‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 121 sur 232 · SDR LE TRÈS-SAINT SACREMENT · texte numérisé non relu

SDR LE TRÈS-SAINT SACREMENT

vous soyez spirituellement nourris. Ce D*est point l'âme, ce n'est point la divinité de Jésus-Christ qoi fait notre aliment spirituel dans l'eucharistie, c'est sa chair : Caro mea. Si la divinité et l'âme s'y trouvent, c'est, cooune parle l'école, par conoomitance : ce qui nous nourrit, et ce qui nous est directement donné en qualité de nourriture , c'est la chair de cet Homme-Dieu, dont notre âme est sustentée et fortifiée , et , pour me servir du mot de TertuUien, engraissée. Or, quel honneur pour une chair, que ce soit elle qui nous rende tout spirituels, elle qui nous communique la grâce, et qui nous fasse vivre de la vie de Dieu même ! Oui , chrétiens, je le répèle, ce miracle seul élève la chair du Sauveur du monde à un ordre naturel et divin : car il n'y a que la chair d'un Dieu qui puisse opérer de telles merveilles; et Dieu prenant.une chair, ne pouvait plus l'honorer qu'en lui donnant la force et la vertu de les produire. Or, tout cela convient à la chair de Jésus- Christ dans l'eucharistie, et c'est ce que l'Église exprime en un mot , lorsqu'elle nous la présente par les mains des prêtres : Corpus DomirU nostri Jen Chrisii custodiatanimam tuam invitant setemam : Reçois, chrétien , nous dit-elle, reçois le corps de ton Seigneur et de ton Dieu. Et pourquoi ? afin qu'il conserve ton âme pour la vie éternelle. Voyez-vous, mes chers auditeurs, l'inestimable prérogative du corpsde Jésus-Christ?Dansrordredela nature, c'est à l'âme de conserver le corps : mais dans l'ordre de la grâce, c'est le corps de Jésus-Christ qui conserve notre âme ; et cet ordre, qui est un ordre de grâce pour nous , est pour le corps de Jésus-Christ un ordre de gloire, mais la gloire la plus éminente et la plus sublime.

Après cela, faut-il s'étonner que Dieu, par une conduite pleine de sagesse et par une disposition de sa Providence , nous ait proposé ce corps à adorer dans nos temples? A qui rendrons-nous plus justement le culte de l'adoration qu'à une' chair qui est le principe de notre vie et de notre immortalité, et où l'adorerons-nous avec plus de raison que dans son sacrement, puisque c'est là que Dieu l'a rendue toute-puissante pour nous animer de la vie de la grâce, et nous vivifier selon l'esprit? Oui, mes frères, dit saint Ambroise, nous adorons encore aujourd'hui la chair de notre Rédempteur, et nous l'adorons dans les mystères qu'il a institués lui-même, et qui se célèbrent tous les jours sur nos autels. YoÛà , chrétiens, des paroles bien pressantes contre nos hérétiques , et qui de tous temps les ont jetés dans un étrange embarras. Cette chair de Jésus-Christ, continue saint Ambroise, a été formée de la terre aussi bien que la nôtre , et la terre est appelée dans l'Écriture l'escabeau des pieds de Dieu ; mais cet escabeau , considéré dans la personne du Sauveur et dans le sacrement de sa chair, est plus vénérable

SUR LE TBÈS^AilNT SACREMENT.

que tons les trtnes des rois, et c^est pour cela que nous Tadorons. Je ne savais pas, ajoute saint Augustin , ce que Dieu voulait dire par son prophète, quand il nous ordonne d*adorer Tescabeau de ses pieds, qui est la terre , Adorate scabellum pedum ejus {Psalrn. 57 ) ; et je ne comprenais pas comment celase pouvait faire sans impiété : mais j*en ai trouvé le secret et le mystère dans le sacrement de Jésus- Christ. Car c*est ce que nous faisons tous les jours, lorsque nous mangeons sa chair, et qu'avant que de la manger nous Fadorons , non-seulement sans superstition , mais avec tout le mérite de la foi , parce que cette chair, étant un aliment de salut, quoiqu'elle soit de terre et Tescabeau même des pieds de Dieu , il faut l'adorer : et bien loin que nous péchions en l'adorant, ce serait un crime de ne pas l'adorer : Et quia illamcamem manJuca/idam nobis ad sor bUeni dédit j nemo autem iUam manducat nisi prias adoraverit; sic inventum est, quemadmodum adoretur taie scabellum pedum DomirU, ut non solum non peccemus adorandOy sed peccemus non adorando. ( A ugust. )

