DEUXIÈME PARTIE
C'est un principe et une vérité de foi , que comme la grâce de l'innocence et de la justice originelle sanctifiait l'homme tout entier, aussi l'homme tout entier a-t-il ressenti les pernicieux effets du désordre et de la corruption du péché. Il les a ressentis dans son corps , dans son esprit , dans sa volonté , et dans ses passions : dans son corps , par la révolte des sens et par leur mollesse ; dans son esprit, par l'orgueil; dans sa volonté, par l'amour de l'indépendance; et dans ses passions, par leurs désirs aveugles et déréglés. II fallait donc que le Fils de Dieu, mourant pour détruire le péché, le fit mourir dans tout l'homme. Or, en effet, je dis qu'il l'a fait mourir dans le corps de l'homme , en nous inspirant par son exemple la mortification contre la sensualité et la mollesse. Je dis qu'il l'a fait mourir dans l'esprit de l'homme , en nous inspirant par son exemple l'humilité contre l'orgueil. Je dis qu'il Ta fait mourir dans la volonté de l'homme , en nous inspirant par son exemple la soumission contre l'amour de l'indépendance. Enfin, je dis qu'il l'a fait mourir dans les passions de l'homme, particulièrement dans la plus violente de toutes , qui est la vengeance , en nous apprenant par son exemple à pardonner les injures , et à rendre le bien pour le mal. Ceci me donnera lieu de vous le représenter encore en quatre états bien propres à vous toucher et à vous instruire. Suivez-moi toujours, s'il vous platt.
Je me figure d'abord un chrétien sensuel, et esclave de cette concupiscence de la chair, qui est la source funeste du péché, ou plutôt esclave du péché même, qui est la suite conune infaillible de cette concupiscence de la chair, quand elle est fomfixsLtÂ^
SUR LA PASSION DE JÉSUS-GURIST
par une vie moUe et folaptoeuse : et pour détruire en lui ce corps de péché , dont parle si souvent saint Paul , je lui produis le Sauveur du monde dans Tétat où Pilate le présenta aux Juifs, quand il leur dit : Eccehomo, Voilà rhomme : c'est-à-dire, je lut produis cet Homme-Dieu tout couvert de plaies et déchiré de coups, tel qu'il parut après sa flagellation. Les évangélistes ne nous disent point quelle fut la mesure ou l'excès de ce supplice : ils nous le laissent à conjecturer ; mais cette conjecture que nous en avons, peut-être surpasse-t-elle tout ce qu'ils nous en auraient appris ; car Pilate , ne pouvant contenter la haine du peuple, trouva enfin un expédient pour la satisfaire, et ce fut de condamner Jésus à être fouetté. Voilà par où nous devons juger de ce que souffrit le Fils de Dieu. Ce peuple était transporté de fureur, il n'y avait que le sang de cette victime qui le pût apaiser ; il demandait ce sang avec instance , et Pilate voulait qu'il fût content. De là concluez avec quelle rigueur on le traita. Quand on nous rapporte sur ce point les révélations de certaines âmes pieuses et saintes, elles nous semblent quelquefois des exagérations, et à peine font-elles quelque impression sur nous. Mais quand je dis que le Sauveur du monde fut mis, par le commandement de Pilate, dans un état où la cruauté de ses ennemis, quelque impitoyable qu'elle fût, eut de quoi être satisfaite , n'en dis-je pas autant et plus même qu'il ne faut? Pourquoi ies évangélistes ne sont-ils pas entrés là-dessus dans un plus grand détail? Ah! répond saint Augustin, parce que l'évangéliste de l'Ancien Testament, Isaîe, s'en était déjà suffisamment expliqué pour eux. Qu'en a donc dit ce prophète? Des choses, chrétiens, qui vont au delà de toutes nos expressions; savoir, que Jésus-Christ, après cette cruelle flagellation, n'avait plus la figure d'homme, ndiviits ettm, et non erat aspectus (Isài., 53); qu'il faisait horreur à voir, et qu'on l'aurait pris pour un lépreux frappé de la main de Dieu , Qucui leprosum el percussum a Deo. (Id.) Car ce n'est point par application ni par figure, mais dans le sens littéral de la prophétie , que ce texte d'Isaîe se rapporte à Jésus-Christ.
