PREMIÈRE PARTIE
Ce n'est point un paradoxe que j'ai avancé , mais un principe certain que j'ai établi, quand j'ai dit que le privilège de la conception de Marie, par où elle a triomphé du péché , nous fait clairement connaître l'état malheureux où le péché nous a réduits; et que , pour nous bien convaincre de ce que nous sommes sans la grâce, nous n'avons qu'à nous appliquer le mystère de ce jour. En voici la preuve. Marie , au moment que Dieu la forma dans le sein de sa mère, se trouva, par l'avantage singulier de sa conception , et la plus illustre , et la plus accomplie, et la plus heureuse de toutes les créatures. La plus illustre : elle était de la maison royale de Juda ; et, comme petite-fille de David , combien pouvaitelle compter parmi ses ancêtres de monarques et de souverains? La plus accomplie : elle était dès lors le chef-d'œuvre de la toute-puissance du Créateur, et , par les qualités éminentes qui la distinguaient , et qui devaient faire de sa personne le miracle de son sexe, rien dans l'ordre de la nature ne lui pouvait être comparé. La plus heureuse : elle était conçue pour être la mère d'un Dieu , et pour donner au monde un rédempteur. Rien de plus vrai , chrétiens. Mais, ô profondeur et abîme des conseils
de Dieu I tout cela sans la grâce, et hors de la grâce dont Marie, dans sa conception, reçut les prémices, non-seulement n'eût été de nul mérite devant Dieu, mais n*eût pas empêché que Marie même, malgré tous ces avantages , ne fdt personnellement Tobjet de la haine de Dieu : c'est ce que la foi nous oblige de croire. Or, quelle conséquence ne devons-nous donc pas tirer de là, pour comprendre ce que c'est, par rapport à nous, que la malédiction du péché, et jusqu'où s*ctend la fatale disgrâce de notre origine? Non, mes chers auditeurs. Dieu, dont le discernement est infaillible, et qui, seul juge équitable du mérite de sa créature, sait Testimer par ce qu'elle vaut, ne considéra Marie dans sa conception ni par la noblesse de sa naissance , ni par les grâces naturelles dont le ciel commençait déjà et si libéralement à la pourvoir, ni même absolument parce que le Saint des saints devait naître d'elle. Cela pouvait suffire pour rendre sa conception glorieuse , mais cela ne suffisait pas pour faire de cette vierge une créature selon le cœur de Dieu. Ainsi Dieu ne l'estima , Dieu ne la regarda comme sa fille bien-aimée , que parce quelle lui parut dès lors revêtue de sa grâce, et affranchie de la corruption du péché. Vérité si constante ( ne perdez pas cette remarque de saint Chrysostôme, aussi édifiante pour vous qu'elle est essentielle au sujet que je traite), vérité si constante, que parce qu'il y a eu des ancêtres de l^Iarie prévaricateurs, impies, idolâtres, quoique ancêtres de Marie et de Jésus-Christ même, ils ont néanmoins été réprouvés de Dieu. Par où Dieu, ajoute saint Chrysostôme, a voulu montrer, jusque dans les ancêtres de son Fils , que tout ce qui ne porte pas le caractère de la sainteté est indigne de lui ; que tout ce qui est infecté de la contagion du péché, quelque grand d'ailleurs qu'il puisse être selon le monde, n'est à ses yeux qu'un sujet de réprobation. Arrêtons- nous là, chrétiens; et, sans perdre Marie de vue, commençons par là à découvrir ce que nous sommes.
