‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 178 sur 232 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le prophète nous l'apprend, et il est vrai que Dieu se plaît à glorifier tous les saints qui sont ses amis : Nimis honorificati sunt amicl tui , Deus, {Psalm. 138.) Mais entre les saints, il faut convenir qu'il n'en est point que Dieu prenne plus soin de faire connaître que ceux qui ont été plus parfaits dans l'humilité; et qu'autant qu'ilsont voulu vivre obscurs et sans nom , autant il s'attache à rendre leur nom célèbre, et à les mettre dans le plus grand jour. Pourquoi cela, demande saint Augustin? C'est répond ce saint docteur qu'avec leshumbles sa grâce ne court aucun risque ; c'est que sa gloire, dont il est souverainement jaloux , n'est exposée de leur part à aucun péril ; et que , s'il les exalte, ce n'est point tant eux qu'il exalte, que ses dons qu'il exalte en eux, qu'il couronne en eux, qu'il magnifie et qu'il canonise en eux : Nec tam illos coronat dxynis suis quam in illis coronat dona sua, (August.) En pouvons-nous produire une preuve plus authentique ,

et un exemple plus éclatant que saint François de Paule.' Son humilité l'a réduit aux plus protbndé abaissements, et Dieu, pour cela même. Ta comblé d'honneurs. Il l'a glorifié en toutes les manières, et par soi-même, et par le ministère des créatures : par soi-même, en lui communiquant les caractères les plus essentiels de la divinité; par le ministère des créatures, en le rendant vénérable aux peuples et aux potentats de la terre, et lui attirant leurs respects et leurs hommages. Écoutez-moi , chrétiens , voici dans l'éloge de ce glorieux patriarche ce qu'il y a de plus magnifique et de plus grand.

Dieu, dit saint Thomas, a surtout deux attributs de grandeur, qui marquent la supériorité et l'infinité de son être, savoir, la science et la toute-puissance : la science, par où il connaît jusqu'aux choses même futures , jusqu'aux secrets des cœurs ; la toute-puissance, par où il ordonne tout, et il fait tout. Or, je trouve qu'il a communiqué l'une et l'autre à François de Paule , mais dans toute la plénitude dont un homme est capable : sa science, par l'esprit de prophétie, dont il le remplit; sa toute-puissance, par le don des miracles qu'il lui conféra; en sorte que François parut dans le monde comme un homme plusqu'homme, c'est-à-dire comme un hommeéclairé de la sagesse de Dieu et revêtu de la force de Dieu. Je ne dis rien dont nous n'ayons les témoignages les plus incontestables , et qui n'ait été universellement reconnu.

Oui , chrétiens , c'est à François de Paule que l'esprit des prophètes fut donné sans réserve et sans mesure. Dieu demandait autrefois à Isaïe : Sur qui reposera mon esprit, cet esprit de sagesse et de lumière? et le prophète lui répondit que ce serait sur l'humble de cœur : parole qui s'est bien vérifiée dans le saint fondateur dont je fais le panégyrique. D'autres ont eu l'esprit de prophétie en quelques rencontres, par une inspiration passagère et pour quelques moments ; mais François de Paule l'a possédé habituellement; et l'on peut dire à la lettre que ce céleste et divin esprit a reposé sur lui. Ne semblait-il pas qu'il eût la clef de tous les cœurs pour y pénétrer, et pour en découvrir les pensées et les sentiments les plus cachés ? ne semblait-il pas qu'il fût tout à la fois dans tous les lieux , pour être témoin de ce qui se passait au delà des mers, et dans les régions les plus éloignées? ne semblait-il pas que tous les temps lui fussent présents , et qu'il n'y eût point pour lui d'avenir? Disons mieux : ne voyait-il pas l'avenir comme le présent, et quand il l'annonçait, était-ce avec des circonstances douteuses? était-ce dans le secret d'une confidence particulière ? était-ce à des personnes inconnues et sans autorité? que dis-je? n'était-ce pas si hautement et avec tant d'éclat que PKurope en retentissait?

Ainsi prédit-il aux Grecs la ruine de leur empivji

POUR LA FÊTE DE SAINT FRANÇOIS DE PAULE

et Id prise de Constantioople, s'ils s*obstinaient dans le schisme scandaleux qui les séparait de l'Église romaine. Us furent sourds à la voix de Dieu , qui leur parlait par la bouche de son ministre; ils n'écoutèrent ni le Seigneur ni son prophète, et vous savez ce qu'il leur en coûta. La prédiction s'accomplit : là Grèce se vit inondée d'un déluge d*inOdèles qui y portèrent la désolation et l'effroi; Constantinople fut assiégée, pillée, réduite enûn sous l'obéissance et le joug des ennemis de la foi. Ainsi prédit-il au roi de Naples une signalée victoire sur les Turcs, en lui ordonnant de la part de Dieu de les attaquer et de les chasser de la Calabre qu'ils infestaient. L'effet répondit à sa parole , le prince l'écouta, et, malgré rinégalité des forces , il combattit et fut victorieux. Ainsi prédit-il à Ferdinand, roi d'Espagne, qu'il chasserait les Maures de ses États; et que, s'il agissait contre eux avec conGance, il recouvrerait le royaume de Grenade qu'ils lui avaient enlevé. Le succès fut aussi heureux que François l'avait promis; les Maures furent défaits, Ferdinand rentra en possession des terres qu'il avait perdues, et l'Espagne se délivra de la plus dure et de la plus tyrannique domination qu'elle eût à craindre. Or jugez quel bruit de pareils événements firent dans le monde, ce qu'on dut penser du saint prophète, ce qu'on en dut dire. On le regarda, si j*ose m'exprimer de la sorte, comme le plus intime confident de Dieu même, et comme l'oracle de l'Église.

Ajoutez à ce don de prophétie, le don des miracles, qui lui a soumis, ce semble, toute la nature. Mais sur les miracles dont je parle, il y a un point important à remarquer, et où paraitégalemeut la providence de Dieu , soit pour rehausser la gloire de son serviteur, soit pour confondre riiicrédulitcdes libertins. Car, prenez garde, s'il vous plaît, les miracloe de saint Frani^ois de PauJe n ont point été des miracles douteux et incertains. On nous raconte divers miracles , et il est de notre piété d'y donner une créance raisonnable et sage : mais après tout, ce ne sont pas toujours des miracles tellement incontestables , qu'ils portent avec eux-mêmes leurs preuves et une pleine conviction ; ce sont des miracles faits en présence d'un petit nombre de témoins, dont l'autorité ne suffit pas pour entraîner les («prits et pour répondre à toutes les difGcultés qui peuvent naître. Au lieu qu'il s'agit ici de miracles publics, et tellement avérés, que l'infidélité même la plus opiniâtre e^t forcée d'y souscrire et de se rendre à la vérité reconnue. En effet, si la mer obéit à François aussi bien qu'à saint Pierre, et s'il passe le détroit de Sicile sans autre secours que celui de son manteau étendu sur les eaijx , c est à la vue de tout un peuple qui l'attend sur le rivage et qui le reçoit en triomphe. Si Je feu perd en ses mains toute sa vertu , et si , pour eoaûrmersn règle, il prend des charbons ardents sans

en ressentir la moindre atteinte, c*est aux yeux des députés du souverain pontife, et dans une nombreuis assemblée de ses frères', qu*il convainc par ce prodige. S'il transporte les rochers d'un lieu à l'autre, pour aider à la construction de la première église qu'il voulut bâtir, c'est devant toute la villedePaak, qui lui applaudit et le comble de bénédictions. S'il rétablit l'air dans sa pureté et s'il fait cesser uoe contagion mortelle qui ravageait tout un pays, c est à la prière de tous les habitants qui ont recours à lui, et qui le regardent comme leur libérateur. Il faudrait faire le récit de toute sa vie pour faire le récit de ses miracles. Tous les éléments ont entendu sa voix, ont exécuté ses ordres, ont pris tel mouvemeot et telle disposition qu'il a voulu, comme s'il eoeih été le maître, et que Dieu l'eût établit l'arbitre absolu du monde.

Après cela, faut-il s'étonner que toutes les puissances de la terre l'aient honoré, qu.e les rois se soient humiliés devant lui, que les papes lui aient donné tant.d'éloges, qu'il ait été recherché des peuple&arec tant d'empressement? Non , chrétiens, je n'en suis point surpris , et vous ne devez pas l'être : l'humilité , quand elle est sincère, mérite tout coJa; et autant de fois que Dieu entreprendra de glorifier en cette vie un homme humble, c'est ainsi qu'il sera glorifié: Sic honorabilur, quenicumque voiuerU rex hononari. (Esth., 6.) Le pape Paul second l'envoya saluer par un des officiers de sa chambre, qui se prosterna à ses pieds et les voulut baiser par respect. II fit informer des actions miraculeuses de ce saint homme, même avant sa mort, comme s'il eût eu dessein de le canoniser tout vivant. Quoi qu'il en soit la voix publique le canonisait déjà par avance. Sixte quatrième le reçut à Rome comme un ange du ciel, le consulta sur les plus importantes affaires de la religion , et par honneur le fit asseoir auprès de sa personne. Mais c'est surtout à notre France qu'il était réservé de faire connaître cet homme incomparable et de l'exalter ; c'est de la cour de nos rois que toute l'Europe devait apprendre ce que valait François de Paule, et ce qui lui était dû. Je ne puis lire dans notre histoire sans une consolation sensible la magnifique réception qui fut faite , par Louis XI et par tous les seigneurs du royaume , à cet humble religieux. Vous étiez alors, ô mon Dieu! connu dans le monde, et les cours des princes n étaient pasdes lieux inacoe& sibles à votre grâce , ni à la piété chrétienne , puisque vos serviteurs y étaient si honorablement traités. A peine Louis a-t-il su la marche de François, qu'il envoie au-devant de lui son héritier présomptif et son dauphin pour le recevoir. Qu'eût-il fait davantage pour une tête couronnée? Mais aussi, pemiettez-nioj de le dire, quelle tête couronnée était plus respectable qu'un saint à qui Dieu destinait la couronne de gloire , et qu'il avait revêtu de tout son pouvoir ?.Ja-

POUR LA FÊTE DE SAINT FRANÇOIS DE PAULE

mais la France n'avait vu de prince plus jaloux de sa grandeur, ni plus impérieux que Louis onzième ; mais à la vue de François de Paule, ce monarque dliblie toute sa grandeur, et dépose tout son orgueil. Tout le monde tremblait en la présence de Louis, et Louis s'humilie en la présence de François; Louis faisait la loi à ses sujets, et il la reçoit de François. O merveilleux effet de la toute-puissance du Seigneur, qui tient dans ses mains les cœurs des rois, et qui les tourne comme il lui platt ! ô spectacle digne de l'admiration du ciel et de la terre I Un roi, la terreur de tant de peuples, un roi également redouté et des étrangers et des siens , un roi si fier, devient respectueux et soumis devant un homme nourri dans la solitude, et sorti de l'obscurité du clottre.

