PREMIÈRE PARTIE
Il n'y a que Dieu , chrétiens , qui puisse choisir et se faire des favoris , sans être obligé pour y garder la loi de la justice, à discerner leurs mérites; et ce qui est encore bien plus remarquable , il n'y a qoe Dieu qui, se faisant ainsi des favoris sans nul discernement de leurs mérites , soit néanmoins incapable de se tromper dans le choix qu'il en fait : pourquoi? les théologiens après saint Augustin , en apportent une excellente raison : Parce qu'il n'y a que Dieu^ disent-ils, dont le choix soit efficace pour opérer tout ce qu'il lui platt de vouloir ; c'est-à-dire, parce qu'il n'y a que Dieu qui, choisissant un favori, lui donne, en vertu de ce choix , le mérite qu'il faut pour l'être. Il n'en est pas de même des rois de la terre. Qu'un roi honore de sa faveur un courtisan il ne lui donne
POUR LA FÊTE DE SAÏNT JEAN L'EVANGÉUSTE
pas pour cela ce qui lui serait nécessaire pour en être digne : il peut bien le faire plus riche, plus grand , plos puissant ; il peut le combler de plus d'honneurs ; mais il ne peut le rendre plus parfait ; et quoi qu'il fasse pour relever , par cet accroissement d'élévation et de fortune , il ne lui ôte pas un seul défaut , ni ne lui communique pas un seul degré de vertu. Il n'y a donc , encore une fois, que la faveur de Dieu qui porte avec soi le mérite. Comme Dieu , il a seul le pouvoir de perfectionner les hommes par son amour; et quand il les admet au nombre de ses favoris (c'est la belle réflexion de Jérôme), il ne les y appelle pas parce qu'ils en sont dignes; mais il fait , en les y appelant, qu'ils en soient dignes : JVon idoneos vocat, sed vocandofacit idoneos. (Hier.) Cette raison seule devrait suffire pour justifier le choix que le Sauveur du monde fit de saint Jean. Ce Dieu- Homme le voulut ainsi ; c'est assez , puisque en le voulant, il rendit son disciple tel qu'il devait être pour devenir le favori d'un Dieu. Mais sans prendre la chose de si haut , et sans remonter à la source de la prédestination éternelle, je prétends que le Fils de Dieu eut des raisons particulières qui l'engagèrent à aimer saint Jean d'un amour spécial ; et que la prédilection qu'il lui marqua , fut, de la part même de ce glorieux disciple, très-solidement fondée. Sur quoi fondée ? sur le mérite de cet apôtre , lequel , entre tous les apôtres , a eu des qualités personnelles qui l'ont distingué et qui lui ont acquis la faveur de son maître. L'Évangile et les Pères nous en proposent surtout deux, et les voici : car il a été vierge , dit saint Jérôme , et de plus il a été fidèle à Jésus-Christ dans la tentation ; il a été vierge, et c'est pour cela qu'il eut l'honneur de reposer sur le sein de cet Homme-Dieu dans la dernière cène; Qui et recubuit super pectus ejus (Joàn., 21 ) : il a été fidèle à Jésus-Christ dans la tentation , lui seul rayant suivi jusqu'au Calvaire ; et voilà par où il mérita d'entendre cette consolante parole qui lui donna spécialement Marie pour mère, et qui le donna spécialement lui-même à Marie pour fils : Ecce mater tua, ecceJUius tuus, ( Joan., 19.) Or, ces deux avantages qu'eut saint Jean , de reposer sur le sein d'un Dieu, et d'être substitué au Fils de Dieu, pour devenir après lui le fils de Marie, sont les deux plus illustres et plus authentiques preuves d*une faveur toute singulière, et vous voyez qu'ils ont été l'un et l'autre les récompenses de sa vertu : celui-là de sa virginité; celui-ci de son attachement à son devoir et de sa fidélité. Il est donc vrai que le choix de Jésus-Christ fut un choix d'estime, et fondé sur le mérite de la personne. Écoutez-moi, s'il vous plaît, tandis que je vais développer ces deux pensées.
JUt nous étonnons pas, chrétiens , que saint Jean ayant été, de tous les disciples du Sauveur, le seul
BOCRDALOUB. — T. II.