Nous avons tous été conçus dans le péché; la foi nous l'apprend , et l'expérience même nous le fait sentir. Voilà le fond de notre misère, que nous prétendons bien connaître; et moi, je vais vous faire voir combien il s'en faut que nous ne l'ayons jusqu'à présent connu. Écoutez-moi, et vous en allez convenir. Il est vrai, éclairés des lumières de la foi , nous confessons avec l'apôtre qu'au moment de notre conception nous sommes tous enfants de colère, NaturafUii irx (Ephes., 2); et il n'y a personne qui ne soit prêt aujourd'hui à dire à Dieu, comme David : Ecce in iniquitatibus conceptus sum, et in peccatis concepiù me mater mea (Ps. 60 ) ; Vous voyez, Seigneur, que j'ai été formé dans l'iniquité, et que la mère qui m'a conçu, m'a conçu d«ins le péché. Ainsi parlons-nous , quand , touchés
SDR LA CONCEPTIO.N DE LA VIERGE.
de Fesprit de pénitence , nous entrons dans les sm» timents de ce saint roi. Nous n'en demeurons pas là : parce que nous avons été conçus dans le péché, nous nous reconnaissons de bonne foi sujets aux désordres qu'il produit, et qui en sont les tristes effets : c'est-à-dire, nous savons que ce premier péché nous a attiré un déluge de maux, et que, par lesdeux plaies mortelles qu*il nous a faites, Pignorance et la concupiscence , il a répandu le venin de sa malignité dans toutes les puissancesdenotreâme, que c'est pour cela qu'il n'y a plus rien en nous de sain ; que notre esprit est susceptible des plus grossières erreurs ; que notre volonté est comme livrée aux plus honteuses passions; que notre imagliiatioi est le siège et la source de l'illusion ; que nos sens sont les portes et les organes de rincontineoce; que nous naissons remplis de faiblesses, assujettis à l'inconstance et à la vanité de nos pensées, esclaves de nos tempéraments et de nos humeurs, dominés pas nos propres désirs. Nous n'ignorons pas que de là nous vient cette difficulté de faire le bien, cette pente et cette inclination au mal, eette répugnance à nos devoirs , cette disposition à secouer le joug de nos plus légitimer obligations, eette haine de la vérité qui nous corrige et qui nous redresse, cet amour de la flatterie qui nous trompe et qui nous corrompt, ce dégoût de la vertu, ce charme empoisonné du vice : de là cette guerre intestine que nous sentons dans nous-mêmes, ces combats de la chair centre la raison , ces révoltes secrètes de la raison même contre Dieu , cette bizarre obstination à vouloir toujours ce que la loi nous défend , parce qu*elle nous le défend , et à ne vouloir point ce qu'elle nous commande, parce qu'elle nous le commande; à aimer par entêtement ce qui souvent en soi n'est point aimable , et à rejeter injustement et opiniâtrement ce qu'on nous o^ donne d'aimer, et ce qui mériterait de l'être. Renversement monstrueux, dit saint Augustin, mais qui par là même qu'il est monstrueux , devient la preuve sensible du péché que nous contractons dans notre origine , et que nous apportons en naissant. Voilà, encore une fois, ce que nous éprouvons, et ce que nous regardons comme les suites malheureuses de notre conception. Or, convenir de tout cela, medirez-vous, n'est-ce pas suffisamment nous connaître ? Non , mes chers auditeurs : entre les effets de ce premier péché dont je parle, il. y en a encore de plus affligeants, et à la connaissance desquels le mystère que nous célébrons nous conduit. Ce n'est là que le fond de notre misère : mais prenez garde , en voici le comble, en voici l'excès, en voici le prodige , en voici l'abus, en voici la malignité, en voici l'abomination; et, si ce terme ne sufGt pas , en voici , pour m'exprimer avec le prophète, l'abomination de désolation. Autant de points
SUR LA CONCEPTION DE LA VIERGE
que je tous prie de bien suivre, parce qu'étant ainsi dUliiigués , et Tun encliérissant toujours sur l'autre , e*est de quoi vous donner par degrés une idée juste de ce fonds de corruption que nous avons à comUattre , et que la grâce de Jésus- Clirîst doit détruire en nous. Je reprends , et je m'explique.