Vous me direz que cette soumission et ce respect de Louis XI étaient intéressés, qu'il demandait sa guérison, et qu'il voulait l'obtenir; que François, hors de là , ne lui était rien , et qu'il l'eût tout autrement regardé sans cette espérance : Mais d'abord je vous réponds , et je dis : Voilà comment Dieu sait relever ses saints, et voilà comment en particulier il a voulu relever l'humilité de saint Trançois de Paule; il a fait dépendre de lui les rois mêmes, il a réduit un des plus grands monarques dans la nécessité de recourir à lui. Tous les secours humains, longtemps et inutilement employés, manquaient à Louis ; et il ne lui est resté pour dernière et unique ressource que l'humble serviteur de Dieu. Je vais plus loin , et j'ajoute : Ce qui fit appeler François h la cour, ce fut , il est vrai , l'intérêt d'une santé ruinée, que Louis XI cherchait par tous les moyens à rétablir : mais ce qui le maintintensuiteàla cour, ce qui le mit dans un si grand crédit à la cour, ce fut l'éclat de ses vertus, ce fut l'estime et la confiance du prince. La preuve en est évidente, puisque, dès le jour même que cet homme de miracles parut pour la première fois à la cour, et dès la première audience qu'il eut de Louis, il lui prononça l'arrêt de sa mort. Il lui parla en prophète , et lui dit comme un autre Isaïe : Dispone domtd tuae, quia morieris tu et non vives (ISAi. 38) ; Sire, mettez ordre à votre État et à ce que vous avez de plus précieux dans votre État, qui est TOtre conscience, car il n'y a point de miracle pour vous : votre heure est venue , et il faut mourir. C'était une parole bien dure pour tout homme , encore plus pour un roi , mais surtout pour un roi aussi attaché à la vie. Quel autre eût osé lui annoncer une si triste nouvelle, et n'était-ce pas s'exposer à toute son indignation? mais, par le changement le plus subit, et qui ne put venir que de la droite du Très- Haut, Louis écouta François avec respect; il l'estima , et se confia en lui plus que jarïiais ; il lui mit son âme entre les mains, il le pria de le disposer à la «sort , il voulut expirer dans son sein , et , en mou-

rant, il lui recommanda la France et son fils, ne croyant pas pouvoir laisser l'un et l'autre sous une plus puissante protection. Voilà sur quoi furent fondés les honneurs dont saint François de Paule fut comblé à la cour de Louis XI. Il fit dans la personne de ce monarque un miracle bien plus difficile et plus grand que s'il lui eût rendu la santé du corps, puisqu'il lui rendit la santé de l'âme, puisqu'il le détacha de la vie, que ce prince aimait jusqu'à l'excès, puisqu'il Taccoutuma à entendre parler de la mort, qu'il le prépara à ce dernier passage, et qu'il l'aida à le sanctifier.

Cependant Louis mort, comment Charles VIII, son successeur, en usa-t-il à l'égard de l'homme de Dieu? Vous le savez , chrétiens : il hérita de la piété de son père, c'est-à-dire de sa vénération pour François de Paule. Que dis-je ? il la surpassa : François fut son conseil, fut son confident, fut sa consolation. S'agissait-il d'un choix honorable à faire, c'est sur François de Paule qu'il tombait, témoin l'honneur qu'il eut d'être choisi pour nommer le dauphin de France dans la cérémonie solennelle de son baptême. Y avait-il une affaire importante à traiter, c'est à François de Paule qu'on s'adressait, et sur lui qu'on s'en reposait; témoin celle où il fut employé pour le mariage de Charles avec Anne, héritière de Bretagne, et où il réussit avec tant de succès et tant d*avantage pour l'un et pour l'autre; car, je puis le dire , c'est à ce grand saint que la France doit en partie l'avantage qu'elle eut, alors, et dont elle jouit encore aujourd'hui , d'être unie avec la Bretagne ; c'est à lui que nos rois sont en partie redevables de cette illustre province, qu'ils regardent comme une des plus belles et des plus nobles portions de leur héritage ; et c'est pareillement à François de Paule que la Bretagne doit le bonheur et la gloire d'appartenir aux premiers roisdela chrétienté.

Mais si Dieu, dans cette vie mortelle, qui est le temps du travail , veut bien de la sorte glorifier ses saints, que leur prépare-t-il après la mort, qui est pour eux le temps de la récompense ? Que préparait-il à François ? la mort et l'humiliation des grands du monde. Qu'ils aient rempli toute la terre de leur nom, qu'ils aient ébloui tout l'univers de la splendeur de leur gloire ; dans les ombres du tombeau toute cette gloire s'obscurcit , et ces noms si fameux s'effacent bientôt de la mémoire des hommes dès que ceux qui les portaient ont disparu à nos yeux. Mais c'est dans le sein même de la mort et dans les plus profondes ténèbres du tombeau, que Dieu donne un nouvel éclat à ses amis; et le tombeau de François de Paule n'a-t-il pas été, selon l'expression du prophète, après le sépulcre de Jésus- Christ , un des plus glorieux : Et erit sepulanim fjus gtoriosum ? (Is ai., 11.) Son corps , sans voix ci sans vie, a prophétisé aussi bien que celui d'Élisce;

POUFi LA FÊTE DE SAINT FRANÇOIS DE PAULE.

ses ossements , précieuses et saintes reliques , tout insensibles et tout inanimés qu'ils étaient, ont conservé la même vertu et le même don des miracles, ont chassé les démons, ont guéri les malades, ont éclairé les aveugles ; ont fait entendre les sourds, ont fait parler les muets, ont fait marcher les paralytiques. Dans quelle partie de TEurope n'en a-t-on pas ressenti les salutaires effets , et de quelle partie de l'Europe n'y a-t-on pas eu recours , comme à l'asile commun de tous les affligés ? L'hérésie déclarée contre le culte des saints n'a pu voir, sans en frémir, cette confiance des peuples ; elle s'est armée contre ce saint corps, que la France conservait, que le monde révérait, autour duquel tant de vœux de toutes les nations étaient suspendus ; elle l'a insulté, elle l'a outragé , elle Ta livré h la fureur des flammes ; mais tous les efforts de l'hérésie n'ont pas arraché et n'arracheront jamais du cœur des fidèles les sentiments de respect, de reconnaissance, de zèle, dont ils sont prévenus pour un de leurs plus puissants protecteurs auprès de Dieu. Ses cendres nous sont restées , et c'est assez ; ces cendres purifiées par le feu, ou, pour mieux dire, consacrées par une espèce de martyre, n'en ont que plus de pouvoir ; nous les honorons, et nous y trouvons toujours les mêmes secours : quoi qu'il en soit, sa mémoire est toujours vivante, et tant qu'il y aura des hommes sur la terre, elle y vivra; ses fêtes y seront célébrées , son nom y sera invoqué , ses vertus y seront publiées.

Mais qu'est-ce, après tout, pour les saints , que cette gloire de la terre, toute juste et tout éclatante qu'elle peut être, en comparaison de cette couronne immortelle qu'ils reçoivent dans le ciel ? que leur importe d'être grands devant les hommes , pourvu qu'ils soient grands devant Dieu; et que leur importe que leurs noms soient ici gravés dans le souvenir des hommes , pourMi qu'ils soient écrits et connus dans le royaume de Dieu ? Ah ! chrétiens , tous ces honneurs dont je viens de vous parler, et que tant de nations ont déférés à saint François de Paule, ne lui étaient point nécessaires ; et s'il a plu à Dieu de l'exalter parmi nous, ce n'est que pour nous apprendre a estimer l'humilité. Du reste, François pouvait être sans cela éternellement heureux , et souverainement glorieux : car il pouvait sans cela parvenir à toute la gloire dont il jouit dans la béatitude céleste. C'est la que les humbles sont bien dédommagés de leurs abaissements volontaires; et c'est à cette unique et véritable grandeur que nous devons aspirer comme eux. Mais par le plus étrange aveuglement, de quelle grandeur sommes-nous jaloux ? D'une grandeur toute mondaine : briller dans

rait, à ce qu'il nous semble, tous nos voeox; mais voilà , de la manière que nous l'envisageons, ce que j'appelle une fausse grandeur. Prenez garde, je vous prie : c'était pour notre saint une grandeur véritable et réelle, et ce n'est pour nous qu'une grandeur chimérique et fausse. Grandeur réelle et véritable pour François : comment cela ? parce que c'était une récompense anticipée de son humilité; parce que c'était une grandeur fondée sur le mépris même qu'il faisait de toute grandeur humaine; parce que c'était une grandeur qu'il fuyait, dont il se défiait, qui , par un amour et un désir sincère des humiliations , lui devenait onéreuse , bien loin qu'il cherchât à en goûter les vaines douceurs ; parce qu'ao milieu de cette grandeur visible, il ne se rendait attentif qu'aux grandeurs invisibles de l'éternité; mais ce qui était réel et solide pour François da Paule , n'est pour nous qu'erreur, n'est que raeosonge et illusion : pourquoi ? parce que nous ne cherchons cette prétendue grandeur du monde que pour nourrir notre orgueil et contenter notre ambition ; parce que nous ne nous y proposons qu'an certain éclat, qui nous éblouit et qui nous aveugle; parce que nous nous en laissons entêter et infatuer, jusqu'à nous oublier nous-méines au moindre avantage que nous avons, et au moindre degré d'élévation où nous parvenons ; parce que nous en abusons pour entretenir nos complaisances , pour autoriser nos hauteurs , pour prendre sur les autres l'ascendant , pour les regarder avec dédain et les traiter avec empire ; parce qu'uniquement occupés d'une grandeur mortelle, nous perdons absolument le souvenir de cette glorieuse immortalité , qui seule devrait emporter toutes nos réflexions et tous nos soins. Or, eu ce sens et sous cet aspect , tout cequH y a de plus grand dans la vie n'est rien; et s'y attacher de la sorte, s'y laisser ainsi surprendre, c'est un des plus sensibles sujets de notre confusion, puisque c'est une des marques les plus évidentes de notre faiblesse.

Et souvent encore qu'arrive-t-il ? c'est que Dieu, par une sage conduite de sa providence, nous r^ fuse ce que nous désirons avec tant d'ardeur, et le donne aux humbles, qui travaillent à s'en préserver et à l'éviter. Que de mondains dans la cour de Louis XI s'empressaient autour du prince, pour s'insinuer auprès de lui, pour gagner sa faveur, pour avoir part à ses grâces, et ne pouvaient y réussir ! au lieu que François de Paule, dégagé de toute espérance, sans vues , sans prétentions, sans intrigues, ne peih sant qu'à se retirer et à disparaître, parlant au pr^ mier monarque de l'Europe avec toute la liberté de l'Évangile, ne faisant rien pour ce prince de tout

le monde comme François de Paule, être comme ce qu'il attendait; au contraire, lui présentant un

lui recherché des grands, et adoré des petits, voilà de guoi nous sommes touchés , et ce qui comble-

objet aussi triste pour lui que la mort , et le lui montrant de près , en devint le favori le plus intime

POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE

et le directeur. Je ne veux pas, après tout, vous faire entendre que les saints aient toujours ces sortes de distinctions sur la terre : il y en a, et un grand nombre, que Dieu laisse dans Tobscurité et dans Toubli parmi les hommes; il y en a qui ne sont pas seulement humbles , mais en effet humiliés et trèsliumiliés. Se plaignent-ils de leur état ? ils sont bien éloignés de s'en plaindre, puisqu'ils Font choisi, puisqu'ils Faiment, et qu'ils s'en font, selon l'Évangile , un bonheur : car ils savent quel est le prix de l'humiliation où ils vivent , quand elle est sanctifiée par l'humilité; ils savent ce que c'est que toute la grandeur du siècle, que ce n'est qu'une grandeur imaginaire , et surtout que ce n'est qu'une grandeur passagère; d'où ils concluent qu'ils doivent porter toutes leurs espérances et tous leurs désirs vers une autre grandeur qui leur est promise dans le ciel. A quoi tient-il , mes chers auditeurs , que nous ne tirions la même conséquence, puisque nous sommes aussi instruits qu'eux du même principe ? nous connaissons malgré nous la vanité des pompes du monde; et plus même nous, sommes engagés dans le monde., plus en voyons-nous le néant. Nous nous en expliquons si bien dans les rencontres, et nous en faisons de si beaux discours ! pourquoi donc ne méprisons-nous pas ce qui nous paraît si méprisable, ou pourquoi ne nous détachons-nous pas de ce que nous méprisons? Allons à la gloire, et cherchons-la. Mais comme il n'y a point d'autre véritable gloire à désirer pour nous, selon l'Évangile, que cette gloire future où Dieu nous appelle , c'est là qu'il nous ordonne de tourner tous nos regards , et c'est là aussi la seule gloire que je vous souhaite , au nom du Père , etc.