vierge par état, comme nous l'apprenons de ia tradition, il ait eu sur eux la préférence et la qualité de disciple bien-aimé. Dans l'ordre des dons divins, l'un semblait devoir être la suite de l'autre : car de même que saint Bernard, parlant de l'auguste mystère de Pincarnation , ne craignait point d'en tirer ces deux conséquences, ou d'avancer ces deux propositions , savoir, que si un Dieu incarné et fait homme a dû naître d'une mère, il était de sa digm'té que cette mère fût vierge; et que si une vierge, demeurant vierge, a dû concevoir un fils, il était comme naturel que ce fils fût Dieu; Negue enini aut partus alius virginem, aut Deuni decuU partus alfer. (Bebn.) Aussi puis-je dire aujourd'hui que si un Dieu descendu du ciel devait avoir un favori sur la terre, il était convenable que ce favori fût vierge; et que si le titre de vierge devait être nécessaire pour posséder la faveur d'un maître, ce maître ne pouvait être qu'un Dieu. En effet, qui méritait mieux d'avoir part à la faveur de Jésus-Christ, que celui de tous qui, par le caractère de distinction qu'il portait , je veux dire par sa virginité, s'était rendu plus semblable à Jésus- Christ? qui devait plutôt reposer sur ce sein vénérable où habitait corporcllement la plénitude de la divinité, que cet apôtre dont la sainteté était, en quelque sorte, au-dessus de Thomme, parla profession qu'il faisait d'une inviolable pureté? qui se trouvait plus digne d'être le dépositaire et le confident des secrets du Verbe de Dieu, que ce disciple, lequel, ayant épuré son cœur de tous les désirs charnels, était, selon l'Évangile, par une béatitude anticipée, déjà capable de voir Dieu, et par conséquent ce qu'il y avait de plus intime et de plus caché dans Dieu? Quiconque, dit le Saint- Esprit, aime la pureté du cœur, aura le roi pour ami : Qui diligit cordis munditiam, habebit amicum regem. {Prov,, 12.) Voilà, chrétiens auditeurs, l'accomplissement de cet oracle. Les au- : très apôtres, engagés dans le mariage, en avaient comme rompu les liens, pour s'attacher au Fils de Dieu ; et c'est pour cela même que le Fils de Dieu , le Roi des rois, ne dédaigna point de s'attacher à eux par le lien d'une étroite amitié : Jam non dicam vos servos, vos autenidixi amicos. (Joàn., 15.) Mais saint Jean n'avait point de liens à rompre ; et parce qu'il était vierge, il est parvenu à un degré bien plus haut; car il est entré non-seulement dans l'amitié, mais dans la familiarité, dans la privante, dans la confidence de ce Roi de gloire : Discîpulus quem diligebat Jésus. ( Id. , IS.) Ceux-là ont été les amis, parce qu'ils ont aimé la pureté; • mais celui-ci a été le favori , parce qu*il a aimé la plus parfaite pureté, qui est la pureté virginale : Qtii amat cordis munditiam, habMt amicum rejfem. Voyez-vous mei frères, nous fidt remarquer
POUB LA FÊTE DE SAINT JEAN L'ÉYANOÉLISTE
là-dessus saint Grégoire de Nysse, jusqu'à quel point notre divin Rédempteur a aimé cette vertu? Entre toutes les femmes, il en a choisi une pour mère; et entre tous les disciples qui le suivaient, il en a choisi un pour son favori ; mais il a voulu que cette mère et ce favori eussent le don et le mérite de la virginité. Marie devait être vierge, pour porter dans ses chastes flancs le corps de Jésus- Christ; et saint Jean le devait être, pour devenir un homme selon le cœur de Jésus-Christ : Diligebaieum Jésus y quoniam speciaUs prœrogativa castitcUis ampliori diUctione fecerat dignum. (Gbeg. Nyss.)
Vous me demandez pourquoi ce Sauveur adorable, étant sur la croix, voulut encore, par une autre grâce, donner à saint Jean le gage le plus précieux de son amour, en lui résignant, si je puis ainsi m'exprimer, sa propre mère : et ne vous ai-je pas dit d*abord que ce fut pour reconnaître la fldélité et la constance héroïque de ce généreux apôtre qui le suivit dans sa passion et Jusqu'à sa mort, lorsque tous les autres l'avaient lâchement et honteusement abandonné? Représentez- vous, chrétiens, ce qui se passait au Calvaire : le Sauveur du monde était à sa dernière heure, et sur le point d'expirer; il avait un trésor dont il voulait disposer en mourant, c'était Marie, la plus parfaite de toutes les créatures. A qui la donnera-t-il, ou plutôt, y eut-il lieu de délibérer? Un dépôt si cher ne devait être conGé qu'au plus fidèle : or le plus fidèle , ne fut-ce pas celui qui fit paraître un attachement plus solide à son devoir ? De tous les disciples de Jésus-Christ, Jean est le seul qui dans l'adversité n'a point manqué à son maître ; tout le reste l'a trahi , ou renonce , ou déshonoré par une fuite scandaleuse. Il n'y a que Jean qui, sans crainteet sans nulle considération