Le comble de notre misère , c'est que notre misère même, quoique humiliante, ne nous humilie pas ; et que, malgré tant de sujets qu'elle nous donne de nous confondre, nous ne laissons pas d'être encore remplis d'orgueil. Pour être aveugles, faibles , pauvres, misérables (car fussions-nous d'ailleurs les dieux de la terre, tel est, en qualité d'enfants d'Adam, notre apanage et notre sort) , nous n'en sommes pas moins prévenus d*estime pour nous-mêmes. Pour être dégradés et dépouillés de tous les privilèges de Tinnocence , nous n'en sommes pas moins contents de nous-mêmes, pas moins occupés de nous-mêmes , pas moins amateurs ni moins idolâtres de nous-mêmes. Marie, avec la plénitude de la grâce , a été humble; et nous , avec le néant du péché, nous sommes superbes. Oui, mes frères, voilà le désordre que nous avons tous à nous reprocher. Beaucoup d^ignorance , jointe à beaucoup de présomption; faiblesses extrêmes, soutenues d'une pitoyable vanité; indigence affreuse des vrais et solides mérites , acompagnée d'une enflure de cœur qui seule, selon l'Écriture, sufQrait pour nous attirer l'indignation de Dieu : car qu'y a-t-il de plus propre à irriter la colère de Dieu , qu'un pauvre orgueilleux? Or, qui de nous , s'il se connait bien , n'avouera pas qu'il a part, comme pécheur, a cette malédiction ? Pauperem sitperbum odivit anima mea. ( Eccles, , 25. ) Il y a plus.
L'excès de notre misère, c'est qu'étant aussi déplorable que je vous l'ai représentée, toute déplorable qu'elle est, nous ne la déplorons pas. Les saints et les élus de Dieu en ont gémi, et nous n'en sommes pas touchés. Saint Paul , dans l'amertume de son âme, s'en est afDigé, et nous nous en consolons. Ah! Seigneur, s'écriait le saint homme Job, pourquoi m'avez-vous mis dans une disposition qui me rend si contraire à vous , et pourquoi par là me 8UÎ8-je devenu insupportable à moi-même ? Quare postdsti me contrarium tibi, etfactus sum rnihimetipsi gravis? (Job, 7.) Est-ce ainsi que parle un mondain ; est-ce ainsi qu'il pense .' Non : insensible à ses maux, il souffre tranquillement cet état de contrariété entre Dieu et lui. S'il gémit sous le joug de ses passions , ce n'est point parce que ses passions le rendent contraire à Dieu , mais parce qu'elles troublent son repos, mais parce qu'elles lui causent de mortels chagrins, mais parce qu'il se Toit souvent dans l'impuissance de les satisfaire. De ce qu'elles le tiennent captif sous la loi du péché, r>st à quoi il ne fait nulle attention. Il est esclave
de la concupiscence qui le domine, maïs esclave volontaire, parce qu'il en veut bien être^dominé. Il sent dans son cœur mille révoltes intérieures contre Dieu : et ces révoltes continuelles et si dangereuses , bien loin de l'étonner, ne lui donnent pas la moindre inquiétude. Pourvu qu'il arrive à ses fins, il consent à vivre sous l'empire de la chair, et à être vendu au péché. A combien de pécheurs du siècle ce tableau n'expose-t-il pas leurs véritables , mais damnables sentiments ? Allons plus avant.
Le prodige de notre misère , c'est qu'au lieu de la déplorer, nous nous aveuglons tous les jours jusqu'à nous en féliciter, jusqu'à nous en glorifier. Car où est l'ambitieux qui ne s'applaudit pas intérieurement des idées , des projets , des succès de son ambition ? où est le riche avare qui ne se sait pas boa gré de ses sordides épargnes et de son avarice ? où est l'impudique qui ne met pas son bonheur dins ses infâmes voluptés ? où est le vindicatif qui ne se fait pas un triomphe de sa vengeance? Ces passions, dont l'apôtre de Jésus-Christ faisait le sujet de sa douleur, à mesure que nous oublions Dieu, deviennent le sujet de notre joie. Par un renversement de religion et même de raison, ces passions deviennent nos divinités; nous leur faisons sans cesse des sacriGces, nous leur obéissons aveuglément : non contents de leur être soumis nous-mêmes , nous exigeons des autres quMls s'y soumettent, nous voulons qu'ils en soient les approbateurs : entrer dans nos passions, c'est savoir nous plaire; les contredire, c'est nous offenser : plus ces passions sont vives et ardentes , moins nous souffrons qu'on y résiste : plus elles sont honteuses, plus nous sommes jaloux qu'on les respecte , et qu'on ne les choque pas. Ce que je dis, n'est-ce pas le monde tel qu'il est; et cela même, si nous avons une .étincelle de christianisme, ne doit-il pas nous faire horreur? Voici néanmoins quelque chose encore au delà.
