TROISIÈME PARTIE
C'est une vérité, chrétiens, qui ne peut être contestée, qu'après Jésus-Christ, l'exemple de Marie, sa mère , est l'idée la plus excellente que nous puis» sions nous proposer pour la conduite de notre vie. A quoi j'ajoute, en particulier, que l'usage qu'a fait Marie de la grâce de sa conception , est le modèle le plus parfait que Dieu pût nous mettre devant les yeux pour nous apprendre l'usage que nous devons faire de la grâce de notre sanctifiée, tion. C'est, mes chers auditeurs, ce qui va vous paraître évident , par la comparaison de ces deux grâces , ou plutôt par Topposition que je remarque entre Marie et nous, touchant la correspondance et la fidélité dues à ces deux grâces. Opposiliou
SUB LA CONCEPTION DE LA VIERGE
e part nous confondra, niais qui de l'autre {truira, et dont il ne tiendra qu'à nous de règles les plus solides et les plus sûres e chrétienne.
)renez garde, s'il vous platt; Marie, quoimpte de toute faiblesse, et confirmée en ins sa conception, n'a pas laissé de fuir le )t la corruption du monde. Marie, quoique ivec tous les privilèges de l'innocence, n'a ié de vivre dans l'austérité et dans les ride la pénitence. Marie, quoique remplie du sprit dès l'instant de son origine, n'a pas \ travailler; et sans mettre jamais de bornes iteté, elle a toujours été croissant en vertus lentes. Quelles conséquences pour nous, mes , il est vrai , soit dans le baptême , soit pénitence, régénérés et justifiés par la nais par une grâce qui n'a ni la stabilité de Marie, ni son intégrité, ni sa plénitude; ou par une grâce dont les caractères sont tout ts de celle de Marie! je veux dire par une ni, toute puissante qu'elle est, se trouve à nos inconstances et à nos fragilités; qui , nctifiante qu'elle est, n'étant pas une grâce mce, ne nous dispense pas de l'obligation -er et de nous mortifier; qui, toute abon* ii'elie est, i\'empéche pas qu'il ne reste en- 18 nous «n vide , je dis un vide de mérites [] veut que nous remplissions par nos actions 08 œuvres! Cependant, malgré la différence iractères, nous nous obstinons à n'en croire re propre sens ; et suivant des maximes et s contradictoirement opposées à celles de quoique fragiles et sujets à tous les désorme nature corrompue , nous nous exposons rement aux plusjdangereuses tentations du Quoique conçus dans le péché et dans l'i- , nous prétendons vivre dans la mollesse et plaisir; quoique dénués de mérites et de nous arrêtons le don de Dieu , et nous resa grâce dans l'oisiveté d'une vie mondaine le. N'apprendrons-nous jamais à nous conlon les lois de cette parfaite sagesse , qui , parle l'Évangile , doit nous rappeler, tout 8 que nous sommes, à la prudence des justes ? pouvait-il nous y engager par des raisons tes et plus pressantes que celles-ci , qui sont es naturelles du mystère que nous celé-
) , sanctifiée dès sa conception , n'a jamais a grâce qu'elle avait reçue de Dieu : je ne onne pas. Non-seulement elle ne Ta jamais t mais elle n'en a jamais terni le lustre par idre péché. Ainsi , selon le témoignage et la 1 du concile de Trente , l'a toujours cru toute : Qvemadmodiim de beata f'irgine tenet
Erxlesia. ( Concil. THd. ) Ce n*est point encore ce qui me surprend ; mais ce que j'admire et ce qui fait le sujet de mon étonneroent, c'est de voir la circonspection, l'attention, la vigilance avec laquelle Marie a conservé cette grâce, qu'elle ne devait jamais perdre, et même qu'elle ne pouvait perdre, l'ayant ménagée avec autant de précaution que si elle eût couru tous les risques; s'étant pour cela, dès sa plus tendre enfance, séparée du monde; ayant renoncé pour cela à tout commerce et à tout engagement avec le monde; ayant consacré pour cela les prémices de sa vie par un divorce solennel et éternel avec le monde; ayant vécu pour cela dans un si parfait éloignement du monde, que la vue même d'un ange la troubla , parce qu'il était transfiguré en homme : voilà, dis-je, ce qui me jette dans l'admiration. Car enfin , la grâce de la conception de Marie était à l'épreuve de la corruption du monde; c'était une grâce solide, que toute l'iniquité du monde ne pouvait altérer ni ébranler : et la même théologie qui nous enseigne que la mère de Dieu ne pécha jamais , nous apprend qu'elle était impeccable parla grâce, comme Jésus- Christ l'était par nature; parce qu'à l'instant même quVIle fut conçue. Dieu la confirma et la fixa dans l'état de la sainteté. Le monde, tout perverti qu'il est, n'avait donc rien de dangereux pour elle. En quelque occasion qu'elle se fût trouvée , elle aurait donc pu marcher sûrement; et la grâce qu'elle portait dans son cœur n'aurait pas plus été souillée de tous les désordres et de tous les scandales du monde, que le rayon du soleil , de la boue qu'il éclaire et qu'il pénètre sans en contracter l'impureté. Mais c'est en cela même que la conduite de cette reine des vierges devient aujourd'hui notre exemple, et que son exemple, par l'énorme contrariété qui se rencontre entre elle et nous, est une conviction seule capable de nous confondre devant Dieu. Car voici , chrétiens , en quoi je la fais consister. Marie , en vertu de sa conception , possédait une grâce inaltérable , et, comme parlent les théologiens , inamissible ; cependant elle marcha toujours dans l'étroite voie de la crainte du Seigneur : et nous, tout faibles que nous sommes, nous nous exposons témérairement à tous les dangers. Nous portons , comme dit l'apôtre, le trésor de la grâce dans des vases de terre , c'est-à-dire , dans de^ corps mortels et corruptibles : Habemus thesaurum istwn in vasis ficiilibus (2. Cor,, 4); et nous ne craignons rien. Nous le portons, ce riche et précieux trésor, dans un chemin glissant , parmi des ténèbres épaisses, au milieu des écueils et des précipices, poursuivis d'autant de démons qu'il y a d'ennemis de notre salut qui cherchent à nous l'enlever ; et rien de tout cela ne nous rend plus attentifs et plus vigilants. Je ne sais si je mVxpIinue assez, et je ne puis trop insister sur ce
SUR LA COiNGEPTION DE Lk VIERGE.
parallèle. Marie, qui , par la grâce de son origine , était exempte des faiblesses du péché, s'est néanmoins , par zèle et par amour de ses devoirs, éloignée des occasions du péché; et nous, à qui notre faiblesse fait souvent de ces occasions autant de péchés, nous nous y jetons présomptueusement, et nous y demeurons opiniâtrement. Marie, à qui Dieu, dans sa conception, avait donné un préservatif infaillible contre le monde, se tint néanmoins dans une entière séparation du monde; et nous, qui savons par tant d'épreuves combien le monde est contagieux pour nous, bien loin de le fuir, nous Faimons, nous nous y plaisons, nous nous y intriguons, nous nous y poussons ; outre les engagements légitimes que nous y avons par la nécessité de notre état, nous nous en faisons tous les jours de volontaires et de criminels.