humaine, l'ait accompagné jusqu'au pied de la croix ; il n'y a que lui qui y demeure avec une fermeté inébranlable. Jésus-Christ regardant de toutes parts, n'aperçoit que lui. C'est donc à lui que ce Sauveur se trouve comme obligé de laisser Marie; et puisqu'il veut partager avec un de ses disciples la possession de ce trésor , c'est à Jean , préférablement h tout autre , qu'il doit faire cet honneur. Mais admirez, mes chers auditeurs, la manière dont il le fait. Tout attaché qu'il est à la croix, tout réduit qu'il est dans une mortelle agonie, il jette les yeux sur son disciple, Cum vidisset disclpulum stantem (JOAN. , 19), dans un temps où il est appliqué au grand sacrifice de notre rédemption, interrompant, si je l'ose dire, pour quelques moments l'affaire du salut du monde ; où plutôt, selon l'expression de saint Ambroise, différant de quelques moments à la consommer, PauUsper publicam differens salutem (Ambr.), il pense à saint Jean , il lui recommande sa mère y il le substitue à sa place, il en
fait un autre luî-méme. Conune s'il lui eûtdît : Cher et fidèle disciple, recevez cette dernière marqua de ma tendresse , comme je reçois id la dernière preuve de votre zèle. Mes ennemis m'ont tout ôté, et je meurs pauvre, après avoir voulu naître et vivre pauvre; mais il me reste une mère dont le prix est ' inestimable, et qui renferme dans sa personne des trésors infinis de grâce. Je vous la donne, et je veux qu'elle soit à vous; mais en sorte que vous soyez pareillement à elle. La voilà, Ecce Mater tua ( Joar., 19) : Soyez son fils comme je Fai été inoi-niénie, et elle sera votre mère comme elle a été la mienne. Qui parle ainsi , chrétiens? c'est un Dieu ; et à qui parle-MI ? à saint Jean. Ne fallait-il pas, dit le savant abbé Rupert, que Jean fdt un homme bien parfait , puisqu'on ne le jugeait pas indigne de remplir la place de Jésus-Christ? Marie, ajoute ce Père, perdait un fils ( voici une pensée qui vous sorprendra, mais qui n'a rien néanmoins d'outré, puisque c'est le fond même du mystère que je vous prêche), Marie perdait un fils , et elle en acf|uérait un autre; elle perdait un fils qui l'était par nature , et elle en acquérait un qui le devenait par adoption : or l'ado()tion est une espèce de ressource pour eonsolcr les pères et les mères de la perte de leurs enfants. Marie allait perdre Jésus-Christ, et par Tordre de Jésus-Christ même elle adoptait saint Jean. U ÊJlaît donc qu'elle trouvât dans saint Jean , non pas de quoi se dédommager , ni de quoi réparer la perte qu'elle faisait de Jésus-Christ, mais au moins de quoi l'adoucir, et se la rendre plus supportable; il fallait qu'entre saint Jean et Jésus-Christ il y eût des rapports de conformité, tellement que Marie, voyant saint Jean, eût toujours devant les yeux comme une image vivante du fils qu'elle avait perdu et uniquement aimé, afin que la parole du Sauveur se vérifiât : Ecce Filius tuus. (Id.) Peut-iNi rien concevoir de plus glorieux à ce saint apôtre? I^on, répond saint Augustin; mais aussi fut-il jamais une plus grande fidélité que la sienne, et jamais vit-on attachement plus inviolable et plus constant?
Voilà, mes frères, par où saint Jean mérita la faveur de son maître, et voilà par où nous la mériterons nous-mêmes. Voulez-vous que Dieu vous aime, et voulez-vous être du nombre de ses élus; travaillez à purifier votre cœur : Qui diligii cordis munditiam , JiabebU amicum regeni. (Prov.j 23.) Sans cela, moucher auditeur, qui que voussoyei, vous êtes indigne et même incapable d'être aimé de votre Dieu : or du moment que vous êtes exela de son amour, dès là vous êtes anatlième et un sujet de malédiction. Il est vrai que Dieu, comme souverain arbitre de la prédestination des hommes, n'a acception de personne; qu'il n'a égard ni aux qualités, ni aux conditions de ceux qaH
POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN L'ÉVANGÉLÏSTE
dioisit : ritcriture nous rapprend, et c^est un article de notre foi : Non est personarwn acceptor Deus. (Àct., 10.) Mais il n'est pas moins de la foi , que le même Dieu, qui ne considère ni les conditions, ni les qualités des hommes prises dans Tordre naturel, sans déroger à cette règle, ne laisse pas, dans Tordre de la grâce, d'avoir des égards particuliers pour les âmes pures, jusqu'à les élever aux premiers rangs de ses prédestinéis, jusqu'à les combler de ses dons les plus exquis , jusqu'à les honorer de ses plus intimes communications. C'est pour cela qu'il les traite d'épouses dans le Cantique, c'est pour cela que dans l'Apocalypse , les vierges seules nous sont représentées comme les compagnes de TAgneau; c'est pour cela qu'elles environnent son trône, et que