L'abus de notre misère, c'est que nous en tirons même avantage, jusqu'à nous en servir comme d'une excuse dans nos péchés, et jusqu'à nous en prévaloir contre Dieu. Au lieu que David demandait humblement à Dieu d'être guéri de sa faiblesse, s'en accusant comme d'un mal. Miserere mei, Dominas, quoniam infirmus sum; sana me {Psalm. G), nous alléguons la nôtre comme une raison que nous supposons devoir couvrir nos dérèglements, et nous tenir lieu de justification; c'est-à-dire, parce que nous sommes faibles, et que nous avons été conçus dans le péché, nous voulons que Dieu dissimule nos crimes, qu'il les tolère, et qu'il ne les recherche pas dans toute la rigueur de sa justice. Mieux instruits que lui-même de l'équité de ses jugements, nous prétendons que, parce qu'il connaît notre fragilité, il soit moins en droit de nous condamner et de nous pu-
nir; et à force de le prétendre, nous nous accoutumons à le penser et à le croire. Dieu , qui , selon les oracles de TÉcriture, est le vengeur inexorable du péché, -nous paraît, pour des créatures aussi fragiles que nous le sommes, un Dieu trop sévère et trop rigide : ou plutôt selon notre caprice et notre sens , nous nous en faisons un Dieu plus humain, un Dieu plus condescendant a nos inclinations, un Dieu moins ennemi de nos désordres : parce qu'étant, disons-nous, Fauteur de notre être, il sait de quelle masse il nous a tirés, et qu*il n*exige pas de nous une sainteté si parfaite. Car ne sont-ce pas là les téméraires et pernicieux raisonnements que forme tous les jours Timpiété? et voilà ce que j'appelle abuser de notre misère même.
La malignité de notre misère, c*est que le péché dans lequel nous sommes conçus, par une funeste qualité qui lui est propre, infecte en nous tout ce qui vient de Dieu, et tout ce que nous avons reçu de Dieu : talents de Tesprit, forces du corps, capacité, santé, noblesse, beauté, dons de la nature, et par conséquent du Créateur; prospérités, honneurs, dignités, richesses, dons delà fortune, c'est-à-dire de la Providence; mais tout cela, par le malheur de notre conception, occasion de péché, instrument de péché, source de péché. Voilà ce qui perd rhomme chrétien, mais ce que Thomme charnel et mondain ne lent pas et ne comprend pas. Permettez-moi de vous le faire comprendre et d'en tirer la preuve de vous-mêmes. Dans Tordre naturel des choses, plus vous êtes heureux selon le monde, plus vous devriez être soumis à Dieu et reconnaissants envers Dieu : mais parce que le péché a renversé dans vous ce bel ordre, plus Dieu vous comble de ses biens, plus il semble que vous soyez nés pour lui être ingrats et rebelles. Jusqu'à ses grâces et à ses faveurs, tout vous pervertit; la prospérité vous corrompt, leshonneurs vous enflent, les richesses entretiennent votre luxe, la santé vous fait oublier le soin du salut. Si Dieu, par des moyens tout contraires, veut vous forcer de retourner à lui , les remèdes qu'il y emploie se tournent pour vous en poison : l'adversité vous irrite, l'humiliation vous désespère, la disette (car où n'est-elle pas, et quelles conditions en sont exemptes?) la disette vous fait tomber dans l'injustice, et rinfirmité dans le relâchement et la tiédeur. Ce qui devrait vous sanctifier, vous endurcit; et ce qui devrait vous convertir et vous rapprocher de Dieu, vous en éloigne. Tant il est vrai que le péché a comme anéanti , ou plutôt a corrompu dans vous tous les dons de Dieu et ruiné pleinement et absolument l'œuvre de Dieu. Peut-on rien ajouter à ceci ? Oui , mes chers auditeurs , et ce que j'y ajoute est encore inGniment plus digne de nos larmes.