Or, c*est en quoi paraît notre présomption, de vouloir que Dieu fasse continuellement pour nous des miracles. Il n'en a fait qu'un pour sanctifier Marie, et nous voudrions qu'il en fit sans cesse de nouveaux pour nous conserver. Comme ces trois jeunes hommes dans la fournaise de Babylone, au milieu des flammes qu'allume partout l'esprit impur, nous voudrions qu'il nous soutint en mille occasions où la curiosité nous porte, où la vanité nous conduit, où la passion nous attache, ou nous nous trouvons contre l'ordre du ciel, et où la grâce même des anges ne serait pasensâreté. Nous voudrions, avec une grâce aussi peu stable que la nôtre, être aussi forts et a voir les mêmes droits que Marie avec la grâce saine et entière de sa conception ; et ce que Marie n'a pas osé dans l'état de cette grâce privilégiée, nous Posons dans le triste état où le péché nous a réduits. Mais abus , chrétiens ; le prétendre ainsi , c'est nous aveugler et nous tromper nous-mêmes. Si cela était , les saints auraient pris , pour ne pas risquer la grâce de leur innocence, des mesures bien peu nécessaires. En vain l'Esprit de Dieu qui les gouvernait, leur aurait-il inspiré tant de liaine pour le monde ; et en vain ce même Esprit nous proposerait-il la sainteté de Marie comme une sainteté exemplaire, puisque, sans nous séparer du monde, et sans le combattre, il nous serait aisé, au milieu du monde même, de nous maintenir dans la grâce. Non, non, il n'en va pas de la sorte. La grâce qui nous rend amis et enfants de Dieu , est une grâce que nous pouvons perdre, et par conséquent nous ilevons veiller avec soin sur cette grâce, prêts à exposer tout le reste pour elle , parce qu'elle est la vie de notre âme , et déterminés à ne l'exposer Jamais, parce qu'en la perdant nous perdons tout. Elle nous est enviée par le démon , et c*est ce qui nous doit rendre plus circonspects : de puissants ennemis l'attaquent dans nous , et c'est à nous de nous en défendre, et puisqu'il a plu au Seigneur de nous
soumettre à cette nécessité d'avoir toujoun la armes à la main , il faut de cette nécessité, quelque gênante qu'elle puisse être, nous flaire un mérite et une vertu : cela nous obligera à opérer notn salut avec crainte et avec tremblement; ainsi le prétendait saint Paul. Il faudra renoocer à un certain monde : heureux si par là nous assuront le talent que Dieu nous a confié! On ne noiis dit pas qu'il Caille renoncer à tous les engagements da monde : car il y en a qui sont d'un devoir indispcDsable, et ceux-là n'ont rien d'incompatible avec la grâce; mais on nous dit qu'il faut reaoïicer àeen qui n'ont point d'autre fondement que la passion, que le plaisir , que la sensualité, parce que lagrike, toute sanctifiante qu'elle est, ne peut subsister am eux. On ne nous oblige pas à fuir le monde en général , mais on nous oblige à fuir un monde particulier qui nous pervertit et qui nous pervertin toujours, parce que c'est un monde où règne le péché, un monde d'où la charité est bannie, no monde dont la médisance fait presque tous les eitretiens , un monde où le libertinage passe non-seulement pour agréable, mais pour honnête, un monde dont nous ne sortons jamais qu'avec des ooosciences ou troublées de remords , ou chargées de crimes ; un monde au torrent duquel nous sautons bien que nous ne pouvons résister.
Voilà ressenti elle et importante vérité que nous prêche Marie par son exemple, et c'est à vous, âmes fidèles, dont elle a honoré le sexe, de vous l'appliquer personnellement! car l'exemple de Marie est fait pour vous; et quand saint Ambroise parlait aux femmes chrétiennes de son siècle , c'était b règle qu'il leur proposait. Considérez Marie, leur disait-il ; il n'y a rien dans sa conduite qui ne vous instruise. Voyez avec quelle réserve et avec quelle modestie elle reçut la visite d'un ange; et vous apprendrez comment vous devez traiter avec des hommes pécheurs ! C'était un ange , mais sous une figure humaine; et voilà pourquoi elle prétendit atoir raison et même obligation de se troubler. C'était le ministre de Dieu, l'ambassadeur de Dieu; mais elle savait qu'une épouse de Dieu doit se défier des se^ viteurs de Dieu même. Elle était confirmée en grâee, et le Seigneur était avec elle; mais il n'était avec elle, reprend saint Ambroise, que parce qu'elle ne pouvait être sans peine avec tout autre qu'avec lui; et elle n'était confirmée en grâce, que parce qu'elle était confirmée dans la défiance d^elle-méme. Voilà le modèle et le grand modèle sur lequel Dieu vous jugera , mais sur lequel j'aime bien mieux que vous vous jugiez dès aujourd'hui vous-mêmes. Par là, je dis par votre conformité à ce modèle, et par le soin que vous aurez d'imiter cet exemple, votre conduite sera telle que la veut saint Paul, irrépréhensible et sans tache ; par là votre réputation, dont
SUR LA œNCEPTION DE LA VIERGE.
fous êtes responsables à Dieu et aux hommes , se trouvera à couvert de la médisance; par là vous serez au-dessus de la censure , et le monde même vous respectera ; par là cesseront tant d*imprudences malheureuses qui sont le scandale de votre vie; tant de libertés que le monde même, tout corrompu qu*il
S y ne vous permet, ne vous pardonne pas; tant conversations dont la licence n'aboutit qu*à Tiniquité : par là les bienséances les plus exactes et les plus sévères vous deviendront dans la prati({ue aussi doaces qu'elles vous semblaient importunes et fatigantes; par là votre régularité confondra le libertinage, et votre piété sera un? piété solide : car qu'est-ce que votre piété sans cette régularité, sinon un fantôme que Dieu réprouve, et dont les hommes font le sujet de leurs railleries ? En un mot , vous réglant sur Texemple de Marie, vous sanctifierez le christianisme dans vos personnes : car je vous Tai déjà dit plus d'une fois, mesdames, et j'ose encore une fois vous le redire; c'est de vous, et presque uniquement de vous que dépend le bon ordre et la sanctification du christianisme; j'en appelle là-dessus à vos propres connaissances : et pour vous convaincre de cette vérité , je ne veux point d'autres témoins que vous-mêmes.
Cependant Marie n'ayant jamais perdu , ni même souillé par le moindre péché, la grâce de sa conception, selon les lois communes, ne devait-elle pas être exempte des rigueurs de la pénitence.' Tel était sans doute le privilège de son état, mais prétenditelle en jouir? Non, mes chers auditeurs. Mère d'un fils qui, sans avoir connu le péché, venait au monde pour être la victime publique du péché, elle voulut avoir part à son sacrifice. Mère d'un Dieu qui , étant Finnocenoe même, venait par sa mort faire pénitence pour nous , elle se fit un devoir et nn mérite d'entrer dans ses sentiments : elle ressentit comme lui les péchés des hommes, elle les pleura ; et la douleur qu'elle en conçut, selon l'oracle de Siméon, fut comme nue épée qui perça son âme et qui déchira son cœur. Quoique sainte et remplie de grâce, elle passa ses jours dans la pénitence la plus austère : et c'est ce que nous avons de la peine à comprendre. Mais ce que je comprends encore moins , c'est que des pécheurs , et des pécheurs chargés de crimes , par une conduite directement opposée, veuillent goûter toutes les douceurs de la vie. Car voilà notre désordre : déchus de la grâce de l'innocence, nous en voulons ovoir tous les avantages; conçus dans le péché, nous ti'eo voulons pas subir les châtiments, ni prendre les remèdes. Les avantages de l'innocence sont le repos, la tranquillité, le plaisir, lajoie; jedis une joie pure, sans disgrâce et sans amertume. Or, n'estce pas là ce que nous cherchons avec tant d'empressement et tant de passion; et à nous entendre
BOIIRIIALOUC. — T H.