C'est dans cet état que je le propose aux pécheurs du siècle , avec ces paroles si touchantes et si capables d'attendrir les cœurs même les plus endurcis : Ecce homo (J0A.ir., 19) : Le voilà, chrétiens, cet homme que vous adorez comme votre Dieu, et qui l'est en eflfet; le reconnaissez -vous? c'est vous qui l'avez ainsi défiguré , vous qui t'avez ainsi meurtri et ensanglanté. Ne vous eu défendez point; car il s'en déclare lui-même , et il en doit être cru : Supra dorsum meumfitbricaveruntpeceatores, (Psalm. 128.) n nous fait entendre que ce sont les pécheurs qui ontdéchargésur lui leurs coups, et n'êtes- vous pas de ce nombre? C'est donc à voos que ce reproche
s'adressA. Oui, c'est par vous et pour vous qden dnir innocente et virginale a été immolée dansoesBcrilei de douleur. Sans parler d'un million de désordra, dont je ne veux pas ici vous retracer l'idée, (M pour vos délicatasses, c'est pour oes attacbemenls indignes à servir votre corps, à l'engraisser, ànëelâtrer, à lui donner tout ce qu'il demaade, et fki qu'il ne demande ; c'est pour ces recherdies affeeiées de toutes vos aises , pour ces soins outrés de votit santé aux dépens des devoirs les plus essentiels de II religion , pour ces dispenses que vous ▼oosaeeoidei au préjudice des lois de Dieu et de son Église, pasr cette oisiveté criminelle, pour ces dlvertiiseiiMsIi sans mesure , pour cette horreur de la vraie pési* tence, pour cette vie des sens, sicontnûre à la laim même, et qui entretient dans toos le règne da péché ; c'est, dis-je, pour tout cela que Jésus-Chriit est devenu un homme de douleurs. Car si toCie dnr avait été soumise à Diea^ jamais la sienne n'eÉ été livrée aux bourreaux. Ecce komo: Voilà Hmmuos établi de Dieu comme notre chef, et à qol il fini, par nécessité, que nous soyons unis en qualité di membres vivants. Or, entre les wemhrm et le dnf, il doit y avoir de la proportion ; et c'est nne cbon monstrueuse, dit saint Bernard, que de foir dei membres délicats sous un chef couronné d'épioei. Quand le chef souffre , tous les 'membres souffnst par sympathie ; et s'il yen a quelqu'un qui nesoofEre pas, c'est un membre.gâté et corrompu. Ecce komo: Voilà l'homme à l'image duquel Dieu nous a prédestinés, et auquel il faut, par conséquent, que vous vous rendiez semblables, ou que vous soyes réprouvés de Dieu. Car, de quelque condition que vous puissiez être, il n'y a point de milieu entre ces deux termes, la conformité avec Jésus-Christ souffrant, ou la réprobation éternelle; et de quelque espérance que Ton vous flatte, il faut que vont choisissiez l'un de ces deux partis, puisqu'il est certain que jamais Dieu ne relâchera rien de la riguesr de cette toi : Quosprxscivit, etprœdeslinavUcmh formes fieri imaginis Filii sui. {Rom.^ 8.) Voilà l'homme : Ecce homo; l'homme dont saint Pnl veut que vous fassiez paraître la vie dans vos personnes. Il ne se contente pas que vous la (asaa paraître aux anges et à Dieu même dans l'intérieur de vos âmes; il veut que vous la fassiez paraître extérieurement, et que vos corps en portent les cara^ tères sensibles. Or, cela ne peut se faire que par b mortification de la chair ; et de là vient que ce grand apôtre voulait que nos corps fussent continuell^ ment revêtus de cette sainte mortification, Sempermortificationem Jesu in corporenosiro eircKOh ferentes (2. Cor.^ 4); en sorte, disait-il, que la vie de Jésus, qui n'a été que mortification, paraioe dans nous comme en autant de sujets qu'elle doit vivifieret animer : Uietvita Jesu manifestHor is
SUR LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST
iorporUm nosiris. (5. Cùr., 4. ) Car il y a de la conndiction qa*im corps nourri dans les délices, et pii n*a aocan usage de la pénitence chrétienne, reiréseote ce Jésus, qui vient d*éprou ver à la colonne m traitement si rigoureux. Ecce homo : Voilà lioiiune dont la chair, quelque mortifiéequ'elle ait été Mr les cruautés qu^on a exercées sur elle, demande sneore , pour la perfection de ses souffrances , quel- [oe chose qui lui manque , et sans quoi tout ce |a*elle a souffert n'est de nul effet pour nous devant Dieu. Or, ce qui lui manque, c'est ce qui nous reste k accomplir nous-mêmes. Mais où l'accomplir? dans e coeur, dans le propre volonté, dans le retranchenent des désirs? Peut-être en voudrions-nous demeurer là; mais ce n'est point assez : car saint Paul lui Pentendait mieux que nous, et qui n 'avait pas phis besoin de pénitence, se faisait un devoir indispensable de l'accomplir dans sa chair : Adimpleo ea paedesunifMssioman ChrisUincamemea.{Coloss., 1.) Motif admirable pour nous faire aimer la mortification des sens, de l'envisager comme te supplément, ou pourmieuxdire,commeraccomplissement des souffrances du Sauveur. Motif puissant pour nous soutenir dans l'exercice de cette vertu, de considérer que la mortification de nos corps, quand nous la pratiquons, n'est pas tant notre mortification que la mortification de Jésus-Christ même : Semper mmUficatUmem Jesuincarporenostro cirtmmferentes. (Ibid. ) Car si c'était la mienne, dit saint Chrysostôme, quelque nécessaire que je la conçoive, j'en aurais du mépris; mais étant celle de Jésus , le moyen que je ne l'aime pas et que je ne rhonore pas?
Tel est, chrétiens, le premier ennemi du salut de l*homme, que le Fils de Dieu a détruit par sa passion, la mollesse de la chair. Il y en avait un autre encore plus dangereux, et c'est ^'orgueil de resprit, l'ambition de s'élever et de se faire grand; Tentétement , si j'ose parler ainsi , d'une gloire mondaine, à laquelle on croit non-seulement pouvoir, mais devoir tout sacrifier. Il fallait terrasser ce tnonstre qui s'opposait à Dieu : et qu'a fait pour cela l'Homme-Dieu? Ah! chrétiens, suivez-le dans sa marche depuis le prétoire jusqu'au lieu de son supplice , et contemplez-le dans l'abtme d'humiliation où il paraft aujourd'hui à la face du ciel et de la terre; c'est-'à-dire chargé de sa croix, conduit au Calvaire comme un criminel , accompagné de deux roleurs , escorté de soldats, de gardes, de bourreaux, et traîné par les rues de Jérusalem dans cet appareil ignominieux. Surtout souvenez-vous que c'est celui devant qui les anges tremblent, et qui n'a point cm que ce fdt une usurpation de se dire et d'être égal à son Père. Voilà, dit saint Chrysostdme, le dernier abaissement où pouvait être réduit un Dieu ; et moi j'ajoute : Voilà le dernier et le souverain re-
mède qui devait guérir l'orgueil de l'homme. Prenez garde : le Sauveur des hommes, pour s'abaisser aux yeux du monde, avait &it des démarches bien étonnantes, et le Saint-Esprit, pour nous en donner une juste idée, les compare à des pas de géant : ExuUavUui giffos. {Psabn. 18.) La première, qui fut celle de son incarnation, a été jusqu'à l'anéan» tissement : ExinanivU semetipsum {Philipp.y 1) ; mais dans cet anéantissement, il n'avait pas laissé de trouver encore des degrés de profondeur à descendre : car, outre qu'il s'était fait homme, il avait voulu naître enfant; outre qu'il était né enfant, il avait pris la forme de serviteur et d'esclave ; outre qu'il s'était fait esclave, il s'était revêtu des apparences et des marques du pécheur : pécheur, esclave , enfant, tout cela, dit Zenon de Vérone, c'était les surérogations infinies de l'adorable mystère d*un Dieu incarné. Cette parabole est bien remarquable. Mais son humilité, ou plutôt son zèle pour détruire notre orgueil, le porte encore plus (loin en ce jour. Il veut être mis au rang des scélérats, et des scélérats condamnés par la justice humaine : il veut, dans cette