plus elles sont pures, plus elles ont d'accès auprès de lui ; c'est pour cela que rien de souillé n'eutrera jamais dans le ciel, qui est sa demeure et le palais de sa gloire. Ah! mon cher auditeur, si je vous disais qu'il dépend aujourd'hui de vous d'être en faveur auprès du plus grand roi du monde; si je vous en marquais le moyen , et si je TOUS le garantissais comme un moyen infaillible , que feriez-vous? y a-t-il sacrifice qui vous étonnât? y a-t-il engagement et passion qui vous arrêtât? la condition que je vous proposerais pour cela vous parattrait-elle onéreuse ? y trouveriez-vous quelque difQculté? Or ce que je ne puis vous promettre de la faveur d'un roi de la terre , c'est ce que je vous promets et ce qui est incontestablement vrai de la faveur d'un plus grand que tous les rois de Tuni vers : car je dis que la faveur de Dieu vous est acquise, pourvu que vous vous préserviez de la corruption de ce péché qui souille votre âme en déshonorant votre corps ; s'il vous reste une étincelle de foi , pouvez-vous être insensible à ce motif? Pour en venir au détail et vous mieux instruire, je dis que vous n'avez qu'à rompre ces amitiés sensuelles qui vous lient à la créature, ces funestes attaches qui vous portent à tant de désordres , ces passions que le démon de la chair inspire, ces commerces qui les entretiennent, ces libertés prétendues innocentes, mais évidemment criminelles dans les principes de votre religion : dès que vous vous ferez violence là-dessus , je vous réponds du cœur de Dieu.
Je vais plus avant , et je dis aussi que , sans cette pureté, vous êtes du nombre de ces réprouvés que l'Écriture traite d'infâmes , et contre lesquels notre apAtre a prononcé ce formidable arrêt : Foris canes et impudid ( Àpoc,, 22 ) ; Hors de la maison de Dieu, voluptueux et impudiques. Je dis que dès le commencement du monde. Dieu s'en est lui-même déclaré par ces paroles de la Genèse : Non permandHê Spiriius meus in œtemwn in homine, quia carà ut {fienes., 6); Non, mon Esprit ne demeurera Jamait
dans Thomme, tandis que l'homme sera esclave de la chair. Et en effet, mon Dieu, ne voyons-nous pas l'accomplissement de cet oracle? n'éprouvons-nous pas tous les jours, qu'autant que nous nous laissons dominer par la cliair, autant votre Esprit se retire de nous : qu'après avoir succombé à une tentation impure, confus et piqués des remords secrets de notre conscience, nous n'osons plus nous présenter devant vous ; que, semblables à Tinfortuné Caîn, nous fuyons de devant votre face, nous nous éloignons de vos autels , nous nous regardons comme bannis de votre sanctuaire , et absolument indignes du sacrement de votre amour ? au lieu que nous en approchons avec une humble et ferme confiance , quand nous croyons avoir ce cœur pur que vous béatifiez dès cette vie : Beati mundo corde. (Màtth. , 5.) Sainte pureté qui nous ouvre le ciel ! c'est le premier titre pour obtenir la faveur de Dieu , et Tautre est la fidélité et une persévérance que rien n'ébranle.
Car, selon la belle remarque d'un Père de l'Église, il se trouve assez de chrétiens qui suivent Jésus- Christ jusqu'à la cène, comme les autres apôtres; mais il y en a peu qui le suivent, comme saint Jean, jusqu'au Calvaire; cestà-dire, il s'en trouve asseï qui marquent de la ferveur et du zèle quand Diea leur aplanit toutes les voies du salut et de la sainteté chrétienne, mais peu qui ne se relâchent, dès qu*ils n'y sentent plus les mêmes consolations, et qu'il s'y présente des obstacles à vaincre. Or c'est néanmoins à cette constance que la faveur de Dieu est attachée. Oui , Seigneur , une victoire que nous remporterons sur nous-mêmes , un effort que nous ferons, un dégoût, un ennui que nous soutiendrons, sera, devant vous, d'un plus grand prix , et contribuera plus à nous avancer, que de stériles sentiments à certaines heures où vous répandez l'onction céleste , et que les plus sublimes élévations de l'âme ; car ce sera dans cette victoire, dans cet effort, dans ce dégoût et cet ennui soutenu constamment, que nous vous donnerons les preuves les plus solides d'un dévouement sincère et fidèls. Les homuMi du siècle qui n'ont nul usage des choses de Dieu, ne comprennent pas ce mystère; mais les justes qui en ont l'expérience, et à qui Dieu se fait sentir, le conçoivent bien. C'est ainsi que saint Jean est parvenu à la faveur de Jésus-Christ : voyons de quelle manière il en a usé. Je prétends que , comme ie choix de ce favori a été juste et raisonnable de la part do Fils de Dieu , la faveur du Fils de Dieu a été , de la part de ce bien-aimé disciple, également modtsto et bienfaisante : je vais vous le montrer dans la seconde partie.