parler, à nous voir agir, ne dirait-on pas que nous y avons droit? Au contraire, l'assujettissement, le travail, Thumiliation , la souffrance, les larmes , selon l'apôtre, sont le juste payement et la solde du ]^'' ché, Si ipendiapeccati {Rom., 6); mais qu'avons-nous plus en horreur? de quoi cherchons-nous plus à nous préserver? et nous prêcher une telle morale, n'est-ce pas, à ce qu'il paraît, nous offenser? La pénitence, disent les conciles, est comme le supplément et comme le recouvrement de la grâce de l'innocence; et malgré la perte de notre innocence, nous ne voulons point de pénitence. Si Dieu nous la fait f[)ire par lui-même nous en murmurons : si cette pénitence se trouve attachée à nos conditions, nous nous la rendons inutile; d'une pénitence salutaire qu'elle pouvait être, nous nous en faisons une pénitence forcée ; et voilà , mes chers auditeurs, votre malheureux état. Car où voit-on plus de sujets et de matière de pénitence qu'à la cour; et en même temps où voit-on dans la pratique moins de pénitence chrétienne qu'à la cour? Là où le péché abonde, c'est là, par un renversement bien déplorable, que je trouve moins la Vraie pénitence, et que règne avec plus d'empire l'orgueil de l'esprit, la mollesse des sens , et l'amour de soi-même.
Enfin , par une dernière opposition entre Marie et nous , quoique la grâce de sa conception fût une grâce surabondante et presque sans mesure , Marie néanmoins n'en est pas demeurée là; mais toute son application, tandis qu'elle vécut, fut d'augmenter cette grâce, croissant tous les jours de mérite en mérite, de sainteté en sainteté : et nous en qui la grâce même laisse un si grand vide, nous n'avons nul zèle pour le remplir; nous nous contentons de ce que nous sommes : pour un homme du monde, dit-on , pour un courtisan , il n'en faut pas davantage. Et qui sommes-nous pour borner ainsi la grâce de notre Dieu : Qui estis vos? (Judith, 8.) Si Dieu veut se servir de nous , et s'il demande de nous plus de perfection , pourquoi ne lui obéironsnous pas , et pourquoi faudra-t-il que sa main et sa miséricorde soient raccourcies par notre infidélité? Ah! chrétiens, la consistance dans la grâce n*e8t que pour la gloire. Dans cette vie , ou il faut croître, ou il faut déchoir. C'est ce que saint Paul enseignait aux premiers fidèles. Croissez, mes frères, leur disait-il, dans la science de Dieu; croissez dans son amour et dans sa grâce; croissez dans la foi et dans toutes les vertus; sans cela vous êtes dans la voie de perdition. Or, pour croître de la sorte, il faut agir; et c'est ce qu'a fait Marie. Sans laisser jamais la grâce oisive , elle l'a rendue agissante, fervente, appliquée à de continuelles pratiques de piété et de charité. Mais quelles bonnes œuvres pratiquez-vous, et à quels devoirs de charité
SUR LA CONCEPTION DE LA VIERGE
envers les pauvres vous adonnez-vous? SMi y a pour vous un moyen sûr et infaillible de persévérer dans la grâce, au milieu du monde où vous vivez, c'est celui-là. Car au lieu que saint Bernard vous déclare, et avec raison, que quoique vous fassiez, vous ne conserverez jamais Thumilité dans le luxe , la chasteté dans les délices, la piété dans les intrigues et dans les vaines occupations du siècle j'e vous dis, pour votre consolation, qu'en donnant vos soins aux pauvres de Jésus-Christ , et en vous employant pour eux, vous corrigerez votre délicatesse par la vue de leurs misères , votre vanité par les services que vous leur rendrez, votre froideur et votre indévotion par ki sainteté de cet exercice, et qu'ainsi , malgré les périls mêmes de votre état, mettant cette grâce en œuvre et la faisant agir pour Dieu , vous la sauverez pour vous-mêmes. Et de quoi nous sert-il , mes chers auditeurs , de posséder cette grâce si précieuse, et de n'en faire aucun usage?
C'est donc ainsi que Marie a honoré la gr^ce, et que nous devons l'honorer. Quand Tertullien parle de la défiance salutaire que nous devons avoir de nous-mêmes pour nous préserver du péché, il dit un beau mot, savoir : que la crainte de l'homme est alors un respect et un honneur que l'homme, en vue de sa faiblesse et par esprit de religion , rend humblement à Dieu : Timor hominis honorDei (Tertull) ; parce qu'en effet rien n'est plus honorable à Dieu que cette circonspection de l'homme, et cette attention non-seulement à ne point offenser son Dieu, mais à ne courir pas même volontairement le moindre risque de perdre sa grâce. Et le même Tertullien expliquant davantage sa pensée, dans l'exemple de certains pécheurs qui , sortis de leurs désordres et des occasioits malheureuses où ils s'étaient engagés , y renoncent pour jamais et de bonne foi , semblables à ceux qui , s'étant sauvés d'un naufrage, disent un éternel adieu à la mer; il ajoute que ces pécheurs honorent le bienfait de Dieu et la grâce de leur conversion, par le souvenir efficace (!u danger qu'ils ont couru : Et benejicium Dei, salutem suam scilicet, memoria pericuU honorant. (Ibid.) Faisons encore plus : comme Marie, ne nous contentons pas d'honorer la grâce en la conservant, mais honorons-la en lui laissant toute son action ; honorons-la en lui faisant prendre tous les jours de nouveaux accroissements , et en lui disposant pour cela nos cœurs.