qualité, essuyer tout l'opprobre du supplice le plus honteux , et cela au milieu de sa nation , dans la capitale de son pays , le jour de la plus grande solennité, au lieu le plus éminent de la ville ; il veut y être mené en pompe, et vérifier l'oracle de Jérémie, qu'il sera rassasié d'outrages et d'affronts : Saturabttur opprobriis. (Thben ., 3.) Ce qui me parait plus surprenant, c'est qu'il fait tout cela sans se mettre en peine du scandale des Juifs, ni du mépris des Gentils ; prévoyant que les premiers ne voudront jamais reconnaître un Messie crucifié, et que les antres le traiteront de fou et d'insensé ; /titiasisscandcUttmj gentibus stuUltkan. (l. Cor., i.) Il n'importe : que le Juif s'en scandalise, et que le Gentil s'en moque, ce Dieu, si grand par lui-même, veut être donné en spectacle aux anges et aux hommes: je dis, en spectacle de confusion : car quelle confusion pour lui , quand on le chargea de ce bois infâme, l'objet de la malédiction et de Pexécration du peuple! quelle confusion, quand il fallut sortir en cet état, et se faire voir dans la place publique!
Ah ! chrétiens, nous avons maintenant de la vénération pour tous ces mystères, et la foi qui nous apprend que ce sont les mystères d'un Dieu sauveur, efface les affreuses idées qu'on devait alors s'en former. Quand nous voyons aujourd'hui les princes et les monarques fléchir les genoux devant ce bois, qui a été l'instrument de notre salut, bien loin d'avoir peine à l'honorer, nous nous sentons portés à lui rendre le devoir de notre religion. Mais à ce triste jour où nous nous représentons un Dieu soufifrant, que pensait-on de la croix et de celui ' qui la portait? Je rougirais de vous le dire, et je
SUR LA PASSION DE JËSUS-GHRIST.
▼e\is le laisse à juger. Ce que je sais, c'est que Jésus-Christ coqçut Tinfamie de ce supplice avec uu tel sentiment d*borreur, que, si sa raison y eût consenti , il aurait renoncé au dessein de nous racheter, plutôt que de nous racheter à ce prix. U en fit même la proposition à son Père , quand il lui dit : Pater mi, si possibile est, transeat a me calix iste (Matth. , 23) ; Ahî mon Père, s'il était possible que ce calice passât et s'éloignât de moi! Mais Tarrét en est prononcé; et il se le prononça a luimême au même temps qu'il faisait cette prière , soumettant sa volonté et acceptant toute la confusion de sa croix. C'était ainsi qu'il fallait faire mourir l'orgueil des hommes. Or, c'est ce que font .souverainement, efficacement et sensiblement les humiliations du Sauveur. Car, qu'un chrétien adore un^Dleu humilié, et, selon l'expression de saint Paul, un Dieu anéanti, et qu'en même temps il soit lui-même entêté des vaines grandeurs du monde ; qu'il ne cherche qu'à s'élever, qu'à se distinguer, qu'à paraître; que toutes ses réOexions, toutes ses vues, tous ses desseins ne tendent qu'à contenter son ambition , et cela sans mesure et sans égard; sans mesure, voulant toujours accroître sa fortune, toujours monter à un plus haut rang, toujours s'attirer de nouveaux honneurs; sans égard, ni à la droiture et à la bonne foi , ni à l'équité et à la justice , ni à sa conscience et à son salut; sacrifiant tout à sa passion, les intérêts de Dieu, les intérêts du prochain, les intérêts de son âme; ayant des délicatesses infinies sur ce qui lui est dû , ou sur ce qu'il croit lui être dû , et n'étant jamais disposé à se relâcher du moindre de ses droits , ni à pardonner la moindre injure : qu'un chrétien, dis-je, ait le cœur plein de ces sentiments ; qu'il se fasse de ces maximes des règles de conduite , et qu'avec cela il puisse se présenter devant son Dieu, sans rougir et sans se confondre, c'est, mes frères , dit saint Bernard , ce qui me semble impossible. Sentant qu'il est superbe, il ne peut plus ni invoquer