DEUXIÈBfE PARTIE.
Il n'est rien de plus rare dans le monde qu'un homme faambld et ^kv^, paissant et bienfaisant.
POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN LEYANGÉLISTE
modeste par rapport à lui-même et charitable à regard des autres. Ce tempérament d'éléyation et de modestie a je oe sais quoi qui tient de la nature des choses célestes et de la perfection même de Dieu; car Dieu , le plus parfait de tous les êtres , est aussi le plus simple et le plus égal : les cieux « dont la sphère est supérieure à celle de la terre , sont , dans leurs mouvements rapides, les corps les plus réglés et les plus justes ; et c'est Pexcellente idée que saint Jérôme nous donne d'une sage modération dans les prospérités humaines. Mais ce qu'il y a de plus admirable, ajoute ce Père , c'est avec cette modération un naturel heureux , ouvert , libéral et obligeant ; de sorte qu'on mette sa gloire à faire du bien , qu'on ne renferme point en soi-même les grâces dont on est comblé , qu'on se plaise à les répandre au dehors, et qu'on ne les reçoive que pour les communiquer. Alors, chrétiens, la faveur du particulier devient le bonheur public , et le favori n'est plus que le dispensateur des bienfaits du souverain; semblable à ces fleuves qui ne ramassent les eaux et ne se grossissent que pour arroser les campagnes, ou comme ces astres qui ne luisent que pour rendre la terre, par la bénignité de leurs influences, beaucoup plus féconde. Or, voilà le second caractère de la faveur de saint Jean : elle a été modeste et bienfaisante; en pouvait-il faire un usage plus saint et plus propre à nous servir d'exemple?
Je dis, modeste par rapport à lui. Voyez, dit saint Augustin , avec quelle humilité il parle de luimême, ou plutôt, voyez avec quelle humilité il n'en parle pas. Jamais (cette remarque est singulière) , jamais dans toute la suite de son Évangile, s'est-il une fois nommé ? jamais a-t-il marqué qu'il s'agît de lui , ni fait connaître qu'il eût part à ce qu'il écrivait? Pourquoi ce silence? Les Pères conviennent que ce fut un silence de modestie, et qu'il n'a voulu de la sorte supprimer son nom que parce qu'il n'avait rien que d'avantageux et de grand à écrire de sa personne. C'est ce disciple, dit-il toujours, Hic est discipulus ille ( Joan. , 21 ) , ce disciple qui rend témoignage des choses qu'il a vues ; ce disciple dont nous savons que le témoignage est vrai : ne croiraiton pas qu'il parle d'un autre que de lui-même , et qu'en effet ce qu'il raconte ne le touche point ? Il ne dit pas : C'est moi qui eus l'honneur d'être aimé de Jésus, c'est moi qui fus son confident, c'est moi qui entrai dans ses secrets les plus intimes ; il se contente de dire : C'est ce disciple que Jésus aimait : Discipulus qitem diligebat Jésus (Id.) : laissant aux interprètes à examiner si c'est lui qu'il entend, et, par la manière dont il s'explique , leur donnant lieu d'en douter ; disant et publiant la vérité, parce que son devoir l'y engage , mais, du reste dans la vérité qu'il publie et qui lui est honorable, cherchant à ii*^tre pat connu , et jusque dans son propre éloge
pratiquant la plus héroïque humilité. Si sans se nommer, il eût dit : C'est ce disciple qoi aimait Jésus, c'eût été une louange pour lui, et h plus délicate de toutes les louanges , puisqu'il n'y a point de mérite comparable à celui d'aimer Jésus-, Christ. Mais ce n'est point ainsi qu'il parle ; il dit: C'est ce disciple que Jésus-Christ aimait , parce qu'à être simplement aimé, il n'y a ni louange ni mérite, et que c'est une pure grâce de celui qui aime : voilà comment l'humilité de saint Jean est ingénieuse; voilà comment elle sait se retrancher contre les vaines complaisances que peuvent faire naître dans un cœur les faveurs et les dons de Dieu : que si néanmoins ce grand saint est quelquefois obligé de se déclarer et de parler ouvertement de lui , comme nous le voyons, surtout dans son Apocalypse ; ah! mes chers auditeurs , c'est en des termes bien capables de confondre notre orgueil , en des termes que l'humilité même semble lui avoir dictés. Écoutez-les, et dites-moi ce que vous y trouverez qui se ressente, non pas de la fierté ou de la hauteur, mais de la moindre présomption qu'il y aurait à craindre de la part d'un favori : Ege Joannes , frater vester. ( ^poc. , 4. ) Oui , dit-il , en s'adressant à nous et à tous les fidèles qu'il instruisait dans ce liYre divin, c'est moi qui vous écris , moi qui suis votre frère, moi qui me fais un honneur d'être votre compagnon et votre associé dans le service de Jésus-Christ : Ego frater vester. Un apôtre, chrétiens, un prophète, un homme de miracles, le favori d'un Dieu se glorifier d'être notre frère, et mettre cette qualité à la tête de toutes les autres, est-ce là s'élever et se méconnaître ?