C'est dans cette sainte résolution, ô glorieuse mère de mon Dieu! que nous vous présentons nos vœux; et que, touché d'un zèle particulier comme prédicateur de l'Évangile, j'ose vous présenter les miens, non-seulement pour attirer sur tous mes auditeurs les effets de votre protection, mais afin
que Dieu , par votre intercession toute-] sanctifie l'auguste mariage qui fait maintenant le sujet de notre joie '. C'est votre ouvrage, sire; et par l'intérêt que l'Église et la religion, aussi bien que l'État, y doivent prendre, le devoir demoo ministère m'oblige ici à vous en féliciter. Le jeane prince que vous éleviez, et que la Providence a destiné pour être dans la suite des temps assis sur le trône, formé par vous, était d^à le prodige de son âge et l'admiration de la cour. Dans la première fleur de ses années, capable de juger de tout, intelligent, savant, pénétrant, plein d'une solide raison, et, ce qui est encore plus, d'une solide religion , aimant le bien , ayant en horrear rinjuticeet l'impiété, né avec des inclinations toutes royales, équitable, humain, généreux, ce prinee était déjà parvenu à être, non plus l'espéranee, mais la consolation de Votre Majesté. Il lui Mait une princesse digne de lui : Votre Majesté Fa trouvée. Nous la voyons , et j'ai l'honneur d'être le premier qui , dans le haut rang où elle nous parait aujourd'hui, lui annonce les vérités du salut. Il me sufifirait pour faire en deux mots l'éloge de cette princesse, de dire que Votre Majesté l'a préférée à tontes les princesses de l'Europe; et que, toute jeune qu'elle est, elle a su gagner votre estime. Mais il n'est pas ici question de faire l'éloge de la princesse , il s'agit de rendre grâce a Dieu de nous l'avoir donnée, et de lui faire connaître à elle-même les desseins de Dieu sur elle. Elle nous a apporté la paix, et par là sa personne nous doit être chère ; mais nous nous promettons encore quelque chose de plus important On admire en elle des qualités qui la rendent pa^ faite selon le monde; on est charmé de ses manières , de la vivacité de son esprit , de la maturité de son jugement, de cette science du monde si avancée, de ce talent qu'elle a de savoir plaire à qui die doit plaire : mais pour moi qui ne dois avoir égard qu'à ce qui la rend parfaite selon Dieu, je bénis le ciel de nous avoir donné dans sa personne une princesse chrétienne, une princesse qui , instruite de la religion qu'elle professe , fera son capital de la pratiquer; qui, occupée de ses devoirs, n'aura rien, sire, plus à cœur que de seconder le zèle de Votre Majesté, que de se conformer en toutes choses à ses intentions , que de mériter les bonnes grâces de Monseigneur, que d'édifier le prince son époux, que de servir de modèle à toutes les princesses de la cour, que de leur inspirer, par sa conduite, l'amour de la vraie piété, que de leur en donner le goût; une princesse, qui, s'élevant au-dessus de la vanité, emploiera le discernement et les lumières dont Dieu l'a pourvue, à démêler In vérité d'avec
' Le pùrc Bourdaloue iit ce compliment aa roi deux Jours l après le mariage de inoiiseigoeur le duc de Bourgogne.
SUR L'ANNONCTATION DE LA VIERGE
3Dge , à éloigner de soi la flatterie, û se prèle Terreur, à ne pas donner dans le piège ions d'autrui , à être en garde contre Tintrile se pas laisser séduire par la médisance, h e libertinage de sa maison, à en exterminer à y maintenir la probité, à y faire craindre rer Dieu; une princesse dont bientôt les !S seront plus puissants que toutes mes paour établir dans cette cour le règne des et qui , marchant sur les pas de ces grandes t de ces vertueuseis princesses dont la mé- Dute récente est encore parmi nous en bén , sera comme elles la protectrice déclarée rets de Dieu , la mère des pauvres, le refuge I des malheureux. Voilà , plus que son rang, ne la rend vénérable , et ce qui me fait dire le serviteur d* Abraham, lorsque, voyant première fois réponse du (ils de son maître, i , dans un transport d*admiration et d'acgrâces : Ipsa est mulier, quam prœffaravit 18 fiUo domlni mei {Gènes., 24) ; Oui , la elle que Dieu, par son aimable providence, ) pour être Tépouse du ûls de mon seigneur : miini mei. Ces paroles d^Éliczer furent une e prédiction , qui s'accomplit dans la suite ondance des grâc^ que Dieu répandit sur 9n d'Abraham et sur le mariage d'Isaac. ô mon Dieu, que ces mêmes paroles, ap- ; à notre invincible monarque et à son aumiille, soient suivies des mêmes effets* et vous êtes Fauteur de cette glorieuse alliance t de mettre le comble à notre bonheur, verles deux royales personnes qu'elle a unies !n si sacré vos plus singulières faveurs, lement par les prospérités temporelles dont tent d^être comblés, mais encore plus abonit par les grâces du salut qui feront pour lour l'autre le principe d'une éternité bien- B que je leur souhaite, au nom du Père, etc.
SERMON
ANNONCIATION DE LA VIERGE
lutem Maria ad Angtlum : Ecee ancilta Domini; ueundum verbum tuum,
tarie dU à TAnge : Je sais la servante da Seigneur ; loit fait selon votre parole. Salnt Luc i. chap. i.
>IBB,
de cette réponse de Marie que dépendait
plissement du glorieux mystère que nous
is. Ce consentement était , dans Tordre des
éternels de Dieu, une des conditions re-
quises pour l'incarnation du Verbe; et Voilà, mes cbers auditeurs, l'essentielle obligation que nous avons à cette reine des vierges , puisqu'il est de la foi que c'est par elle que Jésus-Christ nous a été donné , et à elle que nous sommes redevables de ce Dieu sauveur. Car si le Fils même de Dieu descend de sa gloire; si dans les chastes entrailles de Marie, il vient , pour le salut des hommes, se faire homme, c'est au moment qu'elle a dit, et parce qu'elle a dit : Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole : Ecce ancilla Domini; fiât mi/U secundum verbum tuum. Ne séparons donc point dans ce discours la mère du Gis et le Gis de la mère : ne séparons point l'éloge de Marie du mystère adorable et incompréhensible de l'Uomme-Dieu ; mais tâchons à tirer de l'un et de l'autre de quoi nous instruire et de quoi nous édiGer. Saint Augustin disait que, pour parler dignement et utilement du Verbe incarné dans le sein de la Vierge, il fallait que la parole de Dieu s'incarnât en quelque sorte tout de nouveau dans la bouche des prédicateurs, et que le ministre del'Ëvangile devait avoir le même zèle que saint Paul , pour pouvoir dire à ses auditeurs comme cet apôtre : Filioli mei, quos iterum parturio, donec formetur in vobis Chrisius {(Jaiat., 4); Mes chers enfants, pour qui je me sens pressé des mouvements les plus vifs d'une tendresse paternelle , jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous. C'est la grâce qui m'est aujourd'hui nécessaire. Il faut qu'à l'exemple du Docteurdes nations, je travaille à former Jésus-Christ dans vos âmes, et que vous conceviez spirituellement le Verbe de Dieu , tandis que je vais vous annoncer sa conception substantielle et véritable. Nous avons besoin pour cela des lumières du Saint-Esprit , qui survint dans Marie; et c'est par l'intercession de cette Vierge toute-puUssante que nous les devons demander : Jve, Maria.
C'est le sentiment de tous les Pères de l'Église que Marie, sans avoir pu proprement mériter que le Verbe divin s'incarnât, a pu néanmoins, par sa correspondance aux desseins de Dieu, servir à Taocomplissement de oe mystère ineffable. Car, au moment qu'il fut sur le point de s'accomplir, elle 8*y trouva préparée par des sentiments intérieurs et par des vertus qui la rendirent non-seulement digne, mais la plus digne et la seule digne d'être la mère du Kédempteur. C'est pour cela que Dieu l'avait comblée de tant de grâces; pour cela qu'il l'avait préservée de tout péché; pour cela que, dès ses plus tendres années , elle s'était séparée du monde; pour cela qu'en se présentant dans le temple, elle s'était elle-même consacrée à Dieu, parce qu'elle était dès lors destinée à être le temple vivant et le sanctuaire de Dieu. Le point est de savoir quelles furent en particulier ces dispositions de
Jtas
SUR ^ANNONCIATION DE LA VIERGE
Marie, et à quoi Dieu eut surtout égard pour la faire entrer en participation de ce mystère, et pour i*élever à la maternité divine. Les uns prétendent que cefutpar son humilité profonde, par son obéissance héroïque, par sa parfaite soumission aux ordres de Dieu , qu*elle trouva grâce devant Dieu. Les autres attribuent cette grâce, ou, pour mieux dire, cette gloire qu'elle reçut de Dieu, à sa pureté angélique, par où elle était déjà, comme vierge, réponse de Dieu. Joignons, chrétiens. Tune et Tautre ensemble, et disons avec saint Bernard, que cette vierge incomparable conçut le Verbe de Dieu , et par son humilité, et par sa virginité : Firginitate placuU y humilitateconcepiL (Bebn.) Cest a cette pensée que je m'attache avec d'autant plus de raison , qu'elle me parait fondée sur les paroles de mon texte, puisqu'il est constant que la disposition la plus prochaine qu'apporta Marie à l'incarnation de Jésus-Christ fut le consentement qu'elle donna à la parole de l'ange, en lui disant : Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole. Or, ce consentement fut tout à la fois, et une protestation sincère de son humilité, et une solennelle profession de sa virginité. Car, en se reconnaissant la servante du Seigneur, elle s'humilia ; et , en ne voulant accepter l'honneur de la maternité divine qu'à condition que tout s'accomplirait selon la parole de l'Ange, c'est-à-dire par l'opération du Saint-Esprit, elle déclara non-seulement qu'elle était vierge, mais qu'elle voulait toujours l'être. Ainsi , il est vrai de dire qu'elle conçut ce Dieu de gloire , et par rhumilité de son cœur, et par la pureté de son corps : par l'humilité de son cœur, qui , de la condition d'une simple fille, l'éleva jusqu'à la dignité de mère de Dieu ; ce sera la première partie : par la pureté de son corps , qui , comme parle saint Ambroise , eut le bonheur d'attirer sur la terre le Verbe de Dieu ; ce sera la seconde partie. Donnez-moi , s'il vous plaît, une favorable attention.