Dieu , ni se confier en Dieu ; et s'il le fait, ce n'est qu'en se disant intérieurement à luimême : Je suis un hypocrite; car j'invoque un Dieu qui ne m'a sauvé qu'en s'abaissant au-dessous de tous les hommes; et cependant je ne cherche devant les hommes que l'élévation et la grandeur : j'établis ma confiance dans ses opprobres; et dans la pratique, je les déteste et je les fuis', ces mêmes opprobres : qu'est-ce que cela , sinon hypocrisie et contradiction? Or, la reconnaître, cette contradiction , cette hypocrisie, et se trouver là-dessus dans la nécessité de se condamner, c'est ce que j'appelle la destruction de l'orgueil dans un chrétien. Avançons.
Le Sauveur du monde arrivé au Calvaire, on dispose la croix, on l'y étend; et c'est ici que vous allez voir un troisième ennemi du salut de l'homme, je veux dire, le libertinage de la volonté vaincu oar
l'obéissance héroïque de cet Homme-Dieu. De cei principautés et de ces puissances dont Jésus-Ghriit, selon la parole de saint Paul, que j'ai déjà rapportée, triompha sur la croix, et qu'il désarma « qurilt était la plus fière et la plus orgueilleuse? demandé saint Augustin. C'était, répond ce saint docteur, b volonté de l'homme : cette volonté ennemie de 1» sujétion , cette volonté qui veut toujours être maîtresse d'elle-même, qui suit en tout son penchant, ne cherche qu'à s'émanciper et à se licencier, et qui pour cela se révolte sans cesse contre la loi et coq tre le devoir. Voilà cette puissance qu'on pouvait justement nommer la principauté du monde, pu» qu'elle y régnait au préiudice de Dieu méoie. Or, apprenez, chrétiens, comment die a été vainou par Jésus-Christ dans le mystère de son eniciiiement. Ce divin Sauveur est attaché àIacnHX,cK il se soumet à y mourir. Ce n'est pas seulement, remarque saint Chrysostôme, par un motif de cfairité, ce n'est pas par le seul zèle de glorifier aoa Père, ce n'est pas par un simple désir de saow les hommes, mais par obéissance : Fitctus obediem (Phiiipp. ^ 2) , et par la plus rigoureuse obéissanoi, usque ad mortem, mortem autem crucis. Or, quand je dis par obéissance, je dis par un commandement exprès du ciel ; je dis par obligation, par néeessilé, par l'engagement d'une volonté qui n'est plus à ellemême, ei qui n'a plus aucun droit sur ses actions : car l'obéissance comprend tout cela. Je sais que la théologiens et les Pères nous enseignent que cette obéissance du Fils de Dieu fut volontaire dans son pnncipe , que l'ordre de mourir ne lui fut doïiné que parce qu'il le voulut accepter, que ce fut luî-méaie qui pria son Père de le lui imposer, et qu'il était libre d'en demander dispense. Je conviens de toutes ces vérités ; mais c'est ce que je trouve encore de plus admirable, que, pouvant de lui-même choisir ou ne pas chofsir le supplice de la croix , il ait vouki qu'il lui fût marqué et ordonné; que, pouvant se faire dispenser de ce prétexte, il ait voulu l'acoompUr dans toute son étendue. Ce n'est pas tout, non-sealement il est crucifié par obéissance à son Père, mais par obéissance aux hommes, et aux plus indignes de tous les hommes , qui sont ses bourreaux et ses persécuteurs. Ces ministres d'iniquité en disposent comme il leur plaît : qu'ils parlent , il exécute; que la cruauté leur inspire une nouvelle manière de l'attacher à l'instrument de sa mort , il leur présente ses mains et ses pieds pour être percés de clous. Il n'y a qu'un seul point sur quoi il refuse de ks écouter. Car s'ils lui reprochent que, ayant saufé les autres, il ne peut se sauver lui-même, iTUsIe défient de descendre de la croix, s'ils lui demandent cette preuve de sa divinité, et s'ils lui promettent, après ce témoignage, de croire en lui, il préfère à de si belles espérances le mente de Tobéts-
SUR lA PASSION D£ JÉSUS-CHRIST.