Faveur non-seulement modeste dans les sentiments que saint Jean eut de lui-même , mais utile et bienfaisante pour nous ; et c'est ici que je vous prie de vous appliquer et de comprendre combien nous sommes redevables à ce glorieux apôtre ; car n'est-il pas étonnant qu'un homme si grand devant Dieu ne soit entré dans la faveur de son maître que pour nous en faire part, et qu'il n'ait été , si je puis user de cette figure , un vaisseau d'élection , que pour contenir les lumières et les grâces abondantes qui nous étaient réservées, et que Dieu par son ministère voulait nous communiquer? Or, c'est de quoi nous avons l'évidente démonstration, et la voici : car si Jésus-Christ confie ses secrets à saint Jean , saint Jean , sans crainte de les violer et par le mouvement de la charité qui le presse, nous les révèle; si Jésus-Christ, comme Fils de Dieu, lui dé* couvre les plus hauts mystères de sa divinité, saint Jean se regarde comme inspiré et suscité pour en instruire toute l'Église ; si Jésus-Christ, comme Fils de l'homme , lui apparaît dans IHede Pathmos , et se manifeste à lui par de célestes visions , saint Jean , animé d'un zèle ardent , prend soin de les rendre pu*
POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN L'EVANGÉUSTE
bliques, et veut, pour rédification du peuple de Dieu, qu'on sache ce qu'il a vu et ce qu'il a entendu dans ces prodigieuses extases : au lieu que saint Paul , après avoir été ravi jusqu'au troisième ciel, avoue seulement que Dieu lui avait appris des choses surprenantes , mais des choses ineffables , et dont il n^était pas permis à un homme mortel de parler, j4rcana verba quas non licet homini loqvi ( 2. Cor,, 12 ) ; saint Jean , plein de cet esprit d'amour dont il a reçu l'onction , tient un langage tout opposé : Quod vidimus et audivimus, hoc annuntiamus vobiSj ut et vos societatem habeatis nobiscum. (1. JOÀN. , 1 .) Je vous prêche, disait-il , mes chers enfants, ce que j'ai vu et ce que j'ai ouï , afin que vous soyez unis avec moi dans la même société; car je ne veux rien avoir de caché pour vous, et tout mon désir est de vous voir aussi éclairés et aussi intelligents queje le suis moi-même dans les voies de Dieu : sans cela mon zèle ne serait pas satisfait ; sans cela les hautes lumières dont Dieu m'a rempli ne seraient pas pour moi des grâces entières et parfaites ; c'est pour vous qu'elles m'ont été données, c'est pour vous que j'ai prétendu les recevoir; et voilà pourquoi nonseulement je vous prêche, mais je vous écris tout ceci aGn que votre joie soit pleine et qu'il ne manque rien à votre bonheur : Et hœc scribimus vobis ut gaudeatiSj et gaudium vestrum sit plénum, ( Id. ) Aussi, est-ce à saint Jean que nous devons la connaissance des personnes divines ; c'est lui qui nous a découvert ce profond abîme de la Trinité, où notre foi ne trouvait que des obscurités et des ténèbres ; c'est de lui, selon la remarque de saint Hilaire, que l'Église a emprunté toutes les armes dont elle s'est servie pour combattre les ennemis de cet auguste mystère. Par où confondait-on les ariens ? par l'Évangile de saint Jean : par où les sabelliens , les macédoniens et tant d'autres hérétiques , étaient-ils convaincus d'erreur dans les anciens conciles ? par l'Évangile de saint Jean : c'est saint Jean qui nous a donné , en trois courtes paroles , tout le précis de la plus éminente théologie et de la plus sublime religion, quand il nous a dit que le Verbe s'est fait chair : Feibum caro factum est, (Id.) Marie, belle pensée de saint Augustin, ne la perdez pas, Marie nous a rendu ce Verbe sensible , et saint Jean nous l'a rendu intelligible : iMarie l'a exposé à nos yeux, lorsqu'elle l'a enfanté dans l'étable de Bethléem; et saint Jean l'a développé à nos esprits, lorsqu'il nous a expliqué que le Verbe était en Dieu avant la création du monde , ce que Dieu faisait par lui au commencement du monde, et ce qu'il a commencé à être hors de Dieu , quand Dieu a voulu réparer et sauver le monde. Les autres évangélistes se sont contentés de nous annoncer la génération temporelle de ce Verbe incarné; mais saint Jean nous a conduits jusqu'à la source de la génération éter-
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nelle du Verbe incréé. D'où vient que le Saint-Esprit nous a représenté ceux-là sous des symboles d'animaux terrestres, et saint Jean sous la figure d'un aigle; mais d'un aigle, dit l'abbé Rupert, lequel, après avoir contemplé fixement le soleil , se platt à former ses aiglons, à les élever de la terre, à leur faire prendre l'essor, et à les rendre capables de soutenir eux-mêmes les rayons de ce grand astre. Or, en nous faisant connaître le Verbe, saint Jean nous a révélé tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu, puisque la plénitude de ces trésors est dans le Verbe, comme dit saint Paul , ou plutôt n'est rien autre chose que le verbe de Dieu même, et voilà l'essentielle obligation que nous avons, en qualité de chrétiens , à ce disciple bien-aimé et favori.
