat ni d'infâme comme Jésus-Christ; ma réputation n'est pas d'une conséquence plus grande que celle de Jésus-Christ , et il n'est pas plus de l'intérêt de Dieu que mon innocence soit reconnue que celle de Jésus-Christ. Soit donc que j'aie tort, ou que je ne l'aie pas, pourquoi ne serais-je pas prêt à renoncer à tous mes droits quand Dieu le voudra, quand il sera question de souffrir pour lui , quand la nécessité ou sa volonté m'y obligeront? Et pourquoi n'aurais-je pas le courage de dire comme saint Paul : MiAi autempro minimo est ut a vobis judicer, aut ab humano die? (i. Cor., 4.) Accusezmoi, noircissez-moi, calomniez-moi, pensez de moi ce qu'il vous plaira ; que m'importe de quelle manière vous en jugerez, pourvu que je sois jugé favorablement de Dieu? car je n'ai que faire de me justifier, sinon auprès de celui qui me doit juger. Or ce ne sont pas les hommes qui doivent être mes juges, c*estDieu : Quiauiemjudical me, Dominus est. (Ibiâ.)
Mais revenons : si, pour l'accomplissement de ses adorables desseins, Dieu n*avait permis que l'infidélité des hommes allât dans la passion de Jésus- Christ jusqu'à l'excès , ce divin Sauveur, ainsi accusé et calomnié, eût pu se promettre tout de l'attachement du peuple, qui lui avait toujours été dévoué » et qui, selon l'Évangile, s'était souvent déclaré pour lui «jusqu'à faire trembler ses ennemis mêmes. Surtout Pilate, par son premier jugement, ayant remis aux Juifs le choix du criminel qui devait être délivré à la fête de Pâques, on ne pouvait douter que, malgré la rage des pharisiens , le peuple ne sauvât le Fils de Dieu. Cependant, chrétiens, c'est ce peuple qui l'abandonne , par une inconstance aussi subite dans son changement qu'elle est violente dans les extrémités à quoi elle se porte. Inconstance la plus subite dans son changement, car c'est six jours après la réception solennelle qu'ont faite à Jésusu Christ les habitants de Jérusalem, six jours après l'avoir proclamé roi d'Israël , six jours après l'avoir comblé d'éloges, en l'appelant Fils de David , en lui donnant mille bénédictions : Uosanna FUio Davidt Benedictus qui venit in nomine Domini (Mâtth. , I 21); c*est, dis-je, alors qu'ils se déclarent le plus
hautement contre lui , et qu*ils poursuivent sa mort avec plus d*àrdeur. Inconstance la plus violente dans les extrémités à quoi elle se porte, puisque tout à coup ils vont jusqu'à lui préférer Barabbas, c'est-àdire jusqu'à lui préférer un insigne voleur, et jusqu'à demander que celui qu'ils venaient de reconnaître pour leur Messie fdtcrucifié:(7rur(/?<^^(ir.(MA.TTH., 37.) Voilà le monde, chrétiens; voilà les légèretés et les perfidies du monde; et néanmoins ce monde, si changeant et si perfide , c'est ce que nous aimons , et sur quoi nous nous appuyons ; ceux mêmes qui passent parmi vous pour les plus versés dans la connaissance du monde sont les premiers à s*y laisser tromper; ils en ont mille fois éprouvé l'infidélité, et, après tant d'épreuves. Ils en sont toujours idolâtres : ils font là-dessus des leçons aux autres, ils sont éloquents à en parler; mais il y a toujours un certain charme qui les attache à ce monde qu'ils méprisent; et il semble que plus il est inconstant pour eux , plus ils s'opiniàtrent à être constants pour lui. Mais laissons là les partisans du monde, et considérons-nous nous-mêmes. Voilà, mes chers auditeurs, ce qui nous arrive, lorsque, par des inconstances criminelles à l'égard de notre Dieu, nous sommes tantôt à lui, et tantôt contre lui, aujourd'hui pleins de zèle, et demain la lâcheté même; aujourd'hui chrétiens et religieux, et demain libertins et impies, renonçant à Dieu dans des circonstances toutes semblables à celles où le peuple Juif renonça Jésus-Christ, c'est-à-dire immédiatement après l'avoir reçu dans nous, comme notre Dieu, par la communion; lui préférant un aussi Indigne sujet que Barabbas, un vil intérêt ou un plaisir honteux, et, pour ce plaisir et cet intérêt, consentant qu'il meure, et, selon l'expression de Tapôtre, qu'il soit tout de nouveau crucifié. Si saint Paul ne nous le disait pas, jamais pourrions-nous croire que le désordre de notre inconstance pût aller jusque-là?