Quelque parfaites en elles-mêmes que soient les autres vertus , et quelque mérite d'ailleurs qu'elles puissent avoir, c'est l'humilité, dit saint Augustin, qui , de la part de Thomme , doit être la première et essentielle disposition aux communications de Dieu. Et la raison qu'en apporte ce saint docteur me parait aussi convaincante qu'elle est naturelle : parce qu'il est évident, ajoute-t-il, que, pour recevoir les grâces et les faveurs de Dieu , il faut au moins être vide de soi-même; Dieu , tout Dieu qu'il est, si j'ose m'exprimer de la sorte, ne trouvant plus de place dans un cœur plein de lui-même , c*està-dire dans un cœur infecté de Tamour et de la vame estime de soi-même. Or, l'effet propre de rhumilité est de faire en nous ce vide mystérieux
et salutaire , qui consiste dans l'oubli de nous-mêmes, dans le détachement de nous-mêmes, dans ie renoncement à nous-mêmes ; par conséquent, c'est l'humilité qui nous rend capables de posséder Dieu, d'être des vases d'élection propres à contenir les dons de Dieu; en un mot , de servir de sujets aux épanchements in.effablës des grâces et de l'esprit de Dieu : principe sur lequel est fondé le inystèra de ce jour. Car voici, mes chers auditeurs, l'application que j'en fais. Dieu voulait se communiquer à l'homme, mais d'une manière étonnante « et qui devait même surpasser l'intelligence de l'homme; savoir, par la voie incompréhensible de l'ineaniation de son Verbe. Parlons plus simplement et plus clairement. Dieu voulait que ce Verbe, que ce Fils du Très-Haut vînt au monde revêtu de notre chair; qu'il fût homme comme nous, et, à l'exclusion du péché, parfaitement semblable à nous. Pour cela, il cherchait une vierge qui pût , en qualité de mèie, coopérer à l'accomplissement de ce grand dessein; une vierge selon son cœur, et en qui il trouvât œ fonds d'humilité indispensablement reqais pour en faire le temple vivant où devait habiter neuf mois entiers la plénitude de la Divinité. Au moment qu'il fallut venir à l'exécution de l'ouvrage quil s'était proposé, il jeta les yeux sur Marie; et Marie seule, entre les femmes, lui parut dans l'état de cette humilité parfaite qu'il demandait. Cest poor cela , dit saint Augustin , qu'il la choisit préférablement à toutes les autres , et qu'il l'honora de la plus éminente de toutes les grâces, qui était celle de concevoir un Dieu, parce qu'elle était, sans contestation et sans exception, la plus humble des servantes de Dieu. Voilà, dis-je, en deux mots, le mystère que nous célébrons. Mais, pour votre édifieation et pour la mienne, permettez-moi de vous le développer.
Non, chrétiens, quand Dieu choisit Marie pour l'élever à la maternité divine, il ne considéra m elle ni la grandeur de sa naissance , ni les talents de son esprit , ni les perfections de son corps , ni tous les autres avantages dont il l'avait, comme créateur, si libéralement pourvue. 11 est vrai, Marie, même selon le monde, était la plus accomplie de toutes les créatures. Issue de David et de tant d'autres rois qu'elle comptait parmi ses ancêtres, elle avait hérité de toute leur gloire : douée des qualités naturelles qu'elle avait reçues de Dieu, elle était, comme parle saint Bernard , le chef-d'œuvre de tous les siècles , et nulle des filles dlsraël ne lui fut jamais comparable dans le merveilleux assemblage de ces grâces extérieures et éclatantes dont elle se trouvait enrichie; car c'est d'elle, à la lettre, qu'on pouvait bien dire : MuUmfiUxcongregaverunt divitias, tusupergressaesuniversas, {Prov.y 39.) Mais rien de tout cela précisément n'engagea Dieu au choix
SUR L'ANNOrSCIAllON DE LA VIERGE.
u'il flt d'elle pour être la mère du Messie , et pour onner au monde le Rédempteur. Je dis plus , et 9ci est encore plus digne de vos réflexions. Ce qui écida en faveur de Marie, ce qui détermina Dieu lui donner la préférence de cette auguste materité, ne ne fut pas même absolument ni en général i mérite de sa sainteté. Je m'explique. Marie, pour tre mère de Dieu, devait être sainte; mais toute spèee de sainteté n'aurait pas sufft : il fallait pour «la une sainteté d'un caractère particulier, qui lisposât Marie à être la mère d'un Dieu incarné , fest-à-dire, la mère d'un Dieu qui s'anéantissait » devenant son fils et se faisant homme. Or, ce auractère ne pouvait être que l'humilité; et si l'huinlité n'avait pas été la vertu prédominante de cette rierge , quand elle eût eu d'ailleurs tous les mérites ît toute la sainteté des anges, Dieu ne l'aurait pas :hoisie. Par où donc, entre toutes les vierges, se listingua-t-elle devant ce Dieu de majesté? Cest slle-même qui nous l'apprend : par la connaissance qu'elle eut de sa bassesse, et par l'aveu qu'elle en fit : or, cet aveu de sa bassesse ne fut qu'une expression vive et affectueuse de l'humilité de son cœur. Quia respexithumilUaieni ancillxsuœ (Luc, 1 ) : Oui, ditelle dans ce sacré cantique, qui, selon la pmsée de saint Ambroise , fut comme l'extase de son humilité, mais de son humilité glorifiée; on m'appellera bienheureuse, et je le suis en effet; car' le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses : et pourquoi les a-t-il faites? parce qu'il n'a pas dédaigné la bassesse de sa servante, et qu'il a eu égard au sentiment qu'elle en avait : Ecce enim ex hoc. (Id. ) Cela seuF m'a attiré non-seulement ses bénédictions et ses grâces, mais sa personne et 8a divinité inême; et je veux bien le publier hautement, afin que toutes les âmes justes, profitant (le la confession que j'en fais, sachent qu'il n'y a que rhumilité à qui Dieu se communique, ni qui puisse l'approcher de nous et nous approcher de lai. Il ne, faut pas s'étonner, chrétiens, que Dieu en use de la sorte à l'égard de Marie. Car, comme raisonne saint Bernard, un Dieu qui lui-même était sur le point de s'humilier jusqu'à l'excès , en se revêtant de notre chair, devait avoir des complaisances inûnies pour l'humilité : puisque, dans l'état même de sa gloire, il a tant d^égards pour cette vertu, et que, par la seule raison qu'il est grand, toutes ses inclinations sont pour les petits et pour les nunibles. Quoiiiam excelsm DominuSj et humilia respicit {Psalm. 137),* que fallait-il attendre de luidans la disposition prochaine où il se trouvait de devenir un Dieu humble, sinon qu'il se Ht encore un honneur d'être conçu par la plus humble de toutes les créatures, et qu'agissant conséquemment, il voulût entrer dans le monde par l'humilité , qui fut son principal et son souverain attrait?