|.'al)oniination de notre misère, c'est que, non
SUR LA CONCEPTION D£ LA VIERGE
contents d'être enfants de colère par nature, noui le sommes et nous voulons bien l'être par notie choix. Avoir péché dans autrui, et naître eoDOu de Dieu par la nécessité inévitable de notre ortgiiie, c'est la malédiction commune où nous nous plaignons d'avoir été enveloppés : mais nous en plaignons-nous de bonne foi, tandis que nous y joignons celle d'être encore ennemis de Dieu par un libit consentement de notre volonté? Or, vous le savei, hommes mondains à qui je parle ; vous savei jus* qu'où, sur ce point, va le libertinage du siècle, et souvent jusqu'à quel excès vous l'avez vous-mtoe porté. Avoir été conçu dans le péché « c'est le sort de toute la postérité d'Adam; mais vlrre impunément dans le péché , mais se plaire dans le péché, mais faire gloire du péché, mais s'endurcir dans le péché, mais persévérer avec obstinatioa dans le péché , mais s'exposer sans crainte au danger prochain de mourir dans l'état de péché, mail vouloir bien actuellement mourir dans sou péché, c'est le sort particulier, mais le sort affreux de je ne sais combien d'âmes perverties, que le torrent du monde entraîne : et Dieu veuille qu'entre ceux qui m'écoutent il n'y en ait point de ce nombre! Job demandait à Dieu que le jour périt, où il avait été conçu : il souhaitait que ce jour eût été changé en ténèbres, que jamais le soleil ne l'eût éclairé, et qu'il eût pu être efifacé du nombre des jours; et il avait raison, dit saint Augustin, puisque c'était le jour malheureux où il avait commencé d'être pécheur, et, sans le vouloir même, ennemi de Dieu. Que fait le libertin ? Par un sentiment bien contraire, il compte parmi les beaux jours de sa vie certains jours où, librement et sans remords, il s'est livré à l'esprit impur : ces jours infortunés qu'il a passés dans le crime ; ces jours où, pour se satisfaire, il a renoncé à son Dieu ; ces jours , en eux-mêmes pleins d'horreurs, ne laissent pas, parce qu'il est sensuel et voluptueux, de se repr^enter à lui comme des jours agréables : il en conserve le souvenir, il en souhaiterait le retour ; bien loin de pleurer parce qu'ils ont été , son chagrin est qu'ils ne sont plus. Mais , sans parler précisément du libertin , et sans l'être, mes chers auditeurs, le honteux reproche que nous avons aujourd'hui à nous faire, c'est qu'à ce péché d'origine, contracté par une autre volonté que la nôtre , nous ajoutons de notre chef mille autres péchés personnels, d'autant plus punissables devant Dieu, que nous les commettons souvent de dessein formé , et que nous ne pouvons les imputer qu'à nous-mêmes. Péchés qui ne sont ni d'ignorance, ni de surprise; mais qui, procédant d'une malice pure, ont encore plus d'opposition à la sainteté de Dieu , et par là doivent beaucoup plus outrager Dieu ; péchés qu'il nous serait facile d'éviter, et auxquels nous ne succombons que parce
SUR LÀ GONCEPTION DE LA VIERGE
ts ne comptons pour rien d'y succomber ; ont nous recherchons Toccasion, dont nous la tentation, dont nous ne craignons point ir le risque, et qui , par toutes ces circonsportent avec eux un caractère particulier de tion , puisqu'il est vrai alors que nous somants de colère, non plus par nature et par é , mais par notre propre volonté. Ai-je pu rous exprimer Fabomination de notre mie nous lassons point* d'en sonder Tabtme I ; et sur cela écoutez ce qui me reste à vous