Cependant, chrétiens, dans un déchaînement si général et si injuste contre le Sauveur, à qui étaitce de prendre sa cause en main et de le défendre? A Pilate : mais c'est au contraire la politique de ce juge qui lui fait sacrifier l'innocent, et porter l'arrêt de sa condamnation. Qui l'eût cru? après avoir si hautement protesté qu'il ne voyait rien en quoi Jésus-Christ fût coupable , et par où il eût mérité la mort; après avoir fait tant d'efforts pour le retirer des mains de ses ennemis, Pilate enfin le livre aux Juifs : pourquoi? parce qu'il craint César dont il est menacé, et qu'au lieu d'écouter les reproches de sa conscience, il n'est attentif qu'aux intérêts de sa fortune. S*il eût suivi les règles et les sentiments d'une justice inflexible et droite, il se fût élevé contre les Juifs , il se fût déclaré contre les accusateurs du Fils de Dieu , il en eût appelé lui-même à Tem-
SUR LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST
pereur ; et , au hasard de perdre la &veur do priaeé*; il eût protégé le bon droit et rinaoeenoe do joMl Mais où trouve-t-on de ces hommes désintérenéi, et combien de courtisans vendraient encore eefrt y a de plus saint et de plus sacré , pour 8*afaMV ou pour se maintenir auprès du maître ? 00*111 M rendent tous les hommages dus à sa grandeor, qoHi s'attachent à sa personne , qu'ils respectent tm or dres, qu'ils s'empressent à lui plaire; Je le veux, et ils le doivent, autant que la oonscteDoe et la loi de Dieu le permettent. Mais s'il £Biut trahir Finne et l'autre, s'il faut, pour ne pas blesser l'homme, of^ fenser Dieu; pour ne pas s'attirer la disgrâce A l'homme, s'exposer à la haine de Dîeo; ah! cf'crt alors que tout chrétien doit s'armer d'une nioto assurance, et fouler aux pieds tous les respects lamains : c'est alors qu'il doit être déterminé à p» dre tout et à se rendre l'objet de l'indignatioD piblique, plutôt que de manquera son Dieu, et ioi que demandent indispensablement de lui l*iolàÉ de son âme et l'équité.
Ce n'est pas là néanmoins l'esprit de la poBtiqiii du monde, de cette malheureuse politique qoi oooi fait avoir pour les grands une ooroplaisanee à aveugle; qui nous fait faire sans discernement Mi ce qu'ils veulent, souvent même plus qu'ils se veulent; et cela , aux dépens de nos devoirs lesplsi essentiels. Ëcueil funeste, où échoue toute la temeté et toute la droiture de Pilate. Jasque-là 1 s'était comporté en juge intègre et sage : mail au nom seul de César, il se trouble, Il craint, il fait des réflexions, il est ébranlé, déconcerté, vaincu ; et la conclusion est qu'il abandonne bonteusement Jésus-Christ aux soldats, et qu'il laine aux Juifs une pleine liberté d'exercer sur lui toute leur fureur : TradidU Jesum volwUati eonm. (Luc, 23.)