SERMON

LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE

Fuit homo missus a Deo , eut nomen erat Joannet, Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine.

Il y eut an honime envoyé de Dieu , qui s*appelait Jean. Ce fut lui qui vint pour rendre témoignage à la lumière. S/unt Jean, chap. i.

Monseigneur ' , C'est le vrai caractère du glorieux précurseur saint Jean, dont nous célébrons aujourd'hui la fête. Un homme suscité de Dieu pour servir de témoin à celui qui, comme Fils de Dieu, et Verbe de Dieu, était la lumière incréée, un homme prédestiné pour

Mcssire Henri Feydeau de Brou , évéque d*Amiens.

annoncer et pour faire connaître au monde le Dieu incamé; un homme miraculeusement conçu par unn mère stérile ; un homme dont on peut dire , dès son berceau, que l'esprit de Dieu était en lui, et que la main du Seigneur était avec lui ; un homme dont la mission fut autorisée par la plus éclatante preuve de la vérité, qui est son éminente sainteté : et tout cela, pour rendre témoignage à Jésus-Christ. Voilà à quoi se réduisent les hautes idées que l'Évangile nous en donne. Il n'était pas la lumière : Non erat Ole lux {Jo AN., 1 ); mais il était le témoin de celui qui fut la lumière même ; de cet Homme-Dieu à qui seul il appartenait de pouvoirdire absolumentet sans condition : Ego sum lux mundi; Je suis la lumière du monde. Car c'est pour attester la vérité de cette parole du Sauveur, que Jean-Baptiste est venu; et voilà, encore une fois, l'abrégé de son éloge : Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine. (Id.) Éloge, mes chers auditeurs, que vous ne devez pas considérer comme un simple panégyrique du saint que l'Église honore en ce jour; mais comme un discours fondamental sur un des points capitaux de notre religion ; comme une instruction essentielle dans le christianisme ; comme une exposition du grand mystère de notre foi, qui est l'incarnation divine. Car entre Jésus-Christ et Jean- Baptiste il y a eu des liaisons si étroites, qa'on ne peut bien connaître l'un sans connaître l'autre : et si la vie éternelle consiste à connaître Jésus-Christ; Hxc est autem vita xtema , ut cognoscant te *olum Deum verum, etquem misistiJesum ChriS' tum (Id. 17); aussi une partie de notre salut consiste-t-elle à connaître saint Jean : or il sufBt, pour le connaître parfaitement, de bien comprendre qu'il a été le témoin de Jésus-Christ, et qu'il est venu pour cela : Hic venit in testimonium. Dès le moment de sa naissance, il délia, par un miracle visible , la langue de son père Zacharie , pour lui faire publier les louanges de Dieu. Opérez ici, grand saint, un pareil miracle, et déliez ma langue, aiin que je puisse dignement et utilement annoncer vos illustres privilèges et vos vertus à cet auditoire chrétien. J'ai besoin , pour y réussir, d'un puissant secours; et pour l'implorer plus efficacement, je m'adresse à la reine des vierges. Ave, Maria.

Il faut en convenir, chrétiens, c'est quelque chose de bien singulier dans la destinée de Jean- Baptiste, qu'il ait été choisi de Dieu pour servir de témoin au Sauveur du monde. Mais c'est encore quelque chose de plus surprenant, que le Sauveur du monde, tout Dieu qu'il était, ait eu besoin du témoignage de saint Jean ; et que dans l'ordre , ou du moins dans l'exécution des divins décrets, le témoignage de ce glorieux précurseur ait été nécessaire pour l'établissement de notre foi : or l'un et l'autre est néanmoins vrai, et l'Évangile, qui est

POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE

notre règle , ne nous permet pas d*en douter. Oui , le Sauveur, tout Dieu qu'il était, a eu besoin du témoignage de Jean-Baptiste. Ainsi cet Homme-Dieu le reconnaissait lui-même, lorsqu'il disait aux Juifs : Si testimonium perhibeo de me ipso , Ustimonium meum non est veinm : alius est qui testimonium perhibet de me (Joan., 3); Si je rendais seul témoignage de moi-même, vous diriez, quoique injustement , que mon témoignage n'est pas recevable ; mais en voici un autre qui rend témoignage de moi. Car selon la pensée de saint Chrysostôme , expliquant à la lettre ce passage , cet autre dont parlait Jésus-Christ, était saint Jean son précurseur. De plus, dans Tordre des divins décrets , le témoignage de saint Jean était nécessaire pour l'établissement de notre foi. Car le même évangéliste, qui nous apprend que Jean est venu pour rendre témoignage à la lumière. Ut testimonium perhiberet delumine (Id. , 1 >, en rapporte aussitôt la raison : Ut omnes crederent per ilium ; Afin que tous crussent par lui. D'où il s'ensuit que notre foi , je dis notre foi en Jésus-Christ , est donc originairement fondée sur le témoignage de ce grand saint , puisque en effet c'est par lui que nous avons cru; par lui que la voie du salut nous a été premièrement révélée; en un mot, par lui que nous sommes chrétiens. Ceci sans doute lui est bien avantageux; mais ce n'est pas là néanmoins que je borne son éloge , et ce que j'ajoute en va faire le complément et la perfection. Car de même que Jean-Baptiste a servi de témoin au Sauveur du monde , le Sauveur du monde, par une espèce de reconnaissance , si j'ose ainsi m'exprîmer, a voulu servir de témoin à Jean- Baptiste. De même que , par rapport à nous , le Sauveur, tout Dieu qu'il est, a eu besoin du témoignage de saint Jean ; saint Jean, par rapport à luimême, a plus eu besoin encore du témoignage du Sauveur ; et autant que la foi chrétienne est fondée sur le témoignage que Jésus-Christ a reçu de son précurseur, autant la gloire du précurseur est-elle fondée sur letémoignagequ'il a reçu de Jésus-Christ. Voilà tout mon dessein , que je renferme en ces deux points : Jean-Baptiste rendant témoignage au Fils de Dieu ; c'est le premier : et le Fils de Dieu rendant témoignage à Jean-Baptiste ; c'est le second. De là deux conséquences pour votre édification : l'une, que nous devons tous à l'exemple de saint Jean , et en qualité de chrétiens , être autant de témoins de Jésus-Christ ; l'autre, que comme Jésus-Christ a rendu témoignage à saint Jean , il faut qu'il nous le rende un jour, et que nous méritions de le recevoir, si nous voulons être du nombre de ses élus. Imiter saint Jean, en faisant de nos actions et de notre vie un témoignage sensible et continuel, dont Jésus-Christ soit honoré; mériter comme saint Jean, aue Jésus-Christ , au moins

dans son dernier jugement, nous honore devaat Dieu de son témoignage : deux conclusions morales dont la pratique bien entendue est le précis de toute la sainteté chrétienne, et pour lesquelles je vous demande une favorable attention.

PBEMIÈRE PARTIE.

Cinq choses , chrétiens , sont nécessaires à quiconque est choisi pour témoin, et en doit faire Toffîce : la fidélité et le désintéressement dans le témoignage qu'il porte, l'exacte connaissance do sujet dont il porte témoignage, ré\idence des preuves sur quoi il appuie son témoignage, le zèle pour la vérité en faveur de laquelle il rend témoignage, enfin la constance et la fermeté pour sioutenir son témoignage : or je trouve que saint Jean a eu dam le degré le plus éminent ces cinq qualités; car il a été pour le Sauveur du monde un témoin fidèle et désintéressé, un témoin instruit et pleinement éclaiié, un témoin sûr et irréprochable^ un témoin zélé et ardent, un témoin constant et ferme. D'où jeooDclus qu'il a donc parfaitement répondu au dessein de Dieu sur lui, et que rien ne lui a manqué poor vérifier dans toute leur étendue ces paroles de rooo texte : IJic venitin testimonium. Écoutez-moi, je ne dirai rien qui ne soit tiré de l'Évangile même.

Je prétends d'abord que Jean-Baptiste a £ait à regard de Jésus-Christ l'office d'un témoin fidèle et désintéressé. La preuve en est incontestable; car voici , selon l'évangéliste, le témoignage que rendit cet homme de Dieu, lorsque les Juifs lui députèrent des prêtres et des lévites!, pour lui demander qui il était : Et hoc est testimonium Joannis ( JoA5., 1.) Que fit-il ? il ne délibéra point, il confessa de bonne foi, et il protesta non-seulement sans peine, mais avec joie, qu'il n était point le Christ: Et confessus est, et non negavit, et confessus est. Quia non sum ego Christus, (Id. ) Ils le pressent : Quoi donc, êtes-vous Elie? et il leur dit. Je ne le suis point : Non su7n. (Id.) Étes-vous prophète? il répondit. Non : t:t respondit, Non. (Id.) Mais qui êtes-vous , répliquèrent-ils , afin que nous puissions en rendre compte à ceux qui nous ont envoyés, que. dites-vous de vous-même? et c'est alors qu'il leur fit cette humble , mais héroïque déclaration : Ego vox clamantis (Id.); Je ne suis qu'une simple voix, qui crie, et qui annonce au monde la venue du Seigneur. Ah ! chrétiens, quel!.* fidélité! en vit-on jamais un plus bel exemple? Prenez garde, s'il vous plaît : les Juifs étaient disposés, si saint Jean l'eilt voulu, à le reconnaître pour leur Messie; c'est-à-dire pour leur libérateur et pour leur roi; et Jean, avec une droiture d'âme qui les étonne, renonce à cette dignité pour la conserver à Jésus-Christ: il n'avait qu'à dire une parole, il n'avait qu'à donner son consentement , et toute

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k synagogue serait venue en foule lui rendre hommage; mais il sait trop bien ce qu'il est, et à qui il est. Non , leur dit-il , mes frères , je ne suis point ee Messie que vous attendez; vous lui faites tort, et TOUS vous faites tort à vous-mêmes de le confondre avec moi : ce n'est point moi ; c'est un autre plus grand, plus fort, plus puissant que noî ; un autre à qui je ne suis pas digne de rendre les plus vils services ; c'est celui-là , mes frères, ^i est votre Christ et votre roi ; ne le cherchez piMnt dans ce désert , il est au milieu de vous et vous ne le connaissez pas : je n'en ai ni le mérite ni la sainteté, je suis un homme pécheur; et l'erreur la plus pernicieuse et la plus grossière où vous puissiez tomber, est de m'attribuer cette qualité de Messie, qui est infiniment au-dessus de moi, et ée tous les dons de grâce que je puis posséder. Encore une fois , y eut-il jamais un témoignage plus désintéressé et plus fidèle?