»mination de désolation dans notre misère, i*au lieu que la grâce , qui sanctiGa la coude Marie, a parfaitement et absolument lé dans sa personne du péché originel, nous, traire, malgré la grâce du baptême, qui n nous ce péché, par un dernier désordre peut être attribué qu'à la dépravation de œur , nous suscitons encore tous les jours christianisme, si j'ose ainsi m'exprimer, eaux péchés originels, pires que le premier, e conséquence pour nous plus pernicieuse. ;e à dire, nouveaux péchés originels? C'estsrtains péchés dont nous sommes les auteurs, )ar une fatale propagation, se communiquant )andant, passent de nos personnes dans celle res. J'appelle péchés originels, ces péchés de e contre lesquels le Fils de Dieu a prononcé ïlvangîle de si foudroyants anathèmes : j'apchés originels, certains péchésdes pères et des l'égard de leurs enfants ; d'un père qui, par ion, inspire à son Ois ses inimitiés et ses ven- \\ d'une mère qui, oubliant qu'elle est chrépervertit sa fille en lui inspirant la vanité et r du monde : j'appelle péchés originels, ceréchés des chefs de famille à l'égard de leurs iques; d'un maître qui, pire qu'un infidèle, siens les ministres de ses débauches ; d'une qui, abusant de son autorité, engage la nce d'une jeune personne que Dieu lui a , et la perd en l'obligeant à être la confidente intrigues : j'appelle péchés originels, ceréchés des grands à l'égard des peuples , des à l'égard des laïques , des supérieurs à l'ée leurs inférieurs. En quoi le péché d'Ait-il énorme devant Dieu ? en ce qu'il ne fut péché d'un seul , mais de plusieurs ; en ce im, violant le précepte, nous comprit tous 3 malheur de sa désobéissance ; en ce qu'é- )tre chef , il ne put commettre ce péché sans [1 rendre coupables. C'est un mystère de foi •us révérons ; mais ce qui nous parait mysns le péché d'Adam , est évident et sensible s espèces de péché que je viens de vous marcar je dis touiours que la désolation de notre
misère est de répandre sur autrui notre iniquité ; est de ne nous pas contenter d'être pécheurs, mais de pervertir avec nous des âmes innocentes , de les rendre complices de nos. désordres, et de les en charger; est d'être, aussi bien qu'Adam, le principe et la source de leur damnation. Ah , chrétiens , n'est-ce pas ici que je pourrais m'écrier avec le prophète Jérémie, et conclure avec lui : Qtds daJÙt capUi meo aquam, et oculis meisfontem lacrymarumf ( j£BBM., 9.) Qui donnera à mes yeux une fontaine de larmes pour pleurer jour et nuit de pareils malheurs ? Malheurs qui sont les suites du premier péché, mais malheurs infiniment plus déplorables que ce péché-là même, dont nous ressentons les tristes effets.
Vous seule, ô glorieuse Vierge, avez été préservée de cette corruption et de cette malédiction originelle; vous seule dans votre conception avez paru devant Dieu pure et sans tache ; mais c'est pour cela même que nous recourons à vous , et que nous implorons votre protection toute-puissante; car le privilège que vous avez reçu de Dieu pour être exempte de nos misères , ne peut vous inspirer pour nous que de la compassion. Vous êtes la mère de miséricorde ; mais vous ne pouvez l'être que pour nous, et pour nous comme pécheurs. Votre gloire dépendait en quelque façon de notre disgrâce : et s'il n'y avait eu des pécheurs , vous n'auriez jamais mis au monde celui qui les a sauvés, et par conséquent jamais vous n'auriez été mère de Dieu. Cest donc avec une ferme confiance que nous nous prosternons devant vous. Malheureuse postérité d'une mère pécheresse , mais trouvant en vous une mère sainte et une mère charitable, nous vous adressons nos prières et nos vœux , nous poussons vers vous des soupirs; et les secours que nous vous demandons , c'est pour apprendre à nous humilier dans la vue de notre misère, à la déplorer, à n'en pas tirer au moins une vaine gloire, à n'en pas abuser, à ne la pas augmenter; enfin, à connaître non-seulement ce que nous sommes sans la grâce, mais aussi ce que vous avez été et ce que nous sommes par la grâce. Nous Talions voir dans la seconde partie.