Mais admirez avec quel ordre ces secrets de la divinité nous ont été communiqués ; c'étaient des secrets inconnus aux hommes, parce qu'ils étaient cachés dans le sein du Père. Qu'a fait Jésus-GhristF lui qui repose , comme Fils unique, dans le sein du Père, il les en a tirés, UnigenUus qtdest in sinu Patris, ipseenarravit ( 1 . Joan. , 1 ) : mais ce n'est pas assez; car ces secrets ayant passé du sein du Père dans le sein du Fils, il fallait quelqu'un qui les allât chercher dans le sein du Fils, et c'est ce qu'a fait saint Jean, lorsqu'il a reposé sur le sein de Jésus-Christ; et parce que saint Jean était lui-même comme un sanctuaire fermé , lui-même , par un saint zèle de notre perfection, nous a ouvert ce sanctuaire en nous révélant ce qu'on lui avait révélé, et en nous confiant ce qu'on lui avait confié : ainsi conclut Hugues de Saint-Victor, saint Jean reposant sur le sein du Fils de Dieu, et le Fils de Dieu dans le sein de son Père , Unigenitus in sinu Patris ^ Joannes in sinu Unigeniti ( Hua. a S. Vict.); la Père n'ayant point de secret pour son Fils unique, son Fils n'en ayant point voulu avoir pour son disciple bien-aimé , et le disciple bien-aimé s'étant fait une loi et un mérite de n'en point avoir pour nous; ces secrets , d'où dépendait notre bonheur et notre salut, sont venus, par une transfusion divine, du Père au Fils, du Fils au disciple , du disciple à nous ; en sorte que nous avons connu Dieu ,*et tout ce qui est en Dieu.
Excellente idée, mes chers auditeurs , de la manière dont nous devons user des feveurs et des grâces du ciel. Être humbles en les recevant, et en faire le sujet de notre charité après les avoir reçues. Prenez garde : être humbles en recevant les faveurs de Dieu ; car si nous nous en prévalons, si nous nous en savons gré, si , par de vains retours sur nous, elles nous inspirent une secrète estime de nous-mêmes, dès là nous les corrompons, dès là nous en perdons le fruit , dès là nous nous les rendons nonseulement inutiles, mais pernicieuses. Qa'avezvous , disait TapAtre dee Gentib , «le •• ■
POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN L'ÉVANGÉLISTE
pas r<^? pourquoi vous en glorifiez-vous , comme si vous le teniez de vous-mêmes ? Quid habes quod non accepisti; si autem accepisti, quid gloriaris quasi non acceperis? ( 1. Cor,, 4. ) Or, supposez ce principe inoonte^ble , quelque avantage que nous ayous reçu de Dieu , il doit être aisé de conserver rhumilité du cœur : car outre que ces faveurs de Dieu, par la raison que ce sont des faveurs, ne nous sont pas dues , et qu'elles ne viennent pas de notre fonds ; outre que de nous-mêmes nous ne pouvons jamais les mériter, et, par conséquent, que nous ne pouvons sans crime nous les attribuer ; outre que nous en sommes , comme pécheurs , primitivement indignes, la seule pensée que nous en rendrons compte un jour à Dieu, suffit pour réprimer tous les sentiments d'orgueil qu'elles pourraient exciter en nous. Et en effet , si nous faisions souyent cette réflexion , que ces grâces , soit intérieures , 80it extérieures , soit natui^elles , soit surnaturelles , dont Dieu nous favorise , en nous les donnant ou plus abondamment qu'aux autres , ou même à l'exclusion des autres; que ces grâces, dis-je , sont ces talents évangéliques qui doivent servir à notre prédestination éternelle ou à notre réprobation ; que plus nous en aurons reçu , plus Dieu nous jugera rigoureusement; que ce sera peu de n'en pas avoir fait un mauvais usage , mais qu'on nous en demandera l'intérêt, et qu'un des chefs les plus terribles de l'examen que nous aurons à subir , sera notre négligence à les faire profiter : si nous méditions bien ces vérités solides et importantes, il serait difficile que la vanité trouvât jamais entrée dans nos esprits. Le croirez-vous, chrétiens ? mais il ne dépend point de vous de le croire ou de ne le pas croire, puisque c'est un fait certain et avéré : rien n'a rendu les saints plus humbles que les faveurs et les grâces dont Dieu les a honorés. C'est ce qui les a fait trembler, c'est ce qui leur a causé cette douleur vive et cette confusion salutaire de leurs relâchements et de leurs tiédeurs. La vue de leurs péchés les alarmait ; mais la vue des grâces qu'ils recevaient continuellement, et dont ils craignaient d'abuser, ne les étonnait pas moins. Or il serait bien étrange que ce qui a été le fondement de leur humilité fdt la matière de notre présomption, et que nous vinssions à nous enorgueillir de ce qui les a saisis de frayeur et confondus. Fussions-nous, comme saint Jean, les favoris de Jésus-Christ , il faut être humble : autrement, de favori de Jésus-Christ, on devient un réprouvé.