Cest pour cela, chrétiens , que TÉglise a institué cette fête que nous solennisons sous le titre et à l'honneur du corps de Jésus-Christ. Elle a voulu se conformer aux sentiments et à l'exemple de Jésus- Christ même. Jésus-Christ a prétendu honorer sa chair dans l'eucliaristie ; et l'Église honore Teucharistie pour honorer cette même chair. Vous me demandez sur quoi est fondée cette cérémonie de porter en pompe le corps du Fils de Dieu ? Sur les raisons les plus solides et les plus touchantes. Écoutez-les. On le porte, remarque un savant théologien, premièrement, en mémoirede ce qu'il se porta lui-même, quand il distribua à ses apôtres sa chair et son sang. Car alors, dit saint Augustin, il est évident qu'il portait son propre corps , et que ce que l'Écriture disait de David dans un sens Gguré , savoir, qu*il se portait lui-même dans ses mains, s'accomplit à la lettre dans la personne du Sauveur : ce sont les termes exprès de saint Augustin. Mais que ût cet Homme-Dieu , quand il se porta ainsi lui-même? Il se fit comme un triomphe à soi-même; car il ne pouvait être plus honorablement porté que par soimême et dans ses propres mains. Or, c'est le mystère que l'Église nous représente aujourd'hui, faisant porter ce corps vénérable dans les mains des prêtres, qui sont comme les propres mains du Fils de Dieu. Mais pourquoi le porter hors du temple ? pourquoi dans les rues et dans les places publiques ? C'est , répond l'auteur que j'ai cité, en action de grâce de ce qu'il allait lui-même autrefois parcourant les villes et les bourgades , faisant le tour de la Judée et de la Galilée, et guérissant les malades partout où il paBsalt:Circuibatcmnescivitaiesetcastella.(MjLTTn.i 9.) Voilii pourquoi l'Église le fait encore porter par

DOtJRDALOCE. — T. H.

toute la chrétienté, espérant du reste qu'il opérera parmi nous les mêmes merveilles qu'il opérait parmi les Juifs. Car ne doutez pas, mes chers auditeurs, que ce Sauveur, passant aujourd'hui devant vos maisons, ne les ait sanctifiées par sa présence ; ne doutez pas qu'il n'ait répandu dans toutes les places publiques des bénédictions particulières, et qu'on n*ait pu dire de lui : Perlransiit benefaciendo (Act., 10); Il a passé, et il a laissé sur tout son passage des effets de sa libéralité. C'est ce que Dieu semble avoir voulu nous marquer dans une des plus belles Ggures de l'Ancien Testament. L'Écriture dit que parce que Joseph avait pourvu de pain toute l'Egypte dans le temps de la stérilité et de la famine , le roi Pharaon le fit monter sur un char, et le fit conduire par toutes les provinces de son royaume , avec ordre k chacun de Tadorer et de se prosterner devant lui. Ainsi , parce que le Fils de Dieu nous a donné ce pain céleste qui estson corps, l'Église le fait paraître comme sur un trône et sous le dais : et dans cet état, elle le conduit dans tous les lieux du monde chrétien, ordonnant à tous les fidèles de fléchir le genou devant lui , et de lui présenter leurs respects et leurs adorations. Il y a plus : elle le porte, ajoute le bienheureux évêque de Genève, pour lui faire uneréparation authentique de tous les opprobres qu'il souffrit dans les rues de Jérusalem , lorsqu'il fut traîné de consistoire en consistoire , et de tribunal en tribunal. L'Église veut lui faire satisfaction de cette injure : et dans cette vue, elle le porte publiquement, et le fait suivre de tout le peuple, avec des acclamations et des chants d'allégresse. Enûn, pourquoi le portet-elle.' Voici, chrétiens, la raison capitale. Elle le porte, dit le grand cardinal du Perron, pour lui jfaire honneur, mais un honneur solennel , de toutes les victoires qu'il a remportées sur l'hérésie et sur l'infidélité, dans le sacrement de son corps. Ne perdez pas , s'il vous plaît , cette remarque : nos hérétiques nous reprochent que ces processions sont des nouveautés , qui n'ont jamais été en usage dans les premiers siècles de l'Église; et nous leur répondons qu'il faut bien que ce soient des nouveautés , puisqu'elles ne se font qu'en signe de leurs nouvelles erreurs détruites et confondues par la vérité de l'eucharistie. On ne portait point de la sorte autrefois le corps du Fils de Dieu , parce qu'il n'y avait point eu encore d'erreurs dont il eût triomphé : mais depuis qu'il s'est élevé des hérésiarques pour le combattre , depuis qu'il y a eu des hommes conjurés contre sa présence réelle dans le sacrement, et que, par la force de sa parole, il les a foudroyés et terrassés , l'Église s'est crue obligée de lui en ordonner un triomphe. Telle est l'origine de ces processions. Ainsi parlait le savant prélat dont nous venons de rapporter la pensée.