Rieû loin de descendre de la croix parce qu*il Pils de Dieu, c*est pour cela même qu'il n'en td pas , dit saint Bernard , puisque , étant Fils 11, il doit et il veut obéir à Dieu. Il aime passer pour faible , et ne donner nulle marque rertu toute-puissante , que de la faire connaîr des miracles de sa propre volonté. Il aime , en demeurant dans l'état de dépendance où ; réduit, laisser périr ces infidèles, qued*en pour les convaincre et pour les toucher. de là qu'apprenons-nous , et que devons-nous idre? Deux choses essentielles, et qui vont à itissement de notre volonté propre , savoir, la ité de l'obéissance et la mesure de l'obéis- La nécessité de l'obéissance, puisque c'est le que s'accomplit aujourd'hui notre salut : chrétiens, ce n'est point précisément par la mais par l'obéissaDce de la croix. La croix seule ne nous a pas sauvés; il a ùllu que sance lui donnât le prix qui a fait notre réîon. En vain donc prétendons-nous pouvoir auver par une autre voie. Faites des miracles , lez toutes les austérités de la pénitence chré- , convertissez tout le monde; si ce n'est pas ordre d'une entière soumission à Dieu et à son f tout votre zèle , tous vos miracles , toutes istérités et vos pénitences ne sont rien. Car, B disait le prophète Samuel , l'obéissance vaut que tous les sacrifices, et tous les sacrifices obéissance ne peuvent être devant Dieu de raleor. Obéissance, chrétiens, non-seulement i, mais aux hommes revêtus de l'autorité de fussent-ils d'ailleurs les plus imparfiaits, ^ils même les plus vicieux : Dion tatUiwi H modestiSy sedetiam dyseolis. (1 . Petb., 2. ) :et , Seigneur, à qui ne dois-je pas obéir pour quand je vous vois obéir pour moi à des sass et à des déicides? Obéissance jusqu'à la et s'il était nécessaire jusqu'à la mort de la : i/sque ad mariem, mortem autem crucis 7p., 2) , c'est-à-dire sans exception et sans resn. Car telle est la mesure de l'obéissance d'un m ; et s'il y a une chose que notre obéissance ferme pas, et à laquelle elle ne soit pas prée'est une obéissance que Dieu réprouve. Cette inee parfaite est héroïque; mais, après tout, A point trop pour nous sauver, et Dieu ne ni ne veut rien de moins. Comprenons ce BSt que Dieu et ce que vaut le salut étemel , 16 serons plus surpris de tout ce que Dieu dgerdenous.