Concevez-le encore mieux par la réflexion que ûdt ici saint Chrysostôme, et dont sans doute vous serez touchés; la voici : Saint Jean , par une heureuse conformité de caractère, se trouvait si semblable à Jésus-Christ , qu'on le prenait souvent pour Jésus-Christ ; et Jésus-Christ , par la même raison, quoique Fils unique de Dieu, était si semblable à saint Jean , qu'au rapport de TÉvangile , on le prenait aussi souvent pour saint Jean. Car de là Tient qu'IIérode , apprenant les miracles que cet Homme-Dieu faisait dans la Judée , disait que c'était Jean-Baptiste qui ;était ressuscité : et de là vient que les pharisiens, voyant la vie toute céleste que Jean menait dans le désert, ne doutaient point qu'il ne fût le Christ , jusqu'à lui envoyer une ambassade pour le saluer comme Christ. Peut-on rien dire de plus glorieux à l'avantage de ce grand saint? oui, chrétiens : et quoi? c'est que Jean-Baptiste, étant pris pour le Christ , et passant pour l'être, déclara hautement qu'il ne l'était pas , et refusa , sans balancer, l'honneur qu'on lui voulait faire , pour avoir celui d*être fidèle à son Dieu ; car la fidélité de ce témoignage valut mieux pour lui que toute la gloire et tous les honneurs qu'il edt pu recevoir de la'synagogue. Mais admirez, chrétiens , les autres marques de cette fidélité : C'est pour cela , disent les Pères, que saint Jean, jusqu*à l'âge de trente ans, se tint caché dans le désert, sans vouloir converser avec les hommes , de peur que les hommes, déjà trop prévenus en sa faveur, ne s'attachas- Bent à lui , au préjudice du souverain attachement qu'ils devaient avoir et qu'il voulait leur inspirer pour Jésus-Christ. C'est pour cela que, encore que la main du Seigneur fût avec lui par une disposition particulière de la Providence, il ne fit jamais de miracles , de peur d'autoriser l'erreur où étaient les Juifs qm le regardaient comme le iMessie promis de

Dieu : car s'ils étaient prêts sans lui avoir vu faire aucun miracle, à le connaître pour le Messie , qu'auraient-ils fait s*ils l'avaient vu ressusciter les morts, et commander aux vents et à la mer? C'est pour cela qu'il ne parlait jamais de Jésus-Christ que dans les termes les plus magnifiques et les plus sublimes , et de soi-même , au contraire , qu'avec les sentiments de la plus profonde et de la plus parfaite humilité, prenant plaisir à s'abaisser pour exalter Jésus-Christ, disant de Jésus-Christ, Il faut qu'il croisse; et de soi-même. Il faut que je diminue ; témoignant que le comble de sa joie et l'accomplissement de ses désirs, était de voir Jé- Christ connu et adoré dans le monde. Ceux de mes auditeurs qui m'écoutent avec un esprit et un cœur chrétien, comprennent et goûtentceque jedis. Mais enfin, sisaint Jean, fidèle à son Dieu, refusa, comme il était juste , les honneurs dus au seul Messie, que n'acceptait-il ceux au moins qui lui convenaient , et que les Juifs, sans le flatter ni se tromper, lui déféraient? que n'avouait-il qu'il était prophète, puisqu'il l'était en effet? que ne confessait-il qu'il était Èlie, puisqu'il en avait l'esprit, et que c'était personnellement de lui que le Sauveur disait : Elias vent^ (Màbc, 9) , Élie est venu ; c'est-à-dire Jean- Baptiste, en qui Dieu fait revivre l'esprit d'Élie? Non, chrétiens, il ne consent à rien de tout cela; il ne veut être ni Élie, ni prophète, ni docteur, ni maître; il se contente d'être la voix de celui qui crie : Préparez leâ voies du Seigneur, Ego vox; pourquoi ? parce qu'il veut être tout au Seigneur, et rien à lui-même, parce que, comme la voix n'a point d'autre usage que d'exprimer la pensée et de la rendre sensible, aussi Jean-Baptiste n'a-t-il point d'autre vue ni d'autre fin que de faire connaître le Verbe de Dieu, en rendant témoignage à l'Bomme- Dieu : Hic venit iU testimonium perhiberet de iumine.

J'ai dit de plus que ce saint précurseur avait été , à l'égard du Sauveur du monde, un témoin pleinement instruit : car tout ce que nous savons de Jésus-Christ, et tout ce que nous devons en savoir, tout ce que la foi nous en révèle d'important et de nécessaire au salut, c'est Jean-Baptiste qui nous l'a enseigné le premier, par les différents témoignages qu'il a rendus à ce Dieu sauveur; et , en effet , c'est lui qui nous a fait connaître Jésus-Christ en qualité de Dieu-homme , en qualité de rédempteur, en qualité de sanctificateur des âmes , en qualité d'auteur de la grâce et des sacrements à quoi la grâce est attachée, en qualité de juste juge, qui récompense et qui punit; en un mot, dans toutes les qualités qui en ont fait un médiateur accompli : Tinduction en sera sensible , et n'aura rien pour vous de fatigant. Il nous a fait connaître Jésus-Christ comme Dieu-homme , quand il disait de lui : Post me venii

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vtr gui atUe me factus est, quia prior me erat ( JOÀN. , 1 ); Celui qui est venu après moi était avant moi. Car, pour raisoimer avec saint Augustin , si Jésus-Christ était avant saint Jean, ce ne pouvait être qu^en vertu de sa divinité; il était donc Dieu : s'il était après saint Jean , ce ne pouvait être qu'en vertu de son humanité; il était donc homme : s*il était tout ensemble avant et après saint Jean , ce ne pouvait être que selon les deux natures qui subsistaient en lui ; il était donc en même temps Dieu et homme. C'est ainsi que concluaient les Pères contre les ariens, les nestoriens et les eutychiens; ce témoignage seul de Jean-Baptiste , Po^^ me venit vir qui ante me factus est (Id. ), ayant dès les premiers siècles de TÉglise confondu tous les hérétiques qui combattaient le mystère de Tincarnation. Il nous Fa fuit connaître conmie rédempteur, quand il le montrait à ses disciples , en leur disant : Ecce agnm Dei; Voilà Fajzneau de Dieu qui doit être immolé comme une victime pour le salut des hommes : llcce qui tollit peccatum mundi (Id.); Voilà celui qui efface les péchés du monde : ce qu'il ajoutait, remarque saint Augustin, pour désabuser les Juifs de la fausse idée où ils étaient que ce Sauveur, si longtemps attendu et si ardemment désiré, devait seulement veinr pour les délivrer de leurs misères temporelles , et pour les affranchir de la domination des Romains ; au lieu qu'il venait pour \e& dégager de la tyrannie du démon et de la servitude du péché , et qu il n'était Sauveur que pour cela. Il nous l'a fait connaître comme sanctificateur des âmes, quand il allait préchant partout que c'est de la plénitude de Jésus-Christ que nous avons tous reçu les dons célestes : Et de plenitudine ejus nos omnes accepimus, (Id.) Il nous l'a fait connaître comme auteur de la grâce et des sacrements, a quoi la grûrc est attachée, quand il apprenait aux Juifs que Jésus-Christ avait établi un baptême bien plus salutaire et plus efficace que le sien, un baptême qui ne consistait pas simplement dans la cérémonie de l'eau , mais qui , par le feu de la charité et par l'opération du Saint-Esprit, purifiait tout l'homme pour en faire un sujet digne de Dieu : Ipse vos baptizabit in Spiritu sanctoetigni. (Luc. ,3.) Il nous l'a fait connaître comme juste juge , comme souverain rémunérateur, quand il assurait que Jésus-Christ viendra à la fin des siècles avec le van à la main pour séparer le bon grain d'avec la paille : Ou jus ventilabrum in manu ejus (Id.); c'est-àdire pour séparer les élus des réprouvés, et |)our rendre à chacun selon ses œuvres. Voilà en substance toute la théologie, qui se propose pour objet la personne ^crée de Jésus-Christ , et celte théologie , comme vous le voyez , est contenue dans les témoignages de saint Jean. Ah ! grand saint, de quoi ne vous sommes-nous pas redevables , après

que vous nous avez révélé de si hauts mystèrei;il que ne vous doit pas l'Église, puisque c'est par fooi qu'elle est entrée dans les trésors de la grÀoe tm minente et de la gloire de son divin époux?

Mais le témoignage que saint Jean rendit au Fils de Dieu , fut-il aussi convaincant et aussi irrépi^ diable qu'il était vrai? Oui , chrétiens, il éUit eoavaincant et irréprochable , et jamais les JuiOs opiniâtres, qui sont demeurés dans leur incrédalité, n'auront de légitime excuse, ni même de preteitt pour s'en défendre : car que pouvaient-ils répondre au reproche que leur faisait le Sauveur du monde? Jean-Baptiste est venu , leur disait-il ; vous ava eo de la vénération pour lui, vous l'avez respecté comme un prophète, comme un homme envo}'éde Dieu ; et cependant , lorsqu'il a rendu témoigoagi de moi , vous ne l'avez pas écouté. S'il s'était luimême déclaré votre roi et votre Messie, vous laoriez cru; car vous étiez déterminés à le reconnaître pour tel : et maintenant, parce qu'il vous a dit que c'est moi qui suis ce Messie promis dans la loi, vous ne le croyez pas. Un homme est-il moins digne de créance , quand il parle en faveur d'un autn, que quand il parle pour soi-même? Vous rauria cru dans sa propre cause , et vous ne le croyez pis dans la mienne; comment pouvez-vous soutenir une telle contradiction? Ce reproche, dis-je, fermait b bouche aux ennemis du Sauveur. Et quand il ajoutait, dans une juste indignation : Au reste, sadiez que les femmes prostituées et le^ publicains ont été en ceci plus sages que vous : car, malgré la corruption de leurs mœurs, ils se sont soumis à la parole de Jean-Baptiste; et vous qui cherchez tant à vous parer d'une fausse justice, vous vous obstinez à ne pas recevoir son témoignage : or c'est pour cela que ces pécheurs et ces pécheresses vous devanceront dans le royaume de Dieu. Quand il parlait ainsi aux pharisiens, il les confondait : pou^ quoi? parce qu'il leur opposait un témoignage qui les condamnait par eux-mêmes; savoir, le témoignage de saint Jean. En effet , ceux des Juifs qui furent fidèles k la grâce et qui crurent en Jésus- Christ , n'y crurent d'abord que sur le témoignage de son incomparable précurseur; ce témoignage faisait tant d'impression sur leurs esprits, qu'ils ne pouvaient y résister. 11 est vrai , saint Jean leur disait de Jésus-Christ des choses prodigieuses et inouïes : il leur disait que celui qui passait parmi eux pour le fils d'un artisan, était Fils de Dieu et égal à Dieu; qu'étant Dieu il s'était fait chair, et que, sans cesser d'être Dieu, il était devenu homme sujet à la mort : tout cela devait naturellement révolter leurs esprits; mais parce que saint Jean s'en faisait le garant , ils croyaient tout sur sa parole, et ils aimaient mieux, dit saint Chrysostome, captiver leur entendement, jusqu'à reeoc-