Mais ajoutons un point qui doit encore plus ser*

vir à notre instruction : disons qu0 , par ces pro« cessions , l'Église prétend réparer tant d'outrages qu*out faits au Sauveur du monde, et que lui font sans cesse les mauvais chrétiens dans Teucbaristie. Oui, mes chers auditeurs, c'est pour nous-mêmes que TËglise a établi cette fête en forme d'amende honorable; c'est pour toutes nos profanations; c'est pour tous nos sacrilèges; c'est pour toutes nos irrévérences devant les autels de Jésus-Chirist et dans son sanctuaire; c'est pour tous les scandales que nous y donnons, pour toutes les communions indignes de tant de pécheurs hypocrites , pour toutes les messes célébrées par des prêtres vicieux , pour toutes nos froideurs en approchant de la sainte table, pour toutes les négligences mêmes qu'y apportent les âmes justes ; c'est pour les vôtres , chrétiens, et pour les miennes, depuis tant d'années que nous fréquentons ce mystère d'amour; c'est pour vous et pour moi que ces processions sont ordonnées, afin que l'honneur qui y est rendu à la chair de notre Dieu , la dédommageen quelque sorte de toutes les insultes qu'elle a reçues jusqu'à présent de nous , et qu'elle en reçoit tous les jours. Permettez-moi de vous dire une chose qui doit vous confondre , et que vous ne pouvez pleurer trop amèrement. Que faisons-nous , quand nous manquons de respect envers la sainte eucharistie ? Voici une pensée capable , ce me semble , de toucher les cœurs les plus insensibles : nous faisons que l'eucharistie, mstituée essentiellement pour honorer la chair du Sauveur, devient pour cette même chair un mystère d'humiliation , un mystère de confusion et de honte , un mystère d'ignominie. Pesez bien ce que je dis. Oui , la chair du Sauveur souffre mille fois plus de notre part dans l'eucharistie , qu'elle n'a jamais souffert des Juifs Sans sa passion, car dans sa passion elle ne souffrit que pour un temps; mais ici elle est exposée à souffrir jusques à la fin des siècles : dans sa passion elle ne souffrait qu'autant que Jésus- Christ le voulait, et que parce qu'il le voulait; mais ici elle sotfTFre, pour ainsi dire, par force et par violence; si elle souffrit dans sa passion, c'était dans l'état d'une nature passible et mortelle, mais ici elle souffre dans l'état même de Timpassibilité : ce qu'elle souffrit dans sa passion était glorieux à Dieu et salutaire aux hommes , mais ici ce qu'elle souffre est pernicieux aux hommes et injurieux à Dieu. Ah! chrétiens, les puissants motifs pour réveiller et pour exciter toute votre religion à Tégard de ce grand mystère !

Quelle doit donc être l'occupation d'une âme chrétienne pendant les saints jours de cette octave? Ecoutez, mesdames; écoutez tous, mes frères: voici de quoi entretenir votre piété. L'occupation d'une âme chrétienne, en ce saint temps, doit être dVjjtrer dans les sentiments de l'Église et d'hono-

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