atait encore un ennemi que Jésus-Christ deimnonter, c'est la passion de la vengeance, e plus naturel à l'homme que cette passion , i de plus contraire aux sentiments de l'homme paihdon des injures. Dans tout le reste, dit
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saint Augustin, notre religion ne nous prescrit rien en matière de mœurs qui ne soit évidemment raisonnable et juste : mais quand elle nous ordonne d'aimer jusqu'à nos persécuteurs, il semble qu'elle entreprenne alors sur notre raison; et tout soumis que nous sommes à cette loi, nous avons de la peine à ne la pas condamner : Cum vero legitur, Diligiie itUmicos vestrosy et benefacUe his qui oderunt vos, iuncipsa pêne accusatur religio. (August.) C'est néanmoins cet amour des ennemis qui nous fait proprement chrétieob; et, selon Tertullien, c'est en cela que consiste le caractère de notre samteté : Jta jubemur inimicos diligere , ut h«c sii perfecta et propria bonitas nostra. (Tbbtull ) Il fallait donc, pour établir solidement le christianisme, &ire mourir tout désir de vengeance. Or, il n'y avait qu'un Dieu, et un Dieu mourant dans la plus injuste persécution , qui pût en venir à bout; et c'est ce qu'il a fait sur la croix, qui fut comme le théâtre de sa charité. On dirait qu'il n'y est monté que pour triompher de ce démon. La première parole qu'il y prononce , c'est en faveur de ceux qui le crucifient .* Patery dimitte illis. (Luc, 23.) Il ne pense point à ses apôtres, il ne pense point aux fidèles de Jérusalem, il ne pense pas même encore à sa sainte Mère, ni à son bien-aimé disciple, mais il pense à ses bourreaux, mais il pense à ses calomniateurs; et comme s'il leur devait la préférence dans son cœur, il veut qu'ils aient la première place dans son testament : Pater, dimitte itlis, Seoontente-t-il de leur pardonner? Non. Ke fait-il qu'oublier les outrages qu'il en a reçus? Ah! répond saint Chrysostôme, c'est trop peu pour lui, parée qu'il ne veut pas que ce soit assez pour nous. U les aime , il prie pour eux , il tâche à les justifier auprès de son Père, il répand sur eux ses grâces les plus spéciales et ses plus abondantes miséricordes , Il les convertit, il en fait des prédestinés; et cela, lors même qu'ils sont plus animés contre lui, et au moment même qu'ils le comblent de malédictions. Voilà quelle fut la charité de eet Homme-Dieu. Oui, mes frères, il a aimé ses bourreaux : c'était bien les aimer, dit saint Grégoire, pape, que de vouloir les réconcilier avec son Père; car il ne pouvait les réconcilier avec son Père , sans les réconcilier avee lui-même. Il a prié pour eux; et, ce qui est plus étonnant, il s'est servi de ses plaies et des blessures qu'ils lui faisaient pour plaider leur cause auprès de Dieu : O caritas admiranda, s'écrie le grand Hildebert, archevêque de Tours, dum clavi mani^ bus, dum lancea UUeriy dumfel ori admoveretur ; et manus, et lotus, et os agèbant pro inimiels! (HiLD.) O prodige d'amour! pendant que les Juifs perçaient de clous les mains du Sauveur, pendant qu'ils ouvraient son sacré côté avec une lance, qu'ils abreuvaient sa bouche de fiel; et sa bouche y
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SUR LA RESURRECTION DE JÉSUS-CHRIST
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et set mains, et son côté demandaient grâce pour ces infidèles! Il a excusé leur crime : PeOer^ dimiUe iUis, non enim scitmt quid faciunt; et^quoiqu*au fond leur ignorance fût inexcusable, il l'a employée pour diminuer la grandeur et Ténormitéde l'attentat qu'ils commettaient. Que n'aurait-il pas fait, chrétiens, si cette ignorance eût été entièrement inrolontaire? 11 a répandu sur eux les grâces les plus spéciales et les plus abondantes miséricordes, ne considérant pas, dit saint Augustin, que c'était par eux qu'il souffrait, mais que c'était pour eux : Non enim attendebat quod ab ipsis paUebaiwr, sedquia pro ipsis moriebatur. (August.)