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laitre qu'un Dieu s'était humilié, s'était fait esdaye , s'était anéanti, que de penser en aucune sorte {ne Jean-Baptiste se fût trompé; estimant l'un plus iapossible que l'autre , c'est-à-dire se tenant plus i(hrs que Jean-Baptiste ne se trompait pas dans le émoignage qu'il rendait, qu'il ne leur semblait inroyable qu'un Dieu en fût venu jusqu'à cet excès liuiDÎliation et d'abaissement. Y eut-il jamais sur I terre un tel don de persuader et de convaincre? Je vais encore plus loin , chrétiens; il faut qu'un tooin ait de l'ardeur et du zèle pour la vérité dont rend témoignage. Ce zèle a-t-il manqué à saint san ? vous le savez , et en vain m'étendrais-je sur I point, puisqu'il est évident que tout le soin du [wïn précurseur a été de faire connaître Jésus-Christ, a le faire adorer, de le faire aimer, de lui procurer ans le monde l'honneur et le culte qui lui est dû , et 'apprendre aux hommes à le recevoir d'une manière ODveoable à sa dignité, mais surtout à sa sainteté. Ir, pour cela , il ne se contentait pas de montrer ux Juifs cet agneau de Dieu, comme l'espérance et a salut d'Israël ; mais il faisait retentir sa voix dans oui le désert, pour le prêcher hautement; mais, lor un succès merveilleux que Dieu donnait à sa parole, il attirait les bourgades, les villes entières, et es convertissait à Jésus-Christ ; mais quand il trourait des esprits rebelles et indociles, ne pouvant contenir son zèle, et animé d'un saint courroux, 1) s'élevait contre eux , il les traitait de serpents et de races de vipères, il les menaçait de la colère du ôel : Genimina viperarum, (Luc, 3.) Quel était donc le grand exercice et l'unique occupation de Jean-Baptiste ? de disposer les peuples à la venue de ^us-Christ; de les exhorter à la pénitence, parce que la pénitence est la voie qui doit nous conduire Ji Jésus-Christ ; de leur recommander surtout l'humilité, parce que c'est l'humilité qui nous rend cajiables de participer à la rédemption de Jésus-Christ. Parate viam Domini (Id) : Mes frères, leur répétait-il sans cesse, préparez les voies du Seigneur. ^oicî votre Dieu qui vient à vous dans l'état d'une bnmilité profonde; neparaissezpasdevant lui comme les collines et des montagnes, c'est-à-dire coninte les hommes superbes et orgueilleux. Pour rendre ^s voies du Seigneur droites et unies, soyez petits „YOS yeux, soyez humbles , et défaites-vous de cette •ropre estime et de cet amour-propre qui vous enlent. Ainsi leur parlait-il, faisant l'oflice de témoin, kiois le faisant en apôtre. Voilà pourquoi ce grand ^int n'eut point de désir plus ardent que de ga- ^er des disciples à Jésus-Christ ; voilà pourquoi , Mn content de lui en former de nouveaux , il lui lonnait même les siens. Allez, leur disait- il , mes sliers enfants , je ne suis plus votre maître ; le grand ^oattre est venu ; c'est le vôtre et c'est le mien : ne Pensez plus désormais à moi. C'est à celui-là qu'il

faut vous attacher : il a les paroles de la vie éternelle. Allez le trouver, demandez-lui s'il n'est pas ce désiré de toutes les nations , que nous attendons depuis si longtemps, et vous verrez comme il vous répondra par ses miracles. Quel zèle, chrétiens, pour la gloire de Jésus-Christ! Voulez-vous un abrégé de toute la vie de saint Jean? en deux mots , le voici : il est venu, dit saint Luc, comme un second Élie; et avec une ardeur infatigable , il a travaillé à la conversion des cœurs ; il a réuni les pères avec les enfants ; il a rappelé les désobéissants et les incrédules à la prudence des justes : et pourquoi tout cela? pour préparer à Jésus-Christ un peuple parfait : Parare Domino plebemper/ectam. (Luc, 1.) Voilà ce que j'appelle un témoin zélé. EnGn, ce fut un témoin constant, puisque, depuis sa conception jusqu'à sa mort, il n'a point cessé de remplir son ministère : car ne pensez pas qu'il ait attendu jusqu'au temps de sa prédication pour rendre témoignage au Sauveur du monde; dès le sein de sa mère il avait déjà commencé. Ce tressaillement que ressentit Elisabeth , trois mois avant la naissance de ce Gis si cher et donné de Dieu; cette joie dont il fut saisi et qu'il fit sensiblement paraître, ce furent les premiers témoignages qu'il rendit à son Dieu : Fervens nuncius , s'écrie saint Pierre Chrysologue, qui ante cœpit nxmtlare Christum, quam vivere! (Chbysol.) 0 le fervent témoin! dit ce Père, qui eut Tavantage d'annoncer Jésus-Christ avant que de vivre! Mais ce témoignage précoce, pour ainsi dire, n'était qu'un essai de tous les autres témoignages que saint Jean-Baptiste devait porter en faveur du Fils de Dieu; ce qu'il avait commencé miraculeusement avant sa naissance, il le continua pendant tout le cours de sa vie ; et comme il avait vécu en témoin de Jésus-Christ, il voulut mourir de même : car mourir pour la justice et pour la vérité, mourir en reprochant aux grands du monde leur iniquité, mourir en instruisani Hérode de ses devoirs, mourir en faisant respecter jusque dans la cour, la sainte liberté d'un prophète qui parle pour la cause de Dieu , n'est-ce pas mourir en témoin de Jésus-Christ? Ainsi Jean-Baptiste a-t-il été constant dans son témoignage, puisqu'il l'a rendu dès son entrée au monde, puisqu'il l'a rendu jusqu'au dernier moment de sa vie, puisqu'il l'a rendu par ses paroles , puisqu'il l'a rendu par ses actions, puisqu'ill'a rendu par ses souffrances , puisqu'il Ta rendu par son martyre et par sa mort , et que partout il a vérifié ce qui était écrit de lui : Hic venit in testimonium , ut testimonium perhiberet de lumine.

Excellent modèle que Dieu nous présente aujourd'hui , et qui doit faire le sujet de nos plus sérieuses réflexions. Je m'explique : nous tous qui faisons profession du christianisme, nous devons

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vir qm ante me factus est, quia prior me erat ( JOAN. , 1 ); Celui qui est venu après moi était avant moi. Car, pour raisoimer avec saint Augustin, si Jésus-Christ était avant saint Jean, ce ne pouvait être qu'en vertu de sa divinité; il était donc Dieu : s'il était après saint Jean, ce ne pouvait être qu'en vertu de son humanité; il était donc homme : s'il était tout ensemble avant et après saint Jean , ce ne pouvait être que selon les deux natures qui subsistaient en lui ; il était donc en même temps Dieu et homme. C'est ainsi que concluaient les Pères contre les ariens , les nestoriens et les eutychiens ; ce témoignage seul de Jean-Baptiste, P05/ me venit vir qui ante me factus est (Id. ), ayant dès les premiers siècles de l'Église confondu tous les hérétiques qui combattaient le mystère de l'incarnation. Il nous l'a fuit connaître comme rédempteur, quand il le montrait à ses disciples , en leur disant : Ecce agnus Dei; Voilà l'agneau de Dieu qui doit être im- »iolé comme une victime pour le salut des hommes : Jlcce qui toUit peccatum mundi (Id.) ; Voilà celui qui efface les péchés du monde : ce qu'il ajoutait, remarque saint Augustin, pour désabuser les Juifs de la fausse idée où ils étaient que ce Sauveur, si longtemps attendu et si ardemment désiré, devait seulement venir pour les délivrer de leurs misères temporelles, et pour les affranchir de la domination des Romains ; au lieu qu'il venait pour les dégager de la tyrannie du démon et de la servitude du péché , et qu'il n'était Sauveur que pour cela. 11 nous l'a fait connaître comme sanctificateur des âmes, quand il allait prêchant partout que c'est de la plénitude de Jésus-Christ que nous avons tous reçu les dons célestes : Et de pienitudine ejus nos omnes accepimus, (Id.) Il nous l'a fait connaître comme auteur de la grâce et des sacrements, a quoi la grâce est attachée, quand il apprenait aux Juifs que Jésus-Christ avait établi un baptême bien plus salutaire et plus efGcace que le sien, un baptême qui ne consistait pas simplement dans la cérémonie de l'eau , mais qui , par le feu de la charité et par l'opération du Saint-Esprit, puriGait tout l'homme pour en faire un sujet digne de Dieu : Ipse vos baptizabU in Spiritu sanctoetigni, (Luc. , 3.) Il nous l'a fait connaître comme juste juge , comme souverain rémunérateur, quand il assurait que Jésus-Christ viendra à la Gn des siècles avec le van à la main pour séparer le bon grain d'avec la paille : Cujus ventilabrum in manu ejus (Id.); c'est-àdire pour séparer les élus des réprouvés , et pour rendre à chacun selon ses œuvres. Voilà en substance toute la théologie , qui se propose pour objet la personne ycrée de Jésus-Christ , et cette théologie , comme vous le voyez , est contenue dans les témoignages de saint Jean. Ah ! grand saint, de quoi ne vous sommes-nous pas redevables, après

que vous nous avez révélé de si hauts mystères; d que ne vous doit pas l'Église, puisque c'est par vou qu'elle est entrée dans les trésors de la grâce suréminente et de la gloire de son divin époux?

Mais le témoignage que saint Jean rendit au Fib de Dieu , fut-il aussi convaincant et aussi irréprochable qu'il était vrai.' Oui , chrétiens, il était convaincant et irréprochable , et jamais les Juifs opiniâtres, qui sont demeurés dans leur incrédulité, n'auront de légitime excuse, ni même de prétexte pour s'en défendre : car que pouvaient-ils répondre au reproche que leur faisait le Sauveur du monde? Jean-Baptiste est venu , leur disait-il; vous avez ea de la vénération pour lui, vous l'avez respeelé comme un prophète, comme un homme envoyé de Dieu ; et cependant , lorsqu'il a rendu témoignage de moi , vous ne l'avez pas écouté. S'il s'était luimême déclaré votre roi et votre Messie, vous l'auriez cru ; car vous étiez déterminés à le reconnaître pour tel : et maintenant, parce qu'il vous a dit que c'est moi qui suis ce Messie promis dans la loi, vous ne le croyez pas. Un homme est-il moins digne de créance , quand il parle en faveur d'un autre, que quand il parle pour soi-même? Vous rauriei cru dans sa propre cause , et vous ne le croyez pis dans la mienne ; comment pouvez-vous soutenir ooe telle contradiction? Ce reproche, dis-je, fermait k bouche aux ennemis du Sauveur. Et quand il ajoutait, dans une juste indignation : Au reste, sacbei que les femmes prostituées et les publicains ont été en ceci plus sages que vous : car, malgré la corruption de leurs mœurs, ils se sont soumis àk parole de Jean-Baptiste; et vous qui cherchez tant à vous parer d'une fausse justice, vons vous ol»9> tinez à ne pas recevoir son témoignage : or e'etf pour cela que ces pécheurs et ces pécheresses vous devanceront dans le royaume de Dieu. Quand il parlait ainsi aux pharisiens, il les confondait : pou^ quoi? parce qu'il leur opposait un témoignage qd les condamnait par eux-mêmes; savoir, le témoignage de saint Jean. En effet , ceux des Juifs q« furent Gdèles à la grâce et qui crurent en Jésus- Christ , n'y crurent d'abord que sur le témoignage de son incomparable précurseur; ce témoignage faisait tant d'impression sur leurs esprits, qu'ils ne pouvaient y résister. Il est vrai, saint Jean leur disait de Jésus-Christ des choses prodigieuses et inouïes : il leur disait que celui qui passait parmi eux pour le Gis d'un artisan, était Fils de Dieu et égal à Dieu; qu'étant Dieu il s'était fait chair, et que, sans cesser d'être Dieu, il était devenu homme sujet à la mort : tout cela devait naturellement révolter leurs esprits ; mais parce que saint Jean s'en faisait le garant , ils croyaient tout sur sa parole, et ils aimaient mieux, dit saint Chrysos* tome, captiver leur entendement, jusqu'à reeoo*

