‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 124 sur 232 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Si le Fils de Dieu était intéressé à honorer sa chair, il ne l'était pas moins à honorer son corps mystique, qui est l'Église. Nous ne faisons tous qu'un même corps avec Jésus-Christ, dit saint Paul : f os estis corpus Christi, et membra de membro. (1. Cor., 12.) En qualité de sauveur, Jésus-Christ est notre chef, et en qualité de justes , nous sommes ses membres; et comme il est de l'honneur des membres d'avoir un chef couronné de gloire , aussi est-il de l'honneur du chef de répandre sur ses membres toute la gloire dont ils sont capables. Or c'est ce que Jésus-Christ a fait dans l'institution de la divine eucharistie , que nous pouvons proprement encore appeler la fête de l'Église , ou la fête du corps mystique de Jésus-Christ, Festum corporii CMsH; pourquoi cela? parce que ce mystère est ûMi dont

l'Église se tient plus honorée, et qui la rend plus glo • rieuse devant Dieu.

Non , dirétiens , le Sauveur du monde , avec toute sa magnificence, ne pouvait rien faire de plus honorable pour son Église, ni de plus grand, que de lui laisser le sacrement de son corps : c'était le comble de toute la gloire qu'il lui pouvait procurer; et l'on peut bien dire après cela que cet Homme-Dieu avait pleinement accompli le dessein qu'il s'était formé, d'avoûr, comme l'apôtre, une Église illustre, éclatante> enrichie des plusibeaux ornements du ciel : Uù exhiberet ipsé sibi gioriosam Ecciesiam , {Ephes. 5) ; parce qu'en eifet la possession du corps et du sang de Jésus-Christ donne à l'Église tous ces avantages et toutes ces qualités. Vous voulez savoir comment? Ah ! mes chers auditeurs, la riche matière à vos réflexions! Autrefois les Juifs se préféraient à toutes les nations du monde, et se glorifiaient d'à* voir un Dieu qui ne dédaignait pas de demeurer au milieu d'eux et de marcher avec eux. Non, disait Moïse , il n'y a point de peuple qui ait des dieux si proches de soi , et par conséquent il n'y a point de peuple sur la terre si honoré que nous : Aec est aSa natio tam grandis, quœ habeat deos appropinquantes sUfi. {Dent., 4.) Mais de quelle manière Dieu demeurait-il avec les Juifs? Par cette arche d'alliance d'où il rendait des oracles , et à laquelle il avait attaché sa protection. Cette arche était-elle le vrai Dieu d'Israël? Elle n'en était que la figure, que le tabernacle : et cependant parce qu>lle était placée au milieu des douze tribus , qu'elle les accompagnait dans toutes leurs marches, et qu'ils la portaient dans leurs campset dans leurs armées , ils se vantaient que leur Dieu les suivait partout, et que partout il leur était présent. Mais qu'est-ce que cela , chrétiens , si nous le comparons avec Thonneur que l'Église reçoit, et que nous recevons comme elle dans l'eucharistie? Un Dieu lui-même, dans sa propre substance et avec toute la plénitude de sa divinité, demeure corporeHement et réellement parmi nous; il réside dans nos temples, il vient jusque dans nos maisons, il se laisse non-seulement approcher, mais toucher, mais manger; et c'est bien à nous désormais de dire : Nec est alia natio tam grandis , qu» habeat deos appropinquantes sibi, Ezéchiel nous parle d'une cité mystérieuse dont il décrit les richesses et la grandeur, et qui n'avait point d'autre nom que celui-ci. C'est le séjour de Dieu , et Dieu jfdXiEt nomencivitatiSy Dominas ibidem. (EzscH., 48.) Mais cette citéne pouvait êtreque TEglise chrétienne, dont Dieu représentait déjà l'excellence à ce prophète; car quel nom plus propre peut-on donner à l'Églne? Domhms ibidem : c'est là que Dieu habite; c'est là que, par un engagement irrévocable, il sfflit obligé de demeurer jusqu'à la consonmia-

tion des siècles , et par quel engagement ? Par Teiicharistie, qui le tient comme attaché à son Église, sans qu*il puisse jamais s*en séparer : Et nomen civitatis, Dominus ibidem.

Cependant est-ce en cela seul que consiste tout Thonneur qui revient à TÉglise , de ce sacrement? I^on, chrétiens, il y a quelque chose de plus important : écoutez-le. Être honoré de la présence d'un Dieu, cela est grand ; mais être honoré de ses entretiens , mais être honoré de sa familiarité la plus intime, c'est bien encore une autre gloire. Or, tel est Tavantage de TËglise dans le sacrement du corps de Jésus-Christ. Que fait Jésus-Christ dans ce mystère? demande Tabbé Rupert : 11 y converse avec les hommes, il y visite les hommes, et il y est visité des hommes; il y écoute les plaintes des hommes , il y reçoit les requêtes que lui présentent les hommes , il y accorde les différends des hommes, il y instruit, il y console les hommes. Parce que les hommes sont les membres de son Église, c'est àrsoo Église qu'il défère tout cet honneur. Sur quoi, mes frères, il me souvient d'une remarque qu'a faite GUillaume de Paris, expliquant la prophétie de Daniel. Quand le roi de Babylone consulta les devins sur la vision qu'il avait eue, et qu'il le^ obligea de lui dire le songe qui l'avait occupé pendant son sommeil,. ils lui répondirent qu'il n'y avait point d'homme mortel qui le pût faire ; que cela n'appartenait qu'aux dieux , parce que les dieux n'avaient point de commerce avec les hommes : I^'ec reperietur quisquam qui indicet ilium , exceptis diis , quorum non est cum hominibus convcrscUio* (Daniel., 2.) Cette parole, dit l'Écriture, rirrita, et il reconnut que toute la sagesse des devins n'était qu'erreur et que mensonge : pourquoi ? Ah! répond Guillaume de Paris, il y eut en ceci du mystère. Ils présupposaient que les dieux du ciel ne s'abaissaient pas jusqu'à s'entretenir avec les hommes; et en cela ils firent paraître, sans y penser, leur ignorance, parce qu'il y avait un Dieu, le Dieu des chrétiens , qui devait honorer un jour les hommes de sa conversation , et qui mettrait là ses plus chères délices : Delicix mex esse cum filiis hominum, (Prov., 8.) Voilà, dis-je, la prérogative de l'Église de Jésus-Christ, de pouvoir traiter familièrement avec son Dieu; et par là, reprend saint Chrysostôme , nous avons en quelque sorte , sur la terre, le même avantage que les bienheureux dans le ciel; car le bonheur du ciel est de posséder Dieu ; et ne le possédons-nous pas tout entier dans la divine eucharistie? Jésus-Christ, ajoute saint Chrysostôme, se trouvait partagé entre l'Église triomphante et l'Église militante : elles disputaient à qui aurait son corps adorable, et l'une et l'autre y prétendaient : mais ce nouveau Salomon a fait ce

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