J'£Ûoute qu'il faut être bienfaisant et charitable, en communiquant aux autres les faveurs qu'on a reçues de Dieu. Voulez-vous, chrétiens , vous appliquer utilement cette maxime? en voici le moyen facile^ et maintenant plus nécessaire que jamais. Il y en i dans cet auditoire que Dieu a libéralement
pourvus des biens de la terre , et en cela il les a favorisés ; car les biens même temporels par rapport à leur fin , qui est le salut, sont des faveurs et des grâces. Mais , du reste , qu'a prétepdu Dieu en vous donnant ces biens temporels ? n'a-t-il point eu d'autre dessein que de vous distinguer , que devons mettre à votre aise , que de vous faire vivre dans l'abondance, pendant que les autres souffrent? Ah! mes chers auditeurs, rien n'est plus éloigné de ses intentions ; et ce serait faire outrage à sa providence, de penser qu'il eût borné là toutes ses vues. En vous donnant les biens temporels , il prétend que vous en soyez les distributeurs , et qu'au lieu de les resserrer par une avarice criminelle , vous les répandiez avec largesse sur les pauvres et les misérables.
Tel est l'ordre qu'il a établi ; et cette largesse, surtout dans un temps de nécessité publique comme celui-ci , n'est point un conseil ni une œuvre de sorérogation , mais un précepte rigoiureux et une loi indispensable : car tandis que les pauvres gémissent, se persuader qu'on puisse faire ou des épargnes, ou des dépenses dans une autre vue que de pourvoir à leurs besoins ; ne pas augmenter l'aumôue à proportion que la misère croît; ne pas vouloir se priver de quelque chose pour contribuer au soulagement des membres de Jésus-Christ; ne pas rabattre quelque chose de son luxe pour les faire subsister ; être aussi magnifique dans ses habits , aussi prodigue dans le jeu, aussi adonné à la bonne chère et aux vains divertissements du monde, c'est ce qui ne peut s'accorder avec les principes de notre religion; et il n'y aurait plus d'Évangile, si l'on pouvait ainsi se sauver. Souffrez cette remontrance que je vous fais : ce n'est pas seulement par le zèle que je dois avoir pour les pauvres , mais par celui que Dieu m'inspire pour vous-mêmes ; ce n'est pas seulement pour l'intérêt de la charité, mais pour celui delà justice. Voilà ce que saint Jean lui-même vous demande aujourd'hui , pour reconnaître ce que tous \ lui devez. Il veut que vous soyez ses imitateurs; que , comme il vous a fait part des trésors du ciel.. vous fassiez part à vos frères des biens du siècle. Car il a droit de vous dire ici ce que disait saint Paul aux premiers chrétiens : Si nos vobis spirUwlia seminavimus, magnum est si nos camalia vestra metamusf ( 1. Cor, , 9.) Quel tort vous faisons-nous , lorsque , après avoir semé dans vos âmes les biens spirituels , nous prétendons recueillir te fruit de vos biens temporels? Si c'était pour noosmêmes , vous pourriez vous en plaindre avec raison; mais que pouvez-vous donc alléguer, quand c'est pour d'autres , quand c'est pour les pauvres , quaod c'est pour vos frères mêmes que nous vous sollicitons ? Magnumest si nos carnaUa vestra metamssi Achevons, chrétiens, et apprenez enfin oommeflt la faveur où fut saint Jean ^uprès de Jésus-Cbmt
POUR LA FÊTE DE SAliNT JEAN L'ÉVANGÉLISTE.
n*a point été pour ceux qui n'eurent pas le même avantage , une faveur odieuse : c'est la troisième partie.