POUB LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE

Jésus-Christ en faveur de saint Jean :

de la seconde partie.

nous n'agissons jamais sur ce grand principe de snint Pau], que nous ne sommes plus à nous-mêmes, mais à celui qui nous a rachetés. Des témoins zélés, pour soutenir, en mille occasions qui se présentent, la cause de Jésus-Christ; et la soutenir, contre qui? contre Pimpiété, contre le libertinage, contre le vice qui sont proprement ces races de vipères à la malignité desquelles la force et TefOcace de notre sèle doit s'opposer ; étant comme nous devons Tétre bien persuadés que^ parmi les mauvais chrétiens, cet Homme-Dieu n'a pas des ennemis moins dangereux qu'il en avait parmi les Juifs , et que c'est à nous, comme héritiers du zèle de saint Jean- Baptiste, de combattre ces ennemis, de les réprimer et de les confondre. Que si en cela nous sommes lâches, si le respect humain nous ferme la bouche , si la crainte de déplaire au monde nous rend timides; si, à force de vouloir être prudents, nous devenons prévaricateurs; si , au lieu de nous élever contre le scandale , nous nous contentons d*en gémir; si, par nos ménagements et nos tolérances, nous le fomentons; si nous nous taisons où il fau- «dralt parler, et si nous dissimulons où il faudrait agir , dès là nous sommes indignes d'être à Jésus- Christ , et Jésus-Christ ne nous reconnaît plus. Des témoins irréprochables, qui ne détruisions pas d'une part ce que nous prétendons établir de l'autre, qui soyons à l'épreuve de la censure , et qui , par certains endroits, n'affaiblissions pas le témoignage que Jésus-Christ d'ailleurs reçoit de nous ; nous souvenant de ravis de saint Bernard , que le monde est trop éclairé pour que nous puissions aisément lui en imposer; que, quelque soin que nous prenions de nous cacher, il découvrira notre faible, et qu'il ne manquera pas de nous l'objecter ; qu'un seul point qui le scandalisera dans nous, empêchera à son égard tout l'effet des vertus les plus exemplaires que nous pourrions pratiquer; et, qu'à moins d'être irrépréhensibles, dans le sens que Tentend saint Paul, nous sommes incapables d*êtreles témoins de Jésus-Christ. Enfin, des témoins constants, pour tenir ferme et pour ne nous point relâcher dans les persécutions que l'enfer nous suscitera; pour supporter avec patience les contradictions des hommes , pour résister à nos propres faiblesses et pour vivre et mourir, selon l'exemple de saint Jean, en rendant témoignage à ce Seigneur, qui veut spécialement être honoré par notre persévérance. Voilà, mes chers auditeurs, ce que nous devons être. Mais c'est àvous, ô mon Dieu, de faire, par votre grâce toute-puissante, que nous soyons tels, comme c'est à nous de coopérer à cette grâce pour arriver à cette perfection : c'est à vous à nous imprimer ces caractères et à nous de vous présenter des cœurs qui en soient susceptibles. Vous avez vu, chrétiens , le témoignage de saint Jean en faveur de Jésus-Christ; voyez le témoignage de

c'est le sujet

C'est une question qui se présente naturellement à l'esprit , savoir lequel des deux fut plus avantageux à Jean-Baptiste , ou de ce qu'il servit de témoin au Fils de Dieu , ou de ce que le Fils de Dieu lui servit lui-même de témoin , et je prétends qu'on peut bien appliquer ici ce que disait saint Augustin , lorsque, faisant le parallèle des deux apôtres de Jésus-Christ, saint Pierre et saint Jean l'évangéliste , il demandait qui des deux avait eu une destinée plus souhaitable et plus digne d'envie : ou saint Pierre, qui, selon le rapport de TÉvangile , semblait avoir aimé son maître plus ardemment ; ou saint Jean , qui , comme disciple favori, en avait été plus tendrement aimé : car ce saint docteur répondit qu'à juger de l'un et de l'autre pai: les règles de la religion , il y avait eu plus de mérite à aimer comme saint Pierre, mais qu'il y avait eu plus de bonheur et plus de faveur à être aimé comme saint Jean ; et qu'ainsi la comparaison ne pouvait être qu'à l'avantage des deux, parce que, si saint Jean avait eu au-dessus de saint Pierre la préférence de la tendresse et la prédilection de Jésus- Christ, saint Pierre l'avait emporté sur saint Jean par la ferveur et le zèle qu'il avait témoigné pour Jésus-Christ. Il m'a paru, dis-je, que cette décision de saint Augustin convenait parfaitement à la question que je me suis proposée touchant le divin précurseur saint Jean-Baptiste; car en voici la juste application : avoir servi de témoin au Fils de Dieu, c'est ce qui a fait le mérite de ce grand saint; mais avoir eu pour témoin le Fils de Dieu même, c'est ce qui a fait son bonheur et sa gloire; et je vais vous montrer que cette gloire a été la récompense et le couronnement de son mérite, comme il est vrai que son mérite a été le fondement et le principe de cette gloire. £coutez-moi; il n'y aura rien en tout ceci qui ne vous instruise et qui ne vous édifie.

Ne vous étonnez pas, chrétiens, que le Sauveur du monde, par une espèce de reconnaissance, ait bien voulu rendre témoignage à saint Jean , et servir de témoin à son témoin même ; c'était, dit saint Chrysologue, pour vérifier dès lors, et pour accomplir par avance cette promesse si solennelle et si authentique : Qui cor\fitebitur me coram hominibus, confitebor et ego eum eoram Pâtre meo (Matth. , 10); Quiconque me confessera et me reconnaîtra devant \es hommes , je le reconnaîtrai devant mon Père et devant les anges , au jour de mon dernier avènement ; ainsi l'assurait le Fils de Dieu , parlant des justes en général : mais à l'égard de Jean-Baptiste, il a encore plus fait; car sans attendre la fin des siècles , il lui a servi de témoin dès cette Tie.

POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTBTE

il Ta reconnu , il l*a gloriflé en toutes les manières. Je m'explique : qu*a fait le Sauveur du monde pour honorer son précurseur ? il a rendu témoignage à la grandeur de sa personne, il a rendu témoignage à la dignité de son ministère, il a rendu témoignage à Texcellence de sa prédication , il a rendu témoignage à Teflicace de son baptême, il a rendu témoignage à la sainteté de sa vie et à Taustérité de sa pénitence : tout cela, autant d'éloges sortis de la bou* che du Fils de Dieu même, en faveur de saint Jean : pesez-les , mes chers auditeurs , et admirez-les.

Non, jamais homme ne s'est attiré, et n'a reçu tout à la fois tant d'honorables témoignages que saint Jean-Baptiste. Cest ce que nous apprend l'évangile de ce jour; car nous y voyons les anges et les hommes, par une espèce de concert, occupés à l'exalter. Des hommes, au premier bruit de sa naissance , sont déjà dans le ravissement, et manquent, ce semble, de termes pour exprimer les hautes idées qu'ils conçoivent de sa personne ; ils se demandent les uns aux autres, Qids, putas, puer iste eritf (Luc, 1) Que pensez-vous que sera un jour cet enfant? comme s'ils disaient : Voici un enfant en qui la nature et la grâce ont déployé tous leurs trésors, un enfant de bénédiction, un enfant de prodiges et de miracles. Déjà, tout enfant qu'il est, la main du Seigneur, c'est-à-dire la puissance et la force de Dieu est avec lui ; déjà il a délié la langue de son père Zacharie , déjà il a rendu féconde la stérilité de sa mère Elisabeth; mais s'il a fait en naissant tant de merveilles, que fera-t-il dans le progrès de sa vie? s'il est si grand dans son berceau , que sera-ce quand , avec l'âge, il aura atteint la perfection d'une vertu consommée? c'est un secret, ajoutent-ils, que nous nous contentons de révérer, et qu'il ne nous est pas possible de pénétrer : Etposiierunt omnes qui audUerunt, in corde suo, dicentes : Quis, putas, puer iste eriL (Id.) Après avoir entendu toutes ces merveilles, ils les conservent dans leur cœur, et ils demeurent dans le silence, parce qu'ils ne croient pas pouvoir s'en expliquer assez dignement. Mais voici un ange qui vient suppléer à leur défaut : un ange député de Dieu : c'est Gabriel qui vient résoudre leur doute , et leur apprendre clairement et distinctement ce qu'ils doivent penser de la personne de Jean. Vous êtes en peine de savoir ce que sera un jour cet enfant, et moi , dit l'ange , je vous déclare qu'il sera grand devant le Seigneur : Erit magnus coram Domino. (Id.) Témoignage , chrétiens , qui suffisait pour canoniser le précurseur de Jésus-Christ : car être grand devant les hommes , ce n'est rien ; être grand devant les princes et les rois , qui sont les dieux de la terre , c'est peu , puisque ces dieux de la terre sont eux-mêmes très-petits ; mais être grand devant le Seigneur , comme Jeun-Baptiste, c'est être vraiment grand, c'est être

solidement grand, c'est être absolument grand, parce que c'est être grand devant celui qui est nonseulement la grandeur même, mais la soorceetla mesure de toutes les grandeurs : Erit magwu co* ram Domino, En effet, tout est petit devant Dieu, et les plus hautes puissances de l'univers ne sont, en présence de cette majesté divine, que des atomes et des néants : Et svbstanUa mea tanquani mhi- Iwn ante te. (Psal. 38.) Mais pour saint Jean, il est quelque chose, et quelque chose de grand d^ vant Dieu même : Magnus coram Domino. Coqcluez de là quel est donc le caractère de sa personne , et le degré de sa grandeur. Je me trompe, chrétiens, ne le concluez pas encore de là; c'est d'un autre témoin , c'est de Jésus-Christ qu'il faut que vous l'appreniez : car il n'appartenait qu'à lui de nous donner une juste idée de la personne de Jean-Baptiste. Les hommes n'en ont pu rien dire; l'ange , quoique ministre du Seigneur , n'en a pas dit assez ; mais le Fils de Dieu couronnera tout par son témoignage; et que dira-t-il? une parole qui renferme ou plutôt qui surpasse tous les éloges. Jmen dico vobis , non surrexit inter natos muHerum major Joanne Baptista, (Matth., 11. } Oui,' je vous dis en vérité , qu'entre tous les enfants des hommes , il n'y en a point de plus grand que Jeao- Baptiste. Voilà, mes chers auditeurs, le comble de la grandeur : car être grand même devant Dieu, c'était, après tout, une louange qui convenait à plusieurs autres saints ; mais être si grand qu'entre tous les enfants des hommes il n'y en a point eu de plus grand, c'est la louange particulière etFavantage de saint Jean. Sur cela les pères et les interprètes sont partagés : les uns veulent que Jean n'ait été le plus grand qu'entre les saints de l'ancienne loi; et les autres, qu'il n'y en ait point eu de plus grand que lui, même entre les saints de la loi de grâce. Quoi qu'il en soit, c'est de lui, et de lui seul que le Sauveur a dit : Non surrexit voter natos mtrlierummajor. Voilà l'oracle de la vérité, à quoi, sans rien examiner de plus, nous devons nous en tenir, et voilà le premier témoignage que le Fils de Dieu rendit à la personne de saint Jean.