Mais enfin qu'y eut-il donc de si singulier et d« si rare dans l'humilité de Marie, et en quoi l'humilité de Marie lui parut*elle alors si digne de lui? Ah! chrétiens, Dieu trouva dans Marie une humilité qui ne s'était jamais vue sur la terre , et qui ne s'y verra jamais , je veux dire une humilité jointe à la plénitude du mérite ; première circonstance : car être humble sans mérite , dit saint Chrysostôme, c'e^t une nécessité; être humble avec quelque mérite, c'est une louange; mais être humble dans l'actuelle possession de tous les mérites, c'est un miracle , et il fallait ce miracle pour l'incarnation. Or, c'est ce miracle qui parait visiblement dans la personne de Marie. Car prenez garde, s'il vous platt : on la salue comme pleine de grâce « Ave, gratia plena (Luc, 1); et elle proteste qu'elle est la servante du Seigneur : Ecce anciUa Domird, (Id.) Si elle n'eût été que servante, ou si elle n'eût été que pleine de grâce , elle n'aurait jamais été mère de Dieu ; c'est l'excellente réflexion de saint Chrysostôme : mais parce qu'elle est l'un et l'autre tout ensemble; parce qu'étant pleine de grâce, elle ne laisse pas de s'appeler humble servante du Seigneur, par un effet de l'opération divine , de servante elle devient mère. Voici quelque chose de plus : une humilité dans le comble de l'honneur; autre circonstance. Être humble poursuit saint Chrysostôme, dans l'humiliation, être humble dans l'obscurité d'une condition vile et abjecte, ce n'est tout au plus qu' une vertu commune et populaire ; mais être humble, comme l'a été Marie, dans le plus haut degré d'élévation, c'est une vertu héroïque, et par où Marie mérita l'admiration, non pas simplement des hommes et des anges , mais , pour ainsi dire , de Dieu même. Car pourquoi ne parlerais-je pas ainsi, et pourquoi craindraisje de dire que celui qui admira la foi du centenieret delà femme chananéenne, dut encore bien plus admirer l'humilité de cette vierge? Entrons dans le détail. Un ange est député à Marie : tout ange qu'il est, il ne lui parle qu'avec respect. Il lui déclare qu'elle est bénie entre toutes les femmes , qu'elle a trouvé grâce aux yeux du Seigneur, qu'elle concevra un fils à qui elle donnera le nom de Jésus, qu'elle sera remplie du Saint-Eprist, que le fruit qui naîtra d'elle sera saint par excellence, qu'il sera le Fils de Dieu , qu'il rétablira le trône I de David, qu'il régnera éternellement, et que c'est par elle enCn que tout cela doit être fait. Que pouvait-on lui annoncer de plus grand? quel droit ne semblait-elle pas alors avoir de se former de hautes idées d'elle-même, surtout lorsqu'elle savait que ce n'étaient point là des flatteries, puisqu'elle recevait tous ces éloges et de la bouche d'un ange , et de la part de Dieu ? Cependant , chrétiens , à tous ces éloges elle ne fait qu'une seule réponse; mais elle
la fait avec autant de sincérité qu'une Ame vaine et peu solide aurait pu la faire avec dissimulation et avec affectation : Ecce anciUa Domini; Je suis, dit-elle, la servante du Seigneur. Vous' me parlez d'être sa mère , et ce serait pour moi un titre de supériorité : mais je m'en tiens à celui de ma dépendance , à celui de l'entière soumission et de la servitude que je lui ai vouée, et dont je ne me départirai jamais : Ecce anciUa,
Or voilà, mes chers auditeurs, encore une fois, ce qui ravit le ciel. Voilà ( souffrez que je m'explique ainsi) ce qui achève de déterminer le Verbe de Dieu à sortir du sein de son Père , et à descendre du trône de sa gloire jusque dans la profondeur de notre néant. Car c'est bien ici que s>st vérifiée la parole du prophète royal, qu'un abîme attire un autre abtme : Àhy$sus abyssum invocat. (PsaUn. 41.) Tandis que Marie s'humilie devant Dieu , le Verbe de Dieu s'anéantit en elle : cet abtme de l'humilité d'une vierge attire un second abîme encore plus grand , qui est celui de l'anéantissement d'un Dieu. Car c'est le terme , et le terme unique par où saint Paul a cru pouvoir dignement exprimer le mystère d*un Dieu-Homme : Qui cum informa Dei esset, exinanivit semetipsum fonnam servi accipiens {Philipp., 2) : Ce Jésus-Christ que je vous prêche, disait-il aux Corinthiens, est celui qui, étant Dieu, et n'estimant point que ce fût pour lui une usurpation d'être égal à Diqu, s'est anéanti lui-même, prenant la forme de serviteur et se rendant semblable aux hommes. En eftet, qu'un Dieu 3e fasse homme, c'est, par rapport à Dieu, ce qui surpasse tous les degrés d'abaissement que notre imagination se figure, et qu'elle peut se figurer. 11 faut, pour aller jusque-là, que la révélation divine vienne à son secours, et que, fortifiée des plus vives lumières de la foi, elle nous élève au-dessus de nous-mêmes, pour nous faire comprendre ce que c'est qu'un Dieu dans cet état. Or comment le comprenons-nous.' Par ce seul mot, qui signifie plus que tout ce que les théologiens et les Pères se sont efforcés de nous en dire; aussi est-ce le Saint-Esprit qui l'a dicté : il s'est fait homme, c'est-à-dire, de Dieu qu'il était, sans préjudice de la souveraineté de son être , il s'est réduit à une espèce de néant : Exinanivit semetipsum. {Ih'id,)
C'est donc de ce néant divin, pour ainsi parler, que nous avons été formés ; et c'est par la vertu miraculeuse de cet anéantissement d'un Dieu , que nous sommes, vous et moi , tout ce que nous sommes dans l'ordre de la grâce. Comme le premier néant, que j'appelle le néant de la création, a été le principe et l'origine de tous les êtres qui sont dans la nature , il a fallu que de ce second néant, qui est le néant de l'humiliation et de l'incamatiou du Verbe, Dieu tirât tous les êtres qui sont de Tordre
SUR L'ANNOINCIÀTION DE LA VIËBGE.