Ils ne différent pas un moment; |et c'est id, chrétiens, que vous allez voir l'humilité d'un Dîeo, sa modestie, sa pudeur, sa sainteté outragée et profanée par l'insolence des hommes; car eleit l'insolence du libertinage qui met le comble aux souffrances de Jésus-Christ. Tune mi/iief prxskBs suscipientes Jesum inprœtorium , congregavenaU adeum universam cohortem (Ma.tth. . 27) : Ahm, dit révangéliste, les soldats de la garde de Pilate se saisirent de Jésus, le conduisirent dans le pi^ toire , c'est-à-dire dans la salle de l'audience ; et là, ayant assemblé autour de lui toute leur compagaiev ils le traitent d*une manière également brutale et impie : brutale, sans aucun sentiment d'humanité; impie , sans aucun respect de religion. Je dis barbare et brutale : car quand Jésus-Christ e<h été criminel , le voyant condamné à mort ils devaient en avoir compassion; c'est un sentiment que la nature nous inspire, même pour les plus grands scélérats.
SUR LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST
eoNirs deviennent plus durs que la pierre ronze : ils doivent être les exécuteurs de », et par avance ils veulent se payer de 8 aux dépens de sa personne; c'est une i*on leur a donnée à sacrifier, maïs ils préparer au sacrifice de la croix par des \ que leur seule brutalité était capable . Que font-ils? Tout condamné qu'il est, Ht à l'insulter par des r^lleries sanglanehargent d'injures et de blasphèmes ; et andé les yeux, ils lui donnent des soufi demandant quel est celui qui l'a frappé. lia un traitement plus cruel? mais en is un plus impie que de profaner, comme ox des plus augustes et des plus saintes ce divin Sauveur, celle de Christ et celle le traitent de Christ par dérision , en l'oprophétiser : PropheUza nobis, ChrUte.
36.) Ils en font un roi de théâtre, en lui our sceptre un roseau, en le revêtant ), en fléchissant devant lui le genou, et : Nous vous saluons, roi des Juifs :
Judxorwn. (Id. , 27.) O mon Sauveur, je votre royauté adorée dans le ciel fût « sur la terre? fallait-il que cette onction roi , de grand prêtre et de prophète, que iroez par votre nom de Christ, et qui roe de toutes les grâces et de toutes les os, servtt d'objet à l'impiété et à l'ir-
i rien néanmoins encore , j'ose le dire : ippareil d'un nouveau supplice dont on jamais parler, et dont les lois les plus nous ont jamais donné d'exemple. On en la première épreuve sur le Fils de Dieu, ipare une couronne d'épines qu'on lui en* \ violence dans la tête. Le sang coule de ts, et autant de pointes qui le percent, it de blessures. Voilà comment la synaaité son roi; voilà comment elle a traité Bt le mien ; voilà comment elle a traité le le roi de toute la nature. Indignité que itons ! mais tandis que nous la détestons itres , que ne la détestons-nous dans noiislar n'est-ce pas nous-mêmes , chrétiens , fois en avons usé de la sorte à l'égard de ist? Mettons-nous en parallèle avec les d insultèrent ce roi de gloire : nous reconce que nous faisons tous les jours , et ce sommes: car telle est l'idée des pécheurs pies du siècle. Saint Paul, écrivant aux 18 , leur disait qu'ils étaient sa couronne : smmmetcorona mea. {Philipp,,4.) Suilême règle, ne pouvons-nous pas dire que mes la couronne de Jésus-Christ, mais une I de souffrances? Il attendait que de nos
bonnes œuvres nous lu! fissions une couronne d'honneur , et par nos iniquités nous lui en fiedsons une d'ignominie. 11 se promettait de nous des fruits de grâce , de vérité et de vertu ; il n'en recueille que des ronces et des épines. C'est ainsi , dit saint Bernard , qu'il est couronné de nos péchés ; mais du moins, ajoute le même Père, prééentons-lui dans cet état l'hommage d'une sincère douleur et d'une vive componction. Egredimini, et videte, fiUx Sion, regemindiademate {Cant.y 3); Venez, filles de Sion, âmes rachetées du sang d'un Dieu; venez, et voyez votre roi avec ce diadème sanglant que vous lui avez fait porter; venez reconnattre vos infidélités, et les pleurer; venez réparer par vos larmes et par les saintes rigueurs de la pénitence ce que vous lui avez fait souffrir par vos crimes : et après avoir appris comment le péché a fait mourir Jésus- Christ . apprenez comment Jésus-Christ a fistit mourir le péché, et comment vous le devez fadre mourir vous-mêmes : c'est la seconde partie.