J'ai dit qu'il en avait rendu un autre à la dignité de son ministère : comment cela ? le voici. L'office important et le ministère essentiel de Jean-Baptiste, fut d'être le précurseur de Jésus-Christ ; mais cet ofGce de précurseur était si relevé aunlessus de tous les autres ministères où les hommes jusque-là avaient été employés, que, sans le témoignage de Jésus- Christ, nous ne l'aurions jamais compris. Prenes garde , s'il vous plaît. Les Juifs reconnaissaient saint Jean pour un prophète, et ils eq jugeaient bien, car il l'était; mais ils le croyaient simplement prophète, et en cela ils se trompaient, car il était quelque chose de plus. Etiam dico vobis, et pha

POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE

fMam prophetam{ Matth., 11) : Oui, leur disait le fils de Dieu, il est prophète et plus que prophète. Pourquoi , demande saint Jérôme , plus que prophète? parce que les prophètes n^avaient annoncé le Messie que dans Tavenir, au lieu que Jean-Baptiste annonçait qu'il était venu; parce que les prophètes n^avaient vu les choses que de loin et dans Tobscurite , au lieu que saint Jean les voyait clairement ^ en elles-mêmes. Sans autre raison que celle-là , on atait droit de le mettre au-dessus de tous les prophètes, et de rappeler plus que prophète; mais la prééminence de son ministère était fondée sur un titre encore plus digne de nos réflexions; : Etiam dleo vobiSj et plus quam prophelam. Hic est enim dé quo scriptum est : Ecce ego mUto angelum meum çtdprœparabU viam tuam ante te (Id.) : Il est plus que prophète, ajoutait le Sauveur du monde, parce que c'est celui dont le Père éternel a dit à son Fils : Voici mon ange que j'enverrai devant vous poar vous préparer la voie. En effet, préparer la ▼oie à un Dieu, et être le précurseur d'un Dieu, c'était faire l'office d'un ange , et les anges du premier ordre se seraient tenus honorés de cette commission; mais cette commission est réservée à Jean , et il était proprement l'ange de Jésus-Christ. Or être l'ange de Jésus-Christ, c'était quelque chose sans doute de plus honorable que d'être un ange du commun : car les anges du commun , quoique ambassadeurs de Dieu , n'ont point d'autre ministère que de veiller à la conduite des hommes ; mais le ministère de Jean-Baptiste regardait immédiatement la personne de Jésus-Christ puisqu'il n'était envoyé an monde que pour Jésus-Christ : Ecce ego mitto angelwn meuni ante faciem tuam. (Id. ) Ah! chrétiens, esMl rien de plus sublime, et qui doive nous inspirer plus de vénération pour ce grand saint? c'était l'ange de notre Dieu ; il a&it dans le mystère de l'incarnation le même office que Fange envoyé à Marie de la part de Dieu ; et en vertu de sa mission , il a rendu à Jésus-Christ, comme précurseur, des services plus importants et plus nécessaires que jamais les anges n'en ont pu rendre à cet Homme-Dieu. Encore une fois , ministère tout angélique, ou plutôt ministère tout divin, que Jésus-Christ a voulu honorer de son témoignage.

Ajoutez-y ce qui doit en être la conséquence naturelle, je veux dire le témoignage que le Sauveur du monde rendit à la prédication de saint Jean. Vous le savez : toute Texcellence de la prédication consiste en deux points , à éclairer et à toucher, à instruire et à émouvoir; mais il est rare de trouver l'un et l'autre ensemble : car il arrive tous les jours qu'entre ceux qui sont destinés , et qui ont même reçu des talents du ciel pour être les dispensateurs de la parole de Dieu, les plus fervents et les plus zélés ne sont pas les mieux pourvus de science et de lu-

•OCRDALOUE. — T. U.

mières; et que les plus intelligents et les plus habiles ne sont pas ordinairement ceux qui ont le plus de zèle et d'ardeur. Les uns éclairent , mais ne touchent pas; les autres touchent, mais n'instruisent pas : au lieu que Jean-Baptiste, selon le témoignage de Jésus-Christ, excellait également dans tous les deux : lUe erat lucema ardens et lucens. ( Joan. , 5.) Vous l'avez vu , disait aux Juifs ce Dieu sauveur, et vous l'avez admiré. C'était un flambeau qui éclairait, toute la Judée; mais c'était un flambeau ardent et luisant : luisant pour dissiper toutes les ténèbres de l'infidélité du siècle; et ardent pour embraser tous les cœurs du divin amour. Il a prêché parmi vous avec tout l'esprit et toute la vertu d'Élie : In spirUu et virtute Elise. (Luc. , 1 . ) L'esprit sans la vertu , ou la vertu sans l'esprit n'auraient pas sufQ ; mais ayant possédé éminenuaent l'un et l'autre, c'a été un prédicateur parfait. Que restait-il , chrétiens, après des témoignages si illustres? Encore un moment de votre attention; je n'en abuserai pas.

Il s'agissait d'autoriser le baptême de saint Jean ; et c'est ce qu'a fait Jésus-Christ par un quatrième témoignage, qui ne mérite pas moins que les autres d'entrer dans l'éloge de ce glorieux précurseur. Jean baptisait dans le Jourdain tous ceux qui venaient à lui; mais comme ce baptême était nouveau , les Pharisiens et les partisans de la synagogue en jugeaient diversement. Quelques-uns l'approuvaient, d'autres le blâmaient; ceux-ci Testimaient bon et profitable, ceux-là le rejetaient comme superstitieux et inutile. On demandait à saint Jean en vertu de quoi il s'attribuait la puis* sance de baptiser, puisqu'il n'était pas le Christ : Quidergo baptizas, si tunon es Christusf (Joan. , i .) Mais pour montrer que cette puissance lui convenait, le Sauveur des hommes rend hautement témoignage de la validité et de l'effîcace du l>aptême de Jean ; et quel témoignage ? le plus éclatant , mais aussi de la part de Dieu le plus surprenant; car tout Dieu qu'il est , il reçoit ce baptême de la pénitence qui disposait alors les hommes à la Témission des péchés et au baptême de la loi de grâce. C'est dans ce dessein qu'il vient de la Galilée an Jourdain , et qu'il se présente à saint Jean pour être baptisé ; c'est , dis-je , afin de convaincre par là tous les esprits que le baptême de Jean est donc un baptême salutaire; qu'il est saint, et qu'il est de Dieu, puisque lui, qui est le Fils de Dieu, en veut bien user. Mais , Seigneur, que faites-vous , s'écrie Jean- Baptiste , touché et confus d'une humilité si profonde; que faites-vous, et avez-vous oublié ce que vous êtes et ce que je suis ? c'est moi qui dois être baptisé par vous , et vous venez à moi ! Ne craignez-vous point , en vous abaissant jusque-là , d'obscurcir votre gloire, et qu'on n'en tire des oonsé-

POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE

quences au préjudice de votre sainteté? Sine modo , lui répond le Fils de Dieu , sic enim decet nos implere omnemjustitiam (Matth. , 3 ) ; Laissez-moi faire pour cette heure , car c'est ainsi qu'il faut que nous accomplissions toute justice. Vous m'avez rendu témoignage , je vais vous le rendre à mon tour; et pour apprendre à tout le monde que votre baptême vient du ciel , moi qui suis descendu du ciel , j'en veux bien faire l'épreuve dans ma personne. Quoique ce soit le baptême de la pénitence, moi qui suis l'innocence même , je veux bien m'y soumettre ; et quoiqu'on m'y soumettant je paraisse inférieur à vous sans l'être, je ne dédaigne point de le paraître, pourvu que je persuade aux hommes que la pénitence à laquelle ce baptême les engage, est la seule voie qui peut les conduire au salut et à la véritable rédemption. N'est-il pas vrai, mes chers auditeurs, qu'il n'appartient qu'à Dieu de savoir honorer ses saints?

Finissons par le dernier, mais le plus essentiel de tous les témoignages que Jésus-Christ ait rendus à son précurseur, en publiant la sainteté de Jean , l'innocence de ses mœurs et l'austérité de sa pénitence. Où le trouvons-nous, ce témoignage? Au chapitre onzième de saint Matthieu ; car c'est là qu'il est dit que notre adorable Sauveur s'entretenant avec le peuple, et instruisant les Juifs qui l'écoutaient, leur parlait ainsi : Qu'êtes-vous allés voir dans le désert ? Quid existis in desertwn videre f (Matth. ,11.) Vous y avez vu Jean-Baptiste ; hé bien! qu'en dites- vous? avez- vous cru voir en lui un roseau agité du vent, c'est-à-dire un esprit léger et sans consistance, qui suit le mouvement de ses passions , qui plie sous l'adversité , qui s'évanouit dans la prospérité, qui succombe à la crain* te, que la vue de plaire, ou que l'intérêt ébranle; qui cède à tout et qui ne résiste à rien : Arundinem vento agttcUamf ( Id. ) Non Jean n'est point un homme de cette trempe; c'est un cœur ferme et inébranlable dans le parti de Dieu; c'est une âme solide et à l'épreuve de toutes les tentations du monde ; c'est un esprit supérieur à tout ce que la faiblesse humaine peut former d'obstacles dans l'accomplissement des devoirs les plus difQciles, et qui demandent une vortu plus héroïque : en voilà le caractère. Mais encore , qu'avez-vous vu dans le désert? y avez-vous trouvé un homme vêtu avec mollesse, un homme voluptueux, attaché à ses commodités , aimant les douceurs de la vie , esclave de son corps et de ses sens? Sed quid existis videre? hominem molUbus vestUumf {Matth. ,11.) Au contraire , vous avez vu un homme crucifié pour le monde, un homme mort à tous les plaisirs du monde , un homme ennemi de son corps , an homme épuisé d'abstinences et de jeûnes , un homme oouvert d'un rude cilîce : telle est la forme de vie dont

Jean-Baptiste est venu servir de modèle. Qui parle ainsi , chrétiens ? le Fils de Dieu , lequel rend témoignage de la sainteté de son précurseur; et qui n'allègue pour cela ni les révélations, ni les extases, ni le don des miracles et des guérisons, ni l'esprit de prophétie, ni toutes les autres grâces éclatantes dont saint Jean était rempli , mais qui fait consister cette sainteté dans une vie pénitente et mortifiée, dans la haine de soi-même , dans le crucifiement de la chair, surtout dans la constance et la formeté. Arrêtons-nous là, mes chers auditeurs; voilà ce que je vous laisse à méditer, et ce qui doit être pour vous et pour moi le fruit de ce discours. Je vous l'ai dit, et je vous le dis encore, que si Jésus- Christ ne nous reconnaît devant son père, et ne rend témoignage en notre faveur, comme il l'a rendu en faveur de Jean-Baptiste, nous ne serons jamais du nombre de ses prédestinés et de ses élus. Il £iut, pour être juste dans cette vie, que nous ayons le témoignage de Dieu en nous : Qui crédit, kabet testimonium Dei in se ( Joan. , 5) ; et j'ajoute qoe. pour être glorifié dans l'autre, il faut que nous ayons le témoignage de Jésus-Christ pour nous. Or jamais Jésus-Christ ne nous rendra ce témoignage favorable dont dépend notre salut étemel, si noas ne sommes fermes comme saint Jean dans ^ob8e^ vation de la loi de Dieu, et si nous n'entrons dam cette sainte voie de la pénitence et de la mortifiotion où a marché le saint précurseur. Pourquoi cela ? parce que Jésus-Christ ne rendra témoignage qu'en faveur de ceux qui auront eu soin de se eonformer à lui. Or, nous ne pouvons nous oonfonner à Jésus-Christ que par cet esprit de pénitence, » compagne et soutenu d'une inviolable persévéranee; par conséquent le témoignage de cet Homme-Diei nous est indispensablement nécessaire. Il le donne aujourd'hui au plus saint des hommes , qui est Jeu- Baptiste ; mais il ne le<donne que fondé sur ces den chefs, de l'austérité de sa vie, et de la solidité è sa vertu. Il n'est pas croyable que nous robtemoH à des conditions plus douces , ni qu'il ait pour nom des lois de providence moins sévères et plus eo» modes. Savez- vous donc, chrétiens, ce que nom avons à craindre? c'est que Jésus-Christ, dans le jugement dernier, au lieu de rendre témoigeage pour nous, ne le rende contre nous; et qu'au Kei que son témoignage, s'il nous était favorable, mettrait le sceau à notre justification et à notre prédestination , il ne fasse notre condamnation et notn réprobation. Si jamais cet affreux malheur oons arrivait, par où Jésus-Christ fortifiera-t-il son témoignage contre nous? par l'exemple de saint Je«, par la pénitence de saint Jean , par la retraite de saint Jean, en un mot, par l'énorme et monstmeott j opposition qui paraîtra entre la conduite de h pis* part des chrétiens et celle de saint Jean.