Après cela, mon cher auditeur, il prétend avoir droit de vous adresser ces paroles, et de vous faire cette loi : Ego autem dico vobis, DiligUe inimicos vestros (M atth., 5) ; Pour moi je vous dis : Aimez vos ennemis. Je vous le dis; et sans me contenter de vous le dire, je vous l'apprends par mon exemple, qui doit être pour vous l'exemple le plus convaincant et le plus touchant. Vous voulez vous venger? mais ai-je été vengé? ai-je demandé à l'être? On vous a offensé : mais Favez-vous été plus que moi ? l'avez-vous été autant que moi ? voyez ma croix , elle vous instruira. Dans le rang que vous tenez, une injure vous doit être sensible : mais vous doit^lle être plus sensible, ou aussi sensible qu'à moi? car qu'étes-vous, et qui suis-je? C'est par une malignité affectée et par un dessein prémédité que cet homme s'est tourné contre vous : mais par quel dessein mes persécuteurs ont-ils conjuré ma ruine, et avec quelle fureur l'ont-ils poursuivie? C'est un outrage que vous ne pouvez pardonner, et qu'on ne pardonne jamais dans le monde : mais j'ai pardonné ma mort. Celui dont vous avez reçu cet outrage est indigne de toute grâce : mais en suis-je indigne, moi, qui m'intéresse pour lui; et est-ce lui-même , ou n'est-ce pas moi , que vous devez envisager dans le pardon que vous lui accorderez? Ainsi, chrétiens, de quelque prétexte que votre vengeance puisse se couvrir, il y a dans ce Dieu sauveur de quoi la confondre; il y a [de quoi en réprimer, de quoi en étouffer tous les sentiments.
Finissons. Voilà donc le péché détruit par la croix; mais, hélas! mes chers auditeurs, combien de fois l'avons-nous ressuscité , et combien de fois l'allons-nous faire revivre? Cest l'ennemi de Dieu et son ennemi capital ; il a fait mourir Jésus-Christ : cela seul ne vous le dolMl pas faire connaître, ce monstre abominable; et n'est-ce pas assez de le connaître pour le haïr souverainement? Allez , pécheurs, allez au pied de la croix; contemplez-y le douloureux mystère de la passion de notre Sauveur ; comptez, si vous le pouvez, tous les coups qu'il a reçus, toutes les plaies dont il est couvert, toutes lesépines qui lui percent la tête, toutes les gouttes
de sang qu'il a répandues, et demandei-M, \ prophète, qui Ta frappé de la sorte, et qui n traité ! Vous entendrez qu'il vous répontai qt le péclié , que c'est votre péché , que c^ett r% mes ! Moi, Seigneur, moi rautcur de ▼otre m passion ! et je n'en suis pas pénétré, saisi et es et je pourrais regarder encore d'un œil tra et indifférent, je pourrais encore sdiner II qui vous a donné le coup de la mort ! De pta frères, si le péché est le capital eanenil de Dieu n'est pas moins son ennemi; s'il a fdt Jésus-Christ, Jésus-Oirist l'a fait mourir M Mais qu'en a-t-il pour cela coûté à ce dirhi RI teur? Le pouvez- vous ignorer? et si v©!» rez, tant, de blessures ouvertes sur son cb sont-elles pas autant de bouches qoi toqs le hautement et qui vous le crient? Or, ▼ooli ranimer contre lui l'ennemi qu'il a terrassé? vous vous rengager dans un esclavage dont a délivrés à si grands frais ? voulez-vous loi i de nouveaux combats, l'exposer à de M souffrances, l'attadier à une nouvelle croii vez-vous point d'autres sentiments à | en ce jour de pénitence et de conversion? A gneur, pénitence et conversion, c'est là qwj tiens: mais conversion sincère, soKde, d mais pénitence constante et durable. Ntm vaincu le péché ; j'en triompherai comme ' par vous. Vous l'avez vaincu par le suppliei croix ;Xen triompherai par les salutaires ri d'une vie austère et mortifiée. Dons ce ci votre croix sera mon modèle, sera mon m comme elle est toute mon espérance pour Tel où nous conduise, etc.
SERMON
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