‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 163 sur 232 · SOT · texte numérisé non relu

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suasiàilibus humana sapientia verbis, sedin ot^ tensione spiritus et virluUs. (1. Cor., 2.) Voilà celui que Dieu veut que vous écoutiez; c'est saint André sur la croix. Ne me considérez point , n*ayez nul égard ni à mes paroles ni à mon zèle, oubliez la sainteté de mon ministère; je ne suis aujourd'hui, si vous voulez, qu'un airain sonnant et qu'une cymbale retentissante , et ce n'est point à moi de vous prêcher un Dieu crucifié, c'est à cet apôtre, c'est à cet homme crucifié, dont la prédication, plus pathétique et plus efGcace que la mienne, se fait encore entendre dans toutes les Églises du monde chrétien. Le voilà, dis-je, ce ministre irrépréhensible, ce prédicateur contre lequel vous n'avez rien à répliquer; mais que n'a-t-il pas à vous reprocher? Il vous prêche encore maintenant le même Dieu qu'il a prêché aux Juifs et aux païens, un Dieu qui vous a sauvés par la croix. Le croyezvous? la vie que vous menez le fait-elle voir? cet amour-propre qui vous domine, ces recherches de vous-mêmes , cet attachement servile à votre corps , cette attention à le ménager, à le flatter, à ne lui rien refuser, ces commodités étudiées et affectées, eette horreur des souffrances et de la vraie pénitence; en un mot, cette vie des sens, si opposée à Tesprit chrétien , cette vie molle et voluptueuse dont vous vous êtes fait une habitude : tout cela marquet-il que vous êtes bien convaincus de la prédication de saint André?

Ah! mes chers auditeurs, si saint André nous avait prêché un autre Jésus-Christ et un autre Sauveur; si dans le conseil de la sagesse étemelle, il avait plu à notre Dieu de nous sauver par la joie, aussi bien qu'il lui a plu de nous sauver par la peine, et que saint André nous eût annoncé cet Évangile, ce nouvel Évangile ne s'accorderait-il pas parfaitement avec notre conduite? Figurons-nous que cet apôtre vient aujourd'hui nous déclarer que ce n'est plus par la croix , mais par les plaisirs, que nous devons opérer notre salut; figurons-nous que ce que je dis cesse d'être une supposition, et devient une vérité, y aurait-il en vous quelque chose à corriger et à réformer? Répondez, mondain, répondez; c'est à vous que je parle : interrogez votre cœur, et reconnaissez jusqu'où Tesprit du monde corrompu vous a porté ; ce système de diristianisme ne vous seraiMl pas avantageux, et ne se rapporterait-il pas entièrement à votre goût et à vos idées? Il faut donc de deux choses l'une, ou que votre vie soit un monstre dans l'ordre de la grâce, ou que saint André, avec toute la vertu et toute la force de son apostolat, ne vous ait pas encore persuadé ; que votre vie soit un monstre dans l'ordre de la grâce, si , croyant d'une façon, vous vivez de l'autre; si, chrétien de profession, vous êtes juif d'esprit et de cœur ; si reconnaissant que votre sahil

est attaché à la croix , vous ne laissez pas de fuir et d*abhorrer la croix : car, qu'y a-t-il de plus monstrueux que cette contradiction? Cependant, mes frères , disait saint Bernard , tel est le caractère de mille chrétiens, disciples de la croix de Jésus-Christ, et tout ensemble ennemis de la croix de Jésus- Christ. Ou bien , mon cher auditeur, si vous vous piquez d'être de ces génies prétendus sages, qui agissent conséquemment, il faut que saint André, ni par Tautorité de son exemple, ni parTefficace de sa parole , ne vous ait pas encore touché , puisque vous êtes toujours sensuel et idolâtre de votre corps. Ainsi je pourrais vous appliquer, au sujet de la croix de saint André, ce que saint Paul , en gémissant, disait aux Galates de celle du Sauveur : Ergo evacîuitum estscandalum crucis, (Gala t. y 5.) Malheur à vous! mon frère, qui, par votre inGdélité, vous êtes rendu inutile Texemple de ce glorieux apôtre, et pour qui le scandale, c'est-à-dire le mystère de la croix , est anéanti : Ergo evacuafum est scandalum crucis. On vous a dit cent fois , et il est vrai , qu'au jugement de Dieu la croix de Jésus- Christ paraîtra pour vous être confrontée ; TÉvangile même nous l'apprend , Et tune parebiC signum FiiUhominis (Matth., 24) : mais outre la croix de Jésus-Christ, on vous en confrontera une autre, c'est celle de saint André. Oui , la croix de cet horanne apostolique, après lui avoir servi de chaire pour nous instruire, lui servira de tribunal pour nous condamner. Voyez-vous ces infidèles? nous dira-t-il : la vue de ma croix les a convertis; de païens qu'ils étaient , j'en ai fait des chrétiens, et de parfaits chrétiens. Voilà ce qui nous confondra; et ne vaut-il pas mieux dès aujourd'hui commencer à nous confondre nous-mêmes , et par cette confusion salutaire et volontaire prévenir une confusion forcée, qui ne nous sera pas seulement inutile, mais très-funeste? Il faut, chrétiens, qu'à l'exemple de saint André , nous soyons et les sectateurs et les prédicateurs même de la croix. Je dis les prédicateurs; et comment? en portant sur nos corps la mortification de Jésus-Christ : Semper mortificcUionem Jesu Christiin corpore nostro circum/erentes. ( 2. Cor,, 4.) Car en la portant sur nos corps, nous en ferons connaître aux hommes le mérite et la vertu : Ut et vita Jesu manifestetur in corporibus nos tris. (Ibid. ) Pie concevez point ceci comme impossible , ni même comme difficile : je vous l'ai dit; le saint usage des afflictions et des croix de cette vie, l'acceptation humble et soumise de celles que Dieu nous envoie , la résignation à celles que le monde nous suscite, notre patience dans les calamités publiques ou particulières, dans les pertes de biens, dans les maladies , tout cela prêchera pour nous et nous prêcherons par tout cela. C'est ainsi que saint André a trouvé sur la croix l'accomplissement de son apos-

POUR LA FÊTE DE SAINT ANDRÉ

tolat; et voici encore comment il y a trouvé la OQft> sommation de son sacerdoce. Donnez, s'il vous plaît, une attention toute nouvelle à cette seconde partie.

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