POUR LA FÊT£ DE SALNT PIERRE.

Car comment nous sauverons-nous de cette eontradk^ion, et qu'aurons-nous à y répondre ? Jean , rampli du Saint-Esprit et sanctifié même avant sa naissance , n*a pas laissé d'embrasser une vie austère et pénitente; et moi qui suis pécheur, chargé devant Dieu du poids de mes iniquités , je veux mener une vie aisée et douce. Jean , dans la plus parfidte innocence , n'a pas laissé de mater sa chair par le jeûne et le cilice ; et moi j'épargne la mienne qpi est une chair de péché. Jean, à l'épreuve de toutes les tentations du monde, n'a pas laissé de fiiir le monde; et moi qui suis la faiblesse même, je m'expose à tous les dangers du monde. Voilà , dis-je , mes chers auditeurs , ce que saint Jean nous reprochera au tribunal de Dieu : car après avoir été témoin de Jésus-Christ dans le premier avènement de ce Dieu Sauveur, il viendra encore dans le second , et sera appelé en témoignage contre les lâches chrétiens : Hic venitin testimonium. ( Joân., 1.) Oui , il viendra , pon plus pour servir de ténooin à là lumière, mais pour servir de témoin contre l'iniquité. Ce sacré chef que vous conservez comme UD précieux dépôt; ce chef dont la vue confondit rimpie Hérode , et le fit trembler jusque sur le trône ; ce dief muet maintenant depuis qu'une mort sanglante lui a ôté l'usage de la voix , mais alors rappelé à la vie et plus éloquent que jamais , fera sortir de sa bouche des paroles foudroyantes qui attéreront les pécheurs. Ah! grand saint, parlerez-vous donc contre ce peuple qui vous est spécialement dévoué? il vous honore et il vous invoque comme son protecteur; en deviendrez-vous Paccusateur et le juge? obtenez-lui ces grâces de conversion, ces grâces de sanctification qui le remettront dans la voie du salut que vous nous avez enseignée; surtout faites-lui bien comprendre ce fameux oracle, que , depuis le temps où vous avez vécu sur la terre , le royaume du ciel ne s'emporte que par violence : J diebui Joannis BapHstœ regnum cœlorum vim |NKfi/«r. (Mâtth.,11.)

Du reste , chrétiens , parlant devant un prélat que je considère ici, non-seulement comme l'évoque et le pasteur de vos âmes, mais comme un des maîtres de l'éloquence de la chaire, où tant de fois il a*e8t distingué, j'aurais eu besoin , dans tout ce discours, des dons excellente qu'il a reçus du ciel, et qu'il a su si dignement et si saintement employer. Du moins, monseigneur, ai-je eu l'avantage de trouver en vous de quoi persuader à votre troupeau les saintes vérités que je viens de lui annoncer et de quoi les lui rendre sensibles : car en disant l'éloge du précurseur de Jésus-Christ, je n'ai pu m'empécher de bénir le ciel , qui , pour ma consolation , me fait voir encore aujourd'hui dans votre personne, un prélat rempli de l'esprit de Jean-Baptiste et imitateur de ses vertus; je veux dire un prélat aussi

éclairé que zélé, aussi fervent que vigilant, et, si j'ose m'exprimer de la sorte , aussi aimable que vénéfable; un préla* plein de vigueur et de force pour faire observer la discipline, mais en même temps plein d'onction et de douceur pour la faire aimer ; un prélat qui, comme Jean-Baptiste, a édifié In cour, et que la cour a respecté ; que le plus grand des rois a honoré de son estime; qui, préchant aux grands du siècle avec une liberté tout évaugélique, mais aussi avec une égale sagesse , les a instruits de leurs devoirs, et n'a pas craint de leur reprocher leurs désordres; un prélat dont la saine doctrine, la solide piété, la vie édifiante lui ont mérité l'auguste rang qu'il tient; et qui , sans cesse occupé de ses fonctions, n'a en vue que la gloire de Dieu, que les intérêts de Dieu, que l'accroissement du culte de Dieu; enfin, un prélat qui , dévoué aux travaux apostoliques , et, selon l'expression de saint Paul, n'estimant pas sa vie plus précieuse que lui-même, sacrifie tous les jours sa santé aux exercices de son ministère , à consacrer de dignes sujets et à les former pour servir utilement à son Église, à visiter les ouailles que la Providence lui a confiées, à sanctifier son peuple et à le conduire dans le chemin de la perfection chrétienne : Parare Domino plébem per/ectam. (Luc, 1.) Voilà, monseigneur, lesexemplesque vous donnez; et qui , plus efficaces que mes paroles, sont, pour toute cette assemblée, autant d'exhortations pressantes et touchantes. Plaise au ciel que vous en suiviez, chrétiens , toute l'impression, et que par là vous arriviez un jour à la vie étemelle , que je vous souhaite , etc.

SERMON

POUR

LA FÊTE DE SAINT PIERRE

JUspondêtu Simon Petnu, dmii : Tu et ChritUu, FiUrn Deivivi.

Piem loi répondit : Vous êtes le Christ, FUs da Dira vlvaDt. S4urr Matthieu, diap. 16.

Voilà, mes chers auditeurs, toute la substance de l'évangile de ce jour, et des importantes véritéa qui y sont contenues ; voilà sur quoi est fondée la gloire de saint Pierre votre illustre patron. Cest lui qui le premier a confessé la divinité de Jésus- Christ; et voilà pourquoi Jésus-Christ lui a donné, au-dessus des apôtres, cette primauté qui nous le rend si vénérable, et en vertu de laquelle il est le chef de toute l'Église. C'est lui qui, non-seulement pour sa personne, mais au nom de tous les autres apôtres, a le premier rendu témoignage que Jésus- Christ est le Fils du Dieu vivant , non pas sim-

plecnent par adoption, mais par nature : car II Ta reconnu Fils du Dieu vivant d'une manière qui ne convenait ni à Élie, ni à Jean-Baptiste, ni aux prophètes. Or Élie , Jean-Baptiste et les prophètes étaient, dans les termes de TÉcriture, enfants de Dieu par adoption. Il est donc vrai que saint Pierre, qui prétendait élever Jésus-Christ au-dessus d*eux , l'a confessé absohiment Fils de Dieu, égal à Dieu , consubstantiel à Dieu : en un mot, Dieu lui-même. Et c*est pour cela , encore une fois , que Jésus- Christ a établi cet apôtre comme le fondement sur lequel il voulak édifier son Église, pour cela qu'il lui a mis en main les clefs du ciel, pour cela qu*il lui a donné \e pouvoir de lier et de délier sur la terre : en sorte que toutes les prérogatives de saint Pierre ont été les suites heureuses et les fruits |de cette confession de foi : Tu es Christus, FUius Dei vivi. Ajoutons-y toutefois , chrétiens, Fardent amour de ce glorieux apôtre pour Jésus-Christ : car la foi de saint Pierre, sans son amour, n*eût pas sulli. 11 fallait que le chef de TÉglise fût nonseulement le plus éclairé^ mais le plus rempli de zèle et de^harité. £n effet, ce que Jésus-Christ promet aiyourd'hui à saint Pierre , parce qu'il confesse sa divinité , n'a eu son accomplissement qu'après que le Fils de Dieu lui eut demandé s'il l'aimait plus que tous les autres. M'aimez-vous , Simon, fils de Jean ? lui dit ce Sauveur adorable après sa résurrection. Oui , Seigneur, lui répondit Pierre ; vous savez que je vous aime, et que je suis prêt à donner ma vie pour vous. Paissez donc mes agneaux et mes brebis , reprit son divin maître : Pasce agnos meo8,pasce oves meas. (Joàn«, 2i.) Ainsi, chrétiens, c'est sur la foi de saint Pierre, et sur l'amour de saint Pierre qu'est établie sa sainteté et sa prééminence : Voilà les deux sources des grâces dont il fut comblé. Il a été le pasteur des peuples , et le souverain pontife : pourquoi ? parce qu'il a reconnu Jésus -Christ pour le Fils du^Dieu vivant , et parce qu'il a aimé Jésus-Christ jusqu'à verser pour lui son sang. Arrêtons-nous là : car il ne s'agit pas aujourd'hui de parler des grandeurs de saint Pierre , mais de ses vertus ; il ne s'agit pas de ce que nous devons admirer, mais de ce que nous devons imiter en lui ; il ne s'agit pas de relever son apostolat, et d'en concevoir de hautes idées, mais de nous édifier de ses exemples. Attachonsnous donc à sa foi et à son amour. En qualité de chrétiens, nous sommes les pierres vivantes de ce mystérieux édifice de l'Église , que Jésus- Christ est venu construire sur la terre. Et comme, après Jésus-Christ, votre saint patron en est la pierre fondamentale , il faut que nous soyons bâtis sur cette pierre : Et super hanc petram œd^ficabo Ecclesiam meam. (Matth., 16. ) Or pour cela il ùut que nous participions à la foi et à l'amour de

POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE

saint Pierre ; pour cela il faut que la foi de aaint Pierre soit la règle de la nôtre, et que Tamourde saint Pierre soit le modèle de notre amour; il £nt que nous croyions de cœur, et que nous eoofet^ sions de bouche ce que le Père céleste, et non pas la chair et le sang, a révélé à saint Pierre; el il faut que nous puissions dire à Jésus-Christ, oomme saint Pierre : Vous savez , Seigneur, que je vous aime. Ainsi , chrétiens, comparons notre foi aves la foi de saint Pierre', et notre amour avec ramov de saint Pierre pour Jésus-Christ. En deux noti, la foi de saint Pierre opposée à notre infidélité; c'est la première partie : l'amour de saint Pienrt pour Jésu»Christ, opposé à notre insensibilité; c'est la seconde. Toutes deux feront le partage de cedi»cours, et le sujet de votre attention, après que nous aurons sakié Marie, jéoe , Maria.

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