‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 2 sur 232 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Jamais décision de la foi n'a été ni plus authentique, ni reçue dans le monde chrétien avec plus de soumission et plus de respect que celle où l'Église, foudroyant autrefois le pélagianisme, établit , disons mieux, déclara la nécessité de la grâce intérieure de Jésus-Christ pour toutes les oeuvres du salut; et jamais conséquence n'a été ni plus infaillible ni plus évidemment tirée de son principe, que celle que je tire aujourd'hui de cette décision de l'Église pour prouver la nécessité de la prière. Sans la grâce du Rédempteur, quelque fonds de vertu naturelle que je puisse avoir, et quelque bon usage que je fasse de ma raison et de ma liberté, je suis dans une impuissance absolue de parvenir au terme du salut; c'est ce que le grand saint Augustin soutint avec tant de zèle, et ce qui fut enfin solennellement conclu contre l'hérésiarque Pelage. Sans le secours de la grâce , non-seulement je ne puis parvenir à ce bienheureux terme du salut, mais je ne puis pas même m'y disposer, je ne puis pas même commencer

à y travailler, je ne puis pas même le désirer, je n( puispasmême y penser; c'est ce qu'ont depuis défini tant de conciles et tant de papes , pour extermine] le semi-pélagianisme, rejeton pernicieux de l'erreur que saint Augustin avait si glorieusement com battue. Or les mêmes armes dont se servait alon l'Église pour défendre la grâce de Jésus-Chrisi contre les hérétiques qui l'attaquaient, sont celles qu'elle me fournit encore pour justifier l'indispensa ble obligation de la prière , contre les mondains ei les lâches chrétiens qui la négligent : car voici , mei chers auditeurs, comment je raisonne, et commen chacun de vous doit raisonner avec moi.

Sans la grâce il n'y a point de salut; donc il n'] a point de salut sans la prière, parce que hors h première grâce, qui e^t indépendante de la prière comme étant, dit saint Prosper, le principe de I; prière même, il est de la foi que la prière est le moyei efficace et universel par où Dieu veut que nou obtenions toutes les autres grâces, et que toute les autres grâces , dans Tordre de la Providence e de la prédestination, sont essentiellement atta chées à la prière. Petite et accipielis : Demande; et vous recevrez. Voilà la règle que Jésus-Chris nous a prescrite, et qui, étant limitée à ce don par fait, à ce don souverain et excellent qui nous vien d'en haut, je veux dire la grâce du salut, n'a ja mais manqué; voilà la clef de tous les trésors de I miséricorde; voilà le divin canal par où tous le biens célestes nous doivent être communiqués. De mandez le royaume de Dieu et sa justice, ou plu tôt, demandez sans restriction tout ce qui vous es nécessaire pour y arriver, et soyez sûrs que vou l'aurez : Petite et accipietis. Voilà, dis-je, Toracl de la vérité éternelle, dont il ne nous est pas per mis de douter. D'où il faut conclure, reprend le doc teurangélique saint Thomas, que nul homme, soi juste; soit pécheur, mais encore moins le pécheu que lejuste , n'a droit d'espérer en Dieu qu'en cons^ quence de ce qu'il le prie, et que toute confiance e Dieu qui n'est pas fondée sur la prière, et soutenue ou, si j'ose ainsi m'exprimer, autorisée du crédit d la prière, est une confiance vaine, une confianc pr^omptueuse, une confiance même réprouvée d Dieu; et la raison est que Dieu, dit saint Thomas qui ne nous doit rien par justice , et qui est inca pable de nous rien devoir autrement que par misé ricorde, tout au plus par fidélité, ne s'est engagé nous par ces titres mêmes de fidélité et de miséri ricorde, que sous condition et dépendamment de I prière. Il peut donc , non-seulement sans être iii juste, mais sans cesser d'être fidèleet miséricordieu> ne nous point accorder ses grâces quand nous ne 1 prions pas. Je dis plus , et dans le cours ordinair de sa providence, il le doit en quelque façon, parc que des grâces aussi précieuses que les siennes (c'es

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