surnaturel, c'est-à-dire, toutes les grâces, toutts les vertus, tous les mérites, toutes les kunièm, toutes les inspirations, tous les dons oélestaqû doivent contribuer au salut et à la justification ia hommes. C'est sur ce néant d'un Dieu liyt chair q» la miséricorde a travaillé pour faire des saints, dn prédestinés, des élus, comme la toute-puissaB» avait travaillé sur le premier néant pour créer dei cieux et des astres. Sans cela nous serions demeuréi dans le néant éternel de notre misère et de notre péché : il n'y avait qu'un Dieu qui pût nous en fiîre sortir, et il n'a point trouvé d'autre moyen que Fa* néantissement de son adorable peisonne : ExiMnivit semetipsum. Anéantissement de mon Dîm, s'écrie saint Bernard , plus avantageux pour moi que sa grandeur jnême et que sa puissance même; oa plutôt , anéantissement de mon Dieu , sans lequel sa puissance et sa grandeur même n'auraient eu ri» d'avantageux pour moi ! anéantissement pltisieoood, plus riche , plus abondant que les trésors méims de Dieu, puisque tous les trésors de la bonté et de la charité de Dieu y sont renfermés, et que de la me sont venus tous les biens que j'ai reçus de Dieu et que j'en recevrai jamais! anéantissement en verta duquel je subsiste, et auquel je suis redevable de tout mon bonheur! anéantissement qui, me représentant mon Dieu dans cet abîme d'humiliation où je le contemple aujourd'hui , me le rend encore plus admirable et plus aimable que lorsque je le considérais dans la splendeur des saints , et dans le centre glorieux de sa pure divinité : Quantcprome vilior, tante mihi carior. (Bebn. ) Telles étaient les pensées de saint Bernard en vue de ce mystère, qu'il méditait et dont il était pénétré.
Mais allons plus avant, et pour nous rendre ce mystère encore plus utile, faisons un retour sur nous-mêmes. Entrons dans les sentiments de Jésus- Christ, entrons dans ceux de Marie : je veux dire, mettons-nous, selon la maxime du grand apôtre, dans les mêmes dispositions où se trouvèrent Jésus- Christ et Marie au moment de Tincarnation : Hoc enim sentite in vobis, quod et in Chrislo Jesti. (Fhilipp.y 2.) Car voici, mes chers auditeurs, ce que le mystère de l'incarnation nous prêclie, l'esprit d'humilité, la pratique de l'humilité, TétuJe et la science éminente de l'humilité, le mérite de l'humilité. Les païens , disait saint Jérôme , n'ont étc humbles et n'ont pu l'être que par raison : mais pour nous, qui sommes fidèles, nous devons l'être et par raison , et par religion. Les Juifs n'avaient besoin d'humilité que pour obéir à un Dieu qui leur paraissait toujours grand et devant qui ils devaient trembler ; mais en qualité de chrétiens, nous avous besoin d'humilité pour servir un Dieu qui s'est fait petit et à qui nous devons nous conformer. Comme Tabime de l'humilité de Marie a attiré un second
L'ANNONCUTION DE LA VIERGE
abîme, qui est celui des humiliations du Fils de Dieu, il faut que celui des humiliations du Fils de Dieu en attire un troisième* dans nous, et qu*en nous sanctiOant par l'exercice de l'humilité chrétienne, nous joignions Tanéantissement volontaire de nous-mêmes, à cet anéantissement prodigieux du Verbe; afin que de l'un et de l'autre il se fasse un tout, sans lequel la foi nous enseigne qu'il n'y a point de salut pour nous, puisqu'il est de la foi que ranéantissement du Verhe incarné relève le mérite du nôtre, et que le nôtre doit être l'effet et comme le supplément et la consommation de celui du Verbe iocamé. Parlons sans figure, et réduisons ceci à des termes plus simples.
On vous a cent fois entretenus des désordres de Torgueil, de cette passion malheureuse que l'on peut bien appeler le péché originel de l'homme, puisque au moins en a-t-elle été la cause, et qu'elle est encore aujourd'hui le principe le plus général de tous les dérèglements du monde : on vous en a fait des discours entiers, et peut-être plus d'une fois avez-Tous été convaincus que de s'en laisser dominer, c'était une des marques les plus visibles d'un sens réprouvé. Mais, chrétiens, on ne vous en a rien dit d'essentiel , si vous le comparez à ce que je vous en dis aujourd'hui. Oubliez donc tous les autres motifs dont on s'est servi pour vous donner horreur de ce péché : comptez pour rien tout ce qu'on vous a fait entendre de Tinjustice de l'orgueil, de son indignité, de sa vanité, de ses extravagances pitoyables , de ses honteux emportements, de ses aveuglements grossiers, de ses insupportables présomptions, de ses ridicules fiertés, de ses basses et odieuses jalousies. C'étaient des raisons fortes et pressantes, mais encore trop humaines : il en fallait une prise de la sainteté même du christianisme, et dont nous ne pussions nous défendre sans renoncer à notre foi. Or cette raison était attachée à l'auguste mystère de l'incarnation. Car un Dieu tel qu'on nous le propose dans le mystère de ce jour, un Dieu ▼olontairement et par choix revêtu de la forme de serviteur, un Dieu, pour sauver et pour réformer l'homme, couvert des misères de l'homme : un Dieu fait chair, pour guérir, dit saint Augustin, les enflures criminelles de notre esprit, c'est ce qui confondra éternellement le vice que je combats, ce qui le confondra sans réplique, ce qui le confondra dans tous les états du christianisme, ce qui le confondra en nous convaincant d'une contradiction presque aussi incompréhensible que le mystère même qui la fait naître. Car la plus monstrueuse contradiction, n'est-ce pas d*invoquer ce Dieu sauveur, que nous savons ne nous appartenir comme sauveur que par flOD humilité, et en l'invoquant, d'être actuellement possédés d'un secret orgueil ; de lui rendre grâce de s'être abaissé pour nous et de ne penser qu'à nous
élever nous-mêmes; d'établir toute notre confiance sur ce qu'il s'est anéanti pour nous racheter, et de ne travailler qu'à devenir quelque chose; et, s'il était possible , toutes choses selon le monde? n'estce pas là , dis-je, insulter en quelque manière à son incarnation divine ?
Il faut être humbles , chrétiens. Je ne vous dis point que sans cela il ne peut y avoir de solide vertu; je ne vous dis point que l'humilité est, de l'aveu du monde même, le fondement du véritable mérite; je ne vous dis point que si vous n'êtes humbles , c'est en vain même que vous espérez de parvenir à cette prétendue gloire mondaine que vous cherchez ; je ne vous dis point que sans l'humilité vous ne trouverez jamais la paix ni le repos de vos âmes : autant vous en dirait un philosophe et quelque convaincante sur ce point que fût sa morale, je doute qu'on y déférât beaucoup : mais je vous dis qu'il faut être humble pour être chrétien, et que sans l'humilité, il n'y a ni religion, ni christianisme, puisque, sans l'humilité, il n'y aurait pas même eu d'incarnation , ni d'Hoinme-Dieu. S'il vous reste encore de la foi , pouvez- vous n'être pas touchés de cette vérité ? Je sais néanmoins que cette vérité, tout édifiante qu'elle est, ne sera pas du goût de ceux qui m'écoutent; et je sais, quoique avec douleur, que l'humilité que je prêche ici est cette sagesse cachée que saint Paul a cru bien définir quand il a dit que c'était celle que nul des princes de ce monde n'avait connue : Sapientiam in mysterio, quxabsconditaest, quant nemoprincipum ht^us sœcidi cognovit, (1. Cor,, 2.) Mais c'est pour cela même que je vous la prêche, afin que, malgré le dieu du siècle, elle soit hautement révélée , là où elle est plus grossièrement ignorée et plus ouvertement combattue; afin qu'il ne soit plus vrai que nul des princes du monde ne l'a connue; afin que, jusque dans la cour, elle reçoive un témoignage ou qui sanctifie jseux qui la croient, ou qui serve à justifier Dieu contre ceux qui ne la croient pas : car, de l'une ou de l'autre manière, il faut, chrétiens, que cette sagesse triomphe de vos erreurs. Et je vous rends grâce, ô mon Dieu ! de ce qu'il y a encore des âmes dans qui elle en triomphe pleinement ; de ce que votre main n'est pas raccourcie; de ce que, parmi les grands à qui je parle, il se trouve encore des humbles de cœur à qui vous découvrez vos voite : ce sont vos élus , Seigneur, et à vous seul en appartient le discernement. S'ils sont en petit nombre, c'est cette profondeur de vos conseils que nous révérons : mais, quoi qu'il en soit , j'ai toujours droit de me consoler aujourd'hui de ce que la proposition de votre apôtre n'est plus si absolue ni si générale; et , tout indigne que je suis de mon ministère , j'ai le bonheur de prêcher avec plus d'avantage que lui cette sagesse de vos humi-
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liatîons, puisque je la prêche devant des puissants du siècle, non-seulement qui la connaissent, mais qui Tadorent, et qui conviennent avec moi de l'obligation indispensable où ils sont de la pratiquer.
Vous me direz, chrétiens : Mais peut-on être humble et grand tout à la fois? car voilà le prétexte que Tesprit du monde a opposé de tout temps à cette vérité. Et moi , je vous réponds : En peut-on douter après la preuve authentique et le modèle admirable que Dieu nous en a donné dans Tincarnation de son Fils ? Vous me demandez si Ton peut êXTc humble et grand tout à la fois : et le Fils de Dieu a bien pu devenir humble en demeurant Dieu ; et Marie a bien pu être la plus humble de toutes les créatures en devenant la mère d*un Dieu. Quoi donc, reprend saint Chrysostôme, les grandeurs humaines ont-elles quelque chose de plus éclatant que la maternité de Dieu , et que la divinité même? et puisque la divinité et la maternité de Dieu se sont si bien accordées avec Thumilité dans .Tésus- Christ et dans IMarie, oserons-nous dire qu'il y ait rien de grand sur la terre avec quoi l'humilité puisse être incompatible? Oui, chrétiens, on peut être grand et humble tout ensemble, c'est-à-dire, on peut être humble dans la grandeur, comme on peut être superbe dans la bassesse. On ne peut pas être humble et ambitionner d'être grand , et se plaire à être grand , et faire toutes choses pour être grand ; mais on peut être humble et être grand, parce qu'on peut être grand par l'ordre de Dieu, et que Tordre de Dieu n'a rien qui ne contribue à maintenir l'humilité. Et voilà , mes chers auditeurs , ce que j'appelle la grâce de votre état. Vous qui tenez dans le monde des rangs honorables , et que la Providence a élevés au-dessus du commun des hommes, voilà, si vous voulez le reconnaître , l'avantage que vous possédez , de trouver dans rhumilité que ce mystère vous inspire , de quoi sanctifier votre condition , et de trouver dans votre condition de quoi rendre votre humilité plus sainte et plus précieuse devant Dieu; voilà en quoi Dieu vous a privilégiés, de vous avoir donné le moyen d'être humbles avec mérite , et d'être grands sans risque et sans péril. Concevez bien, s'il vous plaît , ce secret de sa miséricorde. Si Dieu vous avait laisses dans la corruption du péché, livrés à vos propres désirs, cette grandeur dont vous êtes revêtus serait une grandeur funeste qui vous perdrait, qui vous aveuglerait, qui serait pour vous une source de crimes, et qui n'aboutirait enfin qu'à votre damnation : ou si , par un changement d'état. Dieu, au contraire, vous avait fait naître dans la poussière et dans les plus viles conditions du monde, l'humilité dont vous auriez fait profession n'ertt été souvent qu'une humilité naturelle, qu'une impuissance de vous élever plus haut , ou même qu'une bassesse de cœur indigne du nom d'humilité. Qu'a
fait Dieu? Par une providence toute singolîèn , il vous a préservés de ces deux écaeîls : il vous a donné de la naissance, des emplois, des rangs, afin que si vous étiez humbles et chrétiens, voos le fussiez par vertu; et il vous a pourvus de rhs* milité chrétienne, afin que cette naîssanoe, ces emplois, ces rangs ne dégénérassent point dans uœ grandeur profane et abominable à ses yeui. la grandeur toute seule aurait dû vous foire trembler : l'humilité toute seule, dans le sens que je Tiens de le dire, n'aurait pas pu vous assurer : Tune tous aurait exposés à des tentations presque invincibles; l'autre, sous l'apparence même du bien, aurait été douteuse et équivoque. L'alliance des deux est ee qui doit faire votre consolation : car l'humilité, à l'épreuve de la grandeur, est le plus infaillible oovrage de la grâce , le mérite le plus pur sur lequel vous puissiez compter; et la grandeur, sanctifiée par l'humilité, non-seulement n'est plus un piège, mais devient elle-même salutaire. Quel hommage, chrétiens, n'en 'pouvez- vous pas faire à Dieu? à combien de saintes œuvres ne peut-elle pas toos servir pour les intérêts de Dieu ? dans quelle nécessité ne vous met-elle pas d'être sur la terre, chacun à proportion de votre pouvoir, les ministres et les hommes de Dieu? Cette grandeur soumise à Dieu, employée pour Dieu , anéantie par l'humilité de la religion en présence de Dieu, quel tribut de gloire ne lui rapporte-t-elle pas, et quelle facilité ne vous donne- t-elle pas à vous-mêmes , sans cesser d'être tout ce que vous êtes, d'être encore des saints PU est vrai , disait saint Pierre, notre Dieu est un juge équitable, qui ne regarde point la qualité, et qui ne fait nulle différence des conditions des hommes : Non est per sonar um acceptor Deus. {.4ct, 10.) Mais il faut pourtant convenir que, agissant ménie en juge équitable, Dieu se tient en quelque sorte plus honoré de la piété des grands que de celle des hommes du commun : pourquoi ? parce que la piété dans les grands, pour être sincère et véritable, suppose un plus grand fonds d'humilité. Or Dieu, à proprement parler, ne nous considère que par le plus ou le moins d'humilité qui est en nous ; et si nos vertus, par rapport à nous, ont devant lui quelque distinction , c'est uniquement par là qu'il les mesure ; c'est pour cela même aussi , vous disais-je il y a quelque temps, que Dieu vous a faits ce que vous êtes, et c'est enfin ce qui vous doit faire aimer ITiunn'litc. Non, vous ne la devez point regarder comme une vertu odieuse qui vous dispute vos droits et vo^ rangs , mais comme une vertu précieuse qui sanctifie la grandeur même, et qui la rend méritoire devant Dieu et plus vénérable devant les hommes. Sainte humilité , c'est vous qui avez conçu le Verbe de Dieu, ou plutôt c'est par vous que Marie l'a conçu dans son sein, et que nous le devons concevoir
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dans nous-mêmes. Voyons encore comment Marie contribue par sa virginité à cette divine conception : c'est la seconde partie.