‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 3 sur 232 · APRÈS PAQUES · texte numérisé non relu

APRÈS PAQUES

SUR LA PRIERE

Dixit Jésus discipulis suis : Amen, amen dieo vobis, si quid petieritis Pairem in nominemeo, dabil vobis. Usquemodo non petistis quidquam in nomine meo; petite et aC' eipieiis.

Jésus parla de cette sorte à ses disciples : Je vous le dis en vérité, si TOUS demandez quelque ctiose à mon Père en mon nom, il vous raccordera. Tous n'avez encore rien demandé en mon nom ; demandez , et vous recevrez. Saint Jean, ctiap. I6.

Il n'appartient qu'à un Dieu aussi grand que le nôtre de faire une promesse si magniGque et si étendue , parce qu*il n'appartient qu'à lui de la pouvoir exécuter. Le Fils de Dieu ne nous dit pas seulement dans la personne de ses disciples, Si vous demandez telle ou telle chose, vous l'obtiendrez; mais, Si vous demandez quelque chose, quoi que ce soit , mon Père vous le donnera : Si quid petieritis ^ dabit vobis. Il ne nous dit pas précisément, Demandez ceci ou cela, mais indéterminément et en général , Demandez et vous recevrez : tetite et accipietis. Encore une fois, chrétiens, il fallait une puissance et une miséricorde infinie pour être en état de s^engager de la sorte, et pour le vouloir. Cest donc là qu'éclate la souveraine grandeur du Dieu que nous adorons *, c'est là qu'il fait également paraître, et ce pouvoir suprême qui le rend maître de tout, et cette bonté sans mesure qui le fait descendre et compatir à tous nos besoins; aussi est-ce de là même que les Pères ont pris occasion de tant exalter l'efficace de la prière ; qu'ils lont regardée comme la mère de toutes les vertus, comme la source de tous les biens, comme le trésor de l'âme chrétienne et comme un fonds de richesses inépuisable, parce que c'est le moyen de parvenir à tout et d'avoir tout : Si quid petieritis Patrem , dabit vobis. Il est vrai qu'elle requiert certaines t-onditions. Dieu n'est pas le dissifyateur, mais le

COUnDALOCE. — T. U.

dispensateur de ses grâces ; et par conséquent il n écoûte pas sans distinction toute prière, mais une prière animée par la foi , une prière sanctifiée par l'humilité , une prière soutenue par la persévérance , une prière , non des lèvres et de la bouche seulement, mais de l'esprit et du cœur : tout cela est incontestable, et tout cela est bien raisonnable. Ce qui m'étonne, chrétiens, et ce qui est en effet bien surprenant , c'est le peu de soin que nous avons de mettre en œuvre auprès de Dieu ce qui devrait nous servir en toutes rencontres. Car ne puis-je pas bien faire à la plupart de mes auditeurs le même reproche que faisait le Sauveur du monde à ses disciples : Vsquemodo non petistis quidquam : Vous n'avez rien demandé jusqu'à présent? Est-ce que rien ne vous manque? mais vous êtes tous les jours si éloquents à exposer aux hommes les nécessités ou temporelles ou spirituelles qui vous affligent. Est-ce que vous n'avez point encore appris à demander ni à prier? Si cela est, comme je n'ai que trop lieu de le croire, appliquez-vous à ce discours, où je prétends vous entretenir de la prière , après avoir prié moi-même en m'adressant à Marie , et lui disant, Ave.

Exercer le ministère de l'Évangile , c'était , dans l'idée de saint Paul , faire profession d'être redevable à tous, aux ignorants et aux savants, aux charnels et aux spirituels , à ceux qui sont encore enfants en Jésus-Christ, et à ceux qui sont déjà des hommes formés et parfaits , ou qui travaillent à le devenir; aux ignorants pour les instruire, aux savants pour les persuader, aux charnels pour les convertir, aux spirituels pour les affermir; à ceux qui sont encore enfants pour les nourrir de lait, aux parfaits pour leur préparer des viandes solides, à tous pour leur prêcher la vérité, mais d'une manière proportionnée à leur état et à leurs dispositions : ainsi ce grand apôtre le pratiquait-il , ainsi en servait-il d'exemple aux ministres qui devaient être chargés après lui du même emploi; et voilà, mes chers auditeurs, l'engagement où je me trouve aujourd'hui. J'ai à vous entretenir de la matière la plus importante, savoir, de l'oraison ou de la prière; et , par un dessein particulier de Dieu , je me trouve

SUR LÀ PRIÈRE

obligé à en instruire tout à la fois deux sortes de personnes; les chrétiens dq siècle , qui marchent dans les routes de la religioB ; dl ceux ^ui aspirent et qui s'élèvent aux voies les plus sublimes delà perfection. Il semble que, pour Futilité publique, ^aurais pu me contenter de rinstruction des premiers; mais Dieu, par son adorable providence, a permis que dans notre siècle il ne fût pas moins nécessaire de s'appliquer à Tédification des seconds , et c*est pourquoi je me suis senti inspiré de parler ici aux uns et aux autres; aux premiers, jjour les convaincre de la nécessité de Toraison, et aux seconds, pour leur découvrir les abus de Toraison. Mais parce que le terme d*oraison, par rapport à ces deux sortes de chrétiens, est comme un terme équivoque, qui signifie pour les premiers l'action commune de prier, et pour les seconds quelque chose de plus relevé , que nous appelleroife oraison extraordinaire, afin d'ôter toute ambiguïté, et de vous déclarer nettement ma pensée, mon dessein est de faire voir aux uns le besoin qu'ils ont de Toraison commune, et de marquer aux autres comment ils peuvent abuser de Toraison extraordinaire; c'est-à-dire, d'engager les uns à prier et d'empêcher les autres de mal prier; d'attirer ceux-là au saint exercice de l'oraison, qui nous est commandé, et de retirer ceux-ci des fausses voies d'une oraison dangereuse et inutilement pratiquée. Voilà ce que j'entreprends. En deux mots, l'indispensable nécessité de l'oraison ordinaire , fondée sur les principes de la foi les plus évidents, c'est le premier point; l'abus de l'oraison extraordinaire, reconnu et découvert par les règles de là foi les plus solides, c'est